‹ La prairie en fleurs, 1895-1902Chapitre 43 sur 55 · EUSTRATE · texte numérisé non relu

EUSTRATE

Tant que ta nef mollement se balance

sur les eaux paisibles du port,

laisse à tes mâts flotter de légères étoffes

dont chatoient les couleurs éclatantes.

Mais lorsque tu affrontes la haute mer

pour des traversées incertaines,

fixe solidement une grossière toile.

Tu resterais désemparé sans cette voile ;

le vent qui la gonfle t'entraîne.

Certes aucun tissu n'est assez résistant

pour défier l'effort de certains ouragans ;

tu diminues du moins la chance du naufrage.

Mieux vaut sombrer que flotter au hasard.

N'oublie jamais combien ta voile est frîde, mais tu ne peux te passer d'elle.

Toi qui as lu ces mots, médite

en suivant ton chemin leur symbole facile.

LE CHEMIN DES 0MBKE8 M KLRLLSES 1QQ

TÉLÉPHRON

Je n'eus pas un meilleur partage que la plupart de ceux qui sont nés, mais du moins je fus assez sage pour ne m'en être point chagriné.

Je n'ai pas fait, comme certains, démon âme un filtre malsain qui traversé par l'eau saumàtrc la charge encore en amertume.

Mon âme recevait la vase

pour la changer en onde claire.

J'ai puisé dans mes infortunes

plus de douceur que mes voisins

n'en tiraient souvent de leur sort prospère.

TISAMÈNE

Peuple envieux ! tu rougis d'habiter la plaine,

et laissant en friche tes champs

tu dardes des resrards méchants

sur lamontag-ne où demeurent les maîtres.

Ils ont là-haut de rares fleurs, dis-tu ;

ils ont la vue sur l'étendue,

tandis qu'un étroit horizon

enferme le désert qui porte tes maisons.

Tes outils convertis en armes,

tu t'attaques à la montagne et tu la sapes,

et ton rêve est qu'un jour son bloc soit répandu

et dispersé sur une plaine égale.

Quand tu auras d'un pied surélevé ton sol,

f.E CHEMIN DES OMBRES HEUREUSES

crois-tu, peuple, que tu seras un maître alors?

crois-tu que l'horizon reculera ses bornes

et que les fleurs des cimes orneront tes jardins?

Pendant que tu étais occupé à ton crime

et que la jalousie et la rag-e et la faim

te torturaient, je cultivais le coin

où mon humilité me condamnait à vivre.

J'étais heureux; ma terre, par mes soins fécondée,

me dispensait des roses parfumées.

Qu'aurais-je été chercher plus loin?

A l'abri des autans mes treilles mûrissaient ;

un ruisseau frais et limpide

m'était versé par les sommets,

et dans l'ombre du mont je m'endormais tranquille.

ISMENIAS

0 Dieux, l'épigramme funèbre que je veux gravée sur ma pierre ne sera point une prière.

Qui prétendrait sans rire que là-haut, dans l'Olympe riant, il y a des échos répercutant les bruits de notre humain troupeau ?

Comment choisiriez-vous entre les vœux contraires adressés à la fois par deux mortels sincères? et seriez-vous sereins devant notre misère ?

Quels seraient mon blasphème et l'injure en vous reconnaissant pitoyables et justes ! Plus d'un qui me valait n'a pas eu ma fortune.

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