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CHAPITRE II

Le bain général {full bath) comporte l'immersion complète du corps dans Teau, de sorte que le niveau de celle-ci atteint la face inférieure du menton, la tête émergeant seule de l'eau. Le bain de baignoire {lub bath) correspond à ce que les Allemands appellent « Vollbad ». Comme c'est le genre de bain le plus important, et que sa technique, ses effets, et ses applications thérapeutiques différent suivant la température de l'eau employée, il est nécessaire, pour rendre ce sujet plus clair, de le diviser en trois parties :

1° Le bain général froid (avec friction") ;

2"^ Le bain général chaud ;

3° Le bain de hamac. •

L'auteur emploie l'expression de « bain froid avec friction »

Fig. 39. — Baignoire roulante.

[cold friction ia<A),pour désigner le bain général froid (co/rf full batli), afin de ledéfinir par ses principaux éléments : la basse

température et la friction, et parce que la première ne doit jamais intervenir sans la seconde, comme on le démontrera amplement.

On a appliqué ce procédé arec des succès remarquables dans le traitement de la fièTre typhoïde et d'autres maladies infectieuses. L'exposé détaillé de cette méthode et de son mode d'action mérite la plus grande attention ; car on a recours très fréquemment à ce genre de bain dans la pratique médicale actuelle.

La technique du bain froid ditïère suivant le but thérapeutique que l'on a en vue, comme on le montrera plus loin. D'une façon générale onl'emploie de la manière suivante, dans les cas aigus : on dispose près du lit du' malade, mais en arrière d'un paravent pour que le malade ne soit pas ému par ces préparatifs, une baignoire d'une longueur et d'une largeur suffisantes pour qu'il s'y trouve bien, et on la remplit aux trois quarts avec de l'eau dont la température varie entre 90*' et 65° F. (32, â» et 18,3" C).

Fig. 40.

Baignoire roulante de l'auteur.

On ne seservirajamais.àmoins qu'il soit absolument impossible de faire autrement, d'une baignoire fixe située dans une salle de bain qui contient des lieux d'aisances. Si l'installation offre certaines commodités pour avoir de l'eau à la tempéra-

208 PRAÏIOIE DE l'hydrothérapie

ture convenable, elle procure aux infirmiers le désagrément au malade la souffrance de séjourner dans Tatmosphère vici d'une salle étroite. Les mouvements que l'on imprime au m lade pour le transporter de sa chambre à une salle de ba même toute proche peuvent également lui être préjudiciabli Pour la pratique privée la baignoire ordinaire de tôle de Im. à 2 m. de long, telle qu'on la trouve dans le commerce, > peut-être celle qui convient le mieux. On étend le long du lit tapis, sur lequel on place la baignoire, que l'on fait reposer s des briques ou des pièces de bois, ou encore sur des bancs des tabourets peu élevés afin de la mettre à peu près au mêi niveau que le bord du lit. C'est cette disposition que les inf miers, qui auront à porter le malade du lit à la baignoire e le frictionner, trouveront la plus commode. On aura bes( d'une moins grande quantité d'eau si la tête de la baignoire'' placée 15 ou 30 centimètres plus bas que son pied. Quand doit apporter dans des seaux l'eau à la baignoire, on remp plus facilement celle-ci si elle se trouve dans cette positio On peut remplir partiellement la baignoire avant de la mett en place; puis on achève de la remplir avec des seaux, q Ton vide le plus silencieusement possible. Un bon moyen remplir la baignoire, c'est de la relier par un tube decaoutcho au robinet d'un lavabo et d'y laisser couler l'eau. Dans maisons situées à la campagne, on aura plus de facilité à vie la baignoire en adaptant à son robinet d'écoulement un tu de caoutchouc, que l'on faitpasserpar une ouverture pratiqi dans la paroi. L'expérience personnelle de l'auteur lui pern de garantir la commodité de cette disposition. Dans lapraliq hospitalière, on trouvera avantageux l'emploi d'une de ces b gnoires qui sont représentées ci-contre (lig. 39 à 4ri, pai qu'elles sont plus solides et plus faciles à nettoyer.

La figure 39 représente une baignoire roulante en tôle q fabrique la maison d'appareils de chirurgie Richard K and Co. ,

Les figures 40 et -41 représentent une baignoire roulante in . ginée par l'auteur pour servir dans les salles étroites du Mi hattan Hospital. Elle possède certains avantages sur la b ; gnoire ordinaire de 2 m. de long. Les dessins montrent bien i forme de la baignoire. Ellle a 1 m. 25 de long sur 70 cm. large ; elle est formée de deux parties disposées de telle que les extrémités inférieures du malade sont tléchies ;i droit par rapport à son corps allongé, ses pieds repos.'

LE BAIiV FROID AVEC FRICTION

n double fond qu'on remplit avec de l'eau chaude. On fait énétrer l'eau chaude dans le double fond par un tube àentonoir situé dans un des angles delà baignoire ; un robinet placé ir la face postérieure du réservoir à eau chaude permet de le der. L'utilité de cette baignoire consiste en ce fait qu'elle ace le malade dans une position commode, et qu'elle prévient refroidissement trop considérable des pieds et les crampes 3uloureuses qui en sont la conséquence (flg. 41). Ses dimen-

:. 'tl. — Baignoire roulante de l'auteur pour les usages hospitaliers, ection montrant le tube qui conduit l'eau chaude dans le double ond.

ns réduites et sa forme ramassée la rendent plus facilement nsportable qu'aucune autre baignoire. La Kny-Sheerer Comay a construit cette baignoire en bois revêtu d'une forte ache de vernis et doublé de cuivre, ce qui la rend facile à toyer. La hauteur de la baignoire évite beaucoup de cour- :ures aux infirmiers, qui sont obligés de frictionner le lade pendant la durée du bain. On se sert constamment à 3pital d'une baignoire de ce genre depuis quinze ans, et elle onné toute satisfaction,

moire portative de Burr. — Lorsque le malade ou son

'gereculedevant cettemesure héroïque que leur paraît le

baignoire, ou lorsque celui-ci est impraticable, à cause

.ARUCH. — Hydrothérapie. 14

PRATIQUE DE L HYDROTHERAriE

de l'exiguité de la chambre ou pour une autre raison, on peut se servir avec avantage de la baignoire du D'' A. -II. Burr (de Chicago). Elle comprend d'abord un large drap de caoutchouc, muni d'anneaux fixés le long de ses bords par des rubans élastiques, ensuite, un cadre de bois léger, dont la barre inférieure porte des crochets auxquels on peut fixer le drap. Ce châssis se plie en deux mouvements en un faisceau compact. Les accessoires sont un tuyau en caoutchouc servant de siphon muni d'un ajutage métallique, une éponge et un thermomètre de bain. Quand on veut faire usage de l'appareil, on glisse le drap de caoutchouc. sous le malade en l'introduisant entre la tête et l'oreiller et en le déroulant jusqu'aux pieds. On déploie le châssis et on le place sur le matelas encadrant le malade et le drap de caoutchouc. Puis on tire les bords du drap sur la partie supérieure du châssis, on les abaisse jusqu'à la barre inférieure, aux crochets de laquelle on les fixe par leurs anneaux. On fait ainsi une baignoire légère et parfaite

Fitr. 42. — Baignoire portative de Rurr. A, le cadre; B, l'ajtpareil inontr.

susceptible de contenir 90 litres d'eau. On peut la vider à l'aide du siphon en quatre minutes (fig. 42).

LE BAIN l-ROID AVEC FRICTION

Simpli/icaiion du bain portatif. — Le D*" A.-C. llaven a imaginé une utile moditication de la baignoire de Burr,qui la rend plus simple et en diminue le prix de revient (1). On peut improviser un bain de ce genre avec une corde à étendre le linge, une douzaine d'épingles de bois et trois mètres de toile cirée. « Fixez solidement une première corde autour de la tête du lit, une seconde autour du pied du lit, reliez l'une à l'autre avec deux cordes parallèles, assujettissez la toile cirée avec les épingles, et vous aurez une baignoire aussi commode que peu coûteuse, dont le prix de revient ne dépassera pas 3 fr. 75. On n'a pas besoin de placer une corde autour de la tète et du pied du lit, lorsau'il s'agit d'iin lit métallique. Un tuyau d'ar-

Fig. 43. — On place le malade dans le bain froid.

rosage de 1 m. 2o, muni d'un bouchon de bois à son extrémité, constitue un excellent siphon. Tel est le bain dont je me sers maintenant. » Le D"" Haven ajoute : « Mon seul désir est de répandre dans les masses les bieul'aits du bain. Dans les mai-

(1; Médical Record, S janvier 1898.

212 PRATIQUE DE L UYDROTUÉRAriE

sons encombrées et les habitations rurales, le médecin peut, en un instant, montrer à son malade comment on peut se procurer les effets salutaires de l'eau froide. )>

Technique. — Le bain froid avec friction, dont la forme la plus parfaite est connue sous le nom de bain de Brand, doit èlre administré de la façon suivante : on fait prendre au malade un stimulant, de l'alcool, suivant Brand, de préférence 120 grammes de café fort et chaud, d'après l'expérience de l'auteur. On le déshabille, et on recouvre ses organes génitaux dune petite serviette. On bassine alors son visage avec de l'eau glacée, et s'il est trop faible pour se transporter dans le bain, il y est placé par deux infirmiers (fig. 43). On aura rempli la baignoire avec de l'eau dont la température ne sera pas supérieure à70° F. (21,1° C.) ni inférieure à 6ooF. (18,3° C.) (Brand m'a communiqué lui-même l'indication de ces températures) ; le tronc tout entier et les membres doivent être immergés. Une excellente manière de transporter le malade dans la baignoire consiste à le placer dans un hamac, solide mais d'un prix peu élevé, dont on a enlevé les bâtons. Deux infirmiers en tiennent les extrémités rassemblées entre leurs mains et peuvent ainsi soulever le malade le plus lourd pour le placer dans la baignoire. On laissera le hamac dans celle-ci jusqu'à la fin du bain. On plonge le malade dans l'eau avec la plus grande douceur. Il halète et frissonne un instant et parfois supplie qu'on le retire du bain. Mais les paroles encourageantes, l'altitude rassurante, la manière d'agir calme et exempte de hâte des assistants, et le soin qu ils prenjient de ne jamais opposer la force ou des raisonnements à son désir si naturel de se soustraire à ce traitement qui lui paraît très dur, arrivent presque toujours à calmer ses appréhensions. On prie l'entourage de quitter la salle, afin que sa présence n'augmente pas l'anxiété du malade, et n'accentue pas sa répugnance par des discours intempestifs. Un coussin à eau suspendu à la tête de la baignoire constituera un soutien très agréable pour la tête du malade ; un coussin à eau de forme ronde sera avecavantage placé sous son siège. Si l'on ne dispose pas d'un support pour la têle, l'infirmier soutiendra celle-ci de la main gauche, tandis qu'il pratiquera de la main droite une friction douce sur les différentes parties du corps (fig. 44). Cette friction peut être exécutée dans des conditions parfaites par un infirmier, ou dans la pratique privée par un

parent ou un ami. On prendra soin de frictionner toutes les parties du corps (excepté la partie inférieure de l'abdomen) ; ces frictions sont en effet regardées comme extrêmement importantes par l'inventeur de la méthode, pour prévenir le refroidissement, ]ecollapsus,la cyanose et l'affaiblissement du cœur.

Fis- 44. — Friction dans le bain froid.

Cette friction douce et continue amène une rougeur diffuse qui fait contraste avec la pâleur que la peau présentait antérieurement, et qui témoigne d'une dilatation marquée des vaisseaux superficiels. Comme on fait porter la friction successivement sur toutes les régions du corps, on agit en réalité de façon à entretenir constamment la contraction et la dilatation des vaisseaux périphériques, la première étant déterminée par le contact de l'eau froide agitée à la surface du corps, la seconde par la friction et la réaction qu'elle entraîne. On ne doit pas considérer le fait que le malade se plaint du froid comme une indication à le retirer du bain, à moins qu'il ne se produise un claquement des dents prononcé; les plaintes du malade sont volontaires et peuvent êtres dues à son émotivité, le claque-

214 PRATIQUE DE l'iIYDROTIIÉRAPIE

ment desdents est habitueliement involontaire. Un pouls i^etit, des mains cyanosées ou ratatinées sont souvent regardés par les personnes inexpérimentées comme un symptôme indiquant qu'on doit sortir le malade du bain, qui pourtant n'a pas encore donné tout son effet. Ces phénomènes peuvent être dus, on se le rappelle, à l'action locale du froid sur les vaisseaux périphériques; il est donc in'utQe de s'en alarmer, à moins que le visage ne se cyanose. Les ongles des mains sont souvent cyanoses, lorsque le malade se cramponne au bord de la baignoire pour se soutenir quand il tremble. La pression des mains contre le bord empêche le retour du sang veineux. Ce signe est donc trompeur. Mais la cyanose de la face est une manifestation qui exige qu'on interrompe le bain. N'étant pas immergée, la face ne peut se cyanoser que par suite de l'alTaiblissementde l'énergie cardiaque, complication excessivement rare, lorsque le bain est accompagné de fritiion. La petitesse du pouls n'apparaîtra pas comme un -symiptôme de faiblesse cardiaque, quand on constatera, en même temps, qu'il devient tmoins rapide et moins dépressible et qu'il perd son dicrotisme. Les assistants qui ne sont pas familiarisés avec ces manifestatxoxiç, d'apparente faiblesse, en particulier les membres de la famille, seront exclus de la chambre pendant la durée du bain et les instants qui suivront ; car leurs inquiétudes peuvent gêner l'exécution correcte du procédé, en réduire la durée et paralyser ainsi les efforts du médecin et des infirmiers. Si l'on ne ipeut ^"iter leur présence et lem" collaboration, on leur décrira succinctement par avance les symptômes qui doivent se présenter, afin de pouvoir leur demander de résister avec les infirmiers aux instances habituelles du malade, qui supplie qu'on le retire du bain. La durée du bain froid général varie aveclebut qu'on se propose ; cette question sera traitée à part. Habituellement, quand cette durée dépasse quinze minutes, on verse doucement sur la tête du malade une cuvette d'eau à .")0'^ F. (10° C), à plusieurs reprises au cours du bain. On aura auparavant disposé autour de la tête un mouchoir plié de façon à former un bandage large de 5 centimètres, que l'on noue sur la nuque. 11 forme une gouttière qui empêche que le visage ne soit surpris par l'arrivée de l'eau froide. Si lemalade présente de la torpeur ou du délire, on verse de l'eau froide sur sa tête et également sur ses épaules.

Avant que le bain, soit terminé, on préparera le lit du malade de ia façon suivante : on étend une double couverture

sur le côté du lit qui sera occupé par le malade, et Ton place sous la partie supérieure de celle-ci un oreiller recouvert d'une serviette. Sur la couverture on étend un drap de vieille toile (le drap de coton est inférieur parce qu'il n'absorbe pas l'eau aussi vite; or, il est parfois nécessaire, comme on le verra, de laisser le malade dedans jusqu'à ce qu'il soit sec). On prépare plusieurs boules d'eau chaude pour les pieds, qui d'ordinaire restent froids à la suite du bain. Celui-ci terminé, deux infirmiers se placent à une des extrémités de la baignoire, ils soulèvent le patient et le portent sur son lit. Si l'on se sert d'un hamac, chacun d'eux rassemble en ses mains une des extrémités de celui-ci. Puis ils lèvent le hamac contenant le malade, le soutiennent un instant au-dessus de la baignoire afin d'en laisser écouler l'eau et le posent sur un lit auxiliaire ou sur un des côtés du lit du malade. On abandonne le hamac, on enlève rapidement la serviette qui recouvre les organes génitaux, et on place le malade sur le drap de toile et les couvertures préparés précédemment, de façon que leur bord supérieur s'étende au delà des épaules jusqu'à la nuque. On l'enveloppe alors soigneusement de la manière suivante.

On étend le drap sur le corps en introduisant un pli entre le tronc et lebras et entre les membres inférieurs, afin que les surfaces mouillées ne soient pas en contact. On dispose alors la couverture autour du malade (fig. 4.5). Si sa température est élevée, au-dessus de 103° F. (39,4° C.) dans le rectum, on laisse le malade enveloppé dans son drap pendant cinq ou dix minutes ; si la température estplus basse, on le sèche de suite aA'ec le drap, puis avec des serviettes molles. Dans l'un et l'autre cas, on placera des boules d'eau chaude aux pieds. D'ordinaire le malade, qui était agité avant le bain, s'endort. Dans quelques cas, des frissons peuvent persister jusqu'à ce que la réaction survienne. Des frissons qui se prolongent un certain temps à la suite du bain froid avertissent que celui-ci a été défectueux, soit dans sa durée, soit dans sa température : on doit élever celle-ci ou diminuer celle-là; au cours et à la suite du bain suivant, on apportera également une attention plus scrupuleuse à la friction et à l'administration de stimulants, qui favoriseront la réaction circulatoire en augmentant la vis a tergo. L'emploi d'applications chaudes portant sur les membres est critiquable parce qu'elle produit un échaufFement artificiel de l'organisme; la nécessité où l'on se trouve d'y recourir à la, suite de plusieurs bains consécutifs indique qu e

216 TRATIOUE DE l'uYDROTHÉRAPIE

le mode d'administration de ceux-ci présenté quelque imperfection sérieuse.

Tel est le bain idéal imaginé par Ernest Brand, de Stettin, pour le traitement de la fièvre typhoïde. C'est un sujet sur lequel nous aurons l'occasion de revenir. Nous en avons exposé la technique avec une grande minutie, parce que nous avons vu bien souvent le bain froid administré sans friction ou suivant une méthode défectueuse par quelqu'autre endroit, et que son succès thérapeutique dépend de l'application exacte des règles que nous avons indiquées. Au cours d'une discussion sur la balnéation dans la fièvre typhoïde à l'Académie de Médecine de New- York (1), le D'' A. B. Bail dit que- « les médecins de Bellevue, au nombre desquels il se trouvait, avaient abandonné le traitement balnéaire depuis quelques années pour la raison quils n employaient pas la friction ; tous ceux qui expérimentèrent la méthode plus récente qui comporte la friction acquirent la conviction qu'on ne pouvait recommander de méthode plus efficace ».

Une autre forme du bain complet que les cliniciens ont avec raison beaucoup vantée est le bain progressivement refroidi {graduated bath) créé par von Ziemssen, de Munich. On exécute ce procédé de la façon suivante: les préparatifs en vue du bain et du séchage du malade sont les mêmes que dans la méthode de Brand. On verse dans une baignoire de l'eau entre 1)0 et 86° F. (32,2 et 30° C), assez pour en remplir un tiers. Le malade s'y trouvant placé, un infirmier bassine son corps à Taide de la main et de l'éponge, tandis que l'autre infirmier ajoute au bain de l'eau à une température d'environ 40° V. (4, -4° C), en un endroit où elle ne risque pas d'arriver immédiatement en contact avec le corps, jusqu'à ce que la température du bain soit tombée à 77°, 720 F. (25°, 22,2° C). 11 sera habituellement nécessaire d'enlever une certaine quantité d'eau àla baignoire au moyen d'une cuvette ou d'un pot à eau pendant qu'on y versera de l'eau plus froide. La friction est dans ce cas encore un élément essentiel du bain. La seule différence qui existe entre lebainprogressivement refroidi etle bain froid ordinaire réside dans ce fait que le premier de ces deux procédés accoutume graduellement le malade à l'eau froide et paraît moins terrible à celui-ci et à son entourage. On peut faire durer le bain une demi-heure, c'est le temps que Ziems-

(1) yeir-Yor/; Médical Record, 7 novembre 1896, p. G92,

sen indique. Lorsque l'opération est terminée, on enveloppe le malade dans des couvertures de laine préalablement chauffées pendant un quart d'heure, puis on le sèche et on le revêt de son linge de corps.

Le bain progressivement refroidi de Ziemssen est mieux accepté par les profanes et par les médecins qui n'ont pas l'expérience des procédés de ce genre,' parce qu'il débute par de l'eau tiède et parce que l'abaissement progressif de sa

Fig. 45. — Enveloppement du malade après le bain.

température les effraie moins. On peut, cependant, élever contre son emploi quelques objections qui l'emportent sur les avantages qu'il présente au point de vue du sentiment. Sa longue durée impose une fatigue extrême aux malades et aux infirmiers; il exige plus de travail, parce qu'il demande une plus grande quantité d'eau chaude, d'eau froide et de glace. L'addition de glace à l'eau qu'on va verser dans la baignoire est particulièrement impressionnante pour le malade et on

218 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

doit éviter d'exécuter cette opération en présence de celui-ci. !Zn outre il est excessivement difficile d'abaisser la température de Teau de 90° à 70° F. (de 32, 2° à 21,1° C.) pendant que le malade est étendu dans la baignoire. L'abaissement graduel de cette température, on peut égalementrindiquerici, diminue l'action stimulante du froid ; mais c'est là un point qui mérite d'être développé et qui sera exposé plus longuement à propos de l'action physiologique du bain froid, à cause de la persistance singulière de cette opinion eri-onée, qui veut que le bain 4e Ziemssen soit pi us doux que le bain de Bsraai'â. CoanaaiBie le malade est maintemu plus loaagtemps dans le liain et a^mH «aa reçoit une stimulation moindre, il réagira nécessairement avec moins de promptitude. Le bain de Ziemssem n'est :donc supérieur au bain de Brand qu'en tant que procédé ani:îrt;hermique, lorsque l'effet antithermique est la principale indication, cequi est rarement le cas. On peut liai faire encore uime objection très sérieuse, en faisant remarquer qite l'en doit ëOiever la température de l'eau avant cbaque bain de vingt-ciaDiq degrés F. (14° C.) ea enlevant de l'eau froide ■et en ajoutant de l'eau (CÎkaïadie et qu'on doit l'abaisser de noiuveau dans le cours du bain. C'est là un surcroît de travail et ée dérangements qui n'est pas compensé par le résultat. Le bain de Brand n'exige qu'une modification insignifiante de la températujre de l'eau, ou même ne l'exige pas; on peut employer la même eau pendant vingt-quatre heures ou plus si le malade ne i"a pas souillée. On rétablira la température de l'eau, qui s'esit élevée dans l'intervalle de deux bains sousTintluence de la cihaleur de la chambre, en enlevant quelques seaux de ceitlte eam fui «(eiroaat remplacés par quelquesseaux d'eau froide, ou plus sîmplejment en agitant dans la baignoire un gros morceau de glace enveloppé de gaze. On fera en sorte d'éviter qne le malade ne remarque cette opération qui pourrait Felfrayer. Des médecins et d'autres personnes qui ont été soumis à des bains de l'un et l'autre genre affirment que l'immersion brusque dans l'eau la plus froide produit un effet beaucoup moins désagréable et une sensation de refroidissement beaucoup moins pénible que le bain dont la température est progressivement abaissée. En somme, ce dernier est bien plus désagréable et donne beaucoup plus d'embarras.

Mode d'action. — Le mode d'action du bain froid, que l'on applique principalement dans la fièvre typhoïde et les autres

maladies infectieuses, est en rapports si étroits avec les données actuelles de la physiologie cfu'il doit inspirer toute confiance à la personne qui l'administre, après avoir acquis une connaissance exacte de son but et de ses propriétés.

Effet général. — Le bain froid détermine dans une large mesure tous les efTets que l'on a indiqués comme appartenant à toutes les opérations froides. Il produit une contraction simultanée de tous les vaisseaux de la peau, un choc simultané de tous les nerfs delà peau; les résultats de ce choc seraient dangereux si une active friction du corps ne les neutralisait pas : cette friction est un élément essentiel du bain froid. J'appelle bain froid celui dans lequel le corps est complètement immergé pour plus d'un court instant dans une baig-noire d'eau froide. Je ne me sers 'jamais du bain froid dans les maladies non fébriles, mais de procédés où l'eau froide n'est appliquée sur le corps que brièvement ou partiellement. Le mode d'action du bain froid diffère du mode d'action des procédés de ce dernier genre, décrits autre part, en ce qu'il exerce son action sur toutes les parties du corps en même temps. Le pouvoir réactionnel du malade est développé à son maximum dans le bain froid, tandis que, dans les ablutions ou les douches, l'application locale de l'eau froide amène la réaction seulement aux points où elle a porté, et elle est favorisée par le libre fonctionnement des régions qui lui ont échappé. Dans les fièvres, c'est la température élevée qui aide la réaction : elle neutralise l'eftet du choc, en particulier dans les premières périodes de ces maladies. Toutefois, comme la persistance du choc exige un pouvoir réactionnelsupérieur à celui quepossède un fébricitant, une friction portant sur le corps entier intervient pour stimuler artificiellement les nerfs et les vaisseaux cutanés. On s'aperçoit que le résultat est obtenu à l'abaissement de la température et au relèvement des fonctions nerveuses.

Mode d'action de la friction. — Winternilz a formulé cette loi, que la réduction de la température déterminée par un procédé hydriatrique dépend plus de l'intensité de l'excitation thermique et mécanique des nerfs sensitifs de la peau que d'aucun autre facteur. Nous devons au labeur incessant de Winternitz et de ses assistants la démonstration de ce fait qu'une excitation mécanique active de la peau, quand elle se combine

220 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

avec l'application de l'eau froide, augmente l'action antithermique de celle-ci, ainsi que Pospischl l'a montré. Au moyen de la friction ou d'une autre stimulation active de la circulation superficielle pendant le bain, comme au moyen du drap mouillé, du demi-bain, etc., on détermine une réplétion artérielle plus rapide des vaisseaux cutanés, en sorte qu'on augmente la largeur de l'aire, où le sang peut se refroidir en circulant au voisinage immédiat d'un milieu réfrigérant : l'eau du bain. Le sang refroidi pénétrant dans l'intérieur est remplacé par du sang chaud qui en vient. Cette méthode simple mais efficace d'abaisser la température explique un grand nombre des etïets contradictoires que l'on observe dans l'emploi des bains au cours des maladies fébriles. Il apparaît clairement, maintenant, que l'augmentation compensatrice de calorique consécutive à toute application froide ne dépend pas de la quantité absolue de chaleur soustraite par le contact de l'eau, mais de l'intensité de l'excitation des nerfs thermiques et du degré de refroidissement qu'éprouvent les terminaisons nerveuses périphériques, qui agissent par action réflexe sur la régulation de la température. Ce fait explique pourquoi deux bains froids de même température et de même durée peuvent produire des effets totalement dillerents chez le même individu, si dans un cas on le laisse reposer tranquillement, et si dans l'autre cas on le soumet à une friction énergique. Dans le premier cas la circulation périphérique est ralentie, la température de la surface est abaissée presque au degré de la température du milieu ambiant, la production de calorique dans les tissus musculaires est exaltée, et la température rectale diminue peu, si elle diminue. Dans l'autre cas, la circulation périphérique est continuellement stimulée, l'aire vasculaire se remplit, la surface cutanée se refroidit moins, mais le sang qui arrive aux vaisseaux superficiels se refroidit davantage.

En outre, la friction favorise l'élimination de la sueur. Les expériences de AVeyrich et les expériences plus récentes d'Ignatowski (1) établissent qu'une bonne réaction consécutive à un bain froid augmente dans des proportions énormes et pour un temps considérable lévaporation de la sueur, tandis que ce phénomène se réduit, si le bain froid n'est pas suivi de réaction. Puisque la réaction est le but principal du bain froid, la friction devient l'élément le plus important de celui-ci.

(1) Loc. cit.

De plus, la friction prévient le tremblement. Les modilications delà tiiermogénèseaugmententsous Tintluencedes contractions musculaires toniques ou cloniques, qu'elles soient volontaires ou involontaires, qui surviennent habituellement lorsque le corps entre en contact avec de l'eau à une température très inférieure à la sienne. En neutralisant cet effet, parla suppression du tremblement, la friction pratiquée au cours du bain froid ajoute, par conséquent, à l'effet antithermique de celui-ci. S'il est possible que le tremblement n'oppose pas un obstacle bien important à l'abaissement de la température, il n'en est pas moins un des éléments compensateurs qui reproduisent le calorique à mesure que celui-ci disparaît; le tremblement aide donc la peau dans les fonctions compensatrices dont elle dispose pour régulariser la température.

La régulation de la température organique dépend principalement des modifications de l'émission du calorique, elle dépend donc surtout de l'état des nerfs et des vaisseaux périphériques; comme nous pouvons exercer sur ceux-ci une action énergique au moyen du bain froid, nous avons en ce procédé un agent puissant pour modifier la température du corps dans la maladie.

Winternitz fait remarquer, avec une légitime fierté, que les expériences les plus récentes confirment les opinions qu'il a depuis longtemps formulées, et il termine le remarquable chapitre qu'il consacre à ce sujet, de la façon suivante : « Si nous mettons en regard les constatations précédentes et les phénomènes qui surviennent au cours de l'application des procédés thermiques et mécaniques dans la distribution du sang et du calorique, dans le contrôle de l'émission de la chaleur — ou plutôt, comme je puis le dire maintenant, le contrôle du degré de production de la chaleur — nous trouverons tout naturel que l'hydrothérapie soit le remède souverain, non seulement dans les premières périodes des maladies fébriles, non seulement dans les fièvres relevant de la rétention du calorique, mais spécialement dans tous les processus fébriles, parce qu'aucune autre médication n'est susceptible, autant que celle-là, de faire face aux principales indications thérapeutiques de ceux-ci.

Je suis pleinement d'accord avec Winternitz sur ce point, comme je m'efforcerai de le montrer dans le chapitre consacré au traitement hydriatrique des fièvres.

Le choc que le contact de l'eau froide sur la surface entière

222 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

du corps inflige au système nerveux dans le bain froid, et la stimulation qui invariablement suit un choc de ce genre, sont intenses et ils écraseraient le fébricitant, si on ne mettait pas de la prudence à les provoquer et si on ne les proportionnait pas soigneusement à Tétat présent des centres nerveux. Habituellement, on administre au malade, immédiatement avant de le mettre dans le bain, une boisson stimulante alcoolique ou une tasse de café fortet chaud; une friction permanente, qui détermine un mouvement houleux de Teau à la surface du corps sur certaines parties et qui excite les terminaisons nerveuses dans d'autres régions, neutralise le choc et assure non seulement son innocuité, mais encore son efficacité.

En prenant la fièvre typhoïde comme le type le plus caractéristique des maladies infectieuses, on peut exposer facilement les raisons physiologiques de l'action du bain froid.

Un processus infectieux que l'on ne peut ni diriger ni supprimer s'est installé dans l'organisme. L'agent toxique manifeste sa présence par les troubles suivants :

I. Le système nerveux reçoit le choc le plus brutal de l'agent spécifique de l'infection. L'invasion de celui-ci, commençant par un malaise mal défini, se continue avec l'ataxie, la lassitude générale, la somnolence, d'autres symptômes adynamiques, et elle arrive à son point culminant avec la stupeur, le délire, le coma, les soubresauts, le tremblement et la mort.

IL La température est constamment élevée; désagréable au malade, elle le prive de sommeil, altère les fonctions de ses organes, et, si son élévation se prolonge sans rémission, des complications dangereuses, cardiaques ou cérébrales surviennent plus ou moins rapidement.

III. La circulation est considérablement gênée. Le cœur, appelé à fournir un travail excessif, court le risque de faiblir, et souvent faiblit.

IV. La peau, les reins et les poumons sont tellement surmenés qu'ils n'arrivent plus à accomplir lem'S importantes fonctions.

V. Les globules du sang et sa composition chimique sont modifiés d'une façon si défavorable que la résistance de l'organisme à l'invasion toxique est considérablement diminuée.

I. L'influence du bain froid sur le système nerveux est très importante. Bien que les symptômes provenant de la dépression nerveuse s'établissent progressivement et insidieusement

au début de la maladie, ils ne sauraient écliapper à un observateur expérimenté ; en effet, ils constituent le caractère le plus constant de toutes les fièvres d'origine infectieuse. Nous citerons à l'appui de cette affirmation une seule observation. Le D'' Edward Delafield, dans un travail sur la fièvre typhoïde, lu à l'Académie de Médecine de New-York (1), oîi il discute la valeur séméiologique des différents symptômes, s'exprime ainsi : « L'examen d'un ensemble de courbes de températures montre que nous ne devons pas nous attendre à trouver dans chacune une image parfaite de la courbe schématique. « Il oppose avec raison à l'inconstance des caractères de ce signe et des autres symptômes l'invariabilité de l'habitus. « Une physionomie morne et apathique, une coloration sombre du visage, souvent une légère cyanose des joues, une intelligence engourdie et paresseuse sont toujours des manifestations bien marquées; dans un cas seulement, elles étaient réduites à peu de chose. » Ces symptômes traduisent l'affaiblissement des centres nerveux, qui sontles organes les plus atteints dans la fièvre typhoïde et les autres maladies infectieuses fébriles, et qui doivent être, par conséquent, les organes les mieux défendus. La dépression nerveuse entraîne souvent des troubles circulatoires qui nuisent au fonctionnement des divers organes et qui amènent souvent l'issue fatale. Si l'on considère que toutes les autres fonctions dont l'accomplissement nécessite l'intégrité des fonctions nerveuses se trouvent paralysées, comme on le montrera plus loin, on appréciera l'importance d'un agent thérapeutique qui peut exercer une influence favorable sur le système nerveux, source de toute énergie vitale. Il n'existe aucune substance médicamenteuse qui possède ce pouvoir, comme le prouve surabondamment l'inutilité des efforts dépensés par la médecine à la recherche d'une telle substance dans les siècles passés. Seul, le bain froid exerce une action sûre et rapide sur le système nerveux. Bien que l'effet immédiat n'en soit pas très durable, l'application prudente qu'on en fait est inoffensive et peut se répéter par conséquent assez souvent pour entretenir son action bienfaisante.

Le bain froid, en stimulant les centres nerveux, les fait sortir de leur engourdissement et dissipe l'influence paralysante de la toxémie. On peut constater un effet de ce genre à la suite de chacun des bains; plus la torpeur ou le délire sont accen-

(1) Médical Record. 12 novembre 1883.

224 PRATKJL'E ItE l'iIYDROTUÉRAPIE

tués, plus cet effet se manifeste nettement.' Après un certain nombre de bains, la physionomie de la maladie est complètement transformée. Ainsi que l'auteur l'a dit, au cours d'une discussion sur ce sujet à l'Académie de Médecine de New- York (1) : « On peut comparer l'effet exercé par les bains froids sur un malade écrasé par l'infection typhique à l'effet des excitations externes que Ton emploie dans le traitement de l'intoxication parl'opium. Dans cette intoxication, on préserve la vie du malade en maintenant éveillés les centres nerveux jusqu'à ce que le poison soit éliminé. Mais cela ne demande qu'un temps assez court, et l'on peut employerdes stimulations très énergiques (flagellation, électricité faradique, promenade), tandis que, dans la fièvre typhoïde, il faut plusieurs semaines pour que disparaisse la virulence d.es bacilles ; c'est ce qui fait la valeur du bain froid : l'excitation systématiquement répétée des nerfs cutanés parvient aux centres nerveux dont elle maintient le fonctionnement.

IL Influence du bain froid sur l'hyperthermie. — Il me semble inutile de discuter ici les opinions divergentes que les auteurs ont formulées d'après de consciencieuses expériences de laboratoire ou d'après leurs observations cliniques, sur les facteurs essentiels de la perturbation de la thermogénèse déterminée par la fièvre, c'est-à-dire qu'il me semble inutile de rechercher s'il s'agit d'une surproduction ou d'une rétention du calorique, ou de ces deux phénomènes à la fois. Mais je me sens obligé à envisager au point de vue clinique ce symptôme particulièrement apparent de la maladie. Il est regrettable qu'ont ait regardé si longtemps l'hyperthermie comme l'élément le plus important de la fièvre; en réalité, ce phénomène n'est qu'une des manifestations principales de la fièvre et il est loin certainement d'avoir l'importance qu'ont les troubles cardiaques et circulatoires et les troubles des fonctions d'excrétion et de sécrétion; mais il était devenu difficile de convaincre le public médical de cette vérité. On a fait un grand progrès dans la thérapeutique des lièvres quand on a abandonné l'idée pernicieuse que l'on avait sur l'hyperthermie. Toutefois, l'élévation de la température est extrêmement pénible pour le malade, elle lui enlève souvent tout sommeil réparateur, elle s'accompagne d'une soif vive, de l'arrêt des sécré-

(1) Médical Record, février 1890.

lions, de jactitation,el d'autres troubles. Il est donc tout à fait indiqué delà faire disparaître, ou du moins de l'atténuer jusqu'à ce que l'organisme puisse la tolérer.

On a employé depuis longtemps le bain froid en vue d'abaisser la température, avec plus ou moins de succès. Mais aussi longtemps ([ue l'on considéra l'abaissement de la température obtenu parle moyen du bain froid comme une simple réfrigération du sang surchauffé produite par le contact direct de la peau avec l'eau, les résultats thérapeutiques ne donnèrent pas satisfaction. Depuis lors Currie et, plusrécemment, Winternitz et d'autres auteurs ont montré que l'excitation mécanique de la peau pendant le bain froid augmente l'action antithermique de celui-ci.

Ce fait indique combien il est nécessaire d'apporter une attention méticuleuse à la technique du bain. L'immersion du malade dans un bain froid sans friction ou l'enveloppement dans des draps glacés, pratiques défectueuses qui ont été en usage dans quelques hôpitaux, doivent amener un spasme persistant des vaisseaux superficiels. Si un traitement de ce genre n'entraîne par le collapsus, il peut ralentir la réaction; et la température antérieure se rétablit ou augmente encore. Mais, si l'on place avec soin le malade dans un bain à 6o°-10'^ F- (18,3'^, 21,1° C), et si on pratique sur toute l'étendue de son corps une friction douce et permanente (Brand), les tuniques des vaisseaux superficiels sont excitées, la réaction succède au choc initial, les vaisseaux se contractent et se dilatent rapidement comme l'atteste la rougeur de la peau qui a été frictionnée.

L'excitation mécanique, non seulement fait disparaître les obstacles qui s'opposent à l'émission du calorique, mais encore augmente l'élimination de l'eau de 60 à 90 pour cent, comme le prouvent les expériences de Weyrich et de Pospischl, et les expériences plus récentes et si intéressantes d'Ignatowski, que nous avons rapportées. En outre, le sang qui a été refroidi passe des vaisseaux dilatés aux organes internes et exerce ainsi sur eux une action réfrigérante directe, comme on l'a montré cidessus.

Le bain froid, lorsqu'on y associe la friction, remplit donc les deux indications auxquelles il est nécessaire de satisfaire pour rétablir la température normale, tandis que les médicaments antipyrétiquesrépondent à une seule de ces indications '■ l'émission du calorique.

La question de savoir quelle est la forme de bain la plus effi-

Barcch. — Hydrothérapie. 13

226 PRATIQUE T)E l'uYDBOTUÉRAPIE

cace pour abaisser la température ne sera résolue, je pense, que le jour où l'on aura reconnu la fausseté de cette opinion que rabaissement de la température est d'autant plus considérable que le bain est plus froid. Cette idée erronée a été l'origine de discussions nombreuses entre les partisans de Liebermeister et ceux de Winternilz. Voit, auquel nous devons des notions si importantes sur la physiologie de la régulation de la température, a démontré que le métabolisme augmentait, même de quarante pour cent àla suite d'une application froide ; mais qu'il ne se produisait aucune élévation de température souscette influence si l'on déterminait en même temps quelques perturbations dans cet organe dont le rôle est si considérable dans la régulation des fonctions thermiques : la peau. Si l'on place un malade dont la température esta 104° F. (40° C), dans un bain à 65" F. (18, 3°(].) et qu'on Iv laisse jusquà ce qu'il grelotte, les vaisseaux cutanés se contractent de plus en plus et l'émission du calorique se trouve véritablement interrompue. Le tremblement ajoutera, dans une certaine mesure, à l'élévation de la température interne en produisant de la chaleur, comme l'ont établi les expériences de Speck et Lœwy rapportées ailleurs. On imagine à quel point sera différent de ce résultat celui d'un bain de Brand avec friction administré selon les règles. Dans ce cas, comme on l'a indiqué précédemment, les vaisseaux cutanés se dilatent et une plus grande quantité de sang refroidi pénètre dans la profondeur pour faire place à du sang surchauffe. D'un autre côté, dans les cas qui demandent surtout au bain une stimulation du système nerveux ou de l'appareil cardiaque, un procédé froid de courte durée avec excitation mécanique de la peau, comme celui -que l'on a décrit sous le nom de demi-bain, détermine une réaction qui, à moins qu'il ne soit prolongé, n'intéresse pas la température d'une façon aussi marquée que le bain de Brand (parce que le sang n'est pas exposé pendant un temps suflîsammentlong à l'action antithermique) ; mais, cette opération excite les énergies réflexes, amène le sang à la surface, rend la respiration plus profonde et relève l'action du cœur comme on l'a montré ci-dessus.

L'action antithermique du bain froid ne peut rivaliser avec celle des médicaments antipyrétiques. L'activité de ceux-ci est i>eaucoup plus grande, mais, comme on le dira, l'abaissement de température qu'ils amènent s'opère aux dépens des fonctions vitales qu'il est plus important de ménager. En outre, le

bain froid diminue la température lentement et sûrement, fournissant au malade chaque jour ou tous les deux jours un léger gain. L'élévation de la température est habituellement due à l'intensité de l'an'ection ; combattre celle-ci à l'aide du bain froid est d'une utilité autrement certaine, au point de vue du résultat hnal, que la réduction de température à quelques degrés près que l'on obtient seulement pour deux heures, en employant les médicaments antipyrétiques. On peut administrer ces substances à petites doses afin d'amener un sommeil paisible; mais le bain froid est l'agent antithermique le plus sûr et le plus inoffensif, car il ne contrarie aucune fonction et répond aux principales indications.

m. — L'affaiblissement du cœur se dresse comme un spectre effrayant au chevet de tout malade atteint d'une maladie infectieuse fébrile. Liebermeister a dit avec raison « qu'il est beaucoup plus difficile de prévenir la paralysie du cœur que celle du cerveau ». L'afTaiblissement du cœur est l'expression du mauvais fonctionnement des centres ganglionnaires automatiques à fonctions vaso-motrices, qui sont en relations étroites avec le système nerveux central; il survient lorsque le cœur et les vaisseaux périphériques ont perdu leur tonus normal. Ce phénomène fait penser aux expériences de Golz sur la grenouille, qui démontrent que la perte du tonus vasculaire et la diminution de la tension artérielle dans une aire circulatoire étendue afîaiblissent notablement l'action du cœur.

Romberg (1) a récemment publié une excellente étude sur les causes réelles de l'affaiblissement du cœur dans la fièvre, étude qui confirme l'opinion que nous venons d'exposer. Quel est le rôle du cœur et des vaso-moteurs dans les manifestations des maladies infectieuses que nous gTOupons habituellement sous le nom d'affaiblissement du cœur? Romberg fait remarquer que nous attribuons communément à l'afTaiblissement du cœur, dans les infections suraiguës, des troubles circulatoires qui se manifestent oliniquement par une diminution de la tension artérielle et une diminution delà réplétion des artères. Il n'est pas douteux, cependant, que l'état des vaisseaux périphériques et leur fonctionnement, qui sont en rapport avec l'état et le fonctionnement du cœur, n'interviennent

(1) Berliner klhiische WochenscJirift, 189.j, n^^ 17 et o2.

228 I^RATIQUE DE l'uYDROTHÉRAPIE

d'une façon décisive dans ces phénomènes. Romberg a institué quelques expériences pour déterminer quelle est la part du cœur et quelle est la part des vaso-moteurs dans la genèse de l'affaiblissement du cœur. Lorsqu'on comprime Taorte descendante au-dessus du diaphrag'me, ou lorsqu'on soumet l'abdomen de l'animal à un massage, la pression artérielle s'élève; caria circulation est interrompue dans l'aorte abdominale, et le cœur, pouvant se remplir plus facilement et plus complètement, envoie dans l'aorte une plus grande quantité de sang. Mais les causes qui déterminent l'augmentation de la tension artérielle, lorsqu'elle est amenée par une excitation énergique de la peau ou des muqueuses, sont toutes différentes. Dans ce cas elle est la conséquence d'une excitation réflexe du centre bulbaire, comme l'arrêt respiratoire qui l'accompagne.

Partant de ces faits, Romberg inocule un certain nombre de lapins avec le bacille pyocyanique. La tension artérielle s'élève passagèrement, puis elle tombe à un degré extrêmement bas. Dans ces conditions, la pression sur l'aorte et le massage de l'abdomen déterminent encore une élévation marquée de la tension, mais l'excitation des nerfs sensitifs et la suffocation restent sans effet. L'inoculation du pneumocoque amène les mêmes résultats. Romberg conclut que les processus infectieux troublent les fonctions circulatoires en paralysant les vaso-moteurs sans altérer l'énergie du muscle cardiaque.

Paessler (1) a confirmé les résultats des observations de Romberg. Il est même allé plus loin et à établi que l'effet nuisible des infections tient surtout à leur action sur le centre vaso-moteur du bulbe : car les nerfs et les muscles des vaisseaux périphériques, aussi bien que les centres médullaires de Golz, conservent leur activité fonctionnelle normale jusqu'à la mort. Paessler (2) a fait quelques expériences sur un grand nombre de lapins inoculés avec le bacille de Loeffler. Comme dans les autres infections, l'effet nuisibleportait presque exclusivement sur les vaso-moteurs, sans atteindre l'énergie cardiaque. Les troubles circulatoires mortels étaient, encore dans ce cas, imputables h la paralysie des vaso-moteurs et non à une altération des fonctions cardiaques. Des injections de chlorure de baryum produisaient une élévation marquée de la tension.

(1) Kongress fur innere Medicin, Wiesbaden, 7 avril 1896.

(2) Kongress Deutscher Naturlorsclier und Aerzte, Carlsbad, septembre^

artérielle, ce qui prouvait l'intégrilé des nerfs et des muscles des vaisseaux périphériques. Paessler affirme qu'il est nécessaire, pour remédier à ces troubles, d'user des procédés qui peuvent, sans nuire, stimuler le plus sûrement les vaso-moteurs.

Heureusement nous nous trouvons déjà en possession de ce procédé. L'influence du bain froid sur la circulation périphérique dans les fièvres est due en partie à son action stimulante sur le centre vaso-moteur ; si cette action n'est pas démontrée d'une façon absolue, du moins l'action du bain sur les vaisseaux cutanés est évidente. Le bain froid associé à la friction rétablit presque complètement le tonus normal des vaisseaux cutanés et l'énergie cardiaque au moyen de leur contraction et de leur réplétion artérielle consécutive à la réaction, et ramène ainsi la tension artérielle à son état normal. L'auteur et cent autres observateurs ont démontré que l'efTet dont nous venons de parler, associé à l'excitation réflexe que reçoivent les centres nerveux régulateurs de la contraction cardiaque du sang refroidi qui leur arrive, exerce sur le cœur une action calmante et réparatrice, diminue le nombre de ses contractions et en augmente la force, et fait disparaître le dicrotisme. Une action calmante et tonique de même ordre s'exerce sans doute aussi sur les ganglions automatiques qui entretiennent les contractions cardiaques. Ce que nous avons dit du mode d'action des opérations froides (page 62), permet de comprendre les modifications favorables de la circulation générale, que déterminent celles que l'on a produite dans la circulation locale. Le sang chassé par la conlraction des fibres musculaires de la peau arrive en plus grande quantité au cœur droit, le fait contracter avec plus de force, et passe dans le poumon, dont les inspirations sont plus amples et dans le rein, dont l'activité sécrétoire augmente.

Le D"" Hobart A. Hare met ce fait en lumière en établissant une comparaison entre le cœur et une locomotive (1). « Le système vaso-moteur, dit Hare, comprend, d'un côté, un appareil nerveux vaso-moteur, et, d'un autre côté, les vaisseaux sanguins eux-mêmes. La résistance opposée à la contraction du cœur par l'action propre du système nerveux vaso-moteur, action que celui-ci exerce au moyen de son influence sur les vaisseaux périphériques, est comparable au frottement des

(1) Theraj-ieulic Gazette, vol. XII, n» 3.

230 PRATIQUE DE L'hYDROTHÉRAPIE

roues motrices d'une locomotive. La locomotive est appelée à renconlrer une certaine résistance et à la vaincre; si la résistance disparaît parce que les rails sont glissants, les roues tournent inutilement, surmenant la machine et l'usant sans utilité. Ceci nous amène à quelques conclusions importantes au point de vue du diagnostic et du traitement : l" la rapidité du pouls peut n'èlre due en aucune façon a un trouble cardiaque, mais à un relâchement des vaso-moteurs ; i2'^ le meilleur moyen à opposera la rapidité du pouls, c'estde mettredu sable sur la voie et d'augmenter la résistance, et non de forcer la vapeur — c'est-à-dire, de donner de la digitale — ce qui ne ferait rien de plus que d'obliger la macliine, ou le cœur, à travailler inutilement sur des rails glissants, en subissant une usure plus considérable et sans avancer. »

Pour que l'efï'et toni(jue exercé par le bain, sur le c(eur et les vaisseaux, soit continu, il importe de répéter l'opération à des intervalles suffisamment rapprochés (il est établi qu'un intervalle moyen de trois heures est le plus convenable), et on doit surveiller attentivement le résultat obtenu. Il est inutile autant que dangereux de soutenir l'énergie cardiaque faiblissante au moyen d'alcool ou d'autres stimulants administrés pendant une période assez longue. Les bains i'roids répétés accompagnés de frictions, non seulement souLiennent le cœur, mais sont dépourvus de toute action nocive, car ils ne font que provoquer un phénomène physiologique.

Dans les premiers stades de la fièvre typhoïde, alors que le pouvoir réactionnel n'est pas encore très affaibli, on ne constate pas pendant le bain le claquement des dents, la pâleur de la face, et la petitesse du pouls aussi fréquemment et à un degré ausvsi marqué que dans les stades plus avancés. Ces symptômes ne doivent jamais amener le médecin à Interrompre le bain ; ils indiquent que l'on doit activer les frictions sur la peau, et peut-être administrer un léger stimulant. Si la friction détermine facilement la congestion de la peau, la petitesse du pouls, et même un visage grippi', (|iii peuvent provenir de l'etïet local du froid, ne demandent pas qu'on mette fin à l'opération. Toutefois un tremblement marqué et la persistance du claquement des dents indiquent qu'on doit le faire, car les contractions musculaires qui produisent ces phénomènes amènent, comme Speck et Lœwy l'ont montré, un accroissement des oxydations, qu'il faut éviter dans les cas de ce genre.

Un fait met bien en évidence les modifications favorables, éprouvées parle pouls àlasuileilu bain froid: tandis qu'il était ■petit et presque (iliforvie avant le bain, il a gagné en force et en tension après celui-ci, et il conserve cette amélioration. L'elfet du bain froid n'est pas aussi mairqué dans les périodes avancées des maladies infectieuses que dans les premières périodes. On comprend qu'il en soit ainsi; car la réponse du système nerveux est plus faible lorsque la toxémie l'écrase, et,, par conséquent, le pouvoir réactionnel est plus diminué, à moins que les bains froids n'aient été administrés dès le début. Il est indiqué de donner au bain une température plus élevée (75° à 8l)o F., 23,8° à 26,6" C.), ou si la température reste la même (Oa» à 70" F., 18,3° à 21, i" C), une durée moindre, à partir du commencement de la troisième semaine ou de la fin de la seconde dans la fièvre typhoïde. On doit toujours avoir présente à l'esprit, dans ce cas, cette notion que r application brève d'une température basse est plus réparatrice et plus stimulante, sans avoir une action antithermique plus marquée, que l'application prolongée d'un bain à une température plus élevée. L'opinion contraire, quoique erronée, est si solidement fixée dans l'esprit des médecins, aussi bien que dans celui des profanes, qu'il est très difficile de l'en déloger.

On peutimaginer les moditications qu'il conviendra de faire subir au procédé dans les autres maladies infectieuses, en méditant les considérations que nous avons consacrées au mode d'action de celui-ci ; nous y reviendrons d'ailleurs.

IV. — Troubles des fonctions excrétoires de la peau, des reins et des poumons. — n) La sécheresse, la pâleur, l'anémie de la peau indiquent que ses fonctions excrétoires sont suspendues. Le bain froid avec friction fait disparaître la pâleur en attirant le sang dans les vaisseaux de la peau, il la rend plus douce et plus souple et il active sa fonction excrétoire en enlevant les cellules épithéliales mortes qui obstruent les orifices des glandes sudoripares. Il est facile de constater ces modifications, en comparant l'aspect et l'état de la peau avant le bain à ce qu'ils deviennent à la suite de ce bain comportant une friction et administré avec soin. On a démontré, en outre, que certains procédés hydriatriques provoquent l'élimination des toxines par la peau.

b) Mais l'action (jui porte sur les reins est encore plus importante. Une manifestation constante des maladies infectieuses

232 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

esl l'obstacle que rencontre Félimination des produits toxiques par les reins. Il est facile d'observer que la quantité de l'urine est notablement diminuée; en outre, on arécemment démontré avec précision que sa composition chimique est modifiée. Albert Robin (1) a conclu de l'examen d'un grand nombre d'observations que l'accumulation des produits de déchet dans l'organisme était en proportion de la gravité du cas, et que les matériaux solides de l'urine passaient de 48 pour centpendant l'acmé de la maladie, à (iû pour cent pendant la convalescence. Cet auteur a également constaté que les matières extractives, qu'on trouve dans le sang normal dans la proportion de 4 à 4,5 pour cent, se rencontrent dans la proportion de 6,5 pour cent au cours des cas bénins de fièvre, et atteignent 12,1 pour cent dans les cas mortels. Le sang contient donc, pendant la durée de l'infection, une quantité de matières extractives toxiques qui est le double de la quantité normale. Robin termine cette intéressante étude en montrant que l'organisme se charge, dans l'intoxication d'origine infectieuse, de produits d'hydratation insolubles et toxiques, dont la formation est accompagnée d'une suractivité de la thermogénèse. Il importe au salutdel'organismeque ces produits solubles soient oxydés, transformés en composés solubles et éliminés.

c) Poumons. — L'influence des bains froids sur la chimie deséchanges respiratoires a été bien étudiée par Robin et Binet, qui ont fait porter leurs recherches sur plus de cent cas qui leur ont fourni un millier d'analyses. En comparant les résultats d'analyses d'urine normale, ces auteurs ont établi un certain nombre de faits, qui peuvent donner lieu à des applications cliniques et thérapeutiques. Les proportions d'oxygène absorbé et de CO ^ éliminé étaient nettement inférieures à la normale dans les cas de fièvre typhoïde d'intensité moyenne. Dans les cas graves qui doivent guérir, ces proportions sont encore plus réduites, tandis que l'absorption d'oxygène par les tissus est augmentée ; pendant la convalescence l'absorption de 0 et l'élimination de CO"^ augmentent d'une façon marquée, l'excès de 0 sert à la formation de CO'^, et la quantité de 0 absorbée par les tissus ne diffère pas de ce qu'elle est à l'état normal. Les cas les plus sévères et les cas mortels de fièvre thyphoïde présentent également une relation inverse entre les échanges respiratoires et l'intensité de la maladie; plus celleci est grave, plus les échanges gazeux sont incomplets.

(1) Bulletin de Thérapeutique, vol. I, p. o, 1895.

Ces fails justifient l'emploi des médicaments qui augmentent les oxydations, et indiquent qu'on doit rejeter ceux qui n'ont aucune influence sur celles-ci. Les antipyrétiques appartiennent sans aucun doute à cette dernière catégorie, car leur action est semblable à celle de la maladie, et la fièvre n'est pas un dommage pour l'organisme, mais plutôt une réaction contre les toxines. Les bains froids, au contraire, augmentent les oxydations et abaissent la température en développant la résistance physiologique à l'infection. Les bains augmentent l'oxydation et la combustion des produits extractifs de désintégration et d'hydratation. On dait remédier à l'incapacité où se trouvent les cellules de fixer et retenir l'oxygène ; car, moins les tissus reçoivent d'oxygène, plus ils se trouvent envahis parles produits de décomposition les plus insolubles, les plus toxiques, et les plus difficiles à éliminer. Les bains froids produisent de merveilleux résultats dans la fièvre typhoïde, parce qu'ils augmentent les processus d'oxydation, qu'ils élèvent la tension artérielle, qu'ils accroissent l'énergie cardiaque et, par ce moyen, la diurèse par laquelle s'effectue une sorte de purification interne et uneprompte élimination des produits de déchet du métabolisme. Ainsi les succès du bain froid répondent aux indications thérapeutiques que nous avons mentionnées ci-dessus, et favorisent par tous lesmoyens possibles l'absorption de l'oxygène, non seulement dans la fièvre thyphoïde, mais dans toutes les maladies infectieuses, en particulier si elles se compliquent d'un état typhique ; or, les processus d'oxydation sont les moyens de défense de l'organisme Robin a trouvé qu'un typhique qui absorbait par minute 5 ce. d'oxvgène par kilogramme de son poids, en absorbait 6,49 ce. immédiatement après le bain froid. Les quantités d'acide carbonique exhalé passait de 3,77 ce. à 4, 45, tandis que l'urée augmentait de 20 pour cent. Les expériences récentes de Rubner confirment les résultats concernant l'absorption de 0, et l'élimination de CD- après les bains froids, que nous venons de rapporter.

Aucune autre démonstration ne prouve plus clairement l'éminente valeur des bains froids, dans les maladies infectieuses.

RoqueetWeilontétablipar de consciencieuses recherches (1) que l'urine des typhiques contient une quantité de toxines

(1) lievue de Médecine, 1891.

double de la quantité normale, quantité qui devient quintuple de la normale sous rinfluence des bains, jusqu'à ce que survienne la guérison. Ce fait a été pleinement confirmé par les recherches de Hewetson an Johns Hopkins Hospital à Baltimore. D'ailleurs il ne se produit pas seulement une augmentation de la toxicité urinaire, mais la quantité d'urine excrétée s'accroît aussi dans des proportions énormes. Il n'est pas rare de la voir passer de 1.800 à 2.400 grammes dans les vingt-quatre heures ; parfois je l'ai vue dépasser 3.600 grammes. Cette augmentation du volume de l'urine est un résultat presque invariable du bain froid.

V. — Action du bain froid sur les globules sanguins et la constitution chimique du sang. — Boeckelmann et d'autres auteurs ont montré qu'il se produit une diminution rapide du nombre des globules sanguins dans le sang pris aux vaisseaux cutanés au cours des maladies infectieuses, etque ce nombre s'élève de nouveau à son chiffre normal pendant la convalescence. Boeckelmann ne prétend pas qu'il y ait une perte réelle de globules. Il est probable que, en raison de l'affaiblissement du cœur, et peut-être de la paralj'sieet du défaut de tonus des vaisseaux cutanés (que nous avons signalés plus haut), certains vaisseaux ou certaines aires vasculaires soient privées de l'apport sanguin qu'elles ont à l'état normal, ce qui entraîne des stases avec augmentation du nombre des globules (c'est la stase globulaire de Huter), qui disparaissent dès que le cœur et les vaisseaux périphériques sont revenus à leur état normal pendant la convalescence. Les recherches de Cohnstein et Zuntz ont établi que cette stase disparaît rapidement sous l'influence du bain froid avec friction, qui produit en définitive une dilatation des vaisseaux cutanés. Ces auteurs ont démontré que le nombre des éléments figurés dans les gros vaisseau.v dépend du calibre des capillaires et de l'activité de la circulation de ceux-ci.

L'action des bahis froids sur les globules scDiguins elVhémoglobine dans la fièvre typhoïde a été l'objet d'une étude attentive.

Breitenstein (1) présente un tableau résumant les observations de vingt-six malades qui démontre que, dans la grande

1) Arc/iiv fitr e.rperimett telle Pat/iolor/ie itud l'harmalwlorjie, vol. 37, p. 260.

majorité des cas. le bain froid exerce une intluence marquée sui- la composition du sang. Dans vingt-neuf cas. on constate une augmentation d'au moins 50.000 globules rouges par millimètre cube, avec une augmentation correspondante de l'hémoglobine. Dans la plupart des observations, cette augmentation du nombre des globules rouges atteignait cent mille : dans un cas elle allait jusqu'à un million. Il est évident, d'après les observations de Breilenstein. que cette action du bain froid sur le nombre des éléments figurés du sang n'est pas due à l'abaissement delà température, car l'efifet del'anlipyrine. qui diminue la température et la rapidité du pouls, se produit sans amener d'augmentation du nombre des globules rouges.

Breitenstein conclut, des observations qu'il a prises avec beaucoup de soin, que le bain froid détermine des modifications de la composition du sang, en dissipaat la stase qui s'est établie dans certains organes internes ou dans certaines régions profondes, parce qu'il augmente l'activité circulatoire, et qu'il rend la respiration plus ample, ce qui favorise une circulation rapide et empêche la stase veineuse. Ces effets ne sauraient être obtenus à laide des médicaments antilhermiques.

Thayer et Billings, du Johns Hopkins Hospital. ont également montré qu'une augmentation énorme du nombre des globules du sang prélevé au lobule de l'oreille suit l'administration du bain froid dans la fièvre thvphoïde. Dans quelques cas, le nombredes leucocytes était augmenté dans des proportions très considérables (trois fois le nombre normal). Ces constatations ont été contrôlées par un grand nombre d'observateurs, en particulier par mon fils le D"^ H. B. Baruch, au Moitut Sinm Hospital, et, par moi-même chez des malades de ma clientèle.

On trouve, dans certaines recherches de laboratoire, des raisons de croire que le principal moyen de défense de l'organisme réside dans le sang, probablement dans les leucocytes li). Une méthode qui peut chasser les leucocytes des régions reculées de l'appareil vasculaire où ils restent endormis

(Il E.MiL FiscnL (Pra^'er. med. Woch., vol. XXIt, 5, 1891^ iJêniontre que l'activité des leucocytes fournit à l'organisme un moyen de défense puissant lontre l'invasion des microbes pathogènes. 11 injecte le diplocoque de Fraenkel dans la veine auriculaire de lapins ; on note une augmentation mar(iuée des globules blancs chez les animaux qui survivent, tandis (jue ciiez ceux qui succombent à linfection on n'observe pas de leucocytose prononcée. La leticocytose cesse en même temps que les microorganismes disparaissent du sang.

236 PRATIQUE DE l'iIYDROTHÉRAPIE

paresseusement, pour les faire rentrer dans la circulation générale, doit, par conséquent, aider l'organisme à repousser l'attaque des bactéries.

En outre, Bouchard nous a appris qu'un excès d'acidité du sang est une des manifestations de Tauto-intoxication, et il a cherché sans succès à le neutraliser au moyen des alcalins. Bireger et d'autres auteurs ont établi que l'alcalinité du sang diminue dans les maladies infectieuses. Or, Aloïs Strasser a fait remarquer que l'alcalinité du sang augmente d'une façon marquée sous l'influence des opérations hydriatriques froides.

Il s'ensuit que la constitution chimique et la composition globulaire du sang qui ont subi Tintluence défavorable de linfection sont ramenées à un état plus voisin de l'élat normal par les bains froids.

La quantité d'hémoglobine, suivant Korowitzky (1), subit des variations considérables au cours des maladies infectieuses; en particulier dans la fièvre typhoïde (18,48 à 7,2ipour cent) et dansla pneumonie (16,74 à 8,64 pour cent). Ces variations commencent dans les premiers stades de la maladie; elles ne sont pas dues à une réduction absolue, mais à l'inanition partielle qui accompagne ces maladies et qui diminue non seulement la masse du sang, mais aussi le nombre des globules et •la quantité d'hémoglobine.

Les procédés hydriatriques froids favorisent donc le retour à leur état normal de tous les éléments du sang.

Nous pouvons conclure, maintenant, de cet exposé du mode d'action du bain froid que nous venons de donner que le bain froid avec friction, administré convenablement, remplit toutes les indications thérapeutiques des maladies infectieuses de la façon la plus strictement scientifique.

Indications thérapeutiques du bain froid avec friction. — La méthode du bain froid avec friction implique, pour l'auteur, Vimmersion du corps entier', dans de l'eau froide, à une température inférieure de 10 à 30° F. (5,5 à 16° C.) à la température normale du corps pendant une durée de 10 à 20 minutes, avec une friction continue. Entendu de cette façon, elle est indiquée principalement dans les états fébriles prolongés comme l'établit la discussion que nous avons donnée à propos de son mode d'action. En dépit de cette limitation, le champ de ses applications est donc extrêmement étendu.

(1) Congrès des Médecins russes à Kiew, 1S96.

J'estime l'immersion froide, c'est-à-dire le simple plongeon dans de Teau aux températures susmentionnées, utile dans un petit nombre de cas de neurasthénie, d'hjstérie et d'anémie, après que le malade a été accoutumé par des procédés plus doux à supporter cette immersion en réagissant bien. Mais je ne ferai pas rentrer ces cas dans le chapitre des indications thérapeutiques du bain général froid, parce que le malade passe dans l'eau trop peu de temps et qu'il ne reçoit pas de friction.

C'est seulement en suivant exactement la technicjue décrite ci-dessus (p. 212) qu'on aura un véritable bain froid avec friction. Ce bain est utile surtout dans les lièvres infectieuses; chacune de ces maladies demande quelques modifications dans la durée du bain et dans la température de l'eau : on exposera plus loin d'une façon détaillée, les diverses méthodes adaptées à la fièvre typhoïde, à lapneumonie, aux fièvres éruptives, etc.

Fièvres. — Le praticien rencontre constamment dans l'exercice quotidien de sa profession, un certain nombre de cas dans lesquels l'hyperthermie est le symptôme le plus apparent, sinon le plus important. Combattre ce symptôme paraît avoir été lebut principal de la thérapeutique du passé. On a consacré à ce symptôme plus de rétlexion et plus d'activité qu'à aucune autre manifestation morbide. La notion de son importance, qui existe depuis si longtemps, est encore imprimée dans l'esprit du public, et, malheureusement, elle n'a pas encore été complètement extirpée de l'esprit du corps médical. 11 en est encore beaucoup, qui regardent l'hyperthermie comme le facteur le plus dangereux d'une maladie aiguë, et une température élevée est toujours pour eux un ennemi redoutable, que l'on doit combattre avec des armes puissantes. Mais cette erreur perd heureusement de son autorité auprès des médecins. Ces pages se proposent de contribuer à reléguer cet épouvantail effrayant dans l'obscurité qu'il mérite, etde mettre en relief ce fait que l'affaiblissement du système nerveux, l'inhibition des fonctions organiques qui en est le résultat, et enfin la dégénérescence des organes, constituent les principaux dangers qui menacent la vie dans la fièvre et qu'il importe d'éloigner, en faisant appel aux différents procédés thérapeutiques.

Les fièvres offrent à l'hydrothérapie le champ le plus fertile en succès. Si nous nous arrêtons sur le traitement hydriatri-

que de ces maladies plus longtemps, peut-être que, sur aucun autre, nous nous estimons justilié par l'importance qu'acquiert ce traitement du fait de la fréquence, de l'universalité et de la gravité des maladies infectieuses.

Fièvre typhoïde. — Nous prendrons la fièvre typhoïde comme le meil-leur exemple des maladies infectieuses, et nous consacrerons les pages suivantes à l'exposé du traitement de cette maladie par le bain froid avec friction, exposé qui servira de type pour l'application du procédé dans les autres infections.

Les discussions fréquentes sur la fièvre typlioïde au sein de nos sociétés médicales ont mis en évidence, non seulement sa fréquence extrême, mais encore rinfidélité des méthodes thérapeutiques actuelles dans cette maladie. Nous pouvons discuter brillamment et doctement de la fièvre typhoïde;, nos statistiques personnelles peuvent être favorables, les tableaux des rapports de nos services d'hygiène nous invitent encore à améliorer nos méthodes, en termes plus éloquents que la langue humaine ou la plmme ne peuvent en formuler. Le taux de la mortalité par fièvre typhoïde dans nos villes d'Amérique s'élève à 25 ou 40 pour cent; la mortalité dans les hôpitaux de New- York, en ces dernières années, est de 26 pour cent, suivant les recherches du D'" Delafield. On ne saurait exagérer l'importance de ces statistiques. Peut-on les modifier? On peut le faire par le bain froid, cette méthode de traitement dont l'emploi est sanctionné par une longue pratique, recommandé par des cliniciens expérimentés, et doH-t l'utilité est démontrée par des statistiques irréfutables.

Je me propose de présenter ici, en vue de combattre l'antipathie naturelle, et non dépourvue de fondement, que rencontre la méthode de Brand, non pas une discussion vaine, mais une argumentation inspirée par des réflexions mûries et passée au crible de l'observation clinique et expérimentale, ar§-umentation que j'ai établie en comparant les résultats des différents auteurs à ceux que j'ai moi-même obterjus de l'emploi des divers modes de traitement dans le cours des trente dernières années de ma carrière professionnelle. Au bout de vingt ans d'une pratique exercée dans des limites assez étendues, j'étais arrivé à considérer le bain progressivement refroidi de Ziemssen comme la méthode la plus féconde en promesses, dans le traitement de la fièvre typhoïde ; j'en ai obtenu, en effet, plus

de résultats satisfaisants que d'aucune autre. Mais je trouvais à opposer à son emploi un grand nombre d'objections, qui sont exposées ailleurs, et je l'appliquais exactement comme un agent purement antithermique ; aussi, lorsque d'autres méthodes antipyrétiques entraient en vogue et faisaient espérer un succès égal au médecin qui considérait l'abaissement de la température comme la principale indication, je me laissais naturellement emporter par le courant qui traversait le monde médical. Comme le traitement par le bain froid nécessitait l)eaucoup de dérangement et paraissait très effrayant à beaucoup de malades et à leur entourage, j'étais heureux de l'abandonner en faveur du premier produit antipyrétique digne de confiance qui s'offrait alors aux usages thérapeutiques. Le médecin qui a exercé entre 1880 et 1890, et même postérieurement à cette date, connaît bien toute l'étendue de l'empire que le système antipyrétique a exercé vers cette époque dans le traitement des fièvres. Les formes les plus douces de la balnéation, comme le maillot humide et l'épongement, associées à la quinine, à l'antipyrine. au tube spiral réfrigérant, et, en dernier lieu, à l'antifébrine et à la phénacétine, remplaçaient progressivement la méthode expectante, exactement comme celle-ci avait déplacé les méthodes spoliatives,qui faisaient autorité antérieurement, et la balnéation froide irrationnelle (antithermique).

Les résultats de mon observation personnelle dans la pratique privée et dans ia pratique hospitalière, et ceux qu'ont obtenus beaucoup de mes confrères, aussi bien que les diseussions des sociétés médicales, établissent que la mortalité de la fièvre typhoïde nest pas réduite par le traitement antithervùque. L'examen consciencieux, impartial et complet des résultats des différentes méthodes, qui ont été en vogue au cours de ces trente-cinq dernières années, démontrent que l'adoption du bain froid a inauguré une époque dans le traitement de la fiè^Te typhoïde, en diminuant, dans des proportions considérables, la mortalité de cette maladie.

On peut se faire une idée de la fréquence de la terminaison fatale dans la fièvre typhoïde, d'après les statistiques données ci-dessus. Cette mortalité est plus considérable que celle que l'on trouve mdiquée dans des statistiques soigneuses établies récemment en Allemagne, qui montrent que la mortalité s'est élevée à 21.7 pour cent dans un ensemble de 11.124 cas traités par l'expectation. Le D^ Murchison a assemblé 27.031 cas, dans lesquels la mortalité était de 17,-45 pour cent.

240 PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE

Un ensemble de 80.140 cas, réunis par Jaccoud, donnait une mortalité de 19,23 pour cent. La moyenne fournie par les statistiques de Tarmée anglaise pour les six années antérieures à 1878 indiquait une mortalité de 32 pour cent; la statistique de la flotte une mortalité de 25,5 pour cent.

Les statistiques les plus favorables, à ce point de vue, sont celles du Bostoyi City Hospital, que le D' A.-L. Mason a publiées (1). « En dehors de quatre-vingt-neuf cas traités par le D"" Edes, la méthode de Brand ne fut pas appliquée dans cet hôpital, mais les symptômes pyrétiques furent combattus au moyen d'affusions et d'épongements froids, accompagnés de l'administration à l'intérieur de médicaments antipyrétiques, antiseptiques, et toniques. Au cours des années 1890 et 1891, on traita de cette façon 676 cas de lièvre typhoïde, dont 70 eurent une issue fatale, soit 10, 4 pour cent. Ce résultat remarquable est dû, sans doute, à ce fait que plus d'un tiers des cas arrivèrent à l'hôpital dans le cours du premier septénaire, et que l'hydrothérapie fut employée très largement dans tous les cas.»

Ces statistiques, auxquelles on pourrait facilement en ajouter d'autres, si les premières n'étaient pas suffisamment étendues, nous montrent l'effrayante mortalité que l'on observe dans la fièvre typhoïde, quand on la soigne par l'expectation ou par la méthode antipyrétique, qui prétendent ramener le malade à la santé en l'alimentant, en le plaçant dans de bonnes conditions hygiéniques, en combattant les complications quand elles surviennent, et en abaissant la température. On a beaucoup insisté autrefois sur l'hyperthermie, que l'on considérait comme l'élément capital du danger dans la fièvre typhoïde. On affirmait que la dégénérescence parenchymateuse du cœur, des reins, et des autres organes est le résultat direct de l'élévation prolongée de la température ; et le principal effort de la thérapeutique s'attaquait à cette hydre. A vrai dire, cette idée trouvait un appui dans les merveilleux succès du traitement par l'eau froide, si elle n'y avait pas pris son origine même. Cette méthode avait été proposée aux médecins allemands en 1861 par Brand, de St.ettin, et avait été modifiée par Liebermeister, le grandprètre du traitement antipyrétique, aussi bien que par Ziemssen et quelques autres, et transformée en un procédé antithermique, au grand détriment de la méthode.

(1) Boston Médical and Surgical Journal, 7 avriH892.

LE BAIN FHOII) AVEC FlilCTION 241

L'histoire de ce point particulier est instructive, car elle montre comment l'expérience clinique démolit tôt ou tard les édifices les plus solidement bâtis par le raisonnement théorique, et comment on arrive à des résultats pour avoir négligé des détails sur lesquels l'inventeur d'une méthode a insisté. Brand n'a jamais prétendu que sa méthode fût spécialement dirigée contre l'hyperthermle. Au contraire, celle-ci était à ses yeux d'une importance secondaire. La critique que Liebermeister(l) a fait de la méthode de Brand en est à la fois la meilleure exposition et la louange la plus complète. « Le travail de Brand, dit-il (page 15), qui a été publié en 1861, dépasse le niveau des publications des professionnels de l'hydrothérapie à l'époque actuelle. Cependant, l'auteur se tient à peu près exactement sur le même terrain que Priessnitz. L'importance prédominante de la soustraction de calorique n'est pas suffisamment reconnue; l'action essentielle de l'eau est quelque chose de plus qu'une stimulation,» etc. (2). Liebermeister lui-même a changé d'opinion, comme on le voit d'après ses écrits plus récents. Il est évident, aujourd'hui, que l'opinion de Brand est juste, et qu'elle s'appuie sur les études expérimentales les plus démonstratives et sur les observations cliniques les mieux établies. Les médecins réfléchis s'aperçoivent, maintenant, que l'introduction, dans la thérapeutique, d'antithermiques actifs n'a pas abaissé la mortalité de la fièvre typhoïde, et que le seul avantage qu'on semble en avoir obtenu, c'est ^w'oa a permis au malade de mourir avec une température presque normale. Les statistiques de la pratique privée et de la pratique hospitalière, qui indiquent une mortalité atteignant 24 pour cent, depuis que l'antipyrine et ses succédanés ont été introduits et sont employés en grande quantité, prouvent l'insuffisance des médicaments de cet ordre. Ces statistiques deviennent encore plus instructives, quand on les compare à celles où l'on voit la mortalité se réduire à 3,9 pour cent sous l'intluence du bain froid avec friction, et quand on étudie soigneusement l'action des antipyrétiques.

Nous aurons le devoir strict, après avoir pesé les raisons de ces énormes différences dans la mortalité, de déterminer si

(1) Handbook of General Thérapeutics, 1885.

(2) Ce témoignage de Liebermeister décharge Brand de l'accusation que Gurschmann (Encyclopédie de Nothnagel) porte contre lui, en lui attribuant la doctrine funeste qui montre dans l'hyperthermle l'ennemi à combattre.

Baruch. — Hydrothérapie. 16

242 PRATIQUE DE l'iIYDROTHÉRAPIE

celle-ci ne peut pas être réduite encore par une Aailgarisation plus étendue de la méthode de Brand. Je me propose d'établir que nous pouvons réduire cette mortalité, comme Brand l'avait fait, à wî pour cent. Ceux qui, comme moi, ont constaté par eux-mêmes la gravité de la fièvre typhoïde dans la ville de New-York peuvent hausser les épaules avec scepticisme, comme je l'ai fait moi-même autrefois, et appuyer les objections qu'ils élèvent contre les bains sur leurs statistiques personnelles, statistiques peu étendues, établies dans la pratique privée, simplement d'après les souvenirs de chacun ; ou encore, ils peuvent donner comme base à leur argumentation les indications incomplètes fournies par les statistiques hospitalières, dans lesquelles on confond, en un pèle-mèle indescriptible, des cas appartenant à des personnes de tout cîge, de l'un et l'autre sexe, arrivant à Thôpilal dans les états les plus dilïerents, et à une période quelconque de la maladie, habituellement, d'ailleurs, à une période avancée de celle-ci. La lecture des pages suivantes où seront exposés les arguments qui établissent la supériorité du bain froid avec friction démontrera que cette ambition n'est pas chimérique, mais se justifie par les résultats les plus certains de l'expérimentation clinique.

Brand a publié les statistiques de 19.01 7 cas de fièvre typhoïde rassemblés avec beaucoup de soin (1), qui démontrent que l'application du traitement par le bain froid, sous toutes ses formes, alors même que les règles strictes n'en sont pas absolument respectées, abaisse la mortalité de 21,8 pour cent à 7,8 pour cent. La statistique de l'hôpital de Boston précédemment citée (page 240) fournit la même démonstration. Mais ce n'est pas tout, Brand a recueilli de sources diverses, au nombre de vingt-trois, en Allemagne et en France, sources qu'il indique expressément, les observations de 5.573 cas (auxquels j'aiajouté des observations plus récentes), et s'en est servi pour établir ce fait, qui n'a pas encore été contesté et qui ne peut l'être, à savoir : que le bain froid avec friction, dont il a inauguré l'emploi, a réduit la mortalité de la fièvre typhoïde à 3,9 pour cent. Toutefois, ce dernier pourcentage comprend encore beaucoup de cas traités d'une façon imparfaite. Si l'on élimine ceux-ci, le nombre de ceux qui ont été traités suivant une méthode rigoureuse par Jiirgensen, Vogl, Brand, et d'autres auteurs, jusqu'à janvier 1887, s'élève à J.223cas,sur lesquels 12 eurent une terminaison fatale, ce qui donne une mortalité de un pour cent.

(1) Deutsche medicinische Wochenschrift, 1887.

Ce n'est pas tout encore, car le fait le plus remarquable que ces statistiques mettent en évidence est celui-ci : aucun de ces douze décès n appartient à un cas quia été somnis au traitement avant le cinquième jour. Brand s'appuie sur cet ensemble de l.i223 cas, dont un quart appartient à sa pratique privée, le reste provenant de la clinique de Jiirgensen,à Tiibingen (oîi les conditions se rapprochent de celles que Ton rencontre dans la pratiijue privée), du servicede Vogl, à l'IiôpitalmilitairedeMunich, et des hôpitaux militaires de Stralsund et Sleltin, pour affirmer avec assurance que tout cas de fièvre typhoïde que l'on soumet au traitement avant le cinquième jour doit guérir.

La méfiance à l'égard des statistiques médicales est un usage classique; cependant, l'exactitude des tableaux présentés par Brand, dans la remarquable discussion qu'il a publiée dans le Deutsche medicinische Wochenschrift,nepe{i[. être mise endoute; et l'on ne peut contester les conclusions de l'auteur; car elles sont basées sur l'examen de cas provenant delà pratique civile et de la pratique militaire, de cliniques universitaires et d'hôpitaux militaires, de cas soumis à l'observation de médecins compétents et exercés, et elles sont confirmées par des statistiques plus récentes, comme je l'exposerai.

Si démonstratifs que soient les arguments fournis par ces statistiques en faveur de l'application stricte du bain froid, les résultats de ce dernier sont encore plus nettement indiqués dans quelques autres statistiques comparatives. Par exemple, les rapportsoffîciels du deuxième corps d'armée prussien, cités par Brand, montrent que la mortalité s'est élevée, pour 1.970 cas traités, de 1849 à 1866, à 26,3 pour cent, tandis qu'elle s'est réduite à 4,3 pour cent sur 2.714 cas traités par l'application stricte du bain froid. Cette énorme réduction est encore plus manifeste, quand on compare cette mortalité de 4,3 pour cent à la mortalité observée dans les autres armées. Elle se trouvait, pendant la même période, en France, de 32,2 pour cent; en Italie, de 28,6 pour cent; en Autriche, de 27,4 pour cent, et en Angleterre, de 23,8 pour cent. Devant une réduction aussi frappante de la mortalité dans les hôpitaux allemands, le ministère de la Guerre prussien, l'attribuant à l'emploi de la méthode de Brand, envoyait le 25 janvier 1883 au service médical une circulaire où il était dit : « Comme le traitement de Brand s'est montré efficace en abaissant la mortalité de la fièvre typhoïde, dans certains hôpitaux, de 25 pour cent à 8 pour cent, nous croyons pouvoir espérer que ce traitement,

244 PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE

adopté en plus d'endroits et appliqué avec plus de soin, permettra de sauver un nombre plus considérable encore de malades. »

On a souvent émis des doutes au sujet de l'exactitude de ces statistiques, et on a contesté que les déductions qu'on en tire soient applicables aux Etat-Unis ; nous allons donc citer quelques opinions autorisées qui confirment la valeur de ces statistiques et de ces déductions.

Le D'' J.-C. Wilson, de Philadelphie, actuellement professeur au Jeffcrson Collège, m'écrivait, le 16 octobre 1890 : « J'avoue avoir conservé longtemps quelque méfiance à l'égard de l'exactitude des statistiques de Brand ; mais, l'été dernier, j'ai saisi l'occasion de me renseigner par moi-même sur ce sujet par des recherches systématiques. Quiconque en aura fait autant, en appliquant étroitement les règles delà méthode et en évitant l'emploi des médicaments, ne pourra mettre en doute l'efficacité du traitement. Il serait impossible, chez nous, à l'heure actuelle, d'étendre beaucoup l'emploi de la méthode de Brand dans la pratique privée ; mais la publication de statistiques incontestables, prouvant que la mortalité moyenne peut être réduite de son chiffre actuel, environ seize pour cent, en comprenant la clientèle hospitalière et la clientèle privée, à deux ou trois pour cent, rendra très facile, au bout de peu de temps, l'usage des bains à l'hôpital et chez les malades de la ville. Je crois que la principale opposition viendra de quelques-uns de nos médecins obstinément attachés aux traditions. Mais il en est un grand nombre qui sont accessibles à la persuasion. »

Dans 7'he Médical A'e/rs, du 6 décembre 1(S90, le D"" Wilson s'exprime ainsi : « Les symptômes graves se sont atténués, et lescasbénins ont suivi une évolution très favorable. En général, les malades n'ont fait aucune objection à l'emploi des bains. Les objections que quelques-uns élevaient contre cette méthode tombaient dès qu'un petit nombre de bains leur avaient été administrés. Les complications étaient insignifiantes; on n'observait pas de séquelles; et, dans chaque cas, la convalescence était rapide et satisfaisante. »

Le DMYilson dit encore, dans une leçon publiée dans les International Clinics de Lippincott, de juillet 1891 (page 19) : « Ce traitement consiste presque exclusivement en un procédé unique, et, à cet égard, il se trouve en désaccord presque complet avec les doctrines générales qui ont cours aux Etals- Unis sur le traitement, non seulement de la fièvre typhoïde,

mais encore de toutes les autresmaladies infectieuses. Il est, en outre, radicalement différent de toutes les métliodes appliquées jusqu'ici dans les autres iiôpitaux. qui vous sont ouverts, et vos manuels ne le discutent pas longuement. On vient de pratiquer cette méthode d'une façon systématique et continue dans cet hôpital, pendant une période de seize mois, et l'expérience que nous en avons, si je suis bien informé, embrasse une période de temps plus longue et un nombre de cas plus considérable, que l'expérience qu'on peut en avoir acquise dans tout autre hôpital américain. L'ensemble de ces cas est assez étendu pour nous permettre, aujourd'hui, de passer en revue les résultats que nous avons obtenus, résultats qui coïncident avec ceux qu'établissent les statistiques beaucoup plus étendues qui ont été publiées à l'étranger. »

Le Dr Wilson (1) rapporte 408 cas traités par la méthode des bains auGerman Bospital et à V Hôpital dePhiladelphie, qui ont donné 32 décès, soit une mortalité de 1, 84 pour cent. Le plus grand nombre de ces cas étaient entrés à l'hôpital dans le cours du deuxième septénaire. La méthode de Brand, qui exige l'emploi des bains dès la première semaine, n'avait donc pas reçu une application stricte.

Pendant la guerre de Cuba, le D'' -L-C. Wilson (2) a traité, au German Hospital, 47 cas de fièvre typhoïde, qui lui ont donné une mortalité de 3.4 pour cent ; 121 de ces cas avaient été traités par l'emploi systématique du bain froid. Si l'on considère que, dans ces cas, la maladie existait déjà depuis onze jours en moyenne au moment de l'entrée à l'hôpital, ce résultat est remarquable. Le D"" B.-F. Sthal {Sainte Agnès Hospital) relate 144 cas, avec 5 décès (2,8 pour cent); tout malade dont la température atteignait 39° C. prenait un bain toutes les trois heures ; on donna en tout 1.830 bains. Un appareil ingénieux facilitait le transport du malade dans la baignoire.

Le D'' James Tyson, professeur de clinique médicale à l'Université de Pennsylvanie, affirme en ces termes la valeur de la méthode de Brand (3) : « J'attendais avec impatience l'occasion de m'étendre sur un mode de traitement qui, alors qu'il a été admis par la grande majorité des médecins d'hôpitaux, n'est pas arrivé, pour diverses raisons dont quelques-unes

(1) Médical Xeirs, 30 novembre 1895.

(2) Philadelphia Med. Journal, 23 février 1899, p. 409. (3, Therapeulic Gazelle, 15 juillet 1895.

246 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

très puissantes, à pénétrer dans la pratique générale, dont son efficacité le rend digne ; et j'ai pensé qu'il y avait utilité à le présenter à un grand nombre de médecins qui résident en dehors des grands centres; car on n'a pas appelé l'attention de ces médecins sur les grands avantages de la méthode avec assez d'insistance pour la faire adopter d'une façon plus générale dans la pratique privée. De plus, je puis indiquer un procédé qui peut enlever au traitement un de ses inconvénients les plus sérieux, je veux parler de la méthode employée par Branddans le traitement delà fièvre typhoïde. J'ai été si salisfait dans ma pratique personneUe de cette méthode, qui sans aucun doute surpasse de beaucoup toutes les autres en efficacité, que je me sens tenu de faire tout rhon possible pour en vulgariser V'usage. »

Dans son rapport sur les cas de fièvre typhoïde observés sur les soldats de la guerre de Cuba, le D'" ïyson écrit ce qui suit : « On peut dire que le traitement, en dehors de la diète, a consisté dans l'emploi de la méthode de Brand, l'usage que j'ai fait alors de celte méthode n'a en aucune façon diminué la confiance que j'avais en elle; c'est le procédé le plus efficace dans le traitement de la fièvre typhoïde, à condition qu'on l'applique dans les limites que fixent le bon sens et l'expérience. »

Le professeur Tyson, que j'ai interrogé au sujet de son opinion présente sur ce sujet, m'a récemment répondu ceci : « J'applique encore la méthode de Br-and aussi souvent que possible. Elle a pour effet, pratiquement, d« rendre moins graves les cas graves et plus bénins les cas bénins. Mes statistiques au 1^'' janvier lOOt) indiquent une mortalité de 7.3 j)our cent, qui rappelle, d'une façon élonnante, celle des statistiques de Osier au John s Hopkins Hospilal, qui est de 7,3 pour cent, et celle des statistiques de Wilson au Gerrnan Hospilal, qui est de 7,25 pour cent.

Le D^ G. G. Simythe.d'lndianapolis, rapporte, dans les Transactions of the State 3Jcdicnl Society of Indiana, 208 cas de fièvre typhoïde que lui-même et trois de ses confrères oat traités au moyen des bains, et qui leur ont donné 5 décès (2,5 pour cent). 11 s'exprime ainsi : x l^ersonnen'a le droit de proscrire ce traitement au nom de considérations purement théoriques. Le médecin qui refuse de l'adopter s/^/îe la condamnation à mort de vingt individus sur cent malades qu'il soigne et l'opinion publique Ten rendra responsable. »

Une discussion, à la Xeir-York Clinkal Societi/, renseigne sur l'emploi de la mélhode de Brand à New-York. Au cours de celte discussion, le Dr H. P. Loomis a présenlé un excellent exposé de la méthode de Brand (\ ) :

«On doit admettre que le traitement actuel sur cent malades, en sauve plus de quinze, qui précédemment mouraient; car ia maladie n"est certainement pas, à Theure actuelle, d'une forme plus bénigne qu'elle ne Tétait il y a dix ou vingt ans.

« C'est au bain de Brand qu'on doit légitimement attribuer presque entièrement cette diminution de la mortalité.

" Dans tous les hôpitaux, on prescrit le bain dé Brand lorsque la température atteint lOS" F. (^39,4° C), sauf au Presbijterian Hospilal, où on l'ordonne lorsque la température s'élève à 102,0° F. (39,1» C). Les seules exceptions à la règle générale ([ue l'on puisse relever dans les autres hôpitaux appartiennent au service du D' Peabody, au New-York Hospital^et au service du D"" James au Hoosevelt HospitaL où les bains sont donnés quand la température est de 102. o» F. (39,1*' Ck Dans deux hôpitaux (Presbyterian et Bellevue), on administre les bains toutes les quatre heures; et dans deux autres (Roosevelt et New- York), toutes les trois heures. Le premier bain est donné à une température d'environ 70° F. (21, i» C.) ; les enfants sont toujours baignés à une température plus élevée, à savoir : 85" F. (29,0" C). La durée du bain est de lo minutes, et l'on fait prendre partout aux malades du whiskey avant le bain et du lait chaud après celui-ci. On prend la température une demi-heure après le bain danstous les hôpitaux, sauf au Presbyterian, où on la prend au bout d'une heure.

«On doit administrer le bain de Branddans tous lescas où la température atteint 103" F. (39,4'' C)\ on doit le faire toutes les quatre heures. La technique est la suivante.

« On fait prendre au malade quinze grammes de whiskey étendu d'eau avaut le bain, et un verre de lait chaud après celui-ci. La température du bain doit être de 70° F. (21,1° C), et on l'abaisse graduellement avec de la glace à 60° F". (18, 3° C). On laisse le malade dans le bain pendant quinze minutes et on le frictionne constamment. On place sur sa tète une compresse froide ou un bonnet à glace. Après avoir retiré le malade du bain, on le sèche au moyen d'un drap, puis on l'enveloppe dans des couvertures. Au bout d'une demi-heure, on prend la

(1) Médical liecord, 10 janvier 1903.

iâ48 PRATIQUE DE l'uYDROTIIÉRAPIE

température et on l'inscrit sur la feuille, où les points indi- ([Liant les températures consécutives au bain sontreliés par un trait rouge. On peut toujours omettre avec avantage le bain de 4 heures du matin, et aussi, dans la plupart des cas, le bain de minuit. »

Quelques jours seulement avant sa mort, ce regretté maître écrivait à l'auteur qu'il était toujours aussi attaché à la méthode de Brand; il lui disait en terminant : « Je fais toujours administrer un ou deux bains de Brand en présence des étudiants du Cornell Médical Collège^ à Bellevue Ilospital, et j'en expose soigneusement tous les détails. »

Le professeur J. H. Musser, de Philadelphie, écrivait récemment à l'auteur : « Je recommande Temploi de la méthode de Brand dans la fièvre typhoïde parce que c'est elle qui nous donne le meilleur résultat. »

Le D"^ A.-B. Bail, professeur de clinique médicale au Cornell Médical Collège, estime que « la raison pour laquelle les médecins de Bellevue, au nombre desquels il se trouvait, avaient abandonné le traitement par les bains, il y a quelques années, résidait dans ce fait qu'ils n'employaient pas la friction. Quiconque a fait l'expérience du procédé plus récent, imaginé par le D"' Baruch (i), qui se complète par la friction, s'est convaincu qu'on ne peut recommande!^ aucunprocédé qui soit aussi efficace. On doit mettre au nombre de ses effets les plus utiles l'influence qu'il exerce sur la respiration, qu'il rend plus i)rofoude. Chez les femmes, on a continué le traitement pendant la période menstruelle et cette pratique a reçu l'approbation de plusieurs gynécologistes qui avaient été consultés sur ce sujet. On peut trouver avantage à faire débuter certains malades par un bain à 85 ou même à 90° F. (2i»,:i" ou 32,2'^ C). On a supposé que le l)ain froid avait simplementpour Ijut d'abaisser la température, et ce fut une grande erreur w.

LeD'' Tuttle (2) rapporte les faits suivants : «On a traité par le bain froid, au New-York Hospilal, pendant Tannée prenant fin au premier novembre 1892, 76 typhiques, qui ont donné une mortalité de 5 pour cent seulement. On y appliquait la méthode de Brand d'une façon plus parfaite que dans aucun autre hôpital de la ville; dans la plupart deshôpitaux,eneiïet,le

(1) L'auteur s'est attaclié à démontrer l'iniportiince capitale de la friction, mais c'est Ernest Brand, de Stcttin, qui a imaginé ce procédé, et c'est à lui que doit en revenir tout l'honneur.

(2/ Southern Médical Record, iSdÈ.

LE BAIN FROID AVEC FRICTION "lAd

traitement était mixte; dans quelques-uns, on ne donnait un bain que lorsque le malade semblait supporter mal les températures élevées, et dans d'autres on administrait les bains en même temps que les antiseptiques intestinaux etd'aatres médicaments; mais, dans aucun, on n'obtint d'aussi bons résultats que ceux qui sont indiqués ci-dessus. » L'erreur signalée par le D'- Tuttle est très répandue; car on perd de vue ce fait que l'on ne peut espérer les résultats parfaits obtenus par Brand, que si l'on applique exactement sa méthode.

Le D'' Osier, professeur de pratique à Johns Hopkins Hospiial (1), écrit ce qui suit : « On attribue à l'emploi de l'hydrotliérapie dans la fièvre typhoïde deux avantages : une atténuation dos symptômes généraux de la maladie, et une réduction de la mortalité. Notre expérience personnelle, dans ces cinq dernières années, confirme cette opinion. On ne peut espérer obtenir les bénéfices completsdu bain froid telsqueles a indiqués Brand dansles hôpitaux généraux, oii les malades arrivent rarement avant la fin de la première semaine ; toute fois, lorsqu'on examine un nombre assez considérable de cas, on constate que les troubles gravesparaissent être moins communs. Comme l'ont allégué à maintes reprises un grand nombre d'auteurs compétents, l'action utile du bain n'est pas spécialement anti thermique, mais, d'une façon générale, elle est tonique et fortifiante. On voit moins fréquemment le tableau de l'état typhique, et l'on peut soigner vingt cas, ou plus, sans voir un seul exemple de langue sèche et de délire.

« Bansles Metropolitan Fever Hospitals de Londres, la mortalité s'élevait à 17 pour cent, d'après le rapport de 18!}3. Le traitement par le bain froid, rigoureusement appliqué, semble avoir sauvé 6 ou 8 malades sur 100 lyphiques confié;» aux soins des médecins des hôpitaux. »

Le professeur Llewellen Barker, répondait récemment à une enquête de l'auteur : « Nous constatons, à la clinique médicale de Johns Hopkins Hospital, comme le D'' Osier, que le bain de Brand est d'une grande utilité dans la fièvre typhoïde. La fièvre typhoïde a une pliysionomie entièrement dilférente de celle que nous lui connaissions avant l'introduction de la méthode de Brand. »

Le D'' Glénard(deLyon),qui traita sous la direction de Brand des Français atteints de fièvre typhoïde, prisonniers de guerre

(1) Rapports de cet Hôpital, vol. V.

250 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

en Allemagne, et qui devint, à son retour en France, un ardent propagateur de la méthode de Brand, termine ainsi une communication au Congrès français de Médecine de 1894 : « Le traitement de la fièvre typhoïde par les bains froids, introduit il y a vingt ans en France, non seulement reste debout en dépit de toutes les attaques dont il a été l'objet, mais sa valeur est tellement incontestée aujourd'hui qu'il est considéré dans l'école de Paris, par un de ceux qui dirigent l'opinion médicale de notre pays, comme le spécifique de la fièvre typhoïde. Un traitement spécifique est non seulement le meilleur traitement d'une maladie, mais c'est le seul qu'on doive lui appliquer, parce que c'est le seul qui en réduise la mortalité à un minimum qui ne semble pas pouvoir être dépassé. Ce traitement est facile à appliquer, à la campagne comme à la ville, chez le pauvre, comme chez le riche. Il suffit d'avoir vu pour être convaincu, et c'est à l'hôpital, dans le service de ceu.K cjui sont convaincus, qu'il faut apprendre à le connaître. »

Le Dr S. -H. Ilare, du Brisbane Hospital, Queensland (1), a publié les résultats obtenus dans un hôpital général important. De 1882 à 1887 on y traita par l'expectation 1.828 cas de fièvre typhoïde qui fournirent une mortalité de 14,8 pour cent. De 1887 à 1896 on y traita 190 cas par la méthode de Brand, et la mortalité fut de 7,5 pour cent; la mortalité s'est donc abaissée de 50 pour cent ; ou, en d'autres termes, le bain froid a sauvé environ 7 malades sur cent. Ce résultat s'accorde exactement avec les conclusions d'Osier sur ce sujet.

« La perforation et Thémorragie intestinale, dit cet auteur, qui causaient habituellement, à elles deux environ un quart à du total des décès, sont la cause de plus de la moitié des décès l'heure actuelle, alors qu'on emploie le bain froid, et cela en dépit du fait qu'elles sont moins souvent fatales à notre époque.

« Ce travail met en relief un point intéressant : la mortalité comparée des sexes. Des statistiques étendues montrent que la mortalité féminine est légèrement plus élevée que la mortalité masculine, lorsqu'on emploie les traitements ordinaires. Pendantlapériode du traitement parl'expectation, on traita, au Brisbane Hospilal, 1.160 hommes et 668 femmes ; 164 hommes moururent, ce qui donne une mortalité de 14, 14 pour cent: 107 femmes succombèrent, pour elles la mortalité était donc de

(1) Mpciical Record, 8 inni 1K!)0.

16,02 pour cent. La mortalité féminine est donc plus considérable, bien ([lie les hommes soient deux fois plus exposés que les femmes aux perforations et aux hémorragies. Les quartiers de femmes offrent donc au traitement par le bain froid un champ plus fertile que les quartiers d'hommes. »

Ces statisli([ues fournissent un résultat presque exactement semblable à ceux de la seconde division de l'hôpital de Vogl, dans lequel on appliquait également un traitement mixte. Elles sont également précieuses, car on en a éliminé toutes les sources d'erreur. 11 peut être intéressant de rappeler ce fait mis en évidence par Brand, qu'on ne met le malade à l'abri de la perforation et de l'hémorragie qu'en lui administrant le bain froid dès les premiers jours de la maladie. Si donc la fréquence deces complications n'a pas été diminuée au Brisbane Hospital, c'est que les cas de fièvre typhoïde n'arrivent guère à un hôpital général avant le cinquièmejour; c'estaussi que le traitement appliqué consistait surtout en une association de la méthode de Brand avec les antipyrétiques.

Bouveret (1) rapporte cent cas de fièvre typhoïde traités par l'application exclusive du bain froid, qui ont donné une mortalité de 3 pour cent. Les cas mortels étaient entrés à l'hôpital vers le seizième jour. Cet auteur donne, au début, dans les cas avancés, le bain à une température de 26°-27° C, puis il abaisse la température au point fixé par Brand, 18" C. si la fièvre ne diminue pas. Le bain ne lui a jamais donné d^ syncope ni d' affaiblissement du cœur, car il na jamais omis de faire pratiquer des frictions sur tout le corps, l'abdomen excepté. Il applique rigoureusement les règles de Brand, sauf en ce qui concerne les compresses mouillées abdominales, que l'on maintient froides au moyen d'une vessie de glace que l'on place sur elles.

Voici ce qu'écrit W. Gilman Thompson (2) : « La méthode de Brand, telle qu'on l'applique aux Etats-Unis, donne des résultats dont la constance est étonnante. Par exemple on trouve une mortalité, au Johns Hophins Hospital, de 7, 5 pour cent ; dans les hôpitaux de Philadelphie (Wilson et Tyson), de 7, 3 pour cent ; au Roosevelt Hospital (New-York), sur 368 cas (1889-1891)), de 6,8 pour cent ; au .Ve^r- For/.- Hospital et au Presbxjterian Hospital, sur 900 cas, de 6,5 pour cent (la mor-

(1) Lyon Médical, 1891.

(2) Text-Boolv on Practical Medicine, 1902, p. 43.

252 PRATIQUE DE l'hydrothérapie

talité était précédemment de 16,1 pour cent) et de 7,75 pour cent. On doit donc admettre que la mortalité générale de la fièvre typhoïde se trouve réduite de moitié par l'emploi du bain froid, ce qui donne certainement une compensation plus que suffisante aux désagréments, aux embarras et aux dépenses, qu'entraîne l'application decette méthode, »

Un manuel de médecine pratique, très répandu en Angleterre, indique que la méthode de Brand a éveillé l'attention même dans ce pays si conservateur (voir chapitre XXVIII) (1): « Traitement contre V hyper thermie (?). La quinine est le meilleur agent médicamenteux ; on doit éviter l'usage du coaltar. On aemployé avec plus de succès les moyens hydrothérapiques. De tous ces moyens, le plus important de beaucoup est la méthode de Brand, bien qu'on n'enait encore jamais fait sérieusement l'expérience en Angleterre ; il a donné des résultats admirables sur le continent et en Amérique. Ce traitement, malgré son apparente rudesse, a diminué considérablement la mortalité de la fièvre typhoïde dans tous les hôpitaux oîi il a été appliqué systématiquement. Le grand secret de ses succès, semble-t-il, n'est pas qu'il abaisse la température, mais qu'il détermineune élimination. La diurèseest beaucoup plus active et elle rejette une beaucoup plus grande quantité de toxines. »

La dernière phrase de cette citation est en contradiction formelle avec l'idée qui se trouve exprimée dans les premiers mots ; on voit par là combien la croyance que le bain froid est un traitement v contre l'hyperthermie » est solidement implantée dans les esprits.

Le bain froid dans la clientèle privée. — Jusqu'ici nous n'avons cité que des observations fournies par des médecins d'hôpitaux et des professeurs. Bien que leurs travaux fassent connaître les résultats de leur expérience dans la clientèle privée, il est intéressant d'examiner l'opinion des médecins qui ont appliqué la méthode de Brand dans cette clientèle.

Dans un mémoire lu devant la Détroit Médical Association, le D' Cari Borning (2) dit ceci : « J'ai traité par la méthode de Brand, en excluant toute médication autre qu'une ou deux doses assez élevées de calomel administréesau début, 61 cas de

(1) l'racLice of Medicine, de Gibson. 1001.

(2) The Physician and Suvr^eon, décembre 1889.

fièvi'e typhoïde et je n'ai eu aucun décès. Je puis dire avec assurance, en considérant de tels résultats, que le traitement par les bains froids, appliqué à la fièvre typhoïde, au typhus, et, d'une façon générale, à toutes les maladies qui s'accompagnent d'une élévation anormale de la température, est le traitement de beaucoup le meilleur, le traitement idéal, celui que Ton doit employer dans tous les cas, qu'ils soient graves ou bénins. Siron applique cette méthode dès les premiers jours de la maladie, le médecin n'aura jamais à s'inquiéter de l'issue de cette maladie, car le malade guérira siirement. L'évolution de la maladie sera relativement bénigne, et toutes les complications si variées et si terribles qui surviennent si fréquemment seront évitées presque complètement. Seulement, pour arriver à ces résultats, nous avons suivi à la lettre les indications de Drand. »

Le D'" Barker, de Saint-Louis (1), a soigné 45 cas de fièvre typhoïde dans la clientèle privée en administrant à 35 d'entre eux des bains à 70° ou 75» F. (21, 10-23,8" C.) de quinze minutes. Ces derniers ne lui ont pas donné un seul décès. Barker a abandonné l'épongement, la friction avec de la glace, etc., pour « l'immersion, qui, quoique pénible au début, demande moins d'habileté manuelle et peut agir énergiquement ».

Le D"" Cari Sihler, de Cleveland (Ohio),estsi fermement convaincu de l'efficacité souveraine de la méthode de Brand dans la fièvre typhoïde qu'il a entrepris de traduire à ses propres frais les travaux de Brand, de Vogl et de Tripier, car « c'était une bonne chance de traduire ces auteurs, pour le médecin, qui se proposait d'explorer un domaine qui promettait d'être si fertile en bons résultats ». L'expérience personnelle que j'ai de ce traitement, dit-il, comme je l'ai acquise en faisant mon apprentissage, en appliquant la méthode avec des omissions et des erreurs, n'a pu me fournir des cas bien satisfaisants ; malgré cela elle m'a montré clairement que le praticien pouvait employer le bain froid avec la précision nécessaire et d'une façon courante, même dans les classes laborieuses. En deux années, le D"" Sihler a traité par le bain froid 54 cas de fièvre typhoïde, sur lesquels il eut 3 décès, et 26 cas bénins dont quelques-uns seulement eurent des bains et qui donnèrent 1 décès.

(1) Therapeulic Gazette, p. 515, 1895.

PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE

TABLEAU COMPARATIF DE LA MORTALITE DANS LA FIEVRE TYPHOÏDE SUIVANT LES DIFFÉRENTES MÉTHODES DE TRAITEMENT

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