PHYSIOLOGIE DE LA DÉLIVRANCE
Les phénomènes physiologiques de la délivrance comprennent trois phases successives qui sont :
1° Décollement du placenta et des membranes ;
2° Passage du délivre dans le segment inférieur, puis dans le vagin :
3° Expulsion hors de la vulve.
1° Décollement du placenta. — Les recherches de Barbour, de Pinard et Varnier, de Ribemont-Dessaignes, faites sur des coupes d'utérus congelés en période de délivrance, ont précisé les rapports du délivre avec la paroi utérine après la sortie de l'enfant. Dès que le foetus est expulsé, l'utérus revient sur lui-même par sa rétractilité propre, et diminue considérablement de volume. Son fond s'abaisse en même temps que sa paroi postérieure se rapproche de l'antérieure ; son diamètre transversal diminue aussi, mais dans de moindres proportions. Le segment inférieur et le col, flasques et sans tonicité, se plissent et s'écrasent sous le poids du corps utérin qui se place en position d' ' antèflexion très prononcée. L'angle de flexion entre ces deux portions de l'organe correspond à l'anneau de contraction. La paroi musculaire utérine en se rétractant augmente beaucoup d'épaisseur. Mais cet épaississement n'est vraiment marqué que dans la zone extraplacentaire; au niveau de l'insertion du pla-
COMMANDEUR
Fig. 272. — Le placenta non décollé est retenu dans le corps utérin. La paroi du corps qui correspond au placenta est moins épaisse.
tat normal, car la distance comprise fœtus est toujours plus petite que la longueur du cordon; elles ne peuvent donc exister que dans le cas de brièveté absolue ou relative du cordon. D'autres auteurs, dont Baudelocque, ont pensé que le décollement commençait pendant le travail et se complétait au moment où le siège de l'enfant était chassé de la cavité utérine par la dernière douleur expulsive ; mais on sait aujourd'hui que le décollement pendant le travail est d'ordre pathologique et incompatible avec la survie de l'enfant.
Enfin on a voulu faire de la rétraction utérine après la sortie du foetus l'agent essentiel du décollement; le placenta se séparerait de l'utérus à la façon d'un gâteau d'argile placé sur une lame de caoutchouc tendue qu'on laisserait revenir ensuite par son élasticité à ses dimensions primitives.
Les travaux de Riige, de Lemser, de Varnier ont démontré l'inexactitude de toutes ces théories et prouvé que le placenta, après l'expulsion du fœtus, peut suivre sans se dé-
centa, au contraire, il est bien moins sensible (fig. 272). « L'onde musculaire produite par la rétraction s'arrête pour ainsi dire à la périphérie du placenta qu'elle enchatonne. » C'est à ce phénomène que Pinard et Varnier ont donné le nom d' enchatonnement physiologique du placenta.
L'anneau de contraction participe à la rétraction générale du muscle utérin ; il referme à un faible degré la cavité utérine, emprisonnant temporairement le délivre et reconstituant ainsi un nouvel orifice utérin.
Que devient le placenta dans cet utérus rétracté? Pour Fehling, les tractions exercées par le fœtus sur son cordon au moment de l'expulsion produiraient le décollement du placenta ; mais Ahlfeld a démontré que ces tractions sont impossibles à l'éentre le fond utérin et l'ombilic du
Fig. 273. — Placenta sur le point de se décoller de la paroi utérine qui se rétracle (Bar).
C, caduque ; V, vaisseaux de la face fœtale du placenta ; M, muscle utérin.