I. — Modifications générales
Aspect général de la femme enceinte. — Quand la femme devient enceinte, il est commun de constater un amaigrissement dans les premières semaines. Vers le milieu de la grossesse, au moment où l'on perçoit les premiers mouvements fœtaux, souvent plus tôt, dès le quatrième mois, tout change : à la première période de malaise et d'amaigrissement, succède une phase de bonne santé et d'efflorescence, le visage s'amplifie, le cou grossit, les cuisses s'épaississent comme en témoignent les vergetures, la démarche devient plus lourde. Nous n'en voulons pour preuve que les tableaux des peintres les plus fameux : Raphaël montre la femme enceinte grasse, épaisse, paresseuse ; Van Eyck la peint alourdie.
Quand, en effet, on pèse journellement une femme gravide pendant les derniers mois de sa grossesse, on constate un accroissement de poids en disproportion avec ce que devrait donner le simple développement fœtal. Il est commun de voir cette augmentation dépasser 6 à 7 kilogrammes entre le septième
et le neuvième mois ; or, en admettant que l'enfant acquiert 1.500 grammes dans ce même laps de temps, que les annexes s'accroissent elles-mêmes de 1 kilogramme, il reste néanmoins 3 à 4 kilogrammes qui appartiennent à la femme et à elle seule (Bar et Daunay). D'où vient cette augmentation de poids?
a. De V accroissement du capital albumine. — C'est là un facteur certain, mais peu considérable (Bar et Daunay). La cellule est l'élément noble, c'est dans de faibles proportions qu'il contribue à l'augmentation du poids ; tout au plus peuton lui accorder 500 grammes pendant toute la durée de la gestation. Hofstrôm cependant attribue à l'azote une part considérable dans l'accroissement général ; il admet une hypertrophie et une hyperplasie de tous les tissus ; l'albumine non utilisée dans ce sens (restmaterial) devient de l'albumine circulante {unorganized protein), qui sera utilisée au fur et à mesure des besoins fœtaux et contribue, en attendant, à augmenter le poids total de la femme.
b. De l'activité de fixation de matières grasses. — Cette activité rendue nécessaire par l'édification de la graisse fœtale, l'instauration de la sécrétion mammaire, est prouvée par le véritable état lipémique qui est de règle à la fin de la gestation (Bar et Daunay, Capaldi, Chirié) ; par la surcharge graisseuse des différents viscères, foie, cœur, reins, corps thyroïde, etc., et du tissu cellulaire.
Fig. 110. — La graisse dans le rein chez la chienne gravide (Chirié).
La cavité tubulaire est
envahie par de véritables
blocs graisseux.
c. De Vactivité de fixation d'eau. — C'est là la cause majeure de l'augmentation de poids (Bar et Daunay). Ainsi se trouvent expliqués un certain nombre de faits cliniques, tels que l'hydrémie et l'œdème physiologique apparent ou non (préœdème de Widal).