LA CONTRACTION UTÉRINE
puis la femme, au lieu de s'abandonner à ses sensations pénibles, ajoute à l'effort utérin l'aide puissante des muscles abdominaux. Enfin les douleurs résultant de la contraction utérine, et surtout celles provenant de la distension vulvaire et des déchirures vulvo-périnéales par la tête fœtale, prennent le caractère de douleurs concassantes.
Ces mots n'expriment que des degrés de la contraction. On est parvenu à se rendre compte d'une façon assez satisfaisante de la force déployée par l'utérus en employant des méthodes expérimentales. On y est arrivé par deux procédés différents. Dans le premier procédé, on a cherché à calculer la force nécessaire pour rompre les membranes au niveau d'un orifice donnant sensiblement l'ouverture d'un col complètement dilaté. C'est la méthode employée par Poppel, Duncan, Ribemont-Dessaignes. Le chiffre obtenu par ces auteurs oscille entre 7 kilogrammes et 11 kilogrammes. L'autre procédé, plus scientifique, consiste à introduire dans la cavité utérine des ballons reliés à des manomètres enregis-
Pig. 68. — Courbe ', durée de la contraction; s;'
représentant oo', durée de
la contraction utérine (Polaillon).
la douleur; os, ar, o's', pression
mercuriell'
treurs. A l'aide de ce tocodynamomètre, Schatz est arrivé à trouver des pressions de 8 à 27 kilogrammes. Par un procédé analogue, Polaillon, Schaefîer, Pélissier ont obtenu de bons tracés de la contraction utérine (fig. 68).
On n'a pu évidemment se rendre compte jusqu'ici de la forme exacte de la contraction des fibres associées en faisceaux et en couches épaisses de directions opposées chez la femme, et on ne prévoit pas comment la chose pourra être possible. Mais, chez l'animal mis en expérience, la cobaye par exemple, que l'on peut tuer brusquement en plein travail, on peut saisir et fixer tous les degrés et la forme de la contraction.
La paroi utérine, mince chez cet animal, mais cependant composée de deux couches à action différente, non seulement s'épaissit au niveau du point où passe l'onde contractile, mais se plisse. Si la couche longitudinale s'épaissit en se raccourcissant, la couche de fibres circulaires se plisse et réciproquement, et on trouve toutes les combinaisons de ces deux actes qui sont plus ou moins accusés, en opposition l'un avec l'autre ou en retard l'un sur l'autre. A d'autres moments, les deux couches se relâchent, ou bien l'une se contracte pendant que l'autre se relâche. Il existe une troisième couche à la fois musculaire et vasculaire, qui est chargée d'assurer la circulation musculaire et de remettre in situ les couches déplacées par clivage au cours de la contraction.
La pratique de l'ait des accouchements. I. - — 6
A une onde péristaltique forte succède généralement une onde antipéristaltique faible, comme on l'observe sur les anses intestinales (Keiffer).
Chez la femme, il se passe vraisemblablement quelques chose d'analogue dans la masse musculaire. Certains faisceaux deviennent courts et larges ; d'autres se recourbent à cause de leurs attaches conjonctives. La résultante de ces mouvements associés et combinés est un redressement de Vorgane, une diminution de calibre, d'où accroissement de la pression intra-utérine, progression du mobile, le fœtus, vers le point des résistances les plus faibles, le segment inférieur et le col ramollis et dilatés.
Non seulement il y a redressement de l'utérus pendant la contraction, mais il y a aussi allongement par suite du redressement du fœtus qui appuie à la fois
sur le fond et sur le segment inférieur. C'est à cette réaction fœtale qui agrandit l'utérus, alors que la contraction seule le raccourcirait, que l'on donne le nom de restitution de forme de Schatz (fig. 69).
Quelle est la cause déterminante des contractions utérines? On ne connaît rien de précis au sujet de celle qui fait débuter à un moment donné le travail de l'accouchement, moment qui est variable pour chaque espèce de mammifères. Chez la femme, après deux cent soixante-dix ou deux cent quatre-vingt jours de gestation, la grossesse est terminée, l'expulsion du produit tend généralement à se faire. Une foule de théories ont été invoquées pour expliquer la cause efficiente du travail; aucune jusqu'ici ne paraît suffisante. Parmi elles, les plus intéressantes sont :
1° Celle qui attribue l'excitant au fœtus qui, à un âge déterminé, ferait des efforts, des mouvements, pour rompre ses membranes, comme un poussin sa coquille ; le travail suivrait cette excitation traumatique interne ;
2° Celle de Schrœder et Simpson qui ont pensé à la dégénérescence graisseuse de la caduque et à son décollement ; mais elle n'est plus soutenable ;
3° La théorie de Brown-Séquard qui voit dans l'acide carbonique en excès dans le sang veineux de la femme vers le neuvième mois de gestation, le point de départ de la contraction. Mais la date de l'accouchement est relativement précise, du moins chez la femme, et la cause invoquée ici ne l'est pas du tout, étant répartie sur plusieurs semaines ;
4° Les théories qui admettent le ramollissement et l'effacement du col ; l'œuf, par son pôle inférieur, exciterait les contractions au moment où il arrive à toucher les limites du col, la paroi utérine n'étant pas extensible indéfiniment ;
5° Enfin la théorie de Tyler Smith qui l'attribue à la dixième poussée mens-
Fig. 69. — Schéma montrant les modifications de longueur et de calibre de l'utérus pendant la contraction (d'après Schrœder).
C, col ; A, utérus à l'état du repos ; B, utérus contracté.