IV. — LES OVAIRES
Les ovaires sont de volume variable, souvent à l'avantage de l'ovaire droit, (Puech), décroissant avec la multiparité d'après Krause et Huschke, croissant au contraire chez la multipare d'après Weber, Rieffel, pesant de 6 à 8 grammes (Sappey) et ayant en moyenne 1 centimètre d'épaisseur, 2 de largeur et 4 de longueur.
Ils sont très mobiles, à grand axe, à peu près vertical (His, Gegenbaur, Waldeyer, Vallin, Rieffel), appliqués sur la paroi latérale du petit bassin, près du détroit supérieur, un peu en arrière du diamètre transverse, dans la bifurcation de l'artère iliaque primitive.
Organes très mobiles, ils sont fixés d'une façon relative par leurs deux pôles où viennent les ligaments tubo-ovariens et utéro-ovariens, d'une
façon plus intime par le méso-ovarium et le ligament supérieur ou lombaire.
Le ligament supérieur, suspenseur de l'ovaire, ligament rond supérieur de Rouget, infundibulo -pelvien de Henle, lombo-ovarien de Testut, ovaro-pelvien de Pierre Delbet,méso des vaisseaux spermatiques internes qui sont accompagnés de fibres conjonctives et musculaires lisses, maintient l'ovaire contre la paroi pelvienne latérale. Il joue un rôle d'arrêt dans l'inversion utérine (voy. t. I, p. 500) (Bar).
Chez les multipares, du fait du relâchement des ligaments, l'ovaire a tendance à tomber en arrière de l'utérus et à occuper la fossette de Claudius, située en arrière de l'uretère et de l'artère utérine, en avant du bord du sacrum, au bord supérieur du pyramidal.
Corps jaune. ■ — Nous ne nous occupons pas ici de la structure supposée connue de l'ovaire, pour nous appesantir sur le corps jaune, très étudié dans
ces dernières années et dont le rôle physiologique apparaît de plus en plus étendu et capital comme glande à sécrétion interne, surtout chez la femme enceinte. Les notions récemment acquises concernant le corps jaune ont été réunies par Chirié dans une excellente revue générale {Obstétrique, mai-juin 1911) que nous mettrons largement à contribution.
Corps jaune périodique. — Il existe deux sortes de corps jaunes : les uns, corps jaunes périodiques qui se produisent à chaque menstruation, et les autres, corps jaunes gravidiques qui coïncident avec la grossesse.
Le corps jaune se développe aux dépens d'une vésicule de de Graaf rompue. Lors de la déhiscence du follicule mur, celui-ci donne issue à l'ovocyte, au liquor folliculi, à des débris de la granuleuse. Use produit en outre une petite hémorragie dans son intérieur; la paroi se plisse, se vascularise, adhère au caillot qui s'organise (fig. 43). Le corps jaune est constitué, faisant parfois hernie à la surface de l'ovaire congestionné : il a la forme d'une sphère plus ou moins aplatie parallèlement aux faces de l'ovaire chez la femme. Le caillot central se rétracte, mais reste relié à la membrane d'enveloppe par des traînées conjonctives et vasculaires. Puis, après cinq à six jours, la congestion ovarienne cesse.
La paroi du corps jaune est d'abord formée de deux couches : l'une interne, la membrane granuleuse stratifiée; et l'autre externe, ou thèque subdivisée en une thèque interne formée de grosses cellules polyédriques et de petits vaisseaux, et en une thèque externe composée de fibres conjonctives disposées en strates concentriques. Entre la thèque et la granuleuse, il existe une membrane basale, formée d'une ou deux couches de cellules conjonctives fusiformes. A la période d'état, le corps jaune apparaît généralement constitué, au
Fig. 43 — Corps jaune d'une femme datant de quelques jours (Kollmann).
A, membrane granuleuse; B, orifice de rupture; G, cavité pleine de sang; D, stroma de l'ovaire; E, vésicules en évolution.
LES OVAIRES
point de vue microscopique, par une masse de grandes cellules qui se sont développées aux dépens de la thèque interne. Elles sont disposées dans des mailles de faisceaux conjonctifs renfermant des vaisseaux nourriciers très nombreux(fîg. 44).
L'architecture du corps jaune varie peu d'un mammifère à l'autre ; elle présente généralement une disposition radiée, les cellules les plus différenciées se trouvant au centre du petit organe, les vaisseaux dans les rayons conjonctifs venus de la périphérie. La structure Fig 4l Radiographie de , ovaire histologique est celle d'une glande à sécrétion de femme au troisième mois de la interne (Prenant). Les éléments cellulaires ca- Kli^^ZS ractéristiques. du corps jaune sont les cellules hilaires de l'ovaire et les vaisà tome, cellules de 20 à 30 ;,, polyédriques, à seaux du corps jaune (Keiffer>' contours nets, à gros noyau excentrique, à
protoplasma différencié en endoplasma et exoplasma. La lutéine, pigment
du corps jaune, est de nature graisseuse (Mulon). On a tour à tour affirmé
(Van der Stricht, Marschall, Rabl, Paladino, Bouin, Regaud et Dubreuil) et
nié (Sobotta, Honoré,
, Cohn, Kreiss, Villemin,
■• •.' : ,* • -.'•*• : < Pottet) des kariokinèses
' •- :'- ;.\ 'v £ - dans les cellules du corps
,v£Vvï^>-;v ; - V ■■ jaune. Quand le corps
■ '■ '■' ■"■ - jaune a fini sa régression,
■i'^Sc*."/' ' . • " ' " , '.v1- il n'est plus qu'une cica-
.i^iMihV *C' ; . triée dans l'ovaire.
^p'^'/^T'^-l'^ r-" f-''- : ' >■ ' 1 Corps jaune gravidi-
-rJ-:-V''v'*' Yv&î^v *v ' o.ue. — Pour beaucoup
*. y^^%-j^-^^^y^[ ■ d'auteurs, H n'y a aucune
; ;••*•••• ••.••."".'•'•"r->-A\'.':Vv- dillérence. au punit de
\'.. . - ■ ■ vue histogenèse et struc-
ture, entre le corps jaune gravidique et le corps jaune périodique (fig. 44).
-/ ". - ■ ". . ; '.'-1*-*. La période de développe- * -' ' • ment est la même; la
période d'état est beau-
Fig. 45. — Corps jaune humain. Dans la parlie colorée en clair, . .
coupe de la granuleuse à lutéine, empiète une bande de cel- COUp plus longue pour Iules à lutéine de la thèque (Cohn). le C01'pS jaune de gl'OS-
sesse dont la régression
ne se fait qu'après la grossesse (fig. 45 et 46). Mlle Niskoubina ayant étudié le corps jaune de la gestation chez la lapine, et Delestre celui de la vache, ont montré que les cellules lutéiniques du corps jaune gravidique contenaient beaucoup plus de graisse que le corps jaune périodique. Mulon a décrit des formations ergatoplasmiques dans les cellules périphériques
d'un corps jaune d'une femme enceinte de quatre mois et demi. Wallart a montré que, sauf pour l'histogénèse, le corps jaune avait la même structure que le tissu interstitiel. Pour Pottet,le corps jaune gravidique, absolument semblable au corps jaune périodique, est peut-être un peu plus gros : chez la vache, dans deux cas de gémellaire, il y avait deux corps jaunes. Le corps jaune garde son activité sécrétoire jusque un peu avant le milieu de la grossesse ; il régresse à partir de ce moment et cela avec une vitesse variable. Un certain
nombre de follicules pré- ^Éflsp sentent, parallèlement à l'é- ;vV!;£ volution du corps jaune,
Zy >^ if^vT^^ un gonflement des cellules
J^fj> . ^"-.v-; Je ja thèque interne qui
; prennent l'aspect de cellu-
.. les à lutéine ; ces follicules
tk^k- régressent avec le corps
' ; jaune et subissent avec
'. celui-ci une transformation
:^£?.V . , ■:•>. conjonctive, processus ca-
ractéristique de la gravidité.
v • ■ .. Certaines cellules isolées du
.-' % ;"• ' ' • \':'. stroma ovarien subissent
^^^V^i^-fe/'^!!^^ ' ' "V^':V une évolution analogue.
L'histogenèse du corps '■~'**#m^&fc»'''''- jaune est encore très dis-
Fig. 46, — Corps blancs avec une partie compacte et une Cutée. Trois théories veulent partie présentant une sorte de noyau, vestige d'hémorragies rexpliquer . 0.rigine épianciennes (Cohn). F " & r
théliale (couche granuleuse), conjonctive (thèque interne), mixte (épithéliale et conjonctive).
On a étudié les nombreuses lésions que peut présenter le corps jaune, et l'on a décrit des kystes, des abcès, des tumeurs, de la tuberculose du corps jaune ; la rupture seule du corps jaune peut être la cause d'hémorragies graves.
Physiologie du corps jaune. — C'est Prenant (1898), qui le premier montra que le corps jaune avait tous les caractères d'une glande à sécrétion interne. Born soutint que le corps jaune avait pour but de favoriser la nidation et le développement de l'œuf. Ses élèves Magnus, L. Frsenkel et F. Cohn ont confirmé par des recherches expérimentales ses idées. Puis on a étudié de tous côtés l'action du corps jaune normal et du corps jaune pathologique sur l'ovulation, la menstruation et le rut, sur la grossesse et les modifications qu'elle apporte à l'appareil génital.
a. Corps jaune et ovulation. — Beard avait soutenu que le corps jaune empêche l'ovulation. Léo Loeb a montré que, chez lescobayes, le corps jaune espace les ovulations, alors que son extirpation produit un rapprochement des périodes d'ovulations. L'absence d'ovulation pendant la grossesse tiendrait à l'action prolongée du corps jaune, et non à la grossesse elle-même.
LES OVAIRES
b. Influence du corps jaune sur la nutrition de V utérus. — La castration double faite chez l'adulte provoque, aussi bien chez la femme que chez les animaux, des phénomènes d'atrophie du côté de l'appareil génital et surtout de l'utérus (Eckard, Kogan, Zentzner et Beuttner, Frœnkel, Richon et Jeandelize, Ehrhardt, Sokoloff).
La castration, faite avant la puberté, empêche le développement de l'appareil génital. Après la ménopause, l'utérus s'atrophie. Dans tous ces phénomènes, le rôle prépondérant, d'après Frœnkel, revient au corps jaune, et non à l'ovaire tout entier.
Pour lui, le corps jaune a surtout pour fonction d'assurer la nutrition de l'utérus. Villemin, par la roentgenisation et l'ectopie expérimentale, a confirmé les idées de Frœnkel.
c. Influence du corps jaune sur la menstruation. — Nous traiterons cette question plus loin dans ce qui a trait à la menstruation.
d. Influence du corps jaune sur le rut. — La castration chez les femelles de mammifères en pleine activité génitale entraîne la disparition de la période de rut. La femelle ne se prête plus à la saillie. Villemin a démontré par de nombreux faits que le corps jaune commandait le rut, chez des femelles dont l'ovaire ne contient pas de glandes interstitielles (vache, truie, brebis) et chez des espèces animales dont l'ovaire contient une glande interstitielle. Bouin et Ancel ont conclu de leurs expériences chez la chienne que tout se passe comme si le corps jaune conditionnait le rut, comme s'il déversait dans le sang un principe qui déterminerait tous les phénomènes du rut, car ces phénomènes apparaissent en même temps que le corps jaune, augmentent au fur et à mesure que le nombre des corps jaunes augmente dans l'ovaire. Par contre, chez la lapine (ovaire à glande interstitielle), Regaud et Dubreuil s'élèvent contre la théorie de Villemin : pour eux, le rut est un phénomène spontané qui n'a aucun rapport avec le corps jaune et la glande interstitielle. Loeb, von Winiwarter et Sainmont (pour la chatte) pensent comme Regaud et Dubreuil.
Bouin et Ancel ont conclu, d'après leurs recherches nouvelles, que la glande interstitielle de l'ovaire des mammifères à ovulation spontanée et les corps jaunes périodiques de ces mêmes mammifères sont des formations homologues, des glandes à sécrétion interne qui conditionnent les caractères sexuels femelles : elles correspondent, chez le mâle, à la glande interstitielle du testicule. Le corps jaune gestatif est une glande qui existe chez tous les mammifères : elle est adaptée à la gestation et ne peut avoir de représentant dans le sexe mâle.
e. Action du corps jaune sur la grossesse. — Frœnkel, après une longue série d'expériences (1902-1904), s'est efforcé de démontrer que le corps jaune tient sous sa dépendance l'évolution de la grossesse chez la lapine, car la brûlure de tous les corps jaunes agit comme la castration double et entraîne toujours la résorption des oeufs. La destruction du parenchyme ovarique ne peut être en cause, car la castration unilatérale, la cautérisation de l'ovaire en laissant les corps jaunes, la cautérisation partielle des corps jaunes ont permis la continuation de la grossesse. Pour Frœnkel, c'est le corps jaune qui favorise la greffe des œufs et leur développement jusqu'à vhogt jours chez la
KEIFFER ET DEVRAIGNE.
lapine, date à laquelle son action devient nulle. Un nombre de corps jaunes moitié moindre que celui des oeufs est suffisant pour permettre le développement des chambres ovulaires. Les expériences de Frœnkel ne furent pas admises par tous les auteurs.
Strassmann et Skrobansky ont soutenu que la présence des ovaires n'était nullement nécessaire à l'évolution de la gestation, puisque des ovariotomies ont été faites au cours de grossesses sans troubler celles-ci. Par contre, les expériences ayant pour but de démontrer l'action sur la grossesse de la castration double et de la destruction des corps jaunes (Skolofî, Magnus, Lane Claypton et Starling, Mulon et Mlle Niskoubina) confirment la théorie de Frœnkel.
Dans de récentes expériences, Weymersch a vu régulièrement l'avortement se produire chez toutes les lapines opérées d'ovariotomie pendant les quinze premiers jours de la gravidité. Le corps jaune semble avoir une influence importante sur la préparation de l'utérus à la réception de l'oeuf fécondé. Ancel et Bouin, qui se sont attachés à cette question, concluent de leurs expériences que : « L'action des corps jaunes gestatifs sur l'utérus se traduit par des phénomènes d'hyperhémie, d'hypertrophie, de multiplications cellulaires, qui ont pour résultat de préparer cet organe à la fixation de l'œuf fécondé ». Ces mêmes auteurs ont reconnu également une action du corps jaune, une influence sur le développement gravidique des glandes mammaires.
Sécrétion interne du corps jaune. — A la suite des travaux de Keifîer (1892), de Fedorofî (1897), de Charrin, de Livon (1899), on admit que l'ovaire était une glande hypotensive. Patta, Hallion, Pachon et Busquet démontrèrent l'action dépressive de l'extrait d'ovaire. Bestion de Camboulas, Loisel montrent la grande toxicité des extraits ovariens. Le principe de la sécrétion interne de l'ovaire était admis quand on étudia le corps jaune. Lambert, Ferroni, Villemin, Livon expérimentèrent les extraits de corps jaune de certains animaux et leur reconnurent une toxicité variable, une action vaso-dilatatrice avec abaissement de la pression artérielle.
Plusieurs auteurs essayèrent alors d'expérimenter sur le corps jaune les notions nouvelles d'Hehring, de Bordet, de Pfeifîer, d'Ehrlich, sur la formation des anticorps. Skrobansky échoua dans la production d'anticorps spécifiques; Frœnkel et Lichtwitz réussirent à fabriquer un sérum spécifique contre les cellules de corps jaunes, et Lichtwitz alla jusqu'à prétendre que l'on pourrait peut-être obtenir une méthode anticonceptionnelle scientifique; Frœnkel (1910) ne croit plus possible l'obtention d'un anticorps vraiment spécifique contre la substance du corps jaune. Miller a fait des recherches d'anticorps après immunisation par des injections de corps jaunes et par un sérum d'immunisation spécifique de l'antigène dans le sérum d'animaux gravides. Pottet a fait récemment la démonstration d'un anticorps physiologique dans le sang d'animaux porteurs d'un corps jaune, et par conséquent la démonstration de la sécrétion du corps jaune, mais, en dépit de résultat positif, il convient d'attendre d'autres recherches pour éclaircir cette question. Par contre, de nombreux auteurs sont d'accord pour affirmer les relations fonctionnelles du corps jaune et des autres glandes à sécrétion interne, corps thyroïde, hypophyse, thymus,