GRAISSE
Signalée par Cl. Bernard, étudiée pour la première fois par Blot, la « glycosurie physiologique » de la grossesse a donné lieu à de nombreux travaux aboutissant aux opinions les plus divergentes sur sa fréquence, sur la nature du sucre éliminé, sur sa pathogénie. Alors que, pour certains, la présence du sucre dans les urines serait un fait constant, ou qui tout au moins s'observerait dans la moitié des cas (Blot), pour d'autres, elle constituerait l'exception (Kirsten, Louvet, Trouillard, Keim) ; dans leur thèse (1898), Brocard et Leduc évaluent la fréquence de la glycosurie gravidique, à la fin de la gestation, le premier à 50 p. 100, le second à 40 p. 100. Pour Bar et Daunay, celle-ci atteindrait 10 p. 100 chez les primipares, 30 p. 100 chez les pluripares.
Le glycose ne constitue pas la seule espèce de sucre éliminé par les urines : sans parler du saccharose et du lévulose, exceptionnellement rencontrés (Brocard), le lactose existerait à la fin de la grossesse en même temps que le glycose. A en croire quelques auteurs, la glycosurie serait même assez rare ; c'est d'une lactosurie qu'il s'agirait dans le plus grand nombre des cas (Hofmeister, Johannowsky, Ney, Leduc). Commandeur et Porcher (1904) admettent deux types urologiques : un type à lactosurie, un type à glycosurie ; au lactose, qui ne fait jamais défaut, surtout à l'approche du travail, se surajoute une certaine quantité de glysose ; après l'accouchement, le glycose, transformé en lactose, par suite de la mise en activité du tissu mammaire, disparaît, et l'on n'observe plus qu'un seul type urologique, le type à lactosurie. Pour expliquer la présence du sucre dans les urines des femmes grosses, Keim invoque l'insuffisance hépatique : le foie malade ne retiendrait pas le sucre pour en faire du glycogène. Leduc rattache la lactosurie à la fonction mammaire : elle résulterait de la résorption du lactose par les système veineux et lymphatique de la mamelle et du passage du sucre de lait dans le sang, lorsqu'il a surproduction ou stase lactée. Commandeur et Porcher attribuent la glycosurie normale à une utilisation incomplète d'un excès de glycose déversé dans la circulation par le foie avant l'accouchement, c'est-à-dire avant que le sein ne soit prêt à transformer le glycose en lactose. Pour Charrin et Guillemonat, la glycosurie tiendrait à ce que l'organisme consomme le glycose avec une activité moindre qu'à l'état normal ; elle traduirait une incapacité fonctionnelle des tissus qui n'arrivent pas à retenir tous les hydrates de carbone introduits dans l'organisme ; la glycosurie serait une manifestation du ralentissement de la nutrition (Brocard).
Graisse. — Le fœtus demande à sa mère de la graisse qu'il prend aux hydrates de carbone et qu'il fixe. H en résulte une véritable glycémie physiologique gravidique. Quand, pour une raison quelconque (exagération de la glycémie au delà du pouvoir d'absorption du fœtus, souffrance de celui-ci), la dérivation placentaire est insuffisante, la glycosurie apparaît. Comme corollaire, on peut ajouter que, chez les femmes enceintes, dont la fonction glycémique est accrue, on voit ordinairement apparaître la glycosurie, et leur enfant naît gros et gras (Chambrelent, Guérin-Valmale) ; la mère peut, dans ces cas, ne devenir glycosurique que lorsque l'enfant meurt, parce qu'àce moment la fonction
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glycogénétique fœtale est suspendue et que le glycose destiné au foetus trouve une dérivation du côté de la circulation maternelle et passe secondairement dans les urines.
A côté du glycose à destination graisseuse, on peut trouver dans l'urine des graisses elles-mêmes : ainsi est constituée la chylurie gravidique.
Acétone. — L'acétonurie, considérée par Vicarelli, Knapp et Keim comme un signe clinique de la mort fœtale, a été admise comme normale au cours' de la grossesse par R. Costa; Scholten la rencontre trois fois sur 39 femmes examinées ; Stoltz l'observe plus fréquemment chez les grandes multipares et il invoque, pour l'expliquer, l'adiposité, qui chez elles constitue les réserves de graisse ; Audebert et Barraja estiment que l'acétonurie est exceptionnelle chez la femme enceinte ; Bar, Belloy et Daunay concluent de leurs recherches qu'on peut rencontrer une acétonurie légère chez la femme enceinte valide, l'enfant étant vivant (15 p. 100) ; elle serait plus fréquente chez les multipares. Pour quelques-uns, l'acétonurie serait un indice de complication de la grossesse : albuminurie, syphilis, grossesse extra-utérine (Mercier et Menu), gastrite, cystite (Lambinon). De même, le travail de l'accouchement amènerait une acétonurie presque constante (Couvelaire, Scholten).
Nous mentionnons à peine la kyestéine, dont l'intérêt nous échappe.
5° Toxicité urinaire. — Que devient la toxicité urinaire pendant la grossesse? Est-elle diminuée ou augmentée ? De ses expériences, Chambrelent conclut que les urines sont moins toxiques ; la diminution de la toxicité est également admise par Labadie- Lagrave, Boix et Noé, Charrin et Guillemonat. Par contre, Bouchard croit à l'hypertoxicité des urines pendant la grossesse. Toutes ces recherches méritent d'être reprises sur de nouvelles bases, les auteurs n'ayant tenu aucun compte de l'osmo-toxicité.