LA CADUQUE UTÉRINE. M
il n'en est rien. Les innombrables lumières glandulaires élargies donnent à la zone profonde de la decidua un aspect réticulé qui lui a valu le nom de zone spongieuse.
Deuxième mois. — Aux environs de la sixième semaine, la caduque présente une épaisseur de 3 à 7 millimètres. Les deux couches compacte et spongieuse sont très nettes. L'épithélium de revêtement est en grande partie conservé. Il est formé de cellules cubiques parfois aplaties, à noyau arrondi. Les cils ont disparu. En quelques points, les cellules manquent ; en d'autres, elles ne sont plus constituées que par leur noyau. Les glandes sont hypertrophiées au niveau de leurs culs-de-sac ; leur portion superficielle est, au contraire, étouffée par la prolifération des cellules déciduales. Les cellules g'andulaires sont très visibles. Elles deviennent cubiques, s'aplatissent parfois. En différents points, le protoplasma est granuleux. Les cavités glandulaires contiennent souvent des globules blancs et rouges et des cellules glandulaires desquamées. Le tissu interglandulaire est encore plus caractéristique. Il est, en effet, formé de cellules spéciales dites cellules déciduales. Ces cellules sont d'autant plus nettes et plus volumineuses qu'on se rapproche de la surface.
A ce niveau, elles présentent l'aspect de cellules très volumineuses accolées les unes aux autres et disposées en mosaïque. Leur forme est variable. Certaines sont arrondies, d'autres polygonales, d'autres fusiformes ou allongées. Les plus superficielles sont en aiguilles aplaties parallèlement à la surface. Leur noyau est arrondi et pâle. Le protoplasma ne se colore pas toujours très bien. Le plus souvent, on y trouve des granulations graisseuses ou une infiltration fibrineuse. Les cellules déciduales sont moins nombreuses et moins volumineuses dans la couche spongieuse.
L'origine de ces cellules a été longtemps discutée ; on admet actuellement qu'elles proviennent de cellules conjonctives de la caduque.
Ulesko-Stroganowa a montré qu'entre les cellules déciduales il existait un grand nombre d'éléments qui atteignent souvent le même volume considérable que ces cellules, mais qui ont un protoplasma transparent et qui contiennent des noyaux multiples, des gouttelettes graisseuses et du pigment d'origine sanguine. Les vaisseaux sont très dilatés; dans la couche compacte, les capillaires forment de véritables lacs sanguins, les cellules qui les entourent sont aplaties par compression, les vaisseaux de la couche spongieuse sont moins modifiés et semblent même normaux par endroits.
Fis
Aspect général de la decidua vera. Zone compacte et zone spongieuse (Delporle).
KEIFFER ET DEVRAIGNE.
Quatrième et cinquième mois. — La muqueuse, qui pouvait avoir à la partie moyenne du corps de l'utérus jusqu'à 9 et 10 millimètres, va commencer à s'atrophier, à s'amincir. Aussi, à la fin du cinquième mois, n'aura-t-elle plus que 3 millimètres environ : c'est le moment où se fait la fusion de la caduque vraie avec la caduque ovulaire.
A cette époque, l'épithélium de revêtement a complètement disparu. Les conduits glandulaires ont été étouffés par la prolifération des cellules déciduales ; on ne rencontre plus que quelques culs-de-sacs aplatis dans la couche profonde.
Sixième et septième mois. — La couche compacte est très mince, on n'y voit plus de cavité glandulaire, la couche spongieuse est plus épaisse, creusée de cavités parallèles au muscle utérin.
Huitième et neuvième mois. — La caduque s'amincit encore. A terme, elle offre une épaisseur de 1 millimètre en moyenne. Cet amincissement porte surtout sur la couche compacte. Elle présente à peu près les mêmes caractères microscopiques qu'au cinquième mois. Les cellules déciduales sont cependant plus difficiles à colorer. Leur noyau est le plus souvent en voie de dégénérescence.
Caduque péri-ovulaire. — 1° Caduque capsulaire {Decidua reflexa). — On admettait, à la suite des travaux de Cornil, qu'il existait une caduque ovulaire complète. D'après Peters, l'œuf ne serait pas entouré d'une couche déciduale complète : son pôle libre serait revêtu simplement de fibrine.
La connaissance de préparations décrites plus récemment nous montre que l'orifice de pénétration peut n'être qu'un fin pertuis se fermant par du tissu de granulation (Léopold, Teacher et Bryce).
Premier et deuxième mois. — La caduque capsulaire circonscrit, vers la cavité utérine, la chambre ovulaire dans laquelle se développe l'œuf (fig. 79).
On distingue au début, à la caduque capsulaire, une zone centrale du côté opposé à l'insertion ovulaire, une zone périphérique, reliée à la vraie caduque par une zone de transition.
La zone centrale, mince, de couleur rougeâtre, ne renferme pas de derme muqueux, mais un tissu non vascularisé (Van Heukelom, von Spee), ayant les caractères d'un exsudât (Potocki-Branca) et formé de fibrine, de globules rouges et blancs.
Zone périphérique. — La caduque s'amincit au fur et à mesure qu'elle se rapproche du sommet de l'œuf (150 ;j. en ce point, au lieu d'un millimètre près de la caduque vraie). Sous un épithélium, vestige de l'épithélium utérin, il y a un stroma décidual à vaisseaux rares.
Zone de transition.— La caduque ovulaire prend progressivement l'aspect de la caduque vraie.
Troisième et quatrième mois. — La caduque capsulaire, plus aplatie, très peu vascularisée, est dépourvue de glandes sauf à la zone de transition.
Cinquième mois. — Les deux caduques qui ont perdu leur épithélium se
LA CADUQUE I NTER-UTÉRO- PLACENTA 1 RE.
soudent, au niveau de l'orifice interne, séparant l'oeuf du bouchon muqueux; il y aurait sur le chorion fœtal une couche de fibrine canalisée.
Huitième et neuvième mois. — La caduque totale a une épaisseur de 2 millimètres (125 a 500 \). pour la caduque réfléchie).
2° Caduque inter-utéro-placentaire (caduque sérotine). — C'est lasérotine qui fournira plus tard la partie maternelle du placenta.
Premier et deuxième mois. — Dans les premières semaines de la gestation, la sérotine présente les mêmes caractères généraux que la caduque vraie. Mais, sous l'influence de l'envahissement par les tissus fœtaux, elle contracte des adhérences avec ceux-ci et va subir des modifications profondes.
Elles sont connues depuis quelques années seulement, grâce aux auteurs qui ont examiné des œufs très jeunes (Peters, Leopold, Jung, Frassi, Keibel, Mertens, Siegenbek, Van Heukelom, Breus, Strahl, Beneke, F. Delporte.)
L'interprétation de leurs préparations se base en général sur les recherches de Robin, Duval et von Spee concernant les premiers stades du développement placentaire chez certains rongeurs, notamment chez la cobaye.
L'œuf est limité par un feuillet ectodermique qui ne tarde pas à proliférer. Ce feuillet possède très tôt des propriétés destructives qui lui sont particulières. Chez la cobaye, dès que l'œuf entre en contact avec le terrain de nidation, les cellules de l'ectoderme poussent des pseudopodes au travers de la zone pellucide qui s'est conservée jusqu'à ce moment. L'activité cellulaire s'exagère et il se creuse un pertuis dans lequel s'enfonce progressivement le petit œuf. L'ectoderme fœtal prolifère pendant ce travail et, la nidation achevée, il entoure le chorion d'une coque cellulaire complexe. Dans les préparations les plus jeunes, la coque cellulaire ectodermique a déjà un développement considérable. Cette coque cellulaire constitue le trophoblaste.
Les auteurs actuels décrivent dans la zone péri-ovulaire, les éléments suivants :
1° Des cellules embryonnaires ectodermiques isolées et en groupe. Ce sont les cellules de Langhans dont l'ensemble forme le cytotrophoblaste (fig 80) ;
2° Des agglomérats protoplasmiques plus ou moins importants contenant un grand nombre de noyaux. Ils forment le plasmoditrophoblaste. On les considère comme des formations très actives et on leur reconnaît une vitalité propre, des fonctions phagocytaires et une mobilité amiboïde.
Cette zone cellulaire complexe qui forme le trophoblaste (Delporte) ne tarde pas à être pénétrée par de délicates évaginations mésodermiques qui, se coiffant de cellules ectodermiques, sont l'origine des villosités dont nous parlerons ultérieurement.
A ce moment, le petit œuf détruit la muqueuse utérine et se nourrit des produits de désagrégation du tissu maternel (cellules déciduales, globules rouges et blancs, épithélium glandulaire, liquide d'imbibition). C'est ce que Keibel appelle la nutrition embryotrophique.
Troisième et quatrième mois. — La sérotine diffère de plus en plus de la caduque vraie. Le travail d'effraction du trophoblaste a établi les relations nutritives entre le tissu maternel et fœtal.
KE1FFER ET DEVRAIGNE.
Au quatrième mois, la sérotine aurait de 6 à 8 millimètres d'épaisseur en son centre et de 2 à 3 millimètres sur ses bords.
Cinquième mois. — La sérotine a 3 millimètres d'épaisseur dont 2 millimètres pour la couche compacte. Sa surface est irrégulière, creusée d'anîractuosités que limitent des saillies s'étendant vers l'œuf . De vastes sinus ou lacs sanguins se sont créés dans l'épaisseur de la caduque ; la circulation intervilleuse est parfaitement réalisée; les capillaires maternels s'ouvrent librement dans les
espaces intervilleux.
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renferment de 10 à 20 noyaux, sont disséminées dans la sérotine, mais surtout dans la couche compacte, autour des vaisseaux : elles augmentent en nombre à mesure que l'on approche du terme.
Veit et Schmorl attribuent une origine fœtale aux cellules géantes, qui seraient des formes dégénérées d'éléments syncytiaux migrateurs.
Sixième et septième mois. — La sérotine s'amincit surtout aux dépens de sa couche spongieuse dans laquelle il ne reste plus que quelques fentes glandulaires sur deux ou trois rangs (Kundrat et Leopold).
La couche compacte, par contre, est molle, criblée de trous qui représentent les capillaires transformés en sinus.
Huitième et neuvième mois. — La sérotine continue à s'amincir au point de n'avoir à terme que 0mm,5 à 1 millimètre. Pour Hofmeier, il ne reste plus trace de la couche spongieuse : il ne reste que des vestiges glandulaires.
En différents points la caduque manque complètement et les villosités fœtales s'insèrent directement sur le muscle utérin.
11 nous reste à signaler une formation très particulière décrite par Nitabuch : c'est la couche de fibrine canalisée. Elle se forme au niveau du point de contact du tissu fœtal et maternel et résulte de la dégénérescence fibrineuse des deux espèces d'éléments. Elle finit par limiter la cavité de nidation.
Fig. 80. — OEuf humain tout jeune de Teacher Bryce.
1 et 1, feuillet néerofique de la déciduale ; 2 et 6, couche spongieuse formée par le plasmodium; 4, orifice d'entrée : 3 et 5, cytotrophoblaste ; 8 et 12, glandes; 9, vaisseaux dans la déciduale s'ouvrant dans la paroi ovulaire ; 10 et 11, idem avec masses plasmodiales pénétrant dans la lumière des vaisseaux (Jung).