C. — Formes exceptionnelles de l'infection utérine
Gangrène utérine. — Pathogénie. — Soupçonnée par Luroth et Tonnelé, cette affection, actuellement très rare, a d'abord été décrite par Danyau (1828) sous le nom de métrite gangreneuse, puis par Hervieux qui en reconnaît deux formes : l'une putrescente ou nécrobiotique, et l'autre gangréneuse. Dans ces dernières années, cette étude a été complètement reprise par Slawiansky (au point de vue anatomo-pathologique), Siromiatnikofï, et surtout Beckmann qui, en 1900, a pu en réunir 40 cas. La gangrène utérine, metritis dissecans des auteurs allemands, apparaît à la suite des accouchements longs et laborieux, ayant nécessité quelque intervention pénible ; presque toujours consécutive à l'accouchement à terme, elle peut suivre unavortement criminel (von Franque, Maygrier, Bar). Elle prend naissance de deux manières : soit à la suite d'embolies vasculaires dues à des microorganismes (surtout le streptocoque), déterminant la nécrose des parties correspondantes (Beckmann) ; soit par action directe et primitive des bactéries de la putréfaction (B. ramosus surtout, puis M. fœtidust B. perfringens, B. funduliformis, etc.) sur l'endomètre (Jeannin). Ces deux processus peuvent d'ailleurs coïncider.
Étude anatomo-clinique. — Débutant du troisième au quatrième jour des suites de couches, la gangrène utérine donne lieu à des phénomènes généraux très accentués : la température décrit de larges oscillations ; le pouls est plus accéléré que ne le comporte la température. Localement on trouve un utérustrès gros et très mou ; le col, très élevé, reste largement béant.
Les lochies, extrêmement abondantes, noirâtres, épaisses, exhalent une odeur horriblement fétide rappelant celle des corps en décomposition (gravis odor puerperi des anciens auteurs), perçue à distance du lit de la malade. Quelques gaz s'échappent avec ces lochies qui charrient, en outre, vers la quatrième semaine, des lambeaux de tissu nécrosé, absolument caractéristiques : longs de 10 à 13 centimètres, larges de 7 à 10 centimètres, avec une épaisseur variant de quelques millimètres à 2 ou 5 centimètres, ces lambeaux dessinent parfois le moule de la cavité utérine. Ils sont jaunes, avec des taches brunes, de consistance putrilagineuse. Chaque fois qu'un lambeau s'élimine, la température s'abaisse pour s'élever ensuite à nouveau, et ainsi de suite pendant plusieurs semaines.
Finalement, la malade peut succomber, soit par généralisation de l'infection,