LE SANG DU FŒTUS
aucun changement de poids aux reins ; en effet, ces organes fonctionnent de la même façon dans la vie intra et extra-utérine.
lien est de même pour le cœur qui ne fournit aucun apport dans l'augmentation générale de poids que présente un fœtus dès qu'il respire : aussi n'y a-t-il pas de différence entre le poids du cœur d'un enfant mort-né et celui d'un enfant qui a respiré avant sa mort.
Les poumons s'accroissent régulièrement avec le fœtus : le rapport est constant ; dès que l'enfant respire après la naissance, l'augmentation en poids est proportionnée à celle de leur dilatation et à la quantité de sang introduite dans leur appareil circulatoire.
Le corps thyroïde, le thymus et les capsules surrénales perdent en poids après la naissance ; ces organes se réduisent aussi de volume et s'atrophient.
Le foie, dont l'accroissement est parallèle à celui du corps, semble perdre de son poids avec la modification apportée à son système circulatoire par la vie extra-utérine.
La rate montre tant de variations de poids avant et après la naissance qu'on ne peut rien tirer de la comparaison (Lomer).
Le poids moyen des viscères du fœtus à terme, a depuis longtemps été fourni par Letourneau et par Hecker et Buhl.
Par rapport au Letourneau. Hecker et Buhl. poids tolal du fœtus.
Poumon droit 33 gr. 26 gr. 0,9 p. 100
Poumon gauche 28sr,5 21 gr. 0,8 —
Cœur 15 gr. 20«r,2 0,50
Thymus 8^,5 8sr,2 0,25 —
Corps thyroïde 3 gr. 7sr,78 0,16 —
Foie 9ler,5 123er,5 3,34 —
Cerveau 338», 5 352 gr. 10,8
Rate 8sr,5 8^,5 0,26 —
Rein 11 gr. llgr.45 0,34
Enfin Béclard a montré, au niveau des condyles du fémur de fœtus à terme, une zone circulaire rouge sous le cartilage articulaire. Il pensa que cette zone, qui n'est autre que le point d'ossification du cartilage, était un signe certain du terme de la gestation. Mais Hecker et Hartmann démontrèrent l'absence ou la présence de cette zone d'ossification, tantôt chez des fœtus de huit mois, tantôt chez des fœtus à terme (Tarnier et Chantreuil).
Le sang du fœtus. — D'intéressantes recherches ont été faites sur la composition comparée du sang du fœtus au moment de la naissance avec celui de l'adulte. Elles ont été faites en 1886 par Krûger et par D. Scherenziss en 1889, sur des enfants nés sains normalement et à terme, en prélevant du sang au niveau du bout fœtal du cordon avant la première inspiration. Elles portent sur Vhémoglobine, la fibrine, les résidus secs du sang, les sels.
D'après Kriiger, les principes fixes du sang fœtal sont sensiblement égaux à ceux du sang des parturientes.
Le sang fœtal contient moins de fibrine ; il possède au moment de la naissance une grande tendance à la coagulation ; mais, si elle se fait lentement,
par contre elle dure longtemps. Si on ajoute des lymphocytes, la coagulation se fait rapidement, et cela proportionnellement à la quantité de cellules lymphatiques ajoutées (Kruger).
D'apprès Ubbels et Ferroni, la conductibilité électrique du sérum sanguin du fœtus serait de beaucoup supérieure à celle du sérum de la mère, probablement en raison directe de la moindre proportion de matières protéiques contenues dans le sérum fœtal.
Pour Falco, il y a, avec la croissance du fœtus, augmentation des substances dissoutes et surtout des colloïdes, une augmentation de la coagulabilité à la chaleur et une diminution de la conductibilité électrique spécifique.
Pour Bafîoni, Luciani, la viscosité du sang fœtal défîbriné est supérieure à celle du sang maternel. Cette différence serait en rapport avec le nombre de globules rouges renfermés dans les deux sangs. Hayem, Bischofî, Périer ont noté une inégalité de volume des globules rouges, les extrêmes étant respectivement plus gros et plus petits que chez l'adulte. A la quatrième semaine, chez l'embryon humain, il n'existe que des globules nucléés (Landois) ; puis ceux-ci diminuent progressivement ; c'est vers la fin du deuxième mois qu'on voit apparaître les premières hématies sans noyau ; au troisième mois les hématies nucléées ne représentent plus que le quart ou le huitième des globules. Engel compte encore un globule nucléé sur 200 non nucléés chez un embryon de 27 centimètres.
La richesse globulaire augmente avec l'âge. Chez un embryon de 23 centimètres, Engel a compté 3.300.000 globules rouges par millimètre cube.
Bethe a donné les chiffres suivants : fœtus de quatre mois et demi, 3.440.000 globules rouges ; fœtus de cinq mois, 3.600.000 globules rouges ; cinq mois trois quarts, 4.483.000 globules rouges.
Cadet a trouvé : fœtus de sept mois, 4.774.000 globules rouges.
A terme, la moyenne est de 5.368.000 globules rouges. Bidone et Gardini ont même trouvé 6.500.000 globules rouges.
Les recherches récentes de Cathala et Daunay ont confirmé cette polyglobulie chez le nouveau-né qui se produirait, d'après Cohnsteinet Zuntz, pendant l'accouchement et immédiatement après la naissance. Ils ont confirmé la présence dans le sang du cordon d'hématies polychromatophiles, d'hématies nucléées et l'anisocytose et la microcythémie signalées par Hayem. Ils ont pratiqué l'examen direct de préparations de sang du cordon avec le réactif de Pappenheim et y ont trouvé des hématies granuleuses en grand nombre.
Pour Quinquaud,Convert, Wiskemann, Cattaneo, Bidone et Gardini, le sang du fœtus est plus riche en hémoglobine que celui de la mère. Zanier, chez le fœtus de vache, et Camus et Gley chez le fœtus de lapin ont trouvé une résistance des globules rouges plus grande que dans le sang maternel. Cathala et Daunay ont trouvé que l'hémolyse commence plus tôt chez le nouveau-né et est totale plus vite que chez l'adulte. C'est dans le sang du cordon que, contrairement à Leuret, ces auteurs ont trouvé la plus grande fragilité globulaire. Examinant au spectroscope le sérum du sang du cordon, Cathala et Dau-
CIRCULATION CHEZ LE FŒTUS A TERME
nay y ont trouvé le spectre des pigments biliaires, probablement de la bilirubine; il n'y eut pas d'urobiline.
Engel et Bethe ont signalé une hyperleucocytose très marquée chez le fœtus surtout jeune de quatre à cinq mois de 25.000 à 40.000 globules blancs. Hayem a trouvé, chez le fœtus plus âgé, sept mois, les chiffres 6.200 à 9.000, alors que, dans les heures qui suivent la naissance, on compte fréquemment 18.000 globules blancs.
Chez les fœtus humains jeunes (525 à 1 380 grammes), le sang représente du 1/10 au 1/15 du poids du corps (Tietze). Chez le fœtus à terme, après la ligature immédiate du cordon, Schukling a trouvé que la proportion du sang fœtal était le 1/14, le 1/16 du poids du corps et, après la ligature tardive, de 1/7 à 1/11.
La densité du semg du fœtus à terme est de 1,059. D'après Kruger, Sfameni, le sang fœtal contient plus d'eau que celui de l'adulte ; le sang des fœtus masculins contiendrait 2 p. 100 d'eau de moins que celui des fœtus féminins. D'après Poggiale,la quantité d'albumine et de matière grasse serait àpeu près la même dans le sang fœtal que dans le sang d'adulte. Cavazzani n'a trouvé que des traces de glucose dans le sang du fœtus à la naissance. Stas, Picard, Jolyet et Lefour, Cavazzani et Lévi ont trouvé de l'urée dans le sang fœtal. Sfameni a signalé dans le sang fœtal la présence de nucléone ou acide phosphocarnique en proportion double de ce qui se trouve dans le placenta ; les prématurés en contiennent plus que les enfants à terme.
D'après Bial, Cavazzani, le sang fœtal a une action faible ou nulle sur l'amidon ; par contre, il contient de la lipase (Hanriot et Clerc), de la maltase. Il serait moins riche en sels que le sang de l'adulte (Sfameni). Kruger trouve dans le sang du fœtus à terme une proportion de 0,0422 p. 100 de fer; Nicloux 0,045 p. 100 ; ce dernier trouve chez le fœtus avant terme 0,047 p. 100 de fer ; pour Knopfehnacher, le sérum du cordon ombilical produit l'hémolyse d'hématies humaines par le venin de cobra. Cette propriété disparait après la naissance.
CIRCULATION CHEZ LE FŒTUS A TERME
Lorsque le ventricule gauche se contracte, il envoie du sang dans l'aorte qui le distribue d'une part vers la tête et les bras par le tronc brachio-céphalique, la carotide gauche et l'artère sous-clavière, d'autre part vers les organes abdominaux et les membres inférieurs. Lorsque le ventricule droit se contracte, il projette le sang dans l'artère pulmonaire ; mais, comme le poumon encore atélectasié n'en reçoit guère, ce sang passe plutôt par le canal artériel dans l'aorte au-dessous de l'origine de la sous-clavière gauche. Ce sang aortique est donc mélangé à du sang veineux venu du ventricule droit, et il est envoyé par les artères iliaques et ombilicales jusque dans le placenta, où il se trouve constamment en circulation lente dans les villosités qui sont baignées par le sang maternel. C'est là qu'il va subir l'hématose aux dépens de l'oxygène contenu dans le sang maternel (fig. 102).
KEIFFER ET DEVRAIGNE.
Ayant ainsi modifié utilement sa composition, ce sang se rend au cœur par la veine ombilicale qu'il suit jusqu'au point de sa bifurcation en canal veineux d'Aranzi et en veine porte ; le premier conduit le sang directement dans la veine cave inférieure, la seconde dans le foie qu'elle traverse de ses ramifications. Le sang de ces ramifications portes est repris par les veines sus-hépatiques qui le conduisent également à la veine cave inférieure.
Ce dernier vaisseau, dans lequel se déverse aussi le sang venu des reins, des membres inférieurs et des organes hypogastriques, se rend à l'oreillette droite d'où il est envoyé par la valvule d'Eustache vers le trou de Botal dans l'oreillette gauche et le ventricule gauche.
D'autre part, le sang qui s'était rendu à la tête et aux membres supérieurs par l'artère sous-clavière et la carotide, est ramené à l'oreillette droite par la veine cave supérieure, et de là dans le ventricule droit, qui l'expulse à nouveau dans les poumons et le canal artériel..
En outre, la petite quantité de sang, envoyée aux poumons par l'artère pulmonaire, revient par les veines pulmonaires à l'oreillette gauche. Le sang a ainsi parcouru tout le circuit vasculaire.
Il résulte du mode de circulation que nous venons de décrire que, contrairement à ce qui se passe chez l'enfant après la naissance et chez l'adulte, aucun point du système ne renferme du sang artériel oxygéné pur. Ce ne peut être à la sortie des poumons, puisqu'ils ne fonctionnent pas, ni à la sortie du placenta, car, après un certain trajet, la veine ombilicale reçoit la veine omphalo-mésentérique ; la veine cave reçoit les vaisseaux sus-hépatiques qui sont veineux, les veines des membres inférieurs et des reins. Le sang placentaire hématosé, qui circule dans la veine cave inférieure, se mélange encore
Hig. 102. — Schéma de la circulation chez le l'œtus à terme.
OG, oreillette gauche ; OD, oreillette droite ; VG, ventricule gauche ; VD, ventricule droit ; TB, trou de Botal ; CA, canal artériel; A, aorte; AP, artère pulmonaire; P, poumons ; VPw, veines pulmonaires ; VCS, veine cave supérieure; VCI, veine cave inférieure ; T, vaisseaux de )a tête; B, vaisseaux du membre supérieur; AIP, artère iliaque primitive; F, l'oie; I, intestin; AM, artère mésentérique ; J, vaisseaux du membre inférieur ; AO, artère ombilicale ; VP, veine porte ; CAr, canal d Aranzi ; VO, veine ombilicale ; PZ, placenta.
CIRCULATION CHEZ LE FŒTUS A TERME
dans les oreillettes droite et gauche au sang veineux de la veine cave supérieure et des poumons.
On sait, par l'auscultation [Mayor (de Lausanne), Lejumeau de Kergaradec, 1822], que le coeur fœtal bat 120 à 160 pulsations. Les mouvements du fœtus les exagèrent, son inaction prolongée les ralentit. Frankenhauser, Dauzats, Devillers ont voulu établir des rapports entre le nombre des battements fœtaux et le sexe du fœtus. Budin et Chaignot ont montré le peu de fondement de cette hypothèse.
Une élévation de température de 0°1 chez la mère produirait une augmentation de 3,2 pulsations chez le fœtus (Ganse). Du cinquième mois au terme de la grossesse, la fréquence du pouls fœtal varie peu ; on observe un ralentissement, et même une disparition des bruits cardiaques fœtaux pendant les contractions ; probablement par accroissement de la pression utérine et par gêne de la circulation placentaire.
Weiss a pu noter la durée de la révolution cardiaque 40"8 ; l'intervalle entre
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le premier et le deuxième bruit étant de 18"2; et entre le deuxième et le premier
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de la révolution suivante 22"6 ; la systole dure 1"6, la diastole 4".
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Sur le fœtus de brebis à terme, Cohnstein et Zuntz ont trouvé que la pression était de 83mm,7 dans l'artère ombilicale et 32mm,6 dans la veine ombilicale. Ribemont a trouvé chez le nouveau-né 63mm, 7 dansl'artère ombilicale et33mm,6 dans la veine ombilicale. Les mesures de la vitesse du sang chez le fœtus prouvent que, dans l'artère ombilicale, la vitesse est beaucoup moins grande que dans les vaisseaux de même calibre de l'adulte.
Respiration du fœtus. — Le fœtus respire par le placenta. L'hématose du fœtus est démontrée par trois ordres de faits :
1° La différence de coloration entre le sang de l'artère et celui de la veine ombilicale ;
2° L'examen spectroscopique du sang des vaisseaux ombilicaux a prouvé la présence d'oxyhémoglobine dans le sang de ces vaisseaux, quand le cordon a été lié avant la première inspiration (Zweifel, Preyer, Albert Schmidt).
3° L'analyse comparative du sang de ces vaisseaux ombilicaux faite par Cohnstein et Zuntz ; la veine contient plus d'oxygène et moins d'acide carbonique que l'artère. Les mêmes auteurs ont montré que le sang fœtal a une grande aptitude à consommer rapidement l'oxygène qu'il contient, fait qui est peut-être en rapport avec sa richesse en hématies nucléées.
Capacité respiratoire. — D'après Nicloux, la capacité respiratoire chez le fœtus aux différents âges est constante. Jolyet et Lefour l'avaient trouvée en rapport avec l'âge et le poids du fœtus. Délia Chiaje (1908) pense que la capacité respiratoire du sang fœtal est moindre que celle du sang maternel et qu'elle s'accroît après la naissance, tout en restant inférieure à celle de la mère.
Mécanisme de la respiration placentaire. — L'oxygène est combiné à l'hémoglobine en faible proportion dans le sang des artères ombilicales, et au con-
KEIFFER ET DEVRAIGNE.
traire presque à saturation dans le sang maternel. Cette différence de tension d'oxygène explique le courant qui se fait dans le sens de la faible tension, de la mère au fœtus. Il y aura tendance à l'équilibre si, pour une raison déterminée (certain degré de compression du cordon, etc.), la vitesse de circulation du sang fœtal dans le placenta diminue. Dans certains cas pathologiques, l'oxygène peut passer du sang foelal vers le sang maternel.
L'intensité des échanges respiratoires serait quatre fois moindre chez le fœtus que chez l'adulte (Gohnstein et Zuntz).
Respiration prématurée chez le fœtus. — Pour Ahlfeld, le fœtus exécute in utero des mouvements respiratoires superficiels. Pour tous les auteurs, le fœtus est en état d'apnée, et les mouvements respiratoires prématurés sont anormaux. Cette apnée, qui est en rapport avec la faible excitabilité du centre respiratoire, peut être due à ce fait que celui-ci ne reçoit pas de sang artérialisé pur. Si des troubles dans les échanges gazeux entre la mère et le fœtus se produisent, celui-ci peut faire des inspirations. Le fœtus, par ces inspirations prématurées, aspire du liquide amniotique dans ses poumons (Béclard, Preyer, Bar).
La suppression ou les troubles prolongés des échanges gazeux entre la mère et le fœtus cause l'asphyxie de celui-ci. Si l'on asphyxie la mère par oblitération de la trachée, le fœtus meurt très rapidement. La mère emprunterait alors de l'oxygène à son fœtus, ce qui active la mort de celui-ci (Zweifel, Zuntz). Pour la même raison, après une hémorragie abondante chez la mère, le fœtus mourrait avant celle-ci (Butte). C'est ce qui explique les résultats, des césariennes post mortem, l'enfant n'ayant de chance de survie que si la mère est morte subitement et étant en pleine santé.
Composition chimique du fœtus. — Fehling, Michel, Hugounencq ont fixé cette composition. Le tableau suivant , dû à Michel, résume ses recherches sur la composition de fœtus d'âges différents :