ACIDITÉ URINAIRE CHEZ LA FEMME ENCEINTE
Pour Bar et Daunay, Donnât, la présence du fœtus accroît de moitié les besoins en chaux de la mère ; et cependant, l'analyse montre que l'excrétion de la chaux par les reins est accrue pendant la première moitié de la grossesse, par contre elle est très diminuée pendant son dernier quart ; mais il faut bien considérer que la chaux éliminée représente non seulement la chaux résiduelle de la ration, mais aussi la chaux de désassimilation.
Nous avons signalé, page 163, la relation qui existe entre cette désassimilation active et certains- phénomènes (laxité articulaire, relâchement douloureux des symphyses, ostéomalacie confirmée).
Soufre urinaire. — Presque tous les auteurs admettent que le soufre urinaire diminue à la fin de la grossesse (Donné, Chalvet, Barlemont, Pinzani, Passigli, Liscia), il augmenterait d'après Greco. Pour Schrœder, le soufre neutre irait en augmentant vers l'approche du terme.
Bar et Daunay ont conclu de leurs recherches que : 1° le soufre des sulfates subit des variations de peu d'étendue et sans grand intérêt ; 2° le soufre conjugué diminue pendant la gestation, surtout à la fin ; cette diminution n'est pas constante et peut manquer ; 3° le soufre neutre est augmenté dans l'urine en poids absolu et en poids relatif à la fin de la gestation; mais ce n'est là un phénomène ni constant ni nécessaire.
L'économie du soufre est en rapport avec les besoins fœtaux ; mais l'expérience montre que le bilan des échanges en soufre est défavorable pendant les trois premiers quarts de la grossesse ; si bien que, malgré l'économie des derniers jours, ce bilan se chiffre fréquemment par un déficit.
Chlorure de sodium. — L'influence exercée par la rétention chlorurée sur un certain nombre de phénomènes biologiques (accroissement du poids, apparition des œdèmes, tant du sang que des tissus, modification apportée à l'excrétion rénale par atteinte de l'épithélium) est telle que le chlorure de sodium joue un rôle capital dans les échanges organiques de la femme enceinte.
Chalvet et Barlemont, puis Tarnier et Chantreuil admirent l'augmentation des chlorures à la fin de la gestation ; Polimanti et Sapelli, Bossi constatent une diminution déjà appréciable au cinquième mois, et qui irait en progressant jusqu'à terme (2^,34 à 2sr,39 par jour). Pour Klemmer, le poids des chlorures urinaires ne subirait pas de variation. Bar et Daunay estiment que, pendant la gestation, il y a corrélation entre les besoins du fœtus en chlorure de sodium et la rétention de ce sel ; mais, ajoute Bar, la rétention nécessaire est vite dépassée ; et on observe souvent des crises de rétention chlorurée qui sont une des causes principales des œdèmes de la grossesse. Ces crises de rétention peuvent être passagères (fig. 112) et être suivies d'une hyperchlorurie ; elles peuvent persister dans certains cas pendant un long temps.
Acidité urinaire. — Bar et Daunay ont observé chez les animaux que l'acidité urinaire totale, déterminée par périodes d'un jour, augmente jusque vers le milieu de la grossesse, diminue dans la seconde moitié, surtout au voisinage du terme, augmente à nouveau pendant les suites de couches. Les
PUECH ET LEQUEUX.
expériences faites sur la femme leur ont montré que l'acidité totale était légèrement augmentée à la fin de la grossesse, mais ces femmes étaient soumises à un régime libre.
Par contre, la désassimilation gravidique serait une cause de l'hyperacidité rencontrée à certaines périodes de la gestation et dans certains états pathologiques.
Pigments urinaires. — a. Urobiline et Chromogène. — Dialma Ferrari, Merletti considèrent l'urobilinurie comme normale à la fin de la gestation ; Lemaire, sur un grand nombre de femmes enceintes examinées, n'a rencontré l'urobiline dans l'urine que dans 20 p. 100 des cas et son chromogène dans 3,3 p. 100. Pour Bar et Daunay, l'urobiline ou son chromogène se montrerait dans 27 p. 100 des cas; l'urobiline et le chromogène, associés une fois surl5 environ, plus souvent chez la multipare que chez la primipare.
L'urobilinurie fait partie du cycle créé par la suractivité hématolytique de la grossesse. On la rencontre fréquemment après la mort fœtale.
b. Pigments biliaires. — Leur présence exceptionnelle dans l'urine des femmes enceintes est nettement pathologique.
Carbone. — La femme enceinte arrivée à la fin de la grossesse élimine un poids de carbone légèrement inférieur à la normale ; cette diminution serait encore un peu plus sensible chez la multipare (Bar et Daunay). Le coefficient du rapport du carbone total urinaire au carbone de l'albumine élaboré et assimilé est normal, tout en ayant une tendance à être élevé.
Le coefficient du rapport du carbone de l'urée au carbone total urinaire est généralement peu élevé ; il en est ainsi parce que le poids du carbone urinaire non uréique est supérieur à la normale.
Le coefficient du rapport du carbone total à l'azote total urinaire est généralement élevé surtout chez les multipares ; il en est de même du coefficient du rapport du carbone extractif à l'azote extractif (Bar et Daunay).
Sucre. — Très minime à l'état ordinaire, la quantité de sucre contenue dans les urines augmente dans les derniers jours de la grossesse. Acela rien d'étonnant, si l'on songe que la limite de la glycolyse se trouve abaissée : elle tombe le plus souvent au-dessous de 8 grammes par kilogramme, alors que, d'après Bouchard, chez les individus jeunes, elle est supérieure à 12 grammes (Bar et Daunay).
Fig. 112. — Bilan dos échanges en NaCl chez une multipare pendant les vingt derniers jours do- la grossesse et pendant les six jours suivant l'accouchement.
Les colonnes grises indiquent les poids en NaCl contenus dans la ration ; la ligne ponctuée indique les poids de NaCl éliminés par les urines ; le gros trait noir indique la balance aux différents moments de l'expérience.