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LES CADUQUES

Il résulte des recherches modernes que l'utérus est prêt à recevoir l'ovule, fécondé ou non, et que ce sont ces modifications de la paroi utérine qui sont primordiales dans la menstruation , l'hémorragie étant un fait secondaire.

S'il est vrai que la nidation est prémenstruelle, la muqueuse utérine, à l'arrivée de l'ovule fécondé, est épaissie et congestionnée ; elle a triplé d'épaisseur (2 à 6 millimètres) et son aspect mamelonné présente des saillies épaisses, œdématiées, limitées par des sillons plus ou moins profonds. Ces caractères sont plus accentués au niveau des faces et du fond. Us sont moins marqués au niveau de l'isthme et des angles. A l'union du col et du corps, il existe de longs plis épais, au nombre de 3 ou 4, qui obstruent plus ou moins l'orifice interne. Bref, la muqueuse est, pour les uns, hypertrophiée ; pour les autres, elle aurait plutôt le caractère d'une dégénérescence hydropique. La présence de l'ovule fécondé va encore la modifier profondément. Nous sommes loin de la théorie de Hunter (1774) d'après laquelle, lors de la

Fig. 72. — Caduques ( schéma de Hunter) .

Fig. 73. — Caduques Fig. 74. — Caduques (schéma de Cosle), (schéma de Coste), premier stade. deuxième stade.

KEIFFER ET DEVRAIGNE.

fécondation, l'utérus sécrétait une lymphe plastique coagulable, tapissant toute sa surface interne à la façon d'un vernis.

L'œuf, en arrivant dans la cavité utérine par l'orifice interne de la trompe, refoulait cette lymphe coagulable et s'en revêtait pour former la caduque (fig. 72). Hunter, Moreau et ses contemporains décrivaient ainsi une caduque directe qui restait en contact avec la paroi utérine et une caduque réfléchie qui revêtait le pôle interne de l'œuf. Quant à la portion de l'utérus qui était en contact intime avec l'œuf, elle sécrétait secondairement un liquide organisable qui devenait la caduque intermédiaire ou sérotine.

Coste prouva, par des recherches anatomiques précises, que la caduque était formée par la muqueuse utérine. D'après Coste, puis Robin, l'œuf fécondé, en pénétrant dans la cavité utérine, trouve une muqueuse mamelonnée. Il

tombe dans un sillon et s'y creuse une petite loge. Les parois du sillon s'élèvent

ll^k. Peu ^ Peu e^ finisseivt Par emprisonner l'œuf suivant un mécanisme comparable à celui du pois à cautère (fig. 73-74). L'orifice formant arrière-loge s'obture de plus en plus et, au bout de peu de temps, l'œuf est entouré d'une membrane complète.

On peut donc décrire trois caduques :

une caduque ovulaire qui tapisse le pôle I | interne de l'œuf, une caduque utérine

^ qui recouvre la surface interne de l'uté-

{ rus, et enfin une caduque inter-utéro-

placentaire qui se met en rapport avec Fig. 75. - Nidation de l'œuf, peu de jours je pôle externe de l'œuf ou pôle adhé-

après sa pénétration dans 1 utérus (d'après

Peters). rent.

Qt œuf La théorie de Coste fut longtemps

classique jusqu'en 1899 où Peters la modifia. Cet auteur, ayant examiné un utérus contenant un œuf imparfaitement nidé et, ayant fait des coupes en séries, put suivre de très près le mécanisme delà nidation. Quand l'œuf arrive dans la cavité utérine, il s'arrête généralement en un point où la muqueuse est la plus épaisse, puis il pénètre par effraction dans cette muqueuse (fig. 75).

Ce mécanisme a été très bien étudié et décrit par von Spee pour l'ovule du cobaye, et c'est par analogie que Peters a abouti à la conclusion d'une nidation par effraction pour l'œuf humain. -

Quoique ces choses n'aient pas été observées pour l'œuf humain et que nous ne puissions en juger que d'après des faits de l'anatomie comparée, il est probable que les cellules de l'ectoderme chorial, dès leur premier contact avec la surface utérine, corrodent celle-ci par un travail de cytolyse. Ainsi se creuse dans la muqueuse utérine et sur toute la surface de contact une petite cavité qui va en grandissant : l'ovule ne tarde pas à être profondément enfoui dans le tissu maternel. Celui-ci se cicatrise par

NJ DATION DE L'ŒUF.

76. — Jeune œuf abortif expulsé en même temps que la caduque (Delporte).

granulations au-dessus de l'ovule et la nidation est achevée. Actuellement la plupart des auteurs modernes se rallient à la théorie de von Spee: Peters, Marchand, Jung, Teacher Bryce, Strahl, Benecke et Delporte.

L'œuf jeune nidé fait à peine saillie à la surface de la muqueuse (fig. 76). On ne peut donc que distinguer :

1° une caduque utérine (decidua uterina) \ 2° une caduque utéro-placentaire [decidua utero-placentaris), dans laquelle on peut reconnaître une zone basale, une zone capsulaire, et une zone latérale (fig. 77).

L'œuf ne tarde pas, en se développant, à faire saillie dans la cavité utérine en étant coiffé de la decidua capsulaire qui se distend de plus en plus par son accroissement. Aussi,

dans les premiers mois de la grossesse, la caduque capsulaire et utérine

sontséparéesparun espace qui est le vestige de l'ancienne cavité utérine ; mais, à mesure que l'œuf grossit, les deux caduques viennent se mettre au contact. Au troisième mois, les deux membranes se touchent intimement, mais elles peuvent encore glisser l'une sur l'autre. A partir du quatrième mois, il se produit des adhérences entre elles, si bien que, dans la deuxième moitié de la grossesse, il est difficile de savoir ce qui revient à la caduque utérine et à la caduque ovulaire ; ces deux membranes n'en forment plus qu'une. L'ancienne cavité utérine a donc complètement disparu.

Nous allons étudier successivement la caduque utérine, la caduque péri-ovulaire compre-

Fig. 77. — Jeune œuf humain de la deuxième semaine d'après Hitschmann et Lindenthal.

1, orifice externe du col; 2, orifice interne ; 3, cavité

ovulaire : 4. embryon ; 5, decidua basalis : 6 decidua nfmt . {0 Ja cadUque basale incapsularis. La decidua panetalis ou vera n est pas , . 1

figurée

ter-utéro -placentaire (decidua ba-

KEIFFER ET DEVRAIGNE.

salis inter-utero-placentaris ; 2° la caduque capsulaire (decidua capsularis;. 3° la caduque latérale (decidua lateralis).

Caduque utérine. — Caduque vraie. — Decidua vera. — Cette caduque tapisse toute la cavité utérine dont elle épouse tous les contours ; elle s'insinue dans les cornes utérines où elle se continue avec la muqueuse des trompes ; elle se termine en bas par un bord net au niveau de l'orifice interne du col ; histologiquement, il existe en ce point une zone de transition : la muqueuse du col, quoique pouvant parfois présenter une réaction déciduale,

ne participe pas à la constitution de la caduque.

La caduque forme une membrane tomenteuse et congestionnée, plus épaisse au niveau des faces et surtout là où s'insère l'œuf (fig. 78). Dans les œufs décrits par Peters, Léopold, Reichert, Von Spee, Teacher Bryce et Beneke, Strahl, Siegenbeck et Jung, on retrouve à peu près les mêmes caractères. La caduque présente alors une épaisseur de 5 à 9 millimètres ; on y remarque de petites zones mamelonnées limitées par des sillons. La surface interne est rugueuse, criblée d'orifices glandulaires.

Si l'on examine une caduque très jeune à la loupe, on y voit deux couches nettement différenciées : la couche compacte superficielle et la couche spongieuse profonde (fig. 79).

, . ■ Cette différenciation dépend de l'hy-

C/t, chonon ; DC, déciduale capsulaire ; Dp, de- r •>

cidualc pariétale ; E, embryon dans l'amnios. pertrophie énorme du Stroma et des

glandes. L'épithélium superficiel dégénère et forme une couche continue ; les cellules sont aplaties, fragmentées, perdent leurs cils vibratiles.

Les petites cellules conjonctives du stroma se développent et se transforment en d'énormes vésicules claires à petit noyau pâle et arrondi. Elles forment un pavage régulier et dense étouffant les parties superficielles des tubes glandulaires. Cette particularité donne à la zone superficielle de la muqueuse un aspect compact très apparent.

Profondément les lumières glandulaires se développent dans de fortes proportions ; elles écrasent entre elles le stroma conjonctif peu modifié. Ce dernier est réduit à de minces travées. Le plissement de l'épithélium des glandes leur donne un aspect papillaire décrit par Opiz sous le nom de glandes en dents de scie. On croyait que cet aspect caractérisait la grossesse ;

Fig. 78. — Grossesse de trois semaines environ. Toute la déciduale est déchirée. L'œuf présente une ouverture de la déciduale capsulaire et du chorion; on voit l'espace intervilleux et la cavité ovulaire (d'après Grosser.)

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