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L ABLUTION

Technique. — L'ablution (ablution) est la plus simple des applications hydrialriques, et c'est cellequ'on peut employer le plus communément. Non seulement l'ablution est utile dans beaucoup d'états pathologiques, mais elle sert encore à préparer les malades à des moyens plus actifs. Elle consiste à appliquer de Teau avec la main nue. ou avec la main recouverte d'un gant, de gaze ou de toile. On doit éviter l'éponge, parce qu'elle ne produit pas une friction suffisante et atténue la réaction.

Habituellement on exprime l'éponge avant de la passer dou-

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cernent sur la surface cutanée. Dans les élats fébriles, l'éponge détermine un refroidissement par évaporation, mais elle ne produit quune très faible excitation des terminaisons nerveuses, et, par conséquent, un efl'et très réduit, ou nul, sur le système nerveux central; or, cet eflet, comme on Fa montré, est le but principal des opérations hydriatriques. La méthode et la température de l'eau employée varient avec l'objet que l'on a en vue. On place à la portée de la main plusieurs récipients remplis d'eau à des températures convenables. Pour les maladies fébriles aiguës, dans lesquelles la température dépasse 101° F'. (38, 3"^ C), on procède ainsi : on étend sur un côté du lit recouvert d'une couverture de laine une toile cirée ou une alèze en caoutchouc, sur laquelle on place un drap de toile ou une nappe, dont une moitié arrive Jusqu'au bord du lit tandis que l'autre moitié est enroulée sur l'autre côté du lit. Le malade est alors placé sur le drap. On bassine d'abord le visage avec de l'eau entre G5°etoÛo F. (18,3° et lOo C.). Pour le corps on emploie en commençant de l'eau à 90° F. (32,2" Cj, puis on abaisse à chacune des applications suivantes la température de l'eau de deux degrés ou davantage (1° C). On arrose en se servant d'une pièce de gaze froissée ou d'une petite serviette imbibée d'eau, avec laquelle on exerce de légères frictions, successivement la poitrine, les bras jusqu'aux coudes, le dos, l'abdomen, et les membres inférieurs jusqu'aux genoux ; on mouille fréquemment laserviette, que l'on exprime ensuite sur le corps. Lors de la première ablution on presse fortement la serviette ou le gant avant de s'en servir, afin d'obtenir un effet modéré, que l'on pourra augmenter à chacune des ablutions suivantes en laissant une plus grande quantité d'eau dans le tissu.

Dans les états fébriles, on ne soumet jamais à l'ablution les extrémités des membres si elles restent froides ; lorsque la température est normale, on évite également de les humecter, car la réaction n'en est que plus active. Ce procédé est de beaucoup supérieur à l'épongement [sponging), qui produit un refroidissement par évaporation, tandis que le léger choc de l'eau qui atteint la peau dans l'ablution, et qui est accompagné ou suivi d'une friction douce, réveille les nerfs périphériques, et, par son effet réflexe, réconforte l'organisme tout entier. On peut se faire une idée de l'effet particulièrement réparateur de la friction qui complète l'ablution, en comparant, au moment de sa toilette habituelle du matin, ce que l'on éprouve en se

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nettoyant le Aisage avec une éponge imbibée d'eau froide, et la sensation que l'on a en se lavant avec de l'eau froide dont on s'éclabousse la face avec les mains tout en se frictionnant.

On peut augmenter l'eifet réparateur et antithermique de l'ablution, chez des sujets vigoureux aj^ant des températures «levées, si l'on se dispense de sécher le corps jusqu'à ce que l'opération soit terminée, ou si l'on ne fait quel'envelopper dans un drap sec, que l'on a tenu en réserve sur l'autre côté du lit, et dans lequel on laisse le malade sécher spontanément. On doit cependant prendre ses précautions pour éviter le refroidissement du malade et se rappeler qu'on doit rechercher seulement une réaction douce, en considération des principes établis, qu'il est inutile de reproduire dans l'exposé' de chaque procédé.

Une autre méthode pour accentuer l'effet antithermique consiste à placer une mince serviette de toile humide (toujours dépourvue de franges pour éviter l'égouttement) successivement sur la poitrine, l'abdomen, le dos et les parties supérieures des membres, et à jeter de Feau sur ces régions avec la main, ou à l'aide d'un pot à eau, ou en exprimant une éponge, puis à faire une friction et des tapotements avec la main à plat par-dessus la serviette humide. Ce procédé produit des elTets voisins de ceux du bain et souvent donne des résultats aussi bons, en ce qui concerne l'abaissement de la température et l'action réparatrice, que le bain complet ou le demibain. En modifiant la température de l'eau et la durée de l'opération, on peut modifier l'effet antithermique. Après l'ablution, que l'on peut renouveler en retournant le sujet deux ou plusieurs fois, sur l'une et l'autre face, on le sèche. On recommence l'opération quand les symptômes l'exigent. On peut apprécier la valeur de ce procédé dans les premiers stades de toutes les maladies fébriles, à l'exception des affections pulmonaires et bronchiques.

Dans les maladies chroniques, en outre, l'ablution est un préliminaire utile pour aborder des opérations hydriatriques plus actives.

J'ai depuis longtemps pris l'habitude, en traitant des malades extrêmement affaiblis, qui se présentaient à Montefiore Home et dont un grand nombre étaient toujours restés étrangers à l'usage de l'eau froide quand ils étaient en bonne santé, de suivre la règle que je vais indiquer. Le malade reçoit un bain de propreté chaud avec savonnage et friction à la brosse.

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Le jour suivant on Tenveloppe, nu, dans deux couvertures de laine à longs poils. On étale les couvertures sur un lit, le malade s'étend par-dessus, les bras relevés au-dessus de la tète, et on replie la couverture en la serrant autour du corps et entre les jambes. Les bras sont alors étendus le long du corps, on relève la seconde couverture autour du sujet, en fixant solidemeni le& angles supérieurs sous le cou et en repliant le bord inférieur sous les pieds. On le laisse alors reposer, telle une momie, dans la chambre chaude, après avoir placé sur fui des couvertures. L'ingestion à petites gorgées dun verre ou deux d'eau glacée favorise le fonctionnement de la peau. Quand le malade est resté de une demi-heure à une heure à accumuler ainsi de la chaleur à sa surface, on lui bassine le visage avec de l'eau à 50'^ F. (10" C). On écarte les couvertures successivement de la poitrine, de l'abdomen, du dos, des membres inférieurs et des bras, et on bassine ces régions les unes après les autres, en les frictionnant avec de leau à 80° F. (26, 6'^ C), que l'on jette avec la main. On sèche immédiatement chacune des régions et on la replace sous la couverture. On abaisse la température de deux degrés chaque jour jusqu'à ce qu'on atteigne 60*^ F. (lo,5o C.).On fait ensuite une friction sèche générale avec la main ou avec un linge, et on fait prendre quelque exercice au malade, s'il est capable de le faire. Dans le cas contraire, on le laisse au lit et on lui donne une tasse de bouillon chaud. Il est préférable d'appliquer ce procédé dans les premières heures de la matinée; mais on peut l'appliquer à un moment quelconque et le répéter autantque l'exigent les facultés réactionnelles du sujet pendant plusieurs jours. Durant les premiers jours, on se contente d'appliquer l'eau simplement en frictionnant avec la main fréquemment mouillée les diverses régions du corps. Chaque jour on emploie une quantité d'eau un peu plus grande, en se servant du creux de la main ou d'un pot à eau, et l'on donne ainsi au malade une certaine éducation, un certain entraînement. Le pouvoir réactionnel de celui-ci augmente graduellement sous l'influence de cette méthode, en sorte qu'on évite de lui imposer une secousse désagréable.

L'étape suivante de l'entraînement du malade aux opérations hydriatriques est une ablution générale. Le malade se tient debout dans trente centimètres d'eau à 100" F. (37. 8'^ C); on verse sur lui avec la main, ou à l'aide d'un récipient, de l'eau à 80° F. (26,6° C); on le mouille et on le frictionne doucement Baruch. — Hydrothérapie. 9

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avec les mains, comme on l'a indiqué ci- dessus. Chaque jour on abaisse de deux degrés ou plus (IJ^c.) \^ température de l'eau, jusquà ce qu'on atteigne 60'^ F. (15, o'' C. ). Je me suis servi avec tant d'avantages de cette application simplifiée des méthodes adoptées par certains spécialistes de l'hydrothérapie, comme Fleury, Winternitz, Duval, que je ne saurais la recommander avec trop d'insistance, pour les individus sains comme pour les malades. Toutefois, je dois aussi attirer l'attention sur la nécessité d'une technique exactement suivie. Il ne suffit pas de dire au malade : « Vous devez vous bassiner d'eau froide chaque jour. » Il faut le pénétrer de cette idée que l'impression subite produite sur les terminaisons sensitives est très importante, do même que la réaction qui suit le choc bref que l'eau froide donne chaque jour à l'organisme. Il faut lui donner par écrit l'indication des températures auxquelles doivent être prises les ablutions successives, comme on indiquerait lesdoses d'un médicament. Il est bonde se renseigner à la visite suivante du malade sur la façon dont il a exécuté les prescriptions, afin qu'il corrige sa technique si elle est défectueuse. La plupart des malades qui sont capables de marcher peuvent être dispensés du maillot sec ; ils débutent par une ablution de la poitrine et de la partie supérieure des bras qu'ils font le matin, vêtus jusqu'à mi-corps, avec de l'eau à la température prescrite contenue dans une cuvette placée devant eux. Après une semaine d'ablutions quotidiennes de la partie supérieure du corps, une ablution générale, le malade se tenant debout dans de l'eau à 100° F. (37,8'' C), constituera la seconde étape de l'entraînement neuro-vasculaire.

A côté de leurs avantages thérapeutiques, les ablutions possèdent une grande valeur comme procédés préparatoires à d'autres opérations hydriatriques plus énergiques, dans les maladies aiguës aussi bien que dans les états chroniques; car elles mettent en marche le mécanisme réactionnel du malade. Si, par exemple, la peau reste froide et pâle, ou se cyanose à la suite d'une ablution accompagnée de frictions, nous sommes avertis que nous ne devons employer des procédés plus actifs qu'avec une grande circonspection. Dans des cas de ce genre, on ne doit s'attaquer tous les jours, ou tous les deux jours seulement, qu'à une région du corps peu étendue, en faisant suivre l'ablution d'une bonne friction. Chaque jour on fait porter l'ablution sur une surface plus large.

Celte conduite prudente m'a mis dans la possibilité d'affir-

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mer que je n'ai jamais vu un malade trop faible pour ne pouvoii" supporter aucune des formes de l'hydrothérapie. Celte méthode d'accoutumance progressive éveille les facultés réactionnelles du malade dans les maladies chroniques; elle permet d'estimer le pouvoir qu'a le malade de conserAer son calorique ; le médecin peut alors adapter les opérations hydriatriques suivantes aux besoins que lui ont révélés ses observations.

Mode d'action. — La raison de l'efficacité des ablutions se trouve probablement dans l'excitation périphérique, qui, transportée aux centres nerveux, a une action tonique, et dans la dilatation des vaisseaux superficiels sous l'influence de la friction, laquelle, suivant Weyrich. augmente l'évaporation de la peau dans la proportion de cinquante pour cent. Ce dernier phénomène doit avoir une grande valeur dans les états fébriles, car, d'après Leyden et d'autres auteurs, la rétention de l'eau est un des principaux éléments du processus fébrile.

Nous devons ajouter à cet effet la dilatation des capillaires superficiels, qui se manifeste par la coloration rosée de la peau qui suit une ablution accompagnée de frictions. L'augmentation de l'amplitude des mouvements respiratoires, déterminée par le choc de l'eau froide qui atteint successivement les diverses régions, active également la respiration. Si l'énergie cardiaque est affaiblie, nous pouvons accroître par l'ablution le tonus des vaisseaux périphériques et faciliter le travail du cœur en supprimant l'obstacle que l'atonie des vaisseaux cutanés offrait au cours du sang. La vis a fronte, fournie par la dilatation plus marquée de ces vaisseaux, fait que la vis a tergo exigée du myocarde n'a pas besoin d'être aussi énergique. Ces remarques expliquent que les ablutions constituent un procédé préparatoire très précieux, que les sujets les plus faibles peuvent supporter sans inconvénient, et qui n'inquiète ni le malade, ni son entourage, comme pourraient le faire d'autres méthodes plus énergiques.

Les ablutions exercent également sur Vappareil musculaire un effet remarquable. Yinaj et Maggiora l'ont mis en relief dans leurs belles expériences, comme on l'a rapporté page 89. Le sujet subissait deux fois par jour un épongement avec de l'eau à 50" F. (10° C), et l'on enregistrait la courbe de fatigue avant et après chaque opération. Une courbe de- ce genre prise après ablution est représentée fig. 21. Ce tracé montre un accroissement marqué de la eapacité musculaire après l'ablution froide,

PRATIQUE DE l'uYDROTHÉRAPIE

qui prouve que l'effet tonique de celle-ci est très important.

Indications thérapeutiques. — L'emploi de l'ablution est

indiqué dans les maladies fébriles aiguës comme celui d'un

agent anti-fébrile et anti-thermique. Dans les formes bénignes

Fig. 21. — Courbe de fatigue de la main droite après une ablution Iroide. (Voir la courbe normale, fig. 11.;

des maladies infectieuses, elle peut suffire a prévenir tout danger pendant la durée entière de la maladie. J'ai traité ainsi des cas de fièvre typhoïde dont la température n'atteignait pas 102,5° F. (39,1° C). Si, dans la suite, la température dépasse 39,6° C, les mérites de l'ablution comme procédé préparatoire au bain froid paraissent évidents.

L'ablution a une grande valeur dans les maladies chroniques, anémie, chlorose, phtisie, etc.

Dans tous les cas de neurasthénie qui n'exigent pas l'emploi de moyens plus actifs, l'ablution donne d'excellents effets ; dans les cas plus graves, elle permet d'amener progressivement le malade à la douche et à d'autres procédés plus énergiques.

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