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CHAPITRE PREMIER

L'une des causes qui entravent le plus les progrès de Tagriculture, est incontestablement le grand nombre de plantes sauvages où parasites qui envahissent chaque année les terres occupées par les plantes utiles.

Cet état de choses vient de ce que les plantes indigènes se propagent avec une facilité extrême, à cause de la légèreté de leurs semences. Transportées par les vents dans toutes les directions, les graines qui proviennent des terres où les cultivateurs négligent de détruire les mauvaises herbes, se répandent sur les champs déjà nettoyés, s'y développent et donnent naissance à des myriades de plantes que Fagricultear éclairé voit apparaître avec effroi, car elles l'obligeront à de nouveaux travaux, à de nouvelles dépenses, ce qui élèvera le prix de revient de ses produits. Cet envahissement naturel des terres arables cultivées avec soin justifie donc les vœux émis depuis si longtemps par les esprits les plus éclairés concernant la destmction des plantes nuisibles.

Au premier rang de ces plantes maudites, il faut signaler les chardons, le gui et la cuscute.

Les chardons nuisent d*une manière si déplorable à la culture des céréales, ils se propagent par leurs semences légères et munies d'aigrettes, avec une si grande facilité dans les terres calcaires ou sur les sols marnés ou chaulés, que plusieurs préfets ont pris des arrêtés pour obliger les cultivateurs à les détruire. Toutefois il était nécessaire qu'une loi spéciale leur donnât plus de force en élevant la pénalité

que peuvent encourir les cultivateurs négligents. Il importait aussi qu'elle obligeât les administrations des ponts et chaussées et des forêts et celle des communes à faire détruire les chardons qui croissent sur les berges, le long des routes, dans les chemins, les sentiers publics, la lisière des bois et forêts et sur les terrains communaux.

Quand on songe avec quelle facilité les chardons se multiplient, au grand nombre qu'on rencontre dans certaines localités, sur toutes les terres que la charrue n'ameublit pas, on a peine à comprendre que jusqu'à présent on n'ait pas cherché à éviter, par des mesures générales, les pertes considérables qu'ils font éprouver chaque année à l'agriculture. Mais si, dans toutes les contrées où les chardons pullulent, il importait d'obliger les cultivateurs à en purger leurs teiTes, il fallait aussi forcer les administrations municipales à détruire ceux qui croissent sur les terres qui constituent une propriété publique. La loi de 1888 concernant la destruction des insectes, des cryptogames et autres végétaux nuisibles à l'agriculture, devait donc autoriser les préfets à faire échardonner aux frais des communes, les terrains sur lesquels cette opération n'aurait pas été pratiquée par suite de la négligence ou de l'insouciance des maires.

Le guij cette plante que les Druides regardaient comme un présent du ciel, est tout aussi nuisible que les chardons. Lorsque le gui se développe beaucoup sur les arbres fruitiers, il les rend toujoura moins productifs. Les cultivateurs de la Bretagne le savent parfaitement, et cependant ils se. gardent bien de le détruire. Ne dirait-on pas qu'ils Veulent rappeler par cette négligence impardonnable qu'ils descendent des Kimris, ces hommes du gui du chêne ?

Le tort que ce parasite fait aux arbres sur lesquels ses semences visqueuses se sont fixées, est considérable, car il arrête la sève dans sa marche bienfaisante. On a d'autant plus d'intérêt à le détruire qu'il se propage facilement ; car

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l^B f^i-^oaux, les gi-ives principalement, qui recherchent ses haies» transportent celles-ci d'arbre en arbre, et Ton sait que II gi*aine conserve sa faculté germinative après avoir ])asKt; à travers le corps des oiseaux. Cette destruction est facile, puisque le gui ne mûrit ses semences qu'après la chute des feuilles des arbres sur lesquels il s'est développé. Mîiis si le gui est considéré à bon droit comme une pkîïte nuisible et envahissante, il est cependant moins redoutîîhle que la cuscute. Cette plante, si curieuse par son nude de végétation, attaque non seulement les luzernes et leB trèfles y mais elle vit aussi au détriment du chanvre, etc. Il est vrai que ce parasite se localise et qu'il se multiplie pliiB difficilement de lui-même que les chardons, mais il nait d'une manière prononcée à la propagation des prairies artificielles. Les arrêtés préfectoraux qui ordonneront la destruction de cette plante rendront donc un immense service à l'agriculture.

Toutefois, la cuscute ne se propage pas seulement à l'aide de ses graines ; elle se reproduit aussi et bien plus promptelueiit ]MV fragments de tiges ou de filets. C'est ce mode de prnpîigation qui a conduit quelques cultivateurs à la considérer comme une plante contagieuse. Il est donc nécesmirv d'empêcher les agriculteurs de transporter des tiges dt' ciiBGute pour les faire manger par leur bétail, et pour CLvl;i il faut les forcer à les détruire, sur les places où elles se sont développées. Mais il ne suffisait pas que la loi les coiitiaignît à s'occuper de cette destruction, il fallait aussi , comme le proposait le ministre de l'intérieur en 1835, qu*eu cas de récidive, l'article 474 du Code pénal fût ri-* ginireuscment appliqué aux contrevenants.

En résumé, l'agriculture française compte au nombre des végétaux indigènes des plantes qui chaque année lui fotit éprouver des dommages incalculables et qui s'opposent k ses progrès. Cet état de choses appelle de la part des

préfets, une sérieuse attention. Le jour où, sur l'avis des conseils généraux, ils obligeront les cultivateurs à arracher, à détruire les principales plantes nuisibles, une ère nouvelle s'ouvrira pour l'agriculture française, et bientôt nous aurons la satisfaction de voir nos champs devenir aussi propres, aussi productifs que les terres arables qu'on ne cesse d'admirer en Angleterre !

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