SYSTÈME NERVEUX DE LA FEMME ENCEINTE
par les uretères, en bas et aussi en avant par l'urcthre, étiré dans le sens de la largeur, se plie et, quand on place la femme dans la position de Trendelenburg, il conserve souvent sa plicature par suite du faible déplacement de l'utérus. Le trigone peut également, au cystoscope, apparaître dévié par le développement inégal du segment inférieur et la rotation de l'utérus. Au point de vue pratique, on conçoit que les diverticules latéraux de la vessie favorisent, lorsqu'il y a infection vésicale, la stagnation du pus dans ces recessus, particulièrement dans le plus profond, celui de droite (Bar).
Ce procédé d'exploration vésicale (cystoscopie) peut être pratiqué même très tardivement au cours de la grossesse, puisque l'engagement de la partie fœtale ne l'empêche pas.
Pour Martin qui s'est servi de la radioscopie après injection de bismuth dans la vessie, celle-ci s'inclinerait à gauche dans les bassins rétrécis, à droite dans les autres cas.
On sait que la laxité du tissu cellulaire, rendant l'utérus indépendant de la vessie à la fin de la grossesse, a été utilisée en thérapeutique par Franck, Selheim, Ddderlein, Latzko. Diihrssen, etc., pour l'édification des procédés de césarienne sus-pubienne et de césarienne vaginale.
d. Excrétion urinaire. — Cette étude a été faite ailleurs (voy.p. 165). Signalons cependant, au point de vue mécanique, l'influence heureuse attribuée par Audebert et Fournier à la station verticale ou assise dans l'excrétion urinaire, comparativement à la station couchée qui retarde souvent cette excrétion.
6° Système nerveux. — Les modifications du système nerveux sont des plus variées. Au point de vue fonctionnel, elles se traduisent par des changements dans le caractère et les facultés affectives : certaines femmes sont plus gaies, plus enjouées ; d'autres se montrent tristes, presque mélancoliques, et envisagent avec une crainte exagérée le moment de leur accouchement ; chez quelques-unes, l'intelligence devient plus vive. On en a vu prendre en aversion les personnes qu'auparavant elles affectionnaient le plus. Les désirs revêtent dans certains cas un caractère impulsif, qu'on a caractérisé par le nom d'envies des femmes grosses. Nous avons déjà signalé les perversions du goût. Mentionnons la répugnance invincible pour certaines odeurs bien supportées ou même recherchées en dehors de l'état gravidique. La lassitude, les vertiges, les céphalalgies, les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil, les envies irrésistibles de dormir sont encore des troubles d'ordre nerveux.
Hâtons-nous de faire remarquer que tous ces troubles sont loin d'être
Fig. 121.
I), canal de l'urètre; U,U, abouchement des uretères dans la vessie ; A, A, prolongements latéraux de la vessie; B, plicature transversale du trigone ;C, direction du cystoscope quand il pénètre dans la vessie ; C', direction de l'instrument dirigé vers l'uretère (Bar et Luys).
PUECH ET LEQUEUX.
constants, et que certaines femmes ne se portent jamais aussi bien que pendant leur grossesse.
Il est d'ailleurs difficile de préciser la limite séparant les modifications physiologiques du système nerveux des vésanies de la grossesse. Cette dernière peut donner naissance à des troubles psychiques par sa seule présence, chez des femmes prédisposées qui « cherchent un clou pour accrocher leur névrose ou leur psychose » (Cazanove et Voivenel).
Chevalier, Lavaure et Voivenel admettent que la grossesse crée, le plus souvent, simplement une modification de l'équilibre de l'organisme sans lésion des différents appareils ; on observe alors des troubles du caractère, de l'instabilité de l'humeur, des phobies, etc.... Ce sont là, les modifications habituelles du système nerveux au début de la grossesse, avec un degré variable.
Les autres modes d'action (lésion des glandes à sécrétion interne ou externe, infection, intoxication) agissent comme causes provocatrices d'états nerveux essentiellement pathologiques. Il n'est pas sans intérêt d'observer que nombre de ces états se rencontrent dans le cas d'insuffisance hépatique, dont ils constituent les « petits signes » (Lévi, Hanot). Assez logiquement on peut les rattacher à l'intoxication gravidique.
7° Appareil cutané. — Nous n'avons pas à revenir ici sur les modifications cutanées (pigmentation et vergetures) qui se produisent du côté de la paroi abdominale, des seins, des organes génitaux et du périnée. En dehors de ces régions, des dépôts de pigment peuvent encore se faire sur le visage, où ils constituent le masque de la grossesse.
On admet que ces pigmentations témoignent de l'activité de la cholémie gravidique (A. Gilbert). Les recherches d'Hofbauer, Bar et Daunay, Wychgel ont montré qu'il fallait considérer ce phénomène comme étroitement lié à l'hématolyse physiologique de la grossesse. La constatation par Wychgel et par P. Bar de particules ferriques, dans les dépôts pigmentaires souscutanés, viennent confirmer cette opinion.
La nutrition des ongles, modifiée par la grossesse, se manifeste par une diminution de l'épaisseur qui, de 34 centièmes de millimètre à l'état normal, tombe à 26 centièmes de millimètre (Esbach).
8° Appareil ostéo- articulaire. — L'étude des modifications imprimées par la grossesse aux articulations du bassin et à la colonne vertébrale a été faite plus haut. Nous ne nous occuperons ici que de la production des ostéophytes et des modifications des articulations en général.
a. Ostéophytes. — On désigne sous ce nom des dépôts d'une substance ressemblant à du tissu osseux, qui se font entre la table interne des os du crâne et la face externe de la dure-mère. Décrits pour la première fois en 1838 par Rokitansky, ils ont été bien étudiés par Ducrest et A. Moreau.
D'après Rokitansky et A. Moreau, on les trouverait dans la moitié des cas environ. Nés sous finfluence de la grossesse, les ostéophytes disparaissent avec elle. Leur présence ne provoque aucun trouble des fonctions cérébrales.
Les ostéophytes ne se rencontrent pas seulement au niveau du crâne ;