C. — Conditions d'activité des agents infectieux
Pour être capable de donner naissance à une infection puerpérale, les germes pathogènes doivent non seulement trouver un terrain propice (voy. plus loin), mais être dans certaines conditions de vitalité et de virulence.
Remarquons, tout d'abord, que, localement du moins, les germes agissent rarement à l'état isolé : dans la grande majorité des cas, ils se trouvent en association de deux à dix ou douze espèces ; les infections vagino-utérines sont donc presque toujours poly microbiennes. C'est ainsi que, sur 18 examens de lochies, Jeannin a trouvé 1 fois une seule espèce microbienne, 1 fois deux espèces, 1 fois trois espèces, 7 fois quatre espèces, 4 fois cinq espèces, 1 fois six espèces,
LE COEFFICIENT PUERPÉRAL.
2 fois sept espèces, 1 fois onze espèces. Mouchotte, réunissant 47 observations, relève 4 infections monomicrobiennes et 43 infections polymicrobienn.es. Bar et Tissier ont signalé la fréquence de l'association du streptocoque et du colibacille. L'association est habituellement aéro-anaérobie. L'association microbienne peut exalter la virulence des germes qui la composent. C'est ainsi qu'Achalme a prouvé que les anaérobies s'alliant au streptocoque exaltent la virulence de ce dernier ; le B. prodigiusus agit de la môme façon (Monti); le colibacille et le streptocoque s'exaltent mutuellement (Bezançon et Widal, Bar et Tissier) ; le B. ramosus ne cause d'accidents gangréneux qu'en association (Guillemot). Toutefois cet accroissement de la virulence par association microbienne est loin de constituer un phénomène nécessaire. La clinique prouve, en effet, que nombre d'infections mono microbiennes sont fort graves; par contre, dans 70 p. 100 des cas d'infection polymicrobienne, le pronostic est bénin. D'ailleurs, au cours des septicémies, ce n'est qu'à titre tout à fait exceptionnel que l'on trouve, dans le sang, plus d'une seule espèce microbienne.
En réalité, la virulence des germes dépend surtout de leur origine, de leur passage successif sur plusieurs organismes (Vincent, Roger, von Szabo), et c'est précisément là ce qui constitue le grand danger des épidémies : les premières femmes atteintes ne présentent que quelques accidents locaux, les suivantes sont gravement touchées, et les dernières sont emportées par une péritonite ou une septicémie suraiguë. Enfin, la virulence des germes peut être exaltée par la coïncidence de quelque intoxication d'origine microbienne : c'est ainsi que l'introduction dans l'organisme de cultures filtrées de proteus renforce la virulence du streptocoque (Roger et Achalme).
Il faut tenir grand compte du nombre des bactéries venant infecter les voies génitales : à virulence égale, un même germe déterminera ou non des accidents infectieux, suivant qu'il sera en quantité plus ou moins grande (Cheyne,Watson, Roger).