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ANÉMIE AIGUË POST-HEMORRAGIQUE

On désigne sous le nom d'anémie aiguë l'ensemble des phénomènes qui se développent lorsque la masse totale du sang est diminuée par une hémorragie. Elle se traduit subjectivement par des troubles dans les fonctions de l'encéphale, des organes des sens et de l'appareil respiratoire; objectivement, par des signes fournis par l'exploration de l'appareil cardio-vasculaire. Elle se manifeste souvent seulement un certain temps après la cessation de l'écoulement sanguin, 15 à 50 minutes d'après Lepage.

Symptômes. — Les troubles encéphaliques et sensoriels ouvrent ordinairement la scène. La malade éprouve une sensation de malaise, de vertige, qu'elle accuse en disant : « Je prends mal au cœur, la tête me tourne. » A ces sensations succède de l'obnubilation intellectuelle qui peut aller jusqu'à la perte de connaissance complète. D'autres fois, il y a, au contraire, de l'excitation cérébrale, de l'agitation, du délire, qui se termine brusquement par une syncope. On observe parfois au début une série de bâillements involontaires et impérieux, sur lesquels insistait particulièrement Fochier.

Les troubles sensoriels sont très accusés, surtout du côté de l'ouïe et de la vue. Ils consistent en bruits anormaux, tintements, sifflements dans les oreilles ; du côté de la vue, c'est une disparition rapide de la vision : la malade n'y voit plus, se plaint qu'on ait éteint les lumières ou d'être plongée dans l'obscurité.

La respiration s'accélère, la malade a soif d'air, demande qu'on ouvre les fenêtres, fait de profondes inspirations, la bouche largement ouverte ; elle écarte ses vêtements comme pour faciliter la respiration. Cet état d'angoisse respiratoire est extrême. La voix est faible ou même éteinte.

Lorsqu'on examine la malade, on est frappé tout d'abord par la pâleur des téguments. La peau est uniformément blanche, les lèvres décolorées. La face est angoissée, puis plus calme lorsque l'état confine à la syncope. Les

COMMANDEUR

extrémités sont froides. Les mouvements respiratoires sont rapides, 40 ou même 50 à la minute.

L'exploration du pouls radial montre l'abaissement brusque de sa tension et son accélération. Il bat 120, 140 ou plus à la minute ; il file sous le doigt, s'écrase, parfois même n'est plus perceptible. L'auscultation du cœur révèle des bruits moins énergiques, sourds, ou même à peine perceptibles lorsque l'état est voisin de la syncope. Cette accélération du pouls est habituellement le premier signe de l'anémie aiguë.

Lorsque la perte sanguine a été trop abondante, l'anémie aiguë aboutit à la mort qui peut survenir de différentes façons. On peut, avec Budin, distinguer trois formes cliniques :

1° Forme progressive, où les phénomènes s'accentuent peu à peu et aboutissent à une syncope qui est mortelle, ou à un état de coma avec affaiblissement progressif du coeur qui s'éteint peu à peu. Il ne reste plus assez de globules rouges pour que la vie soit possible ;

2° Forme à syncopes répétées : la malade perd rapidement connaissance, sort de cet état, puis retombe en une série de syncopes qui se termine par la mort -,

3° Forme tardive, où les phénomènes d'anémie aiguë semblent disparaître ; le péril paraît conjuré, lorsque, au bout de quelques heures, parfois un jour, la mort survient brusquement.

Pronostic. — Il est subordonné à deux facteurs : la rapidité et l'abondance de l'hémorragie.

Lorsque la perte sanguine est massive, la malade peut succomber en quelques minutes à une syncope unique et mortelle. Lorsque l'hémorragie est plus lente, la gravité dépend de sa durée et de la quantité de sang perdu. Nous avons vu quelles nombreuses différences individuelles existent à ce point de vue, puisque certaines malades peuvent perdre jusqu'à 1.200 à 1.500 grammes de sang. Nous avons observé une femme ayant perdu 1.930 grammes de sang pesés et n'ayant pas présenté d'autre symptôme que l'accélération du pouls à 104. Horroks a montré que, lorsqu'une malade succombe à une hémorragie, il reste dans son organisme une quantité suffisante de sang pour la rappeler à la vie si ce sang peut circuler ; la chute brusque de la pression sanguine amène l'arrêt du cœur. Pour lui, la moitié du volume normal du sang peut remplir les mêmes fonctions que le volume total, si la rapidité de son mouvement dans les vaisseaux est double ; le cœur reprend sa force lorsqu'on élève la pression sanguine par l'injection dans le système circulatoire d'une quantité de liquide égale à celle du sang perdu. Cette donnée est capitale et sert en grande partie de base au traitement.

Traitement. - Le traitement de l'anémie aiguë post-hémorragique doit naturellement être combiné avec celui des hémorragies de la délivrance. Il faut savoir, dans la pratique, faire à la fois le nécessaire pour traiter la première en même temps qu'on arrête l'écoulement du sang. Le traitement de l'anémie comprend plusieurs indications.

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