DES PHÉNOMÈNES DU TRAVAIL
L'acte de l'accouchement comporte un certain nombre de phénomènes qui se passent, soit du côté de la mère, soit du côté du fœtus et de ses enveloppes. C'est à l'ensemble de ces phénomènes qu'on donne le nom de travail.
Il est d'usage de diviser les phénomènes du travail en phénomènes physiologiques, phénomènes mécaniques, phénomènes plastiques.
Aux phénomènes physiologiques se rattache l'étude de la contraction utérine, de la dilatation du col, de la formation et de la rupture de la poche des eaux, de l'écoulement des glaires, de l'ampliation de la vulve et du périnée.
Par phénomènes mécaniques, on entend les différents mouvements imprimés au fœtus pour traverser la filière pelvi-génitale.
Sous le nom de phénomènes plastiques, on désigne, avec Kuneke, les déformations que subit le fœtus au cours de l'accouchement.
Nous n'adopterons pas cette division classique, mais fort peu rationnelle, pas plus que la division des phénomènes du travail en phénomènes maternels, phénomènes ovulaires et phénomènes fœtaux, proposée par MM. Ribemont- Dessaignes et Lepage, et passible du même reproche.
Considéré dans son ensemble, le travail de l'accouchement est, en somme, une lutte entre des forces actives et des résistances : d'un côté, l'utérus, aidé des muscles abdominaux ; de l'autre, la filière pelvi-génitale et le fœtus luimême. C'est à vaincre ces résistances que s'emploie l'action du muscle utérin et des muscles abdominaux ; elle tient sous sa dépendance tous les phénomènes qui, au cours de l'accouchement, se passent du côté du canal génital, des enveloppes fœtales et du fœtus. A l'imitation de Schrœder et de Varnier, il nous paraît beaucoup plus logique de ranger en deux groupes les phénomènes du travail de l'accouchement ; d'une part, les phénomènes actifs ; d'autre part, les phénomènes passifs.
Les phénomènes actifs sont représentés, avant tout, par la contraction utérine, cause essentielle de l'accouchement, et par les contractions des muscles abdominaux, force adjuvante puissante, mais non indispensable. Au groupe des phénomènes actifs se rattachent encore les contractions vaginales. Les phénomènes passifs sont : la dilatation du col de l'utérus ; l'écoulement des glaires ; la formation de la poche des eaux et sa rupture ; l'ampliation du vagin, de la vulve et du périnée ; les mouvements exécutés par le fœtus pen
PUECH ET LEQUEUX.
dant la traversée du canal pelvi-génital ; les modifications plastiques subies par le fœtus au cours de sa progression (1).
A. — Phénomènes actifs.
1° "Contraction utérine. — L'étude de la contraction utérine, au point do vue physiologique,' a été faite ailleurs (voy. Physiologie de Vutérus gravide). Nous insisterons surtout ici sur ses caractères cliniques.
Rappelons tout d'abord que les contractions de l'utérus sont involontaires et intermittentes.
S'il est vrai que la parturiente ne peut les faire naître ou les suspendre, dans quelques cas cependant, les contractions utérines du travail sont influencées par les émotions : c'est ainsi que l'arrivée du médecin, la présence de certaines personnes" déterminent parfois leur suppression momentanée.
a. Rythme. — Les intervalles qui réparent les contractions ont une durée variable, suivant les époques du travail. D'une manière générale, on peut dire qu'ils diminuent d'autant plus que le travail est plus avancé : tandis qu'au début, les contractions se produisent toutes les demi-heures ou toutes les vingt minutes, à la période de dilatation elles reviennent toutes les dix minutes, ou même, à la fin, toutes les cinq minutes, et se manifestent toutes les deux ou trois minutes àu cours de la période d'expulsion. Hâtons-nous d'ajouter qu'il n'y a là rien d'absolu, et que cette règle comporte de nombreuses exceptions (voy. Anomalies de la contraction utérine).
Avec les différentes périodes du travail varient aussi et la durée et V intensité des contractions. Ici encore on peut établir qu'au fur et à mesure que le travail progresse, les contractions deviennent de plus en plus longues et de plus en plus énergiques : c'est ainsi que leur durée est d'abord de trente, quarante secondes, puis, à la fin de l'accouchement, de soixante secondes, et quelquefois même de cent secondes, temps au delà duquel il est exceptionnel de les voir se prolonger. Parfois, cependant, les contractions deviennent de moins en moins longues, et s'espacent de plus en plus, en même temps que leur intensité va en décroissant : il y a alors inertie utérine (voy. Anomalies de la contraction).
Il n'est point rare de voir les contractions utérines marcher deux par deux ; c'est-à-dire qu'à une contraction forte succède une contraction faible, et réciproquement.
b. Étude clinique de la contraction. — Au moment où elle se produit, la contraction détermine, dans la consistance, la situation et la forme de l'utérus, des modifications appréciables pour l'accoucheur.
Appliquée sur la paroi abdominale d'une femme en travail, la main sent, en effet, l'utérus se durcir pendant la contraction et former une masse de consistance ligneuse, au sein de laquelle il n'est plus possible de distinguer les parties foetales. Sous l'influence des contractions, l'utérus se redresse, en
(1) Dans la nomenclature adoptée en 1887 au Congrès de Washington, les facteurs du travail sont appelés : 1° la puissance ; 2° les voies de passage ; 3° le mobile.