‹ La prairie en fleurs, 1895-1902Chapitre 7 sur 55 · ELEGIE III · texte numérisé non relu

ELEGIE III

Elle était toute joie, étant toute jeunesse.

Aux trilles de son rire s'égayait le château

comme une futaie sombre aux chansons des oiseaux.

Elle ne sentait pas s'appesantir sur eUe

la tristesse qui règne aux lieux très anciens :

mélancolie de l'eau pleurant dans les bassins,

des murailles en deuil sous leur habit de lierre

et des arbres geignant leur plainte séculaire.

Et moi, qui subissais le charme amer des choses

qui furent des témoins et survivent aux hommes,

je me suis demandé, en la voyant joyeuse

et protégée par la vertu d'une âme jeune,

si je ne vivais pas pour la seconde fois.

Suis-je point né très vieux, et des jours d'autrefois ayant perdu, sitôt achevés, la mémoire, puisqu'il me faut subir malgré moi l'humeur noire qui dans le vieux château me contraint à penser à ceux qui, avant nous, tour à tour ont passé.

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