‹ La prairie en fleurs, 1895-1902Chapitre 47 sur 55 · HÉLIODORE · texte numérisé non relu

HÉLIODORE

Toi qui n'a pas de nom, Idée, Être infini, Conscience suprême,

sur le seuil de ma tombe je t'adore et j inscris la foi qui m'a valu la haine de tes prêtres.

J'ai cru que te donner les vertus d'ici-bas, bonté, justice, amour, était te faire outrage ; mon esprit ne te conçoit pas, car tu n'es point à notre image.

Je ne t'ai pas traité en juge corruptible, en te priant de m'être favorable; c'est mépriser son Dieu qu'exiger un miracle. Tu es, j'en suis certain, cela suffit.

LE CHEMIN DES OMBRES HEUREUSES 2l3

MENECLES

Jouissons de l'instant avec reconnaissance, n'attendons rien de mieux et comptons sur le pire ; et, puisque nous devons un tribut de souffrance, soyons prêts à payer dès que les Dieux l'exigent.

Ainsi, quand l'infortune ouvrira notre porte,

nous lui répondrons : — Entre, on t'a gardé ta place

quelque décret que ta voix nous apporte,

il est déjà prévu; rien ne nous surprendra. —

Et si le bonheur vient s'asseoir à notre table, d'un caillou blanc nous marquerons son jour, et nous lui ferons fête comme à l'enfant ingrat que l'on croyait perdu et qui est de retour.

2l4 LA PRAIRIE EN FLEURS

ANTHOUSA

Quand je parlais, j'étais toujours sincère, le moment seul comptait pour moi.

Si les instants ne se ressemblaient pas, du moins demeurais-je la même.

J étais comme la brise qui caresse ta joue, elle souffle d'ici, puis de là; moi, je disais tantôt ceci, tantôt cela, et le contraire tour à tour.

Voudrais-tu retenir la brise entre tes doigts ? On rêva de fixer ma parole. Pourquoi ?

LE CHEMIN DLS OMBRES HEUREUSES 2l5

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