‹ La pratique de l'art des accouchementsChapitre 336 sur 492 · C. JEANNIN · texte numérisé non relu

C. JEANNIN

Dans certains cas, la phlébite semble primitive, étant la seule manifestation apparente de la maladie; en réalité, il y a eu une phase préphlébitique pendant laquelle une observation particulièrement scrupuleuse aurait permis de déceler un pouls plus rapide, de légères oscillations thermiques (37°,5, 38°), un peu de fétidité lochiale, quelques escarres vulvo-vaginales, tous signes d'une infection atténuée. On observe parfois, au cours de cette phase préphlébitique, de très fines embolies pulmonaires microbiennes donnant lieu à quelque point de côté au niveau du thorax, à des douleurs dansl'épaule, à unpeude dyspnée, et même à des crachats hémoptoïques (Pinard et Wallich). Cette forme, que Vaquez appelle phlébite à début pulmonaire, est relativement assez fréquente : c'est ainsi que Funk-Brentano a pu noter l'existence d'embolies préphlébitiques, sept fois sur 41 cas de phlegmatia.

La phlegmatia s'annonce par une recrudescence de la température, en même temps que la malade accuse une douleur au niveau des membres inférieurs, le gauche habituellement, dont le volume augmente.

La douleur débute par le pli de l'aine, parfois au niveau du mollet, et s'étend bientôt à tout le membre. D'intensité très variable, elle peut se réduire à une simple sensation d'endolorissement et de pesanteur ; dans d'autres cas, elle est assez vive pour arracher des cris à la malade. Elle s'exaspère par les mouvements et la pression : les points les plus sensibles sont situés dans la fosse iliaque, au pli de l'aine, à la pointe du triangle de Scarpa,dans le creux poplité, au mollet. Elle se calme avec le repos absolu et la position du membre en demiflexion et rotation en dehors.

La peau, qui présente un peu d'hyperesthésie au pincement et au frottement (Trousseau), a perdu de sa sensibilité au contact et à la température (Budin).

L' œdème a parfois précédé la douleur; habituellement, il la suit immédiatement. Débutant à la racine de la cuisse, plus rarement au niveau des malléoles, il s'étend ensuite à tout le membre. Plus ou moins marqué suivant la façon dont la circulation collatérale obvie à l'obstruction de la veine thrombosée, cet oedème augmente pendant quelques jours et peut devenir considérable ; le membre malade prend alors l'aspect d'un énorme cône sans saillie ni dépression, la jambe continuant la cuisse sans délimitation. La peau, tendue, lisse et brillante, est d'un blanc nacré, parfois rosé (forme lymphangitique), présentant çà et là quelques veinosités bleuâtres, et quelquefois un peu de rougeur sur le trajet de la veine malade. L'œdème est assez dur, se laissant mal déprimer en godet par le doigt.

h'' impotence fonctionnelle est plus ou moins complète : la malade a l'impression d'avoir un « membre de plomb » ; elle ne peut en soulever le talon audessus du plan du lit.

La palpation risque trop de mobiliser un caillot pour que Von ose y recourir dans les cas évidents; s'il y a doute, on la pratiquera avec la plus extrême prudence : elle montrera que le trajet de la veine enflammée est douloureux. Par de très légers mouvements de va-et-vient, on peut sentir un cordon dur, sur lequel siègent parfois des renflements noueux ; ce cordon n'est autre que la veine thrombosée (fémorale, saphène interne, saphène externe). L'explora-

Page 1