BIANOR
Voyageur égaré dans des landes arides
par une nuit veuve d'étoiles,
l'homme cherche là-haut avec un long espoir
quelque vérité qui le guide.
Parfois le vent qui court dans la plaine céleste
déchire les nuages, mais son souffle aussitôt
en accumule d'autres par-dessus leurs lambeaux.
L'homme à la fin lassé se courbe vers la terre ;
il y trouve un caillou et, joyeux
de tenir dans ses mains une réalité,
il l'emporte en criant parmi l'obscurité :
— Un astre m'est tombé des cieux. —
Et son insanité veut convaincre des fous.
LE CHliMIN DES OMBRES HEUREUSES
►loi, je n'ai pas levé les yeux ers la mystérieuse voûte, it, pareil à l'enfant qui joue, ai ramassé, puis rejeté, tous les cailloux.
sosos
Artisan qui m'apportes une coupe d'argent savamment ciselée, je prise ton ouvrage, mais tu as, sur le bord, tracé des ornements qui déchirent ma lèvre en quête d'un breuvage. Reprends donc cette coupe dont je n'aurais que faire ; j'aime mieux une tasse de poterie grossière ou de cristal tout nu. J'ai soif et je veux boire. Reviens demain avec une coupe commode ; quand je l'aurai vidée, j'admirerai sa forme. Qu'elle soit de métal précieux, j'y consens; qu'une troupe de Faunes et de Nymphes dansant en décore le galbe, et ce sera merveille.
Bien que Sosos n'ait pas été orfèvre, cet apologue lui fut de bon conseil.
THERIS
J'en ai connu beaucoup dont la bouche mâchait
l'absinthe et le fiel du dégoût.
Ils disaient : — Tous les hommes sont infâmes et fourbes
et tissent avec des crimes la trame de leurs jours. —
Or ils étaient pareils à ces prostituées
qui outragent les femmes avec leur propre nom,
ou bien à ces ivrognes qui, sortant d'un banquet,
accusent les convives de l'ivresse où ils sont.
Mais moi, ornant ma lèvre des roses du sourire,
ie n'ai blâmé personne de n'être pas un Dieu
et j'ai pris en chacun ce qu'il m'offrait de mieux.
Si je fus vertueux, c'est à toi de le dire.