LE FŒTUS
C'est à partir du sixième mois que l'embryon non viable devient fœtus viable (Bar). Vers le deux cent soixante-dixième jour de gestation, le fœtus possède tous ses organes.
Il existe un certain nombre de caractères, qui permettent d'établir qu'un fœtus est à terme, mais ces caractères n'ont rien d'absolu. Jusqu'ici nous devons nous contenter, pour déclarer qu'un enfant est à terme ou s'en approche, d'un ensemble de signes puisés dans les faits que nous venons de voir : un poids de 3 000 grammes, une taille de 50 centimètres environ, la présence de cheveux d'un centimètre ou plus, d'ongles bien formés dépassant le bord libre des extrémités des doigts, une certaine couche d'enduit sébacé répandue partout et surtout au niveau des plis, un fin duvet sur les épaules, les aines, les creux axillaires, la région cervicale. Aces signes extérieurs s'en ajoutent d'autres qui ont aussi de l'importance, mais rien de pathognomonique ; c'est le pouvoir de production thermique et son auto-régulation.
Budin a mis remarquablement en évidence la difficulté qu'ont les prématurés à conserver leur température interne (elle passe facilement de 37° à 35° et 34°).
Les enfants prématurés sont maigres, d'un rouge vineux ; les enfants à terme sont plus gras et rosés. Cela tient à ce que la peau, très vascularisée au septième ou huitième mois, se double alors d'un tissu adipeux relativement abondant qui éclaircit et blanchit la peau, tout en lui conservant une circulation très suffisante.
Comme on le voit, ces caractères n'ont rien de fixe. Aussi beaucoup d'observateurs cherchent-ils un signe décisif pour le diagnostic de l'âge du fœtus. Gonner, puis Negri. contrôlant ces résultats, affirment que la longueur du pied dépassant 8 centimètres ne peut appartenir qu'à des enfants au-dessus de 3 500 grammes. Cette longueur serait donc assez constante à terme.
Pour Frank, une bonne méthode de contrôle réside dans le rapport de la circonférence de la tête au diamètre des épaules. Quand celui-ci est plus grand que la circonférence de la tête, on est presque certain d'être très près du terme: L'insertion du cordon, sa chute plus ou moins tardive, le poids du placenta, l'état du sang et la mesure de la grande fontanelle sont pour lui logiquement sans valeur pour préciser la maturité fœtale intra-utérine.
Bouchacourt et Cathala (1906), à propos d'un cas de grossesse gémellaire pouvant faire croire à la superf cotation, un fœtus pesant 2.240 grammes et l'autre 860 grammes, ont montré le parti que l'on pouvait tirer de l'examen du squelette des fœtus par la radiographie et les coupes des cartilages pour fixer l'âge, par l'étude des points d'ossification (à terme, présence des points d'ossification du calcanéum et de l'astragale, du fémur).
Il existe des observations de cas extrêmes où, au terme du deux cent soixantedixième jour, sont nés des enfants bien conformés, mais extraordinairement petits parce qu'ayant subi un retard de développement, ou énormément développés. Barker a rapporté en 1850 le cas d'un enfant à terme pesant une livre et qui vivait encore trois ans et demi après. Ritter a vu un enfant de 717 grammes survivre ; Piering (de Prague) observa une fille (gémellaire) de 1.020 grammes qui vécut très bien et sans le secours d'une couveuse. Ces données reculent
KEIFFER ET DEVRAIGNE.
singulièrement les limites de la vie extra-utérine possible annoncée par la plupart des auteurs.
Nous verrons, d'autre part, quand nous étudierons la dystocie foetale que certains fœtus peuvent atteindre un poids considérable (10 kgr.).
Pour étudier le foetus à terme, nous prendrons le type le plus général, celui offrant un poids moyen de 3. 500 grammes, une longueur totale moyenne de 50 centimètres.
La tête du fœtus. — Un peu moins volumineuse que l'extrémité pelvienne, elle est par contre plus dure, moins dépressible.
La tête foetale est formée de deux parties : la face et le crâne constituant dans leur ensemble un ovoïde à grosse extrémité postérieure. Leur squelette n'est pas composé, comme chez l'adulte, par des os intimement soudés les uns aux autres.
En effet, chez le foetus, les différents os sont séparés par des bandes ou desespaces membraneux au niveau de la voûte, et par des bandes cartilagineuses au niveau de la base.
Voûte du crâne. — Les os de la voûte, pariétaux, frontaux, écailles del'occipital, écailles temporales, sont mobilisables les uns sur les autres grâce à leurs attaches membraneuses. Les unes sont linéaires : ce sont les sutures ; les autres plus ou moins larges : ce sont les fontanelles.
Sutures. — La plus importante est la grande suture, appelée encore sagittale ou antèro- postérieure, qui part de la base du nez entre les frontaux et s'allonge entre les pariétaux jusqu'à la pointe écailleuse de l'occipital. Elle est croiséedans son tiers antérieur par une autre suture : la suture fronto-pariétale ou transverse, qui va d'une écaille du temporal à l'autre transversalement, entre les frontaux et les pariétaux ; elle croise donc la suture sagittale. La suture occipito-pariétale ou lambdoïde, qui siège entre le bord postérieur des pariétaux et le bord de l'écaillé occipitale, et se termine à droite et à gauche à l'écaillé du temporal ; les sutures occipito-temporales et pariéto-temporales sont recouvertes du muscle temporal et n'offrent guère l'intérêt obstétrical des précédentes, du moins en ce qui concerne le diagnostic de la position foetale- Fontanelles. — Les fontanelles sont les espaces membraneux étendus aux points de convergence ou de croisement des sutures.
Ce sont : 1° la fontanelle antérieure, grande fontanelle, fontanelle bregmatiquey qui occupe les limites osseuses antérieures de la suture sagittale. Elle a laforme d'un losange allongé dans le grand axe de la voûte. A ses quatre angles aboutissent les deux parties de la grande suture sagittale et les deux parties de la suture transversale. C'est une membrane dont les quatre bords sont formés en avant par les deux moitiés écartées du frontal, en arrière par les deux pariétaux écartés angulairement. L'angle antérieur est plus allongé que le postérieur, ce qui fournit une indication précieuse pour le toucher de cette région.
2° La fontanelle postérieure, petite fontanelle, fontanelle occipitale qui occupe le point de croisement des sutures sagittale et lambdoïde. Elle n'existe pas toujours, ou du moins n'est pas toujours perceptible comme une membrane