‹ La pratique de l'art des accouchementsChapitre 36 sur 492 · PROPRIÉTÉS DE L'UTÉRUS GRAVIDE · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS DE L'UTÉRUS GRAVIDE

Le muscle utérin, sous l'influence de la grossesse, acquiert des propriétés nouvelles qui n'étaient que latentes pendant la vacuité. Tarnier les range de la façon suivante : la sensibilité, l'irritabilité, la rétractilité, la contractilité.

La sensibilité de l'utérus gravide est assez faible pendant la grossesse. Au moment du travail, au contraire, l'utérus devient sensible, particulièrement au moment de la contractilité. La sensibilité du col devient également assez vive, surtout quand on cherche à dilater son orifice.

L' 'irritabilité est une propriété de l'utérus en vertu de laquelle il réagit plus ou moins à l'excitation. Cette excitation peut partir directement de l'utérus (massage, chaleur, froid, électricité, médicaments, etc.), ou bien du col (corps étrangers, ballons, douches chaudes, etc.), soit par action réflexe (ventouse mammaire, émotions, etc.). Cette irritabilité est très variable suivant les femmes. Certains utérus entrent en contraction avec la plus grande facilité; d'autres sont réfractaires à tous les excitants.

Rétractilité. — Assez souvent confondue avec la contractilité, elle en diffère cependant. La rétractilité permet, en effet, à l'utérus de revenir sur lui-même d'une façon permanante, tandis que la contractilité n'est qu'intermittente.

C'est grâce à cette propriété que l'utérus se rétracte sur lui-même aussitôt après l'accouchement ; c'est également par sa rétractilité que se produit l'hémostase au moment de la délivrance.

Contractilité. — C'est la propriété la plus importante de l'utérus gravide ; c'est grâce à elle que l'utérus peut évacuer son contenu au moment de l'accouchement. L'utérus se contracte bien pendant toute la durée de la grossesse, et ces contractions sont indispensables pour assurer la circulation de l'organe ;

KE1FFER ET DEVRAIGNE.

mais c'est surtout pendant le travail qu'elles acquièrent une intensité suffisante pour pouvoir dilater le col, rompre la poche des eaux et expulser le produit de la conception. Les contractions utérines sont intermittentes et involontaires ; pendant le travail, elles deviennent, en outre, douloureuses.

Physiologie de la contraction utérine. — La physiologie de la contraction utérine a fourni le sujet de beaucoup de travaux, parmi lesquels nous citerons ceux de Duncan, Schatz, Polaillon, Poppel, Ribemont, Westermark, Schaefîer ; Fabre a fait construire un appareil nommé hystérographe. Voici ce qu'il faut retenir de ses recherches.

La durée de la contraction est d'environ soixante secondes pendant la période de dilatation et de soixante-dix secondes pendant la période d'expulsion. L'intervalle des contractions est variable suivant les époques de l'accouchement. Au début, elles surviennent toutes les demi-heures, puis tous les quarts d'heure. En plein travail, elles se succèdent de cinq en cinq minutes; enfin, à la période d'expulsion, elles se rapprochent pour se produire toutes les deux minutes ou toutes les minutes.

Quant à la contraction elle-même, elle est lente comme dans toute fibre lisse; elle procède par degrés, arrive à un maximum d'intensité qui correspond à un maximum de raccourcissement possible de la fibre, des faisceaux et de l'organe entier, puis se relâche complètement.

La contraction des fibres lisses, comme celle de l'organe dans son ensemble, présente par conséquent le caractère d'une onde qui se développe dans chaque fibrille isolément, mais qui peut se propager de proche en proche dans les faisceaux musculaires et les parois utérines. Cette onde contractile, qui part d'un point quelconque de la paroi utérine et qui gagne la totalité de l'organe comme si celui-ci ne représentait qu'une seule fibre, constitue ce qu'on appelle le péristaltisme utérin.

Le péristaltisme est facile à observer sur l'intestin, et cela aussi bien sur l'utérus tubuleux des mammifères en tout temps et particulièrement pendant la période menstruelle et lors du travail de l'accouchement.

Chez la femme, on peut très bien, lors d'une laparotomie, en suivre la propagation sur les trompes, parfois aussi sur les parois utérines elles-mêmes, lors d'opérations intéressant le muscle de la matrice, à l'occasion d'une myomectomie ou d'une opération césarienne.

Pendant V accouchement, on ne peut en juger que d'après l'appréciation des femmes et la palpation que nous faisons de l'utérus au moment de la contraction. Le péristaltisme est lent au début du travail; il est presque indolore; la femme ressent à peine des points de sensibilité spéciale dans l'abdomen; ces douleurs fugaces portent le nom de mouches; mais bientôt l'onde de contraction est plus douloureuse, plus ample, et son action plus utile sur la dilatation du col : ce sont les douleurs préparantes. Plus tard, le péristaltisme semble faire place à de véritables contractions brusques, qui surviennent sans préparation, qui saisissent l'utérus en masse, le tenaillent violemment, puis cessent, laissant la parturiente fatiguée par l'effort : ce sont les douleurs expultrices, térébrantes, qui réveillent l'instinct de la poussée abdominale ;

Page 1