‹ La pratique de l'art des accouchementsChapitre 81 sur 492 · BIOLOGIE DE LA FEMME ENCEINTE · texte numérisé non relu

BIOLOGIE DE LA FEMME ENCEINTE

L'ensemble des modifications économiques créées par la gravidité constitue aujourd'hui la Biologie de la femme enceinte.

A. Évolution des idées. — Les idées sur ce point ont varié suivant les opinions régnantes. Pendant longtemps, on n'a vu pour la femme que la nécessité de fournir des aliments à son fœtus, et on étudia surtout l'activité de la fonction d'assimilation.

On comprit vite que cette nécessité n'allait pas sans porter atteinte à l'économie. On admit que du surcroît imposé à l'activité de l'organisme maternel résultait un affaiblissement, un ralentissement de la nutrition (Bouchard, Beneke) et, pour peu qu'un viscère eût été antérieurement lésé, il devenait vite

PUECH ET LEQUEUX.

déchéant : la plupart des troubles gravidiques étaient dus à cette déchéance.

Quand on connut l'influence exercée sur un organisme par les albumines étrangères, on en vint à penser que l'adaptation de l'organisme féminin aux nécessités requises par la grossesse était dominée par ce fait : la présence de l'œuf agissant comme un être de nature étrangère. Cette phase ne fait que commencer.

B. Coup d'œil général sur les changements apportés chez la femme

ENCEINTE PAR LE DÉVELOPPEMENT DE L'ŒUF. — 1° FAITS BIOLOGIQUES. — On

peut à ce point de vue considérer dans la grossesse deux phases plus ou moins distinctes, séparées par la mi-gestation.

Pendant la première moitié — phase de création, d'édification, — la dérivation des matér aux nécessaires à l'élaboration foetale est relativement minime et souvent inférieure aux quantités de ces matières fixées par la mère.

Pendant la seconde moitié, — phase d'entretien, de développement fœtal, — la dérivation vers le foetus des matériaux de réserve est de plus en plus active.

Cette division indiquée par Bar n'est pas arbitraire, mais repose sur des recherches analytiques pratiquées dans ces dernières années par Hagemann, Jageroos, Bar et Daunay, Hofstrom, Zacharjewsky, Murlin, Hahl.

Ces constatations ont permis à Bar de dire : « La gestation ne constitue pas une période de sacrifice pour la mère. La grossesse est une symbioseharmonique homogène ».

Cela est vrai pour l'albumine et aussi pour les autres substances : phosphore, chaux, soufre, fer, chlorure de sodium, carbone. Il existe en effet, ainsi que Bar l'a montré, une synergie remarquable entre les grands mouvements de l'albumine et les mobilisations du phosphore, de la chaux, du fer, etc....

Fig. 109. — Balance de la nutrition azotée chez la chienne pendant la portée et les jours cpji ont suivi la mise-bas.

Les colonnes grises représentent l'azote absorbé chaque jour de la portée; les colonnes noires indiquent l'azote dérivé vers les fœtus et les annexes, chaque jour ; la ligne ponctuée indique le poids total d'azote fixé par les œufs à chaque moment de la vie intra-utérine. La ligne noire mince indique l'azote excrété chaque jour. La grosse ligne noire indique le total des gains et des pertes à chaque moment de la portée (Bar).

MODIFICATIONS APPORTÉES PAR LA GESTATION

Vers le milieu de la gestation se place parfois une troisième période que l'on pourrait appeler de saturation (Bar) : période courte pendant laquelle l'organisme tend à se débarrasser d'un excès de réserves non utilisées, phase qui, elle, n'est plus physiologique.

2° Faits cliniques. — La clinique montre ces deux étapes successives : la première, phase d'incertitude, d'adaptation de l'organisme à sa nouvelle activité biologique foetale ; la seconde, phase de calme, pendant laquelle la femme, définitivement adaptée, retient pour elle et utilise pour son fœtus les matériaux assimilés.

A chacune de ces périodes correspondent des états symptomatiques que nous retrouverons au fur et à mesure que nous passerons en revue l'étude des organes ou de leurs fonctions.

3° Interprétation de ces faits. — On doit se demander quel agent met en mouvement ces phénomènes biologiques.

Ce serait le syncytium (Veit). Ainsi serait créée une sorte de toxémie villeuse, active surtout pendant la première moitié de la grossesse, à laquelle on pourrait attribuer une grande part dans la production des phénomènes cliniques qui accompagnent la gestation.

Pour Pinard et ses élèves, le corps jaune serait l'agent régulateur de cette toxémie (voy. Corps jaune).

Que les échanges biologiques soient troublés par une tare de l'un quelconque des appareils de l'économie de la femme, que l'action villeuse soit modifiée par une altération ovulaire, et nous verrons survenir différents troubles pathologiques qui pourront modifier la gestation.

C. Par quel mécanisme la femme fournit-elle aux resoins de l'enfant ? — Pour nous en rendre compte, il faut étudier les modifications apportées par la grossesse à chaque organe.

Page 1