L'AFFUSION
Technique. — L'affusion(a/yr«s«on) est un procédé qui consiste à faire tomber un filet d'eau d'un pot à eau, d'une cuvette, ou mieux d'un seau, qui donne un jet plus large, sur la tète, les épaules et le corps du malade, qui se lient debout ou assis dans une baignoire vide, ou étendu sur une table à pansements. L'efTet excitant dépend de l'élévation du niveau d'oii leau est versée et du degré de la température (50'^ à (35" F. ou 10° à 18,3° C). Quand on a affaire à des malades faibles, il est bon de commencer par de l'eau à une température élevée, versée d'une faible hauteur. L'opération tout entière sera rapidement exécutée. Le malade se tiendra assis, ou à demi couché, s'il est atteint d'une maladie aiguë, debout dans de l'eau à 100° F. (37 8'^ C. ,s'il soufTre d'une affection chronique. L'ailusion est un traitement plus énergique que l'ablution, à cause de sa durée plus brève, du choc plus brutal qu'elle produit, de l'étendue plus grande de la surface qu'elle frappe. C'est cette forme du traitement par l'eau froide que pratiquait Currie ; elle lui a donné tant de succès qu'elle est devenue la base de l'hydrothérapie moderne.
Mode d'action de l'affusion. — Le mode d'action des affusions est très simple. Le choc brusque d'un volume assez considérable d'eau froide, projetée avec force sur une surface étendue du corps, doit produire cette action mécanique et thermique intense sur les nerfs sensitifs de la peau, que nous avons analysée plus haut. L'excitation, transmise au système nerveux central détermine des effets d'ordre réflexe sur la respiration, l'activité cardiaque, l'assixTiilation et la nutrition, qui ne sauraient passer inaperçus. Le caractère intermittent de l'excitation thermique et mécanique donne à ce procédé une efficacité particulière. Il fournit tous les effets que nous avons attribués aux ablutions (page 131), mais avec une intensité manifestement plus grande.
j\ous devons à plusieurs expérimentateurs russes des recherches précises sur ces effets. Nous en donnons un bref résumé, en omettant les détails qui prouvent le soin avec lequel ces observations ont été faites.
Blagowetschensky a étudié, en 1888, l'action des affusions chez des individus sains, emprisonnés dans une maison de
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réclusion à Saint-Pétersbourg. Les affusions étaient données le matin et le soir, avec trois seaux d'eau, dont la température était entre 52" et 75° F. (11,1° et 23, 8o C). Les aliments et les boissons étaient pesés soigneusement et Tadministration en était réglée. On constata que l'assimilation de l'azote était augmentée, dans tous les cas, de 1,43 pour cent après une affusion à 52°¥. (11,1° C.),et de 2,44 pour cent après une affusion à 75°F. (23,8° C). D'ailleurs les fonctions d'assimilation étaient activées d'une façon générale. Le poids des sujets augmenta dans sept cas, dans quelques-uns d'une façon considérable; il diminua dans un cas. Les pertes subies par l'organisme du fait des excrétions cutanées et pulmonaires étaient augmentées de 24 pour cent. On constata un ralentissement marqué du pouls dans quatre-vingt-trois examens, et on trouva une augmentation de quatre pulsations à la suite de deux affusions à 60° F. (io,.5'' C). La respiration était ralentie. La pression sanguine s'élevait manifestement après les affusions les plus froides. Chez les individus sains, il n'y avait qu'un abaissement léger de la température. Plus l'affusion était froide, plus les modifications du pouls, de la respiration et de la température étaient marquées.
Indications thérapeutiques (i). — L'affusion est. dans certaines circonstances, un adjuvant très utile du traitement de
(1) I^e Docteur Léopold Senfelder {mener klinische Rundschau, 1S97) indique, dans un travail qui présente un intérêt liistorique, les circonstances dans lesquelles Hippocrate employait ce procédé. Ilippocrate appliquait les affusions générales froides dans la syncope et le collapsus, et dans le tétanos; les afl'usions chaudes dans la fièvre puerpérale (à la place des bains) et dans l'hydropisie. Il employait des allusions partielles : afl'usions chaudes sur la tète dans les intlammations de l'u'il; afl'usions froides sur la tète dans la lièvre, pour produire la sudation, dans l'insomnie et le délire, dans les plaies de tète avec délire, dans les blessures quelconques, dans l'inflammation de la gorge. Ilippocrate appliquait également des atfusions cliaudes aux articulations luxées ou atteintes de quelque traumatisme pour produire un eflet calmant, dans les fractures, dans les déplacements de l'utérus, dans les fistules à l'anus pour les nettoyer, dans les douleurs de la cuisse, des hanciies et des reins. 11 appliquait les afl'usions froides dans la diarrhée avec collapsus, dans les douleurs et les tuméfactions articulaires, dans les déplacements de l'utérus ; il faisait verser de l'eau sur les cuisses pour produire une stimulation, jiour déterminer un eflet rafraîchissant dans l'innammation de l'utérus, cl jiour exercer une action stypliquc et calmante dans l'hémorragie utérine.
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certaines maladies aiguës. Lorsquele malade est sans connaissance ou délirant ; quand il présente les signes de l'effondrement de ses forces nerveuses et d'une adynamie générale ; quand les vaisseaux superficiels réagissent faiblement, ce qui se traduit par une cyanose plus ou moins marquée, et que le cœur s'efforce de suppléer au défaut 'd'élasticité qui empêche les vaisseaux de collaborer comme de coutume à la propulsion du sang ; quand les bronches sont obstruées de mucus et que les alvéoles pulmonaires sont fermées par la congestion hypostatique, il n'est aucun remède qui puisse réveiller les fonctions défaillantes, comme une affusion bien administrée. Le patient peut être placé ou maintenu dans une position à demi couchée dans l'eauà une température de 100° F. (37, 8oC.), tandis qu'on douche la partie supérieure de son corps et qu'on le sèche au moyen de frictions. On emploie de l'eau entre 60° et 85'^ F. (15, o° et 29, o" C.) ou a une température inférieure; l'opération dure deux secondes ou plus ; on en observe attentivement les effets, et on la répète au bout d'une heure, ou moins fréquemment, jusqu'à ce que le résultat soit obtenu. Quiconque aura constaté l'effet réparateur que détermine une opération de cette sorte intelligemment appliquée ne l'oubliera jamais. Le malade, qui entre dans la baignoire avec du délire, retrouve souventsaconnaissance, son regard redevientbrillant et son apathie diminue. Chez d'autres malades, dont la respiration avant le bain était superficielle, les mouvements respiratoires deviennent souvent plus amples, la toux et l'expectoration plus faciles ; et ils retournent à leurs lits ayant soustraits leurs poumons au péril de la congestion hypostatique. Chez d'autres encore, chez qui la cyanose ou des marbrures de lapeau indiquaientl'affaiblissement ducœur, la surface cutanée prend une coloration rouge, la circulation superficielle devient plus active, la force du pouls augmente et sa fréquence diminue. L'action réflexe qui porte sur le nerf phrénique rend l'inspiration plus profonde, un nouvel apport d'oxygène arrive aux poumons dont l'expansion était insuffisante, le cœur est excité et l'appareil respiratoire triomphe des dangers de l'état hypostatique. L'allure tout entière de la maladie se transforme souvent sous l'influence d'applications froides de courte durée, après lesquelles le malade est séché rapidement. Les excitants qui, jusque-là, ne suffisaient pas à réveiller les fonctions languissantes, agissent maintenant avec plus d'efficacité, car leur effet devient plus durable. Lorsque le coUapsus est imminent,
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on doit aA'oir présente à l'esprit cette déclaration du savant clinicien qu'est Winternitz, déclaration dont on a si souvent confirmé la valeur : « On regarde presque partout le collapsus comme une contre-indication de toute application froide. J'exprimerai de nouveau cette opinion, que je ne connais pas d'agent plus puissant etplus efficace pour combattre le collapsus qui menace ou qui s'est établi, que l'excitation intense d'une application froide intelligemment faite. Combien de fois ai-je vu, dans des états fébriles avancés, dans des fièvres typhoïdes compliquées, un changement favorable s'opérer rapidement, dans la froideur cadavérique des extrémités, dans les manifestations les plus sérieuses de l'adynamie, dans la congestion liypostatique des poumons, sous l'influence de l'immersion du sujet dans un bain très froid ou d'une application froide. Je suis fermement convaincu que, très souvent, ces symptômes ne sont pas dus à l'affaiblissement du cœur, mais à un collapsus des vaisseaux, et que le seul remède sur est, dans ce cas, l'excitation passagère mais énergique que donne le froid, comme je l'ai prouvé à maintes reprises. »
Henoch (1) recommande l'emploi du froid comme excitant dans le collapsus des maladies infantiles. Il conseille le demibain (91° F., 32,7° C.) avec affusion froide sur le cou et la poitrine.
L'alîusion est encore la méthode qui a permis à Currie d'obtenir des succès remarquables dans le traitement du typhus. Il se servait surtout d'eau de mer à bord d'un vaisseau. Il plaçait le malade sur le pont et versait sur son corps brûlant des seaux d'eau de mer ; il arrivait ainsi à modifier complètement la physionomie de la maladie.
Le professeur Hoffmann, de Leipzig (2), s'exprime ainsi :
« J'ai obtenu les meilleurs résultats des frictions froides et des douches dans les affections pulmonaires. Appliquées avec prudence, elles n'ont jamais entraîné d'effets nuisibles. On sait que les alTusions froides sur la poitrine et le cou déterminent des mouvements d'inspiration tout particulièrement énergiques. Aussi les a-t-on employées depuis longtemps pour rendre la respiration plus profonde chez des malades dans la torpeur. Les fébricitants, dont la respiration superficielle favorise l'établissement de la congestion hypostatique, peuvent échapper,
(l) Deutsche Medizinal-Zeltung, i" septembre 1890.
(±) Vorletsuîifjen iiber allgemeine Thercifjie, Leipzig, 1892.
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par ce moyen, à des complications dangereuses. L'inspiration devient plus profonde; elle facilite la circulation du sang entre le cœur droit et le cœur gauche; elle amène une dilatation des vaisseaux cutanés, et une anémie proportionnelle des organes internes.
Dans la scarlaline. quand le système nerveux est sidéré par l'intoxication, que la circulation est gênée, que la peau est pâle, marbrée, ou cyanosée, la respiration superficielle, la température élevée, le pouls faible et rapide, on obtient des résultats vraiment merveilleux de l'emploi judicieux d'affusions de courte durée. La réaction survient rapidement; la circulation générale et la circulation périphérique deviennent plus actives, la respiration plus profonde, l'attitude est plus ferme, et la peau prend une coloration rosée. Que la crainte du froid n empêche personne d'avoir recours aux affusions froides (70° à 60" F. ; 21,1" à ir»,?j*' C.), dans ces cas désespérés. Elles constituent l'équivalent hydriatrique de la digitale et de l'alcool; par elles le cœur affaibli reprend une vigueur nouvelle; il lance un sang vivifiant en flots joyeux à travers les artères paresseuses, chassant la congestion hypostatique, le délire, la torpeur, prévenant l'issue fatale dans les circonstances qui laissent le moins d'espoir. La conviction que j'exprime ici est née de mes observations cliniques. Je reconnais d'ailleurs qu'il faut employer cette méthode avec discernement, en déterminant, suivant l'état du malade la température de l'eau employée, sa quantité, la durée de l'opération et l'énergie de l'application.
belirium tronens. — Sir AVilliam Broadbent (1 ) recommande l'afTusion avec de l'eau glacée comme produisant des résultats favorables immédiats dans cette maladie. Le malade est deshabillé et couché sur une couverture sous laquelle est placée une toile imperméable; on humecte abondamment et rapidement son visage, sa poitrine, et le reste du corps à l'aide d'une grosse éponge imbibée d'eau glacée ; on le sèche en le frictionnant; on soumet le dos au même traitement, et l'on répète l'opération deux ou trois fois de suite en frictionnant vigoureusement le sujet dans l'intervalle des aflfusions. Un sommeil réparateur s'installe, et la guérison survient rapidement, même lorsque des complications comme la pneumonie et l'albuminurie interdisent l'emploi des opiacés. Bien que l'auteur n'ait
{1) Brilish Médical JourituI, juillet 1905.
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pas expérimenté personnellement cette méthode, il la recommande chaudement; car elle est basée sur Faction physiologique des applications froides de courte durée sur les vaisseaux cutanés; ces vaisseaux, en effet, chez l'alcoolique chronique, sont dilatés et dans un état de semi-parésie, comme en témoigne la cyanose. En outre, les inspirations devenues plus amples augmentent l'oxygénation et favorisent l'élimination de l'alcool.
Méningite et autres affections cérébrales. — Rohrer (1) rapporte quinze observations remarquables de cas désespérés, dans lesquels on constate l'effet salutaire des affusions froides. Après s'être élevé contre la tendance qu'ont certains médecins à s'incliner devant le préjugé des profanes, alors qu'ils sont convaincus de la valeur thérapeutique de l'eau froide dans les états fébriles, cet auteur dit avoir vérifié l'efficacité des affusions froides : « 1" dans les symptômes cérébraux consécutifs à Thyperlhermie dans les maladies infectieuses (cinq cas); 2'^ dans la méningite, les troubles des fonctions cérébrales causés par des lésions du système nerveux central, la congestion cérébrale, la pachyméningite, l'infiltration néoplasique, l'insolation, la méningite tuberculeuse (six cas); ^° dans les manifestations méningées survenant au cours de maladies aiguës non infectieuses, particulièrement de la pneumonie à forme cérébrale (quatre cas) ». Les observations détaillées établissent l'exactitude de l'opinion donnée par cet auteur, qui la résume en ces termes :
« L'affusion froide agit comme :
1*^ Agent réducteur de la température, quand on la donne très froide et assez abondante pour y employer dix seaux;
2° Antispasmodique, calmant des convulsions toniques et cloniques résultant de l'excitation du cortex ;
3" Dérivatif; lorsque l'eau est versée sur la tête et le cou, la peau de celte région devient toujours d'une rougeur intense;
4° Excitant des terminaisons nerveuses périphériques; elle augmente l'amplitude des mouvements respiratoires.
L'affusion peut être employée :
a) Dans tous les états fébriles accompagnés de congestion ou d'excitation cérébrales ;
b) Dans la méningite, quelle qu'en soit l'étiologie;
(1) Deutsches Archiv fiir klinische Medicin, 1S"4, n° 13.