ELEGIE III
Elle était toute joie, étant toute jeunesse.
Aux trilles de son rire s'égayait le château
comme une futaie sombre aux chansons des oiseaux.
Elle ne sentait pas s'appesantir sur eUe
la tristesse qui règne aux lieux très anciens :
mélancolie de l'eau pleurant dans les bassins,
des murailles en deuil sous leur habit de lierre
et des arbres geignant leur plainte séculaire.
Et moi, qui subissais le charme amer des choses
qui furent des témoins et survivent aux hommes,
je me suis demandé, en la voyant joyeuse
et protégée par la vertu d'une âme jeune,
si je ne vivais pas pour la seconde fois.
Suis-je point né très vieux, et des jours d'autrefois ayant perdu, sitôt achevés, la mémoire, puisqu'il me faut subir malgré moi l'humeur noire qui dans le vieux château me contraint à penser à ceux qui, avant nous, tour à tour ont passé.
la pii.\i:aE ln ;