‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 25 sur 105 · LE MAILLOT COMPLET · texte numérisé non relu

LE MAILLOT COMPLET

substances autotoxiques, la transmutation des produits de déchet en éléments solubles susceptibles d'être éliminés. Bouchard, qui fait autorité en cette matière, s'exprime ainsi : « Chose remarquable, ces hommes à sécrétion sudorale fétide cessent d'exhaler une odeur mauvaise, s'ils viennent d'être atteints de quelque maladie fébrile. » Ces autotoxines sont donc réellement consumées, quand les processus fébriles augmentent l'activité des combustions et elles s'éliminent ainsi de l'organisme. Ce qu'on a appelé le « pouvoir curatif de la fièvre » est dû, probablement, à cette oxydation des toxines et autotoxines, et il peut être également la raison pour laquelle des maladies chroniques disparaissent parfois sous l'influence de maladies aiguës intercurrentes, et pour laquelle un grand nombre d'individus se trouvent beaucoup mieux à la suite d'une maladie fébrile aiguë. Les applications prolongées du maillot humide durant deux ou trois heures sembleraient donc offrir, par ce mode d'action, un moyen d'augmenter les éliminations, qui pourrait être employé utilement dans un grand nombre de traitements.

Des expériences sur les animaux ont été faites en vue d'établir le mode d'action du maillot humide.

Schiiller a montré l'action du maillot humide sur des lapins trépanés. Il les enveloppait d'un drap mouillé avec de l'eau à 34" F. (1,1"C.) et les recouvrait d'une toile cirée et de couvertures de laine, qui les serraient étroitement, ne laissant libre que la tête ; il les gardait ainsi deux ou trois heures sur une table. La température s'abaissait de un à deux degrés (0,ooo à 1,1° C.) et recommençait à s'élever au bout de 2 heures un quart. La respiration devenait plus lente et plus profonde et le pouls se ralentissait. Les animaux réagissaient moins auxexcitations et semblaient d'abord assoupis; et lorsque la température recommençait à s'élever, ils redevenaient plus vifs et se mettaient à se débattre avec énergie. On observait une contraction des vaisseaux de la pie-mère, que la trépanation avait mise au jour. Après une dilatation initiale de courte durée, les vaisseaux se contractaient, le cerveau s'alïaissaitde plus en plus et la dure-mère était soulevée par le liquide céphalo-rachidien, qui s'accumulait en abondance sous elle. Les battements du cerveau devenaient plus lents et plus égaux. Ces modifications duraient plusieurs heures. Les excitations externes que l'on faisait subir aux animaux en les pinçant, les frictionnant, les soulevant, amenaient d'abord des battements cérébraux rapi- Barucii. — Hydrothérapie. 11

des. mais ensuite plus courts, et une dilatationplusgrande, mais variable, des vaisseaux. Aussitôt que l'on enlevait le maillot, les vaisseaux se dilataient, mais reprenaient de suite leur calibre normal. La respiration et les battements cérébraux deve naient plus fréquents. Si l'on appliquait des compresses chaudes sur le ventre et le dos de Tanlmal, les vaisseaux de la piemère se contractaient, le pouls et les mouvements respiratoires s'accéléraient, le premier devenait moins perceptible, ceux-ci plus superfîcielSv

Ces expériences peuvent paraître contradictoires à un examen sommaire. 11 est pourtant facile de les expliquer. Sous l'influence de leur exposition brusque à l'action du maillot humide à 34" F. (l.loC), les muscles de la peau se contractent, entraînant la contraction des artérioles et du vaste réseau capillaire de celle-ci. Ce phénomène détermine la vaso-dilatation de la pie-mère, que Schiiller a notée tout d'abord. La dilatation secondaire des vaisseaux cutanés, qui s'établit sous le drap mouillé et sous les couvertures de laine, qui retiennent le calorique à la façon d'un cataplasme, amène une contraction des vaisseaux pie-mériens. Les fibres musculaires de la peau se relâchant, la dilatation des vaisseaux cutanés devient encore plus considérable, et le calibre des vaisseaux de la pie-mère va en diminuant: il y a anémie cérébrale. Lorsqu'on retire l'animal du bain de vapeur chaude où il se trouvait plongé, les vaisseaux de la peau se contractent de nouveau sous l'influence de l'air frais, et les vaisseaux de la pie- mère se dilatent; « ils reprennent aussitôt leur calibre normal », dit Schiiller.

Ces expériences permettent de comjirendre l'action du maillot humide sur le corps humain. Nous avons vu souvent le malade s'endormir aussitôt que la température s'était équilibrée entre le corps et le drap, et que le processus réactionnel donnait naissance à de la chaleur, en remplissant les vaisseaux cutanés et en diminuant ainsi l'apport sanguin dans le territoire des vaisseaux cérébraux. En outre, l'état de repos du malade, et la suppression de toutes les influences réflexes qui, dans les conditions ordinaires, arrivent au cerveau par les nerfs de la peau doivent contribuer à l'action sédative du maillot humide.

Vinaj et Maggiora ri) ont porté leur attention sur l'influence exercée par le maillot humide sur l'appareil musculaire. Ils prenaient la courbe de fatigue du médius gauche chez lesindi-

(1) Blatler fur klivische Hydrothérapie, liS92.

LE MAILLOT IIIMIDE

vidus qu'ils avaient maintenus deux heures dans le nnaillot liumide (li|^-. 31). Immédiatement après leur sortie du maillot, on ploni^cait les sujets dans une baignoire d'eau froide. On

Fig. 31. — Courbe de fatigue de la main gauche, après le" maillot humide maintenu pendant deu.x:

heures.

Fig. 32. — Courte de fatigue de la main droite . après le maillot humide et une immersion froide.

enregistrait alors la courbe de fatigue du médius droit (fig. 32). On pouvait comparerces. courbes avec la courbe normale pri.se avant l'application du maillot, laquelle était identique aux courbes représentées dans les figures 1 et 2.

Tableau indiquant la capacité de travail des muscles, après le maillot humide.

CONDITIOXS

-M.iLV GAICHE

MAl.N IIROITE 1

CODRBES

L'EXPKRIEN'CE

Haii'eur totale du souli'vement. en mètres.

Travail total en kilogrammètres.

Hauleui- totale du soulèvement, en mètres.

Travail total en kiloïrammélre.s

1) Fig. 31

.4.près le maillot humide.

(2; Fig. 32

Après une immersitui froi-

de

Dans les conditions nor maies

Dans les con-

ditions normales

■;.07ii

164 PRATIQUE DE l'iIYDROTHÉRAPIE

Ce tableau montre raccroissement énorme de la capacité de soulèvement après un maillot humide suivi d'un bain froid ordinaire; et il explique en partie le mode d'action de l'effet tonique habituellement produit par ce procédé. Il me semble que cet « effet tonique » n'est pas dû au maillot humide de deux heures, mais à l'immersion froideque l'on pratique ensuite alors que la peau s'est surchauffée, du fait de l'application prolongée du maillot humide.

Indications thérapeutiques dans les maladies aiguës. — Si la soustraction de chaleur est le but principal, la température du drap doit être entre 60° et TO'* F,(lo,o<'-21,l° C.)dans le premier maillot, le malade sera retiré du maillot lorsque celui-ci sera échauffé et on le placera dans un autre maillot à une température plus élevée de deux degrés (1,1'' C.) que l'on installe sur le même lit ou sur un lit voisin. Dès qu'il a réchaulTé le drap et la couverture, ce dont on s'aperçoit en appliquant la main sur les différentes régions, on le porte dans un troisième maillot à une température plus élevée de deux degrés F. (1,1° C.) Liebermeister a montré que cinq maillots humides de ce genre, durant dix minutes chacun, soustraientautant de calorique qu'un bain général de 15 minutes à 6o' F. (18, 3^ C). Donc, lorsque la température est élevée (au-dessus de 102'^ F., 38,9" C), ou lorsque l'on ne peut vaincre les objections qui sont élevées contre l'emploi d'un autre procédé plus ou moins énergique, le maillot humide offre une ressource utile et acceptable dans les états fébriles. Le médecin doit donc décider s'il est préférable d avoir recours à cinq maillots successifs durant en tout 50 minutes, plutôt qu'à un bain général de 15 minutes. Les particularités du cas lui inspireront sa décision. Mon expérience personnelle est en faveur du bain général, si l'ablution, le drapmouillé et le demi-bain se sont montrés insuffisants, et silon peut obtenir le personnel et le matériel convenables. Le maillot humide est une médication anti-fébrile remarquable; toutefois, dans les cas bénins dont la température est entre 100° et 103 F. (37, 8o et 39,4° C), particulièrement dans les cas qui n'ont pas un caractère infectieux. Comme le procédé peut être modifié, soit en employant de l'eau à une température plus élevée et en prolongeant l'application si le corps continue à se refroidir, soit en abaissant la température du drap mouillé si la température du corps ne baisse pas, nous avons dans le maillot une méthode très souple, susceptible d'un dosage exact

pour ainsi dire. Dans les états fébriles, la première impression de froid sur la surface cutanée cesse brusquement et donne lieu au phénomène d'évaporation mentionné plus haut. Celuici détermine un effet sédatif sur les vaisseaux et les nerfs périphériques, et les malades qui, jusque-là, s'agitaient sans repos, s'endorment.

Si l'effet sédatif est la principale indication au moment oii Ton intervient, si le malade a perdu le sommeil ou s'il côtoie le délire, il sera prudent de le laisser dans le maillot jusqu'à ce qu'il s'éveille, et de lui donner alors une ablution froide rapide. Toutefois, si l'élévation de la température ne s'accompagne pas d'adynamie, elle constitue la première indication ; le malade sera donc retiré du maillot dès que l'on commencera à sentir s'échauffer la couverture ou le drap ; il sera placé alors dans un autre maillot, comme on l'a indiqué ci-dessus, et Ton appliqueraainsi jusqu'à quatre ou cinq maillots successifs; on interrompra le renouvellement des maillots, lorsque la température sera suffisamment abaissée, en ayant toujours soin de laisser le malade dans le dernier maillot, qui le refroidit sans le glacer, pendant 10 ou 13 minutes. S'il n'est pas trop fatigué, on lui administrera une ablution rapide avec de l'eau entre 30- et 60° F. (10'^ et 13,3° G.). Cette méthode agit plus lentement, mais produit un effet plus durable que le procédé plus rapide du bain général, pour cette raison que l'élévation compensatrice de la température, qui constitue la réaction défensive normale, est plus tardive et plus lente.

L'auteur a obtenu d'excellents résultats dans la typhoïde et d'autres états adynamiques, oii les autres procédés avaient déterminé de grands frissons, d'une modification apportée à la technique du maillot humide, procédé dont on constate l'utilité dans un grand nombre de circonstances.

J'étais guidé par cette idée que, si les ablutions ou les bains arrivent à glacer les malades, c'est que la réaction des vaisseaux cutanés fait défaut. Je faisais préparer le maillot humide sur une table ou un lit voisin; on étendait deux couvertures de laine épaisses et larges et, sur celles-ci, une couverture mince, puis un drap de grosse toile plongé dans de l'eau à 70^-60° F. (21,l°-13,5o c •) et bien tordu, l'eau la plus froide paraissant la plus efficace. On faisait en sorte d'envelopper rapidement le malade dans le drap mouillé et successivement dans chaque couverture. Dès qu'il déclarait se trouver bien et se sentir réchauffé, on retirait la couverture la plus superficielle, et.

i66 PRATIOl-E DE L'UYDROTllÉRAriE

cinq ou dix minutes après, la seconde des couyertures épaisses; on laissait alors le malade dans la couverture mince pendant cinq à dix minutes. On le laissait ainsi plus longtemps quand il s'endormait, ce qui arrivait souvent. Par ce moyen, on peut prévenir le défaut de pouvoir réactionnel et les inquiétudes du malade et obtenir néanmoins tous les efTets anti-fébriles de l'eau froide : stimulation par le choc froid du début, réaction après l'emmaillottement, refroidissement par Tévaporation s'opérant à travers la couverture mince; ou y ajoutait, quand cela était nécessaire, un autre stimulant en frictionnant rapidement la peau avec une serviette imbibée deau froide, avec de l'alcool, ou en pratiquant une ablution froide. Quelques maillots de ce genre sufiîsent à préparer le malade à l'ablution, au drap mouillé, au bain de baignoire, qu'il supportera dorénavant sans peine. On peut citer en faveur de l'emploi du maillot humide dans les maladies aiguës les observations concordantes de beaucoup de médecins d'hôpitaux. Rendu (1) fournit les résultats de dix années d'observations sur le maillot humide. 11 prétend que ce procédé peut remplacer utilement le bain froid; qu'il abaisse la température et favorise l'élimination des produits toxiques; qu'il active le fonctionnement des reins, calme le système nerveux et prévient le collapsus cardiaque ; qu'il est beaucoup plus aisément accepté par le public que le bain froid, et qu'il est, par conséquent, d'un emploi plus facile que celui-ci dans la pratique privée. Rendu sati.>-f'ait aux préjugés des profanes, qui réclament des médicaments, en ajoutant une décoction végétale ou un sel inolTensif à l'eau dont on fait usage. Il affirme que le maillot humide n'est jamais contre-indiqué par l'âge, ni par la constitution du malade. 11 recommande le maillot humide prolongé, en particulier dans la néphrite aigué (dans laquelle Kussmaull'a également conseillé), et s'oppose en même temps à toute médication diurétique. (Voir page 170 pour l'emploi du maillot humide dans la néphrite.) Wachsmuth a vanté l'application du maillot humide dans la diphtérie grave ; sur quinze cas traités par cette méthode, il ne perdit que trois malades, dont deux étaients mourants.

Mode d'action dans les maladies chroniques. — Si la température du corps est normale ou un peu au-dessus de la normale, comme c'est le cas dans la plupart des maladies chroniques,

(1) Revue d'hygiène thérapeutique, juin 1893.

TexcitaHon thermique est la même que dans la maladie aiguë. mais la réponse de l'organisme à cette excitation est toute ditterente, paixe que le système nerveux est affaibli et le pouvoir réactionnel diminué. Les vaisseaux périphériques se contractent; le malade frissonne plus longuement, probablement parce que le sang n'afflue pas aussi rapidement à la peau et qu'il s'y refroidit plus vite. L'énergie de la réaction qui répond à l'excitation thermique est moindre dans l'enfance et dans la vieillesse. Elle dépend aussi de la constitution plus ou moins vigoureuse du malade, et, jusqu'à un certain point, de sa température. L'effet réfrigérant cesse au bout de dix minutes ou plus; pendant ce temps le malade éprouve des sensations assez désagréables, et demande souvent à quitter le maillot. Le premier choc de l'eau froide sur la peau produit en outre une respiration haletante et augmente le malaise que subit le malade. Toutefois ce malaise prend iin après un instant plus ou moins long. L'équilibre sétablit entre la température du corps et celle du drap mouillé et l'évaporation fait que le corps s'enveloppe de vapeur. L'organisme est ainsi amené à fournir un effort relatif qui favorise grandement la circulation et qui contribue, comme on la démontré, à activer le métabolisme. Souvent, le malade qu'on laisse reposer dans le maillot s'endort. C'est ainsi que j'ai vu, dans l'établissement du professeur Winternitz à Kaltenleutgeben. de nombreux malades s'endormir rapidement, bien que le maillot fût habituellement donné a^-ant sept heures du matin, c'est-à-dire, juste au sortir du lit. L'eftet sédatif d'un sommeil d'une heure dans ce maillot, qui est une sorte de cataplasme doux, est utile dans les névroses fonctionnelles, l'hystérie, et quelques troubles cardiaques, comme on le verra.

Max llerz, de Vienne (1), appelle l'attention sur ce fait que le drap mouillé sature d'eau l'épiderme. Il a étudié le rayonnement du calorique chez un malade atteint de tuberculose avec fièvre, et a constaté que, malgré une température axillaire élevée, le malade ne perdait pas plus de calorique par rayonnement que n'en perdait un autre sujet apyrétique placé dans le même milieu. Herz mouilla alorsla peau tout entière de son malade et vit que le rayonnement de calorique était augmenté. Le rayonnement dépend de l'état de la surface cutanée, et il n'y a pas de doute qu'un épidémie gonflé d'eau ne i-ayonne la chaleur plus facilement qu'une peau sèche. Le calorique perdu

(1) Mo/ialsc/irift fiir prafctische Heilkuiule, juillet 1893.

1(58 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

par l'épiderme est sans cesse remplacé par celui qu'apporte le sang circulant dans la peau. Si répiderme est mauvais conducteur, l'émission du calorique retenu par le sang rencontre une résistance plus grande, tandis que, dans des conditions meilleures de conductibilité, le calorique est littéralement K aspiré ». Ces observations fournissent une explication rationnelle de l'action anti-thermique du maillot humide.

Dans une excellente monographie sur le maillot humide et le massage, le D'' Mary Putnam Jacobi résume d'une façon si claire et si complète l'action du maillot humide que je reproduis son exposé en témoignage de mon estime pour ce travail d'un médecin américain.

ft L'augmentation de lathermogénèse déterminée par l'excitation de l'appareil régulateur de la chaleur, indépendamment de la quantité de calorique soustraite par le froid, implique l'activité fonctionnelle : 1° des nerfs sensitifs; 2° d'une ou plusieurs parties des centres nerveux ; 3o des fibres nerveuses centrifuges de tout ordre qui se terminent dans les muscles ; 4° des muscles dans lesquels s'accomplissent les phénomènes chimiques qui entretiennent la production de chaleur. L'organisme est ainsi amené à fournir une somme définie de travail, qui n'est pas négligeable. Aussi les tissus nerveux et musculaires, au moins en grande partie, sont-ils placés dans des conditions favorables à leur nutrition. Mais ce n'est pas tout. Lorsque la réaction après le maillot humide se produit normalement, le sang qui se trouve dans la profondeur QAx voisinage des viscères chylopoiétiques est rapidement amené à la surface, il accélère donc la circulation tout entière de ces organes dans le même sens. Le résultat le plus important de ce processus est celui-ci : une quantité plus grande de matériaux alimentaires est versée dans la circulation générale et, l'hyperémie gastro-intestinale diminuant, l'appétitse réveille. Le sommeil s'établit presque toujours pendant le maillot dans les cas heureux, et nous avions trouvé que le malade en tirait le plus grand avantage, lorsqu'il pouvait dormir une demiheure après l'achèvement du maillot et le massage. Nous pouvons affirmer, pour des raisons'faciles à comprendre, que, pendant la première phase de l'application du maillot, le sang circule en plus grande abondance et sous une pression plus élevée à travers les centres nerveux, et par suite entraîne complètement les produits acides de la fatigue, qui maintenaient les éléments nerveux en état d'excitation permanente. La diminu-

tion de l'apport sanguin qui suit immédiatement, pendant la seconde phase de l'application, ^ ne peut manquer d'avoir d'excellents effets ; car elle réduit l'activité fonctionnelle du tissu nerveux, qui s'est prolongée à l'excès, et place par conséquent celui-ci dans les conditions qui sont nécessaires pour que commencent les phénomènes de nutrition. La diminution de l'apport sanguin n'est pas assez marquée pour empêcher ce dernier processus de s'accomplir; en effet elle n'est pas plus considérable que celle qui se produit dans le sommeil, période pendant laquelle s'opèrent les phénomènes d'assimilation dans les tissus nerveux et musculaires à l'état physiologique. En acceptant la loi que Ranke a formulée pour ces tissus, qui ne se réparent que lorsqu'ils sont fatigués, c'est-à-dire relâchés, nous pouvons voir dans le relâchement musculaire, amené par l'humidité chaude du maillot, une condition très favorable pour la nutrition des muscles. »

Autresformes du maillot humide. — Les modifications que l'on peut apporter au maillot humide, en en transformant légèrement la technique, expliquent pourquoi les hydropathes, depuis l'époque de Priessnitz, l'ont vanté comme une panacée dans toutes les maladies. Les observations pratiques de ces empiriques sont dignes d'attention. Leur singulière conception du rejet des poisons du sang provoqué par cette méthode n'est même pas entièrement dénuée de base scientifique. Nous pouvons accepter avec un certain scepticisme leurs théories et leurs prétentions, mais nous serons avisés en tenant compte de leur expérience clinique. Winternitz, Kussmaul l'ont fait; je l'ai fait moi-même.

On a indiqué la modification que l'on doit faire subir au maillot humide quand on veut produire le refroidissement, en traitant de son application dans les états fébriles. On peut obtenir un effet analogue en modifiant la durée de l'opération. Chez les malades qui entrent en traitement avec une température presque normale, on peut augmenter, tout d'abord, les facultés réactionnelles au moyen de la friction, du maillot sec, ou d'un bain d'eau chaude. Toutefois, cela est rarement nécessaire, lorsqu'on emploie un drap rude, qu'on le trempe dans de l'eau à une température ne dépassant pas 70" F. (21,loC.) et qu'on enveloppe rapidement le malade dans ce drap et dans les couvertures, comme on l'a indiqué plus haut. L'effet réfri-

170 PRATIQIT DE LllYDROTHERAPIE

gérant du drap mouillé est bientôt neutralisé par la chaleur fournie par l'organisme, que l'atteinte portée à sa peau amène à se défendre. Aussitôt que la température du drap atteint celle de la peau à l'état normal (92'^F., 33,3" C), la sensation de froid diminue. Si le maillot reste en place, le calorique venant des organes internes élève la température de la peau et celle du drap, car la production de chaleur continue une fois qu'elle a été activée par la nécessité de compenser la soustraction initiale de calorique subie par l'économie.

L'humidité chaude qui enveloppe alors le malade produit un effet sédatif, que l'on peut entretenir en enlevant la couverture superficielle pour réduire l'activité de la thermogénèse, qui obéit encore à l'impulsion que lui a donnée l'intervention du froid.

Si, au contraire, on augmente l'épaisseur des couvertures, ou si l'on place une toile imperméable sur le maillot, on arrête plus ou moins la diffusion du calorique, la peau se congestionne, le visage devient rouge, et Ton observe tous les phénomènes déterminés parle bain chaud, même une transpiration abondante du visage. La somme de travail fonctionnel fournie par l'organisme entier pour l'accomplissement de ces processus peut être utilisée à l'avantage du patient, ou tourner à son détriment si on la provoque d'une façon intempestive.

Le maillot humide dans les néphrites. — ^ Lorsque j'eus connaissancedes excellentesrecherches deKauffmannet Barrie (1) sur l'emploi du maillot humide dans les néphrites, etc., faites à la clinique de Kussmaul, je pensai que les résultats obtenus devaient être dus au mode d'action exposé brièvement ci-dessus, et j'adoptai le maillot humide froid comme supérieur à d'autres opérations chaudes dans le traitement de nombreux cas de néphrite, de goutte, et de rhumatisme. Quand la température du corps est au-dessus de la normale, ou quand le début de la maladie est brusque, comme dans l'albuminurie et même dans l'éclampsie de la grossesse, la réaction s'établit très rapidement si le maillot humide est appliqué judicieusement. Une action diaphorétique se produit, et tous les effets favorables qui peuvent dériver de la diaphorèse s'accentuent, du fait que la circulation générale et la circulation locale deviennent plus faciles et plus actives.

(1) Berliner /clin. Wochenschvift, 1888, n» 28.

Le maillot humide chaud {hot hlankcl pack). — On parle si souvent de cette méthode, à propos de lu néphi'ite dans la littérature médicale, qu'il est bon d'en exposer la technique. On opère habituellement de la façon suivante : on place sur un lit ou sur une table trois ou quatre couvertures de laine ; deux infirmiers plongent la couverture, qui sera placée par-dessus, dans de l'eau aussi chaude que peuvent le supporter leurs mains et ils l'expriment en tordant ses extrémités en sens contraire. On étale rapidement la couverture chaude sur les autres et on enveloppe étroitement le malade de cette couverture et des suivantes. Le danger de brûler le malade a été exagéré par des auteurs qui n'avaient pas l'expérience de ce procédé; la couverture perd beaucoup de sa chaleur pendant qu'on la déploie, souvent même plus qu'il ne serait désirable. Sil a sa connaissance, le malade souffre bientôt de la chaleur et d'un certain malaise, comme dans un bain très chaud, et s'empresse de demander qu'on le délivre. Il ne se produit pas de stimulation des fondions calorifiques ; au contraire, Teff^ort de l'organisme pour s'adapter à la température va dans un sens opposé, la transpiration de la face s'établit, l'eau se vaporise et commence à abandonner la trame de la couverture. Au lieu de l'accumulation de calorique, que produit dans le maillot humide froid la suractivité compensatrice de la thermogénése, on observe, après le premier choc du maillot humide chaud, une diminution de la production du calorique. L'auteur a exposé dans ses cours à la Post-Graduate Médical School les diff'érences qui existent entre le maillot humide froid et le maillot humide chaud employés dans le traitement de la néplirite chronique et de la néphrite de la grossesse; el il invoqua le témoignage des infirmières à l'appui de ses dires, quand il indiqua que l'on trouvait la couverture mouillée froide après le retrait du maillot chaud, et le drap mouillé chaud après le retrait du maillot froid. Dans l'un et l'autre cas, cet effet s'accentue si l'on enveloppe le maillot tout entier dans une toile imperméable pour empêcher lévaporation. Le maillot humide froid mérite donc d'être préféré. Il n'est pas généralement adopté en raison dupréjugé susperstitieuxqui fait craindre les applications froides dans la néphrite et le rhumatisme. L'affirmation autorisée de Kussmaul semble n'avoir pas réussi à ruiner ce préjugé.

Von Noorden et Grodel (1) approuvent l'emploi du maillot

(1) Loc. cil.

172 PRATIQUE DE l'h YDROTHÉRAPIE

froid dans la néphrite lorsqu'il se fait une bonne réaction. L'auteur espère avoir attiré suffisamment l'attention sur cet utile procédé en exposant le mode d'action et les mérites de celui-ci. Dans mon ancien service du J. Hood Wright Hospilal, on amena un jour en amlîulance une femme atteinte d'éclampsie au sixième mois d'une grossesse. Une prompte délivrance amena une sédation après trente crises convulsives; la malade resta sans connaissance, fournissant 240 grammes d'urine très albumineuse pendant la nuit. Je fis appliquer un maillot humide à oo» F (12, 8° C). en présence des médecins qui suivaient mon cours à la Post-Graduate School. Après chacune des trois applications, faites à intervalle de quatre heures, la quantité d'urine retirée par le cathétérisme augmentait; au bout d'une semaine, l'urine était normale en quantité et en qualité.

Indications thérapeutiques dans les maladies chroniques. — Le maillot humide peut rendre de grands services dans tous les cas chroniques dont un des éléments principaux est le ralentissement du métabolisme, comme dans le diabète, le rhumatisme, la goutte, dans certains troubles de l'appareil digestif, l'anémie et la chlorose. Dans les névroses fonctionnelles, le maillot humide offre un moyen de modifier l'irritabilité et, si on le fait suivre dun demi-bain, d'une douche, ou d'une autre opération mécano-hydriatrique énergique, il amène une détente du système nerveux, une augmentation des échanges organiques et de l'hématopoièse et un fonctionnement plus parfait de l'appareil circulatoire. Cette méthode présente donc une association d'effets qu'aucune autre ne peut fournir. On peut l'employer avec avantage dans les cas dont nous parlons comme un moyen préparatoire à la douche, à la place du bain d'air chaud. En fait, c'est là la principale application qu'en faisaient Priessnitz et les hydropathes, qui mettaient ce procédé au-dessus de tous les autres.

Dans les troubles mentaux chroniques le maillot luimide a été employé comme un utile agent thérapeutique (1). l'n usage presque continu du maillot humide froid pendant deux années, dans des cas soigneusement sélectionnés, a établi la valeur

(1) Government Report of the Ilospital for the Insane, Washington, D. C, 1896.

de cette méthode dans un grand nombre de formes des maladies cérébrales et dans des troubles mentaux que l'on estimait jusque-là incurables.

Poster regarde le maillot humide froid (70° F.,21,lo C), total ou partiel, comme un traitement « à la fois inoffensif et efficace » dans des cas de manie, compliquée de « symptômes rénaux, rétention souvent complète; diminution marquée de Texcrétion quotidienne de Turée (jusqu'au quart de la quantité normale) malgré l'augmentation énorme du métabolisme ; albuminurie, cylindrurie, hématurie, associées ou non ».

A l'établissement Toner, un nombre considérable de paralytiques généraux à une période avancée de leur affection furent soumis pendant longtemps au traitement hydriatrique, entre les mains du D'' Poster. Le principal agent thérapeutique était le maillot humide froid. Poster conclut ainsi : « L'augmentation du tonus vasculaire et le rétablissement de l'équilibre de la tension artérielle, l'impulsion imprimée à la circulation lymphatique, un apport plus normal de sang sain aux tissus inanitiés, paraissent être les causes qui amènent la sédation du trouble mental et le sommeil réparateur que provoque le maillot. Tous les processus dont on vient de parler s'accentuent sous l'intluence d'un massage pratiqué après le maillot; en particulier un effleurement. On employait toujours le thermomètre pour contrôler les détails de l'application, ce qui est nécessaire quand on fait intervenir la chaleur ou le froid.

Les avantages de ce traitement actif ne sont limités en aucune façon au cas de paralysie générale. La mélancolie et les accès maniaques aigus en bénéficient souvent. Mais la question importante qui se pose aujourd'hui est celle-ci : dans les affections réputées jusqu'ici incurables, ce traitement offre- t-il, au moins dans un petit nombre de cas bien déterminés, quelques chances de guérison? Il n'y aurait certainement aucun inconvénient à en faire l'expérience dans d'autres hôpitaux.

L'année dernière, quatre paralytiques généraux hommes, à une période assez avancée de la maladie, ont été traités à l'établissement Toner au moyen du maillot, qui donna des résultats remarquables, en calmant l'excitation, en provoquant le sommeil, en faisant disparaître rapidement la confusion mentale et l'excitation d'origine circulatoire. Trois de ces sujets sont encore vivants; leur maladie est manifestement en rémission et leur état mental est considérablement amélioré par rapport à ce qu'il était au début du traitement. Le quatrième

174 PRATIQUE DE l'iIYDROTnÉRAPIE

malade est mort. Au cours de la quatrième année de sa maladie, il semblait définitivement condamné au lit et destiné à une fin prochaine. Il fut transporté à l'établissement Toner et soumis au massage et au maillot. L'amélioration fut aussi remarquable qu'inattendue. Au bout de deux ou trois mois, il était de nouveau sur pieds et travaillait dans son quartier; les fonctions motrices perdues s'étaient rétablies et son activité mentale première paraissait revenue en grande partie. 11 eut alors tout à coup, sans aucun avertissement, une crise épileptiforme, qui amena la terminaison fatale. Cet homme succomba à la paralysie générale, bien qu'il se fût plus rapproché de la guérison qu'aucun autre paralytique de l'hospice. »

Le Df G. W. Foster, de l'asile d'aliénés de Eastern Maine, parle (dans son rapport du '28 janvier 1903) de la valeur du maillot humide partiel dans la manie aiguë.

LA COMPRESSE MOUILLEE

Cette application si simple est peut-être le procédé hydriatrique le plus universellement employé. En Allemagne on le désigne sous le nom de « Priessnitz Umschlag ». Bien que Priessnitz ait, sans doute, créé tous les procédés dont il faisait usage, le mérite de l'invention de la compresse mouillée (/ref compress) doit être rapporté à Lucas, l'auteur du maillot humide, dont la compresse n'est, en réalité, qu'une modification. Tout ce qui a été dit du mode d'action du maillot peut être appliqué à la compresse mouillée, mais dans des limites plus étroites, car celle-ci porte sur une étendue plus restreinte.

Technique. — On fait une compresse avec deu.\ ou trois morceaux de vieille toile, mince ou épaisse, d'une forme et d'une étendue en rapport avec la région sur laquelle elle sera appliquée. Une étoffe de coton ne convient pas, parce qu'elle n'absorbe pas ou ne retient pas l'eau. Si, cependant, on ne dispose pas de toile, on peut choisir une vieille étoffe de coton très usée. On trempe la compresse dans de l'eau à ia température requise; on la tord, et on la recouvre d'un morceau de ûanelle ou de toile sèche, de même forme que la compresse, mais plus large d'un pouce ou deux, et d'une longeur suffisante pour fixer étroitement celle-ci quand elle est épinglée. Une condition essentielle d'une bonne exécution de la compresse

mouillée froide est que l'air ne demeure pas en dessous de celle-ci. Carl'évaporation de l'eau quelle contient sousTintluence de la chaleur de la peau expose la région au refroidissement lorsque la compresse est mal appliquée. La compresse est renouvelée toutes les heures en général, mais chaque cas particulier a ses indications. Avant d'enlever la compresse, on doit en tenir une autre toute prête. Une règle capitale, qui doit présider au renouvellement des compresses, et qui est applicable dans tous les cas, est celle-ci : on doit attendre, avant denlever une compresse, qu'elle se soit échauffée. Si elle ne s'est pas encore échauffée après un contact d'une heure avec la peau, on doit ou bien la laisser en place, ou bien l'enlever sans la renouveler, de la façon qui est indiquée ci-dessous. Comme la méthode présente des différences suivant le but thérapeutique qu'on se propose, il est nécessaire de donner une description détaillée des compresses habituellement appliquées au.x différentes régions du corps.

Compresse céphaUque {head compress). — Elle consiste en une serviette de toile que Ton trempe dans de l'eau à GO^-T.joF., c'est-à-dire 15,3'^- 23, 8° C, et que Ton exprime bien, avant de l'appliquer sur la tête à la façon d'un turban. Son emploi est utile dans tous les procédés dans lesquels on peut redouter la congestion des vaisseaux encéphaliques, comme dans le maillot humide et le bain d'air chaud. C'est une idée communément acceptée parmi les hydrothérapeutes, que cette application prévient des symptômes pénibles et même de dangereuses congestions. Que cette pratique soit purement empirique, ou qu'elle soit basée sur un raisonnement exact, le turban humide rend certainement plus agréables les procédés dans lesquels on l'applique.

Compresse cervicale (throat compress). — Cette compresse estprobablement appliquée plus souvent qu'aucune autre. Il est donc tout à fait surprenant qu'on en comprenne aussi mal le mode d'action et qu'on l'applique d'une façon aussi imparfaite. La méthode habituelle consiste à plier un mouchoir ou une serviette en un bandage étroit, que l'on trempe dans de l'eau froide, que l'on exprime, et que l'on enroule autour du cou en l'assujettissant avec une épingle (fig. 33). Au bout de peu temps, les mouvements du malade déplacent ce bandage que l'on appliqua d'une façon trop biche, afin d'éviter la suffocation, de sorte qu'il se déforme, laissant l'air s'introduire librement par en haut ; le cou se refroidit ainsi plus ou moins et

176 PRATIQUE DE l'iIYDROTUÉRAriE

la compresse sèche rapidement. Comme on le verra dans l'exposé des indications thérapeutiques de la compresse cervicale, cette application défectueuse fait manquer le but qu'on se proposait, à moins qu'il ne s'agisse du traitement de quelque trou-

Fig. 33. — Compresse cervicale mal appliquée.

ble trachéal ou laryngé. Lorsqu'on a en vue le traitement d'une amygdalite, d'une diphtérie et d'autres afîections du pharynx, la compresse cervicale doit être appliquée de la façon suivante. Un morceau de toile vieille et mince, d'une longueur suffisante pour aller de la partie inférieure de l'oreille d'un côté jusqu'au point correspondant du côté opposé, est replié en un bandage de quatre épaisseurs. On prépare également un morceau de flanelle de huit pouces sur vingt-quatre (20X 00 centimètres), présentant une fente pour chaque oreille. On ajuste ces bandages d'après le volume de la tête du malade, de façon qu'ils puissentaller d'une oreille à l'autre en passant sous le menton. On trempe la compresse de toile dans de l'eau à 60" F. (15,5° C),

on l'exprime, et on l'étend sur la partie moyenne du bandage de Hanelle sec. On place sous le menton le bandage humide; on enroule la bande de flanelle en partant du sommet de la tête; on l'applique d'abord sur le côté droit (en faisant passer

Fig. 3i. — Compresse cervicale.

l'oreille à travers la fente), puis sous le menton et enfin sur le côté gauche, où Ton fait passer également l'oreille par la fente (on a donné à cette fente une longueur plus grande qu'il est nécessaire afin d'assurer le contact parfait du bandage et d'éviter toute pression sur l'oreille). On tend alors fermement le

Baruch. — Hydrothérapie,

PRATIQUE DE L flVDROTllÉRAI'lE

bandage sur la tête et on le fixe avec des épingles(fi,t'-. 34). 11 est nécessaire d'avoir deux séries de bandages, l'une étant mise à sécher pendant que l'on se sert de l'autre.

Chez les enfants et les malades agités, on assure le maintien du bandage en plaçant autour de la tête un circulaire auquel on épingle la compresse cervicale.

Compresse thoracique (chest compress). — On la prépare en

Fig. 35. — Application d'une compresse thorai-i(|ue.

taillant trois épaisseurs de vieille toile d'une largeur suffisante pour revêtir le thorax tout entier, depuis la clavicule jusqu'à l'ombilic, avec des échancrures pour les bras dans la région des aisselles, échancrures que Ton fait après avoir mesuré exactement la distance d'une aisselle à l'autre, et auxquelles on donne une profondeur suffisante pour permettre au bord supérieur de la compresse de dépasser les clavicules et pour laisser les deux pans ainsi formés se rejoindre pardessus les épaules. On prépare deux camisoles de ce genre et deux pièces de flanelle d'un tissu serré, auxquelles on donne la même forme, mais une largeur et une longueur d'un pouce

plus grandes, et on les ajuste sur le malade. On roule une des compresses def toile et on la trempe dans une cuvette d'eau à G()° F {\:V\ :; C); ensuite on la tord de façon à ce qu'elle soit très mouillée sans dégoutter. Un étend alors la flanelle sur une surface unie et on dispose la compresse humide par-dessus, de façon à ce que le bord de la flanelle la dépasse environ d'un pouce tout autour. On les enroule toutes les deux ensemble dans la moitié de leur étendue. On tourne doucement le malade

Fig. 3(j. — Compresse Ihoracique terminée.

sur le côté droit (fig. 35], en prenant la précaution de ne lui laisser faire aucun effort ; on place la compresse sur le lit de façon à ce que la partie enroulée soit située tout près du côté droit du malade, et que le bord inférieur de i'échancrure droite arrive sous Faisselle droite. On remet sans brusquerie le malade sur le dos. La partie enroulée de la compresse redevient libre; on la déroule et on l'étend sur la partie antérieure du thorax en l'appliquant étroitement à celui-ci. On reprend Tenveloppe de flanelle qu'on avait laissée sur le lit pendant l'application de la compresse mouillée, et on l'étalé par-dessus

180 PRATIQUE DE l'hTOROTHÉRAPIE

celle-ci. On Tassujettit au moyen de deux épingles de sûreté placées sur le devant de la poitrine et d'une épingle placée sur chaque épaule (fig. 36).

Comme on l'a indiqué ci-dessus, on doit appliquer très étroitement la compresse quand on la dispose autour du thorax, afin de prévenir le refroidissement pendant l'évaporation de l'eau. D'un autre côté, elle ne doit pas être serrée au point de gêner la respiration.

On renouvellera la compresse environ toutes les heures ; on aura pris la précaution précédemment indiquée do préparer une compresse fraîche, avant de retirer celle qui est en place, afin de ne pas laisser la poitrine nue exposée à l'air, ce qui mettrait obstacle à la réaction. On doit recommander aux infirmiers de prendre une autre précaution importante; à savoir : de s' assurer, en introduisant le doigt sous la compresse, que celle-ci s'est entièrement réchaufTée, et d'ajourner le renouvellement de la compresse si la toile est froide. Tant que la température rectale dépasse 99,5° F. (37,5" C. ), on peut changer la compresse toutes les heures ; quand elle est descendue au-dessous de ce point, on peut laisser la compresse en place jusqu'à ce qu'elle soit sèche, puis l'enlever alors, et attendre pour la renouveler que la température rectale se soit élevée de nouveau. On recommence ainsi toutes les demi-heures ou toutes les heures, suivant les exigences du cas particulier, la nuit et le jour, à moins que le malade ne soit endormi. On renouvelle l'eau chaque fois dans la cuvette, et Ton doit rincer la compresse dans une autre cuvette avant de la mouiller pour s'en servir. Afin d'assurer une propreté parfaite et d'éviter les furoncles par une asepsie soigneuse, on aura deux séries de compresses qu'on fera alterner, et l'on fera bouillir chaque compresse une fois par vini^t-quatre heures, comme dans les autres formes de la méthode. Les infirmiers, dans leur zèle louable pour la propreté, commettent sans le savoir une erreur dont les exemples sont très répandus; ils recouvrent la compresse d'une toile cirée ou d'un autre tissu imperméable. Ils transforment ainsi la compresse humide en un véritable cataplasme, en un pansement humide, pour employer une expression chirurgicale. Comme le but principal de la compresse mouillée est, d'abord, de produire une excitation thermique, ensuite, d'amener l'hyperémie de la réaction, et de laisser celle-ci s'atténuer lentement sous l'influence de l'évaporation de l'eau à travers la flanelle pour obtenir une action

anti-thermique, un enveloppement imperméable ira à rencontre de Teffet qu'on recherche. Si les infirmiers n'ont pas été spécialement instruits de ce détail, ils appliqueront certainement une toile imperméable sur la compresse, en particulier sur la compresse thoracique et sur la compresse abdominale.

On a exposé la technique de cette méthode avec des détails qui peuvent sembler superflus. Ces détails, comme on le montrera plus loin, permettent d'apporter de la précision dans l'exécution du procédé, et c'est de leur application stricte que dépend le succès. Le médecin devra diriger lui-même la première application des compresses de tout genre, de même qu'il doit diriger l'administration du premier bain de Brand dans la fièvre typhoïde. Un infirmier expérimenté peut être chargé ensuite de l'exécution de ces compresses.

Certains détails de la technique varient suivant les indications particulières. 'Dans les cas ordinaires,'une température de 60" F. (15,5° C.) convient. Pour les malades qui présentent de la torpeur ou un délire tranquille, on adoptera une température plus basse et on versera une ou plusieurs fois de l'eau froide sur la poitrine avant d'enlever chaque compresse. Il est indiqué d'opérer de même dans la broncho-pneumonie, quand les bronches sont obstruées par des sécrétions ou qu'il existe de la cyanose.

Lorsque, dans un état adynamique, la compresse ne s'échaufTe pas rapidement, et que la peau est encore froide au bout d'une heure, on enlèvera la toile et on laissera la flanelle seule appliquée sur le thorax jusqu'à ce que la peau se soit réchautïée. Ensuite on trempera la compresse dans de l'eau à (jQo F. (15, .o° C), on l'exprimera bien et on l'appliquera après avoir pratiqué une légère friction. Une compresse de ce genre, exactement appliquée sur la poitrine, relève les fonctions cardiaques,comme en témoignent les ongles, qui reprennent leur teinte rosée. On s'abstient prudemment d'employer d'autres opérations froides ; mais on les reprend quand c'est indiqué ; et ces moyens si simples permettent de lutter d'une façon efficace contre l'état adynamique, en particulier dans la pneumonie des enfants.

On emploiera de Feau à une température supérieure à 60° (15,5° C.),si l'on constate une grande jactitation,de l'insomnie et de l'excitabilité. Dans ce dernier cas, on trouvera un grand avantage à imbiber la compresse d'une plus grande quantité

182 PRATIOUE DE LllYDHOTllÉRAl'lE

(l'eau [avant de l'appliquer, et à la laisser en place pendant deux heures; on la transforme ainsi en une fomentation calmante qui n'est pas émollienle comme un cataplasme.

Le mode d'action de la compresse de poitrine sera discuté à fond dans l'article consacré à la pneumonie.

"NVinternitz a imaginé un excellent bandage de poitrine qu'il appelle « Kreuzband » {Crossblntler, bandage cvohe). Un fait un bandage avec deux épaisseurs de toile, dune largeur de six à huit centimètres et d'une longueur de deux à trois mètres : on le plonge dans de l'eau à60''-70"F. 1 15.5-21,1° C.) et on l'exprime. Une extrémité de ce bandage étant placée sur le dos on le fait passer successivement sur l'épaule gauche, sous l'aisselle droite, sous l'aisselle gauche, sur l'épaule droite, et on termine en faisant un circulaire autour de la partie inférieure du thorax. Enfin on recouvre ce bandage d'une flanelle. Je préfère employer la compresse en forme de gilet décrite ci-dessus dans le traitement de la pneumonie, parce qu'on peut l'appliquer avec un minimum de dérangement pour le malade, tandis que le bandage croisé exige que celui-ci se tienne assis.

Compresse abdominale [abdominal compress). — Elle consiste en une pièce de toile de trois épaisseurs, d'une largeur suffisante pour s'étendre du sternum au pubis et retomber de chaque côté de l'abdomen. On la plonge dans de l'eau à GO-TO" F. (15,5°-21,1° C), on l'exprime, et ou la maintient en place au moyen d'un bandage de flanelle un peu plus large et d'une longueur suffisante pour faire le tour du corps, que l'on serre et que l'on assujettit sur la face antérieure avec des épingles de sûreté.

Quand il est nécessaire de changer ce bandage, on se contente d'ouvrir la flanelle, on enlève la compresse échauffée, on applique une compresse fraîche et Ton assujettit de nouveau la flanelle. Lorsque celle-ci est devenue assez humide pour mouiller le lit on la remplace. Il est toujours bon d'avoir deux ou trois séries de compresses sous la main. On les fera bouillir chaque jour, pendant quinze minutes, pour prévenir la furonculose. Je connais un médecin très capable à qui cette méthode a cessé d'inspirer confiance, parce qu'il avait vu survenir, chez un malade d'hôpital affaibli, des furoncles très douloureux, pendant la convalescence d'une pneumonie grave qui avait été traitée par les compresses. Si l'on suit exactement la technique que nous avons exposée, aucune complication fàidieuse ne se produira. L'infirmier doit avoir la pré-

LA COMfHKSSE MOIILLÉE 183

caution de disposer une couverture de flanelle sèche de façon à empèclier le linge du malade, les draps el les couvertures de se mouiller. On doit éviter d'employer une toile imperméable ; elle préviendrait Tévaporation et contrarierait l'effet de la compresse, qui doit produire d'abord un refroidissement et, secondairement, une stimulation. Une alèze, formée d'un drap plusieurs fois replié et placée sous le tronc du malade protégera le lit mieux que toute autre chose. Cette recommandation concerne toutes les compresses.

Ceinture de Xeptune {Neptune givclle). — C'est un bandage de grosse toile, assez large pour recouvrir entièrement la partie inférieure du tronc depuis l'appendice xiphoïde jusqu'au pubis, et assez long pour faire le tour complet du corps et recouvrir deux fois l'abdomen. On le trempe dans de l'eau, ordinairement à 00-75° F. (15,50-23, 8° C), on l'exprime, on l'applique étroitement autour du corps et on le recouvre avec un autre bandage de toile ou de flanelle, que l'on fixe avec des épingles. On change ces bandages deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures; on laAe chaque fois la région avec de l'eau froide avant d'appliquer un bandage frais. C'est ce procédé que les Allemands appellent J^riessnitz Umschlag ; j'ai rarement eu l'occasion de rappliquer, sauf dans des cas chroniques. Dans ces derniers cas, on peut le renouveler trois fois dans les vingt-quatre heures, en frictionnant la région avec une serviette mouillée froide, avant chaque application. Priessnitz avait coutume de montrer avec orgueil les furoncles suppures produits par son u Umschlag », prétendant que le pouvoir que possédait celui-ci de retirer les mauvaises humeurs s'en trouvait nettement démontré. Ces clous étaient dus à l'infection des points excoriés par la toile grossière que l'on employait, et l'infection était entretenue, parce que l'on continuait à faire usage de la même compresse pendant longtemps. Cet accident est souvent favorisé par l'application d'un tissu imperméable sur la compresse, manière de faire qui va à l'encontre du résultat recherché. On doit mettre les infirmiers en garde contre l'emploi de la toile cirée pour protéger les draps, une serviette surajoutée remplit cette fonction, 'sans gêner l'évaporalion. Que dirait Priessnitz dans son tombeau, s'il apprenait qu'on offre au public, à Carlsbad, comme « Priessnitz Umschlag », des compresses recouvertes de toile cirée?

Compresse combinée de Wintevnitz (combination compress). — C'est une modification de la ceinture de Neptune, que l'on

PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

emploie dans certaines conditions qui sont indiquéesplus loin. On applique la compresse humide comme d'habitude, mais on place, en outre, sur la région épigasirique, un serpentin métallique de Leiter ou un tube spiral de caoutchouc ; et on recou-

vre le tout d'un bandage sec.

On place un seau d'eau très chaude à proximité du lit, sur une selle ou sur tout autre support élevé, on met en communication le conduit afférent du tube spiral avec le seau, et l'on

Fig. 37. — Compresse combinée de Winternitz. Extrait de « Blâtter fur klinische Hydrotlierapie »).

fait écouler l'eau chaude à travers le tube spiral dans un récipient placé sous le tube elïerent (fig. 37).

Mode rTaction de la compresse combinée. — La compresse mouillée froide enveloppant le tronc de la base de l'appendice xiphoïde au pelvis, comme toute opération froide, détermine un état d'ischémie de la peau sur laquelle elle est appliquée. Les vaisseaux cutanés se contractent, les nerfs périphériques reçoivent une excitation, et la respiration devient plus ample. La réaction s'établit rapidement ; la région s'échauffe, les vaisseaux subissent une dilatation active, et la circulation reçoit une certaine impulsion. Au-dessous de la surface que recouvre le tube spiral oîi passe de l'eau chaude, la réaction survient plus rapidement ; et cette région devient plus chaude et plus congestionnée. La région épigastrique se couvre donc dune vapeur chaude; ce phénomène détermine une sédation mar-

quée des nerfs de la peau, qui se transmet, sans doute par l'intermédiaire d'une action réflexe des ganglions périphériques, aux parties sous-jacentes; celles-ci, en même temps, se décongestionnent sous linQuence de la dérivation qui s'opère vers la peau.

On a employé avec avantage ce procédé dans des cas d« vomissements incoercibles, dénature organiqueou fonctionnelle, même dans les vomissements de la grossesse ; dans le catharre gastrique, l'hyperacidité, l'ulcère de l'estomac légalementdans la dysménorrhée et la pleurésie, quand on l'applique à la place des cataplasmes ; dans la typhlite, la pneumonie, la méningite. Dans l'anorexie, qui est si fréquente dans la phtisie et d'autres maladies consomptives, Wendringer (1 j lerecommande hautement et cite plusieurs observations démonstratives. Comme "NVinternitz lui-même, il fait prendre aux malades de grandes quantités d'aliments pendant l'application de la compresse et du tube spiral, et souvent les malades gardent leur nourriture, alors que toutesles autres médications ontéchoué.

La technique de la compresse mouillée diffère suivant l'objet que l'on a en vue.

Compresse anti-phlogistique.— EUese compose dedeux épaisseurs de toile usée et mince, que l'on trempe dans de l'eau dont la température n'est pas supérieure à 60o F. (do, 3° C), et on l'applique étroitement sur la partie enflammée. On ne peut prétendre agir sur celle-ci lorsque l'inflammation est profondément située. L'action thérapeutique est due à la contraction des vaisseaux enflammés, contraction que l'on doit entretenir en renouvelant fréquemment la compresse et en évitant de la couvrir de quelque façon que ce soit; s'il en était autrement, la compresse se transformerait bientôt, sous l'influence de la température élevée delà partie enflammée, en une fomentation ou un cataplasme, dont l'effet serait contraire à celui que l'on désire. Le choc du froid que donne la toile mouillée augmente la tonicité des vaisseaux ; la région s'anémie, et la circulation, que le processus inflammatoire avait accrue, se réduit. Comme ce processus s'arrête sous l'influence du froid continu, parce que la migration des globules blancs est interrompue, la suppuration se tarit, et la nutrition de la région est activée par la stimulation tonique qu'apporte le froid. Il est essentiel, bien entendu de déterminer la température en raison des indi-

(1) Monatshefte fiir Wasserheilkumle, décembre 1894.

186 TRATIOUE DE l'hYDROTUÉRAPIE

cations thérapeutiques, comme dans tout autre procédé liydriatrique.Si l'on élève la température de l'eau au delà de 7oo F. (23,8° C), ou si le froid n'est pas entretenu, la dilatation des vaisseaux cutanés succédera à leur contraction, et l'efTet antiphlogistique sera interrompu. D'un autre côté, si la température de leau est trop basse, de 40 à 50° F. (i, 4 à 10'^ C), les nerfs et les vaisseaux périphériques seront paralysés par une application continue; ou bien, si celle-ci est intermittente, la dilatation se produira, qui ne favorisera pas le résultat thérapeutique désiré, mais plutôt y mettra obstacle, en amenant un afflux sanguin dans la peau déjà hyperémiée. Pour refroidir une inflammation voisine de la surface cutanée, on applique une compresse imbibée d'eau à 50-60° F. (10''-lo,5o C.); on peut renouveler fréquemment la compresse en faisant dégoutter de l'eau froide sur la toile, l'excès d'eau étant absorbé par une serviette pliée, exactement appliquée au-dessous de la région, ou, ce qui est mieux, on applique sur la compresse froide un sac à glace, ou un tube spiral dans lequel on entretient un courant continu d'eau froide, afin de maintenir la basse température de la compresse.

Réfrigération des couches profondes. — C'est une idée très répandue, que les applications réfrigérantes faites sur les surfaces cutanées pénètrent profondément si elles sont assez froides et assez prolongées. L'auteur ne partage pas cette opinion ; il est convaincu, au contraire, que le mécanisme régulateur de la chaleur organique, qui entre immédiatement en jeu pour résister à la pénétration du froid dans l'intérieur de l'organisme empêche l'efTet que l'on a^ait en vue. L'application de sacs à glace dans la pneumonie, la péricardite, la péritonite, la gastrite, l'appendicite, etc., est si universellement pratiquée que l'auteur ne déconseille cette méthode qu'avec de grandes hésitations et une véritable répugnance. Le lecteur qui appréciera judicieusement les résultats contradictoires des différents observateurs, et, qui acquerra l'expérience que donne la pratique, se convaincra que cette méthode si bien établie n'est qu'illusoire, comme l'auteur s'en est convaincu. On ne peut nier l'action anesthésique. d'un cataplasme chaud ou d'un sac à glace, mais il est douteux qu'une application externe de ce genre puisse atteindre les poumons ou l'appendice à un degré apprécia])le. Le D'' Henry C. Coe m'a dit avoir observé, alors qu'il était attaché au Womans Hospital,\l\ a quelques années,

que l'emploi le plus énergique du tube spiral n'avait produit aucun effet sur la péritonite, dans aucun des cas dont on fit l'autopsie. De même, au cours des opéi*ations, il n'a jamais trouvé la plus légère modification de la congestion péritonéale à mettre au compte des applications froides faites antérieurement. Cette expérience est, sans aucun doute, celle de tous les chirurgiens qui font des laparotomies.

On a exposé assez longuement le mode d'action du froid sur la température pour qu'il ne soit pas utile d'y revenir. A ce propos cependant il peut être intéressant de citer les excellentes expériences du D"" W. Gilman Thompson (l),qui sont une démonstration physiologique -de cette action. Le D"" Thompson anesthésie à l'éther plusieurs chiens, leur rase la paroi abdominale et pratique sur un côté de celle-ci une petite incision, par laquelle il introduit un thermomètre long, qu'il pousse jusqu'au côté opposé de l'abdomen. Quand il sent le thermomètre s'arrêter contre la paroi, il applique un tube spiral réfrigérant pendant une heure. Tant que les fonctions circulatoires du chien persistent, le thermomètre marque la même température ; mais dès que l'animal est sacrifié, la température de la cavité abdominale commence à baisser très rapidement. L'application de cataplasmes chauds donne un résultat équivalent. Sur un cadavre dont la paroi abdominale n'a pas plus de 12 à 18 millimètres d'épaisseur, le froid d'un tube spiral réfrigérant pénètre très lentement; mais il finit par amener, au bout de trois quartsd'heure à une heure, un abaissement delà température abdominale de 25° F. (13, 9^ C.). Si l'on place sur l'abdomen d'un typhique un tube spiral oîi passe de l'eau à 32» ou 34° F. (0'^ ou 1,1° C), et si l'on introduit un thermomètre entre le tube et la paroi abdominale, il marquera en moyenne 64** à 70'^ F. (17,8° à 21,1° C). Par conséquent, il semble matériellement impossible d'exercer une influence sur les vaisseaux des couches profondes au moyen d'applications externes locales de température différente, tant que les fonctions circulatoires s'accomplissent bien. A coup sur, il est impossible d'arrêter une hémorragie par ces moyens, et, dans la pratique, le D"" Thompson n'a jamais vu aucun avantage résulter d'une tentative de ce genre. Si quelque effet se produit, il doit tenir à une action réflexe très complexe.

Rob. lleintz (2) a apporté au Congrès de Médecine interne de

(1) IiiternaUonal Clinics, 1892.

(2) Deulsche med. Zeitung, 20 mars 1901.

188 PRATIQUE DE l'uYDROTHÉRAPIE

Berlin des résultats différents de ceux du D' Thompson. Il débute en considérant comme une chose admise que les vaisseaux des couches profondes peuvent subir l'influence du froid et de la chaleur.de l'humidité, des ventouses scarifiées, etc. Il prétend avoir démontré au moyen dun appareil thermo-électrique introduit dans la cavité pleurale de lapins, ou de chiens dont les parois thoraciques sont plus épaisses que celles de l'homme, que des compresses froides placées sur la peau rasée abaissent la température de la plèvre de un dixième de degré à un degré, et qu'une pulvérisation de chlorure d'éthyle sur la peau rasée réduit la température interne de 10° G. Les applications chaudes donnent des résultats de sens contraire. Des observations d'Esmarch sur les cavités carieuses ont également montré un abaissement de la température sous l'influence de la réfrigération superficielle. Cela s'explique facilement, car les côtes et les autres os ne sont pas remplis de sang chaud comme les parties molles, et, par conséquent, sont meilleurs conducteurs et constituent un obstacle moins résistant à la pénétration du froid. Cette disposition anatomique peut expliquerl'eft'et réfrigérant exercé sur le cœur par l'application d'un tube spiral glacé sur la région précordiale, que Silva prétend avoir obtenu.

Lesapplicalionsréfrigéranles sur la tête sont employées depuis longtemps dans le traitement de la méningite et des autres états congestifs des organes intra-cràniens. Esmarch a montré que le froid peut traverser les parois osseuses. Cela tient probablement à ce que la circulation n'est pas suffisamment active dans les os du crâne pour s'opposer à la pénétration du froid à l'intérieur de celui-ci; ils la favoriseraient plutôt en transmettant le froid aux méninges par conductibilité. Les sacs à glace dont on se sert ordinairement pour cet usage sont mal faits et, malgré leur vogue, insuffisants. Ils sont lourds et durs; en outre, la vapeur se condense toujours plus ou moins à la surface du sac, et produit une humidité qui mouille l'oreiller et peut amener, dans les états fébriles, des douleurs rhumatismales. Un succédané préférable du sac à glace est la compresse mouillée de deux ou trois épaisseurs, que Ton façonne spécialement pour couvrir la tête (autant que possible après avoir coupé les cheveux), et que Ton maintient en place au moyen d'un tube spiral en forme de calotte (fig. .'J8). On fait couler de l'eau glacée dans celui-ci afin d'entretenir dune façon continue la température basse que l'on recherche.

LA COMPRESSE MOUILLEE

On a très fréquemment l'occasion cfemployer la compresse humide stimulante. Elle est formée de deux ou trois épaisseurs de toile, vieille mais grossière, que l'on trempe dans de l'eau aune température d'environ 60'^ F.(lo, 5'^C.),que l'on exprime et que l'on recouvre d'une flanelle ou d'un autre bandage de toile, pour la laisser en place jusqu'à ce qu'elle se soit complètement échauff'ée, dans les cas aigus, ou jusqu'à ce qu'elle soit sèche dans les cas chroniques.

Il n'est pas rare que la compresse stimulante semble devoir

Fig. 3S. — Coaipresse céphaliciuc.

ne pas s'échauffer; le malade éprouve une sensation de froid et un malaise. Mais il n'est pas nécessaire d'interrompre l'application pour ce motif. Il faut remettre la compresse en place après avoir fait une friction avec de l'eau froide, pour réveiller l'activité des vaisseaux cutanés; par cette excitation thermique on favorise la réaction, et on maintient la compresse jusqu'à ce qu'elle soit complètement échauffée. On arrive au même but en imbibant la compresse d'une eau beaucoup plus froide et en l'exprimant davantage. Cette manière de faire va à rencontre de l'opinion répandue, mais erronée, d'après laquelle

190 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

l'eau froide déprime tandis que l'eau chaude stimule. On ne doit jamais enleverune compresse froide stimulante avant qu elle se soit réchauffée. Il est bon d'en interrompre l'emploi dans les maladies infectieuses aiguës, lorsque la température rectale tombe à 99,5° (37,5° G).

Mode d'action delà compresse mouillée. — La compresse mouillée produit Teffet habituel d'une application froide; les vaisseaux se contractent et la région se refroidit. Mais très rapidement se produit une hyperémie active : c'est la dilatation tonique, dont nous avons si souvent parlé, et qui est proportionnée à la température de l'eau et au pouvoir réactionnel du malade. La compresse se réchauffe alors sous l'influence de l'afflux de sang artériel, qui se produit au-dessous d'elle; rémission du calorique se trouvant dorénavant suspendue, il s'accumule à la face inférieure de la compresse, qui atteintgraduellementlatempératuredela région ; uneenveloppe sèche prévient l'évaporation rapide. Le calorique s'accumule ainsi tant que la compresse est étroitement appliquée, jusqu'à ce qu'elle soit sèche ; les vaisseaux reçoivent un apport sanguin abondant, le métabolisme local est activé, et les conditions circulatoires meilleures mettent finaux phénomènes morbides. En répétant l'application de compresses froides, on détermine des effets alternatifs, le froid fait place au chaud, qui pour un moment augmente la quantité de sang circulant dans les vaisseaux cutanés, et qui doit agir également sur la circulation des muscles sous-jacents; car les vaisseaux de ceux-ci sont en relations directes avec les premiers. En outre^ces vaisseaux se trouvent reliés à la circulation profonde, comme le démontre la dilatation des veines abdominales superlicielles que l'on observe souvent chez les personnes atteintes de cirrliose du foie. Comme on l'a montré en expliquant le mode d'action d'autres opérations froides, toutes les fois que les vaisseaux cutanés se contractent, une dilatation compensatrice des vaisseaux profonds se produit. En sorte que les organes profonds situés au-dessous de la compresse reçoivent un soudain aftlux de sang quand se produit le premier choc du froid; et lorsque les A'aisseaux cutanés se dilatent par le fait de la réaction consécutive, les vaisseaux de la profondeur se rétrécissent de nouveau. Ces mouvements actifs de la circulation entre les vaisseaux profonds et les vaisseaux superliciels doivent exercer une intluence puissante sur les organes internes. Deplus,rexci-

lation des terminaisons nerveuses de la peau produite par le choc brusque du froid et la sédalion qu'amène ensuite réchauffement de la région et le bain de vapeur que subit celle-ci parviennent au système nerveux central, et de là se réfléchissent sur les organes dont il régit le fonctionnement. Nous pouvons nous borner à rappeler l'action de la compresse froide sur l'inspiration, qui devient plus profonde, et sur le pouls, qui se ralentit.

Une compresse d'une température supérieure à 104''F. (40°G.) déterminerait d'abord une contraction des vaisseaux cutanés, qui se relâcheraient ensuite et perdraient leur tonus, tandis que les régions sous-jacentes se congestionneraient. Mais, dans ce cas, l'effet primitif de l'excitation thermique sur le système nerveux central serait presque nul tandis que l'action sédative secondaire portant sur les terminaisons nerveuses périphériques serait assez prononcée.

Les compresses froides et les compresses chaudes font sentir leur influence sur la composition du sang des régions sousjacentes et des régions éloignées, ainsi que sur leur température.

Action des différentes compresses sur l'état du sang. —

Winternitz a étudié l'action locale des compresses chaudes stimulantes (l).Il a constaté que la composition du sang, àlasuite de toutes les opérations thermiques, varie suivant le siège du point où l'on prélève le sang à examiner, soit que ce point ail une situation périphérique, soit qu'il se trouve au voisinage des régions centrales du corps. Le sang provenant de ces dernières régions présentait une augmentation de la quantité d'hémoglobine et du poids spécifique; le sang de l'extrémité du doigt ou du lobule de l'oreille était moins riche que celui de la peau de l'abdomen ou du thorax. Les leucocytes n'obéissaientpas à cette règle; leur nombre était parfois augmenté à la périphérie et parfois dans les régions centrales. Des modifications importantes se produisaient après l'application des compresses froides ou chaudes dans la composition du sang des régions sur lesquelles elle était faite et dans celle du sang de régions qu'elle n'avait pas atteintes.

On observait presque régulièrement, à la suite des applications froides, une aug-mentation du nombre des globules rou-

(1) Blûtter fiir klinlsche Hydrothérapie^ 1894.

192 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

ges, de l'hémoglobine, et du poids spécifique. Lorsque l'application portait sur le corps entier, le nombre des leucocytes augmentait en général ; les applications locales amenaient parfois une augmentation et parfois une diminution de leur nombre. La diminution était constante après les bains de siège froids.

Les recherches qui portèrent sur les effets des compresses stimulantes (toile imbibée d'eau froide et bien exprimée, serrée sous une flanelle) donnèrent les résultats suivants. Avant l'application, le sang de l'extrémité du doigt avait 93 «/o d'hémoglobine, 5.800.000 globules rouges et 10.000 globules blancs ; le sang prélevé sur le mollet ou sur la cuisse avait, avant l'opération, 105 Vo d'hémoglobine, 6.400.000 globules rouges et 8.800 globules blancs. Après avoir laissé une compresse stimulante pendant une heure et demie autour de la jambe, on prélevait du sang dans cette région et on le comparait à celui de l'extrémité du doigt. Ce dernier avait perdu 5 o/o d'hémoglobine et 500.000 globules rouges; le nombre des leucocytes était également diminué. Dans le sang pris à la jambe au point où la compresse avait séjourné, l'hémoglobine s'était élevée à 115 o/o, le nombre des globules rouges avait augmenté de 1.000.000 par millimètre cube et celui des leucocytes de 800. Le changement déterminé par la compresse stimulante était plus apparent dans l'augmentation des globules rouges, exactement comme nous l'avons trouvé dans les régions congestionnées.

Pour déterminer l'effet des compresses chaudes, on étudia comparativement la composition du sangde l'extrémité du doigt et celle du sang de la peau de l'abdomen. Dans le sang du doigt, on trouva 9o "/o d'hémoglobine et 5.300.000 globules rouges ; dans le sang de la peau de l'abdomen, 120 % d'hémoglobine et 7.000.000 de globules rouges; l'un et l'autre contenaient environ 7.000 leucocytes. On fit un nouvel examen après avoir laissé une compresse chaude à 53" C. sur l'abdomen pendant une heure et demie ; dans le sang du doigt, l'hémoglobine était augmentée de 10 Vo, les globules rouges de 900.000, les leucocytes de 1.000. Mais le sang prélevé de la peau de l'abdomen sous-jacente au cataplasme avait perdu 22 "/o de son hémoglobine et 2.500.000 de ses globules rouges, tandis que le nombre des leucocytes avait doublé.

Deux assistants du professeur Brieger, à l'Institut hydrothérapique de l'Université de Berlin, Laqueur et Lœwenthal, ont fait des recherches sur l'influence des applications hydrothéra-

piques locales sur la composition du sang. Ces auteurs prétendent qu'ils n'ont trouvé aucune différence positive entre l'action de la compresse stimulante froide et celui de la compresse stimulante chaude sur la composition du sang, quel qu'ait été le siège de l'application. Toutefois, le nombre des leucocytes était toujours augmenté au siège de l'application, qu'elle fût froide ou chaude, tandis qu'il était diminué dans les régions éloignées. Ce résultat s'explique facilement, si l'on tient compte de ce fait que les parties situées sous la compresse sont chaudes dans les deux cas à la suite de la réaction : les conditions sont semblables de part et d'autre.

Le choix de la température n'est donc pas indifférent, lorsque l'emploi des compresses chaudes est indiqué. Les sensations accusées par le malade peuvent servir de guide ; mais c'est surtout la connaissance du mode d'action des compresses froides et des compresses chaudes qui nouspermetde les approprier aux nécessités présentes de chaque cas. S'il s'agit d'obtenir un effet antiphlogistique, on peut affirmer que les applications froides seront utiles dans les premiersstades delà congestion, tant que la circulation s'effectuera encore librement dans la partie atteinte, ce qui sera indiqué par la tension des tissus. Mais lorsque la région aura pris une teinte cyanotique, quand les leucocytes auront commencé à adhérer en grand nombre aux tuniques des vaisseaux et que leur émigration s'accentuera, les applications chaudes favoriseront la diapédèse et hâteront la suppuration, lorsque celle-ci sera devenue inévitable. La compresse froide diminue la congestion, retarde la leucocytose et la diapédèse, tandis que les applications chaudes ont l'effet contraire; chaque procédé a donc son utilité dans un stade dilTérent de l'inflammation.

La compresse humide que l'on recouvre d'une enveloppe imperméable et qu'on laisse en place plus ou moins longtemps sur la région malade constitue ce que l'on appelle dans le vocabulaire chirurgical un « pansement humide ». C'est un procédé supérieur au cataplasme en raison de sa simplicité, de sa légèreté, de sa capacité pour retenir les antiseptiques. Il donne une idée de la facilité avec laquelle la compresse humide s'adapte aux indications thérapeutiques de chaque cas particulier.

Les expériences de Genzmer (1) sur les émissions locales de sang permettent d'expliquer facilement les effets antiphlogisti-

(1) Centvalhlatt filr die medicinischen Wissensch'iflen, 18S2, 11° 13. BAnucir. — Hydrothérapie. 13

194 PRATIQUE DE l'hYDROTUÉRAPIE

ques des compresses mouillées. Cet auteur a été amené à conclure que l'action favorable de la saignée sur les régions enflammées où elle est faite doit être attribuée, non à ce qu'elle décongestionne celles-ci, mais au fait que le courant sanguin devient plus rapide, et que les globules qui adhèrent aux tuniques des vaisseaux s'en détachent et rentrent dans la circulation générale. L'activité circulatoire que l'application de compresses froides ou chaudes provoque dans les régions sur lesquelles on les place est donc la vraie cause des modifications que subissent les tissus, lorsqu'ils sont enflammés. Ainsi peut se justifier d'une façon satisfaisante la théorie ancienne de la dérivation.

On peut' faire intervenir cette action des compresses froides dans quelques inflammations locales, où la région présente une teinte cyanotique et où il importe de prévenir une suppuration imminente. Dans ce cas, les compresses chaudes et les cataplasmes sont également utiles pour exciter la circulation superficielle ; lorsqu'ils se refroidissent, ils dilatent les vaisseaux profonds et rétablissent ainsi la circulation qui devenait languissante. Lorsque cet effet est obtenu, on peut remplacer les compresses chaudes par des compresses froides, afin de limiter la leucocytose et d'entraîner les globules immobiles par un courant sanguin plus actif.

Action des compresses sur la température. — Winternitz,

Pollak et d'autres auteurs (1) ont étudié l'action des compresses stimulantes sur la température locale. Pendant les cinq premières minutes, celle-ci varie de 1° à 0,6° C. La température de la peau atteint son maximum le plus rapidement sous un bandage sec d'ouate : en cinq minutes, sous une compresse humide à 104° F. (40° C), sans enveloppe, la température commence à baisser après 15 minutes. Sous des compresses mouillées, recouvertes d'un tissu sec, placées autour du thorax ou de l'abdomen, la température de la peau s'élève même, dans quelques cas, après une application de deux heures et demie. Si la compresse mouillée n'est pas protégée par un linge sec, la température tombe, sans doute à cause de l'évaporation. La température prise entre le corps et la compresse reste plus élevée que la température normale de la peau pendant

(1) VatltoloQie und Thérapie der Phtisie, 188".

LA COMPRESSE MOLILLKE 195

une lieure ou plus, et baisse lorsque la compresse commence à sécher. Si l'on recouvre la compresse de io'ûe mouillée d'une loile imperméable, on empêche celle-là de sécher en mettant obstacle à l'évaporation ; la température de la peau ne tombe pas. Les températures les plus élevées sont observées dans l'application de compresses sèches de toile et de flanelle, qu'elles soient recouvertes ou non d'un tissu imperméable.

Les idées, qui ont eu cours jusqu'à présent au sujet des compresses froides et des compresses chaudes, sont si dépourvues de précision que les expériences indiquées ci-dessus apportent un concours précieux à celui qui veut comprendre le mode d'action de ces procédés. Ces expériences démontrent qu'il n'y a aucun avantage spécial à employer la compresse chaude comme révulsif, parce qu'il est difficile d'entretenir sa température. Une compresse de ce genre, en particulier si on la recouvre d'une toile cirée pour n'avoir pas besoin de la renouveler fréquemment, convient surtout pour exercer une action sur les processus inflammatoires locaux en augmentant la leucocytose, et en précipitant la suppuration, lorsqu'on ne peut l'éviter ou qu'on la désire. Cette remarque confirme la valeur du cataplasme ordinaire, recouvert de tissu imperméable, dont chaque praticien a pu apprécier l'utilité.

D'un autre côté, toutes les fois que l'on recherche une action révulsive accompagnée d'un effet tonique permanent, la compresse mouillée froide recouverte d'une flanelle sèche est supérieure à tout autre procédé, parce qu'elle détermine l'élévation au-dessus de la normale de la température cutanée au moyen d'un phénomène physiologique, la réaction, et qu'elle amène, chaque fois qu'elle est renouvelée, la dilatation des vaisseaux et un afflux de sang dans la région. Néanmoins, on ne doit pas trop souvent renouveler une compresse de ce genre ; la meilleure règle est de le faire juste avant qu'elle soit sèche. Si le malade se plaint du refroidissement de la région, c'est que la réaction est faible; on l'accentuera en pratiquant une friclion avec de l'eau plus froide sur la région, en enlevant la compresse pendant un court instant, ou simplement en abaissant la température de celle-ci. Il est évident, ici comme dans toute autre opération hydriatrique, que plus l'eau est froide, dans des limites raisonnables, et plus la peau est chaude, plus la réaction consécutive est énergique.

Indications thérapeutiques. — On a employé avec succès

196 PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE

la compresse stimulante dans les amygdalites et autres affections inflammatoires de la gorge. Ce n'est pas, toutefois, quon se propose, en le faisant, d'obtenir le refroidissement des amygdales, etc., comme on le suppose d'ordinaire; c'est qu'on veut produire une hyperémie des tissus situés entre la région en flammée et la compresse, et décongestionner cette région, surtout par le moyen d'une action réflexe. Lorsque la suppuration est imminente et que le médecin désire la hâter, on exprime moins la compresse cervicale, on la recouvre d'une toile imperméable et on la laisse en place plus longtemps, afin d'activer le processus sous l'influence de la chaleur. (Voir Technique et Mode d'action.)

L'auteur n'emploie pas la compresse tiioracique décrite cidessus pour provoquer le refroidissement ; il désapprouve, pour les raisons qui ont été indiquées, l'application de la glace ou des compresses très froides dans l'hémoptysie ou la congestion pulmonaire. Cependant, la compresse thoracique stimulante est utile dans la phtisie et la pneumonie. En outre des effets que l'on a énumérés en exposant le mode d'action des compresses de tout genre, la compresse thoracique détermine une augmentation de l'amplitude des mouvements respiratoires ; elle contribue ainsi à développer la ventilation pulmonaire et à expulser les sécrétions qui se sont accumulées. La vapeur émise par la compresse devenue chaude se dégage lentement à travers l'enveloppe de flanelle, qui est un mauvais conducteur ; elle crée autour du thorax une atmosphère chaude, qui ■ est agréable au malade, et amende la toux et la dyspnée ; elle amène ainsi une atténuation réelle des symptômes qui conduit à la guérison. Dans la phtisie et les affections pulmonaires subaiguës, dans l'infiltration chronique, le bandage thoracique peut être laissé en place jour et nuit ; dans la plupart des cas, il suffit de l'appliquer la nuit.

Rien n'est plus utile pour abaisser la température, diminuer la douleur, et atténuer le malaise général, dans les cas accompagnés de fièvre, que les compresses thoraciques, ne contenant pas assez d'eau pour mouiller les régions voisines. On peut renouveler ces compresses aussi .souvent que l'état du malade l'exige.

Dans \d, pneumonie, la compresse thoracique est le procédé thérapeutique le plus important, à condition qu'on l'applique toutes les demi-heures, lorsque la température dépasse lU2,o°F. (39,1° C), toutes les heures si celle-ci n'atteint pas ce degré.

et quon l'enlève lorsque la température est tombée à 38°. La compresse froide (60"F.,15, 5° G.) augmente Tamplitude des inspirations; elle contracte les vaisseaux cutanés, qui se dilatent ensuite rapidement ; elle constitue bientôt un cataplasme calmant, qui diffère du cataplasme ordinaire en ce qu'il est plus propre, et qu'il entretient une dilatation tonique susceptible de diminuer le travail du cœur, tandis que les applications chaudes n'amèneraient qu'un relâchement passif des tuniques vasculaires contractées. Le choc du froid et la réaction consécutive excitant toutes les demi-heures les artérioles de la peau, s'opposeront ainsi à l'affaiblissement du myocarde. En outre, comme l'auteur l'a souvent observé, la compresse mouillée amène un abaissement de la température dans la pneumonie.

Dans la phtisie et les affections pulmonaires et bronchiques subaiguës, la compresse thoracique, appliquée seulement lorsque le malade est au lit, ne produit pas seulement un effet stimulant et tonique, mais exerce encore une influence sédative sur la toux et fluidifie les sécrétions, ce qui ajoute énormément au bien-être du malade, sans l'exposer aux inconvénients des opiacés et des expectorants. Tandis que la température s'équilibre entre la peau et la compresse, il se forme une vapeur humide qui, ne pouvant s'échapper à travers l'enveloppe de flanelle, baigne le thorax et pénètre probablement dans la peau, comme on l'a vu en étudiant la physiologie de celle-ci, pour agir sur les fonctions cellulaires et sur la circulation locale. La différence importante qui existe entre le cataplasme ordinaire muni d'un revêtement imperméable et la compresse correctement appliquée avec son enveloppe de flanelle,, réside dans ce fait que le premier est dépourvu des effets réparateurs et stimulants qui résultent de la réaction consécutive aux procédés froids ; il y a donc avantage à employer la compresse quand la circulation n'est pas satisfaisante.

Toutes les fois que l'on sera dans l'obligation d'interrompre l'application de la compresse thoracique, par exemple lorsque le malade se lèvera de son lit, on frictionnera énergiquement les régions qu'elle recouvrait avec un linge plus chaud, pour entretenir la stimulation locale et générale.

La compresse abdominale s'est montrée très utile dans un grand nombre de maladies aiguës, en particulier dans la fièvre typhoïde, où Brand l'a recommandée, et où elle sert à maintenir l'abaissement de température qui suit le bain, dans la gas-

198 PRATIQUE DE l'hYDROTIIÉRAPIE

trite, l'hépatite, la péritonite, l'appendicite et les enléro-colites des enfants et des adultes, lorsqu'elles s'accompagnent de fièvre. Dans ces difTérents cas, la compresse abaisse la température et, en déterminant l'hyperémie de la peau (ce qui est contraire à l'opinion courante), elle agit comme un révulsif. En outre, l'efTet sédatif de cette compresse est une ressource thérapeutique inestimable dans les afTections douloureuses, où il dispense assez souvent d'employer les calmants, les hypnotiques et les antithermiques. A cet effet, on la renouvellera fréquemment, environ toutes les heures. L'auteur a cessé depuis longtemps d'avoir confiance aux applications très froides (sacs à glace) sur la région de l'appendice et sur d'autres foyers inflammatoires profonds, pour faire avorter l'inflammation ou arrêter les hémorragies internes (hémoptysies). Le sac à glace est utile comme anesthésique local, en particulier dans l'appendicite, à la première période de laquelle on doit éviter les opiacés, parce qu'ils obscurcissent les indications les plus importantes au point de vue de Tintervention chirurgicale.

Dans beaucoup de maladies chroniques, fonctionnelles ou organiques, des organes intra-abdominaux, la ceinture de iVep^MMe appliquée correctementrendra de grands services. Dans ce cas, la compresse humide sera laissée en place jusqu'à ce qu'elle soit presque sèche. Une compresse de ce genre est très utile si on la maintient jour et nuit, dans les différents troubles gastro-intestinaux chroniques des adultes et des enfants, qui ont pour base la dyspepsie, la diarrhée et la constipation.

Dans deux cas à' appendicite chronique survenus chez des confrères, les D"" B... et W..., on a fait porter aux malades une compresse humide sur la région iliaque droite, d'une façon continue, pendant près d'une année, et on a obtenu comme résultat qu'il n'y a pas eu de récidive depuis dix ans. J'ai l'habitude d'ordonner l'application continue de compresses mouillées renouvelées deux ou trois fois par jour dans beaucoup de cas d'exsudats anciens, situés au voisinage de la surface du corps.

Dans Y insomnie, \ai ceinture de Neptune appliquée pendant le séjour au lit m'a été une excellente ressource en raison de ses effets dérivatif et calmant.

Dans les troubles gastriques, en particulier dans les vomissements incoercibles, la compresse combinée de Winternitz (p. 183) s'est montrée d'un grand secours après l'échec de toutes les autres médications. Le premier cas dans lequel Wiuternitz

fit usage de son procédé était celui dune femme hystérique et dyspeptique, qui avait de l'anorexie, des éructations, de la cardialgie, et de constants vomissements qui l'avaient beaucoup amaigrie. En dépit de tous les traitements, y compris l'hydrothérapie et la cure de repos, son état s'était aggravé. Winternitz appliqua sa compresse mouillée recouverte d'un tube spiral à eau chaude et fît administrer à la malade un verre de lait une demi-heure après. Une survint ni douleur ni vomissement. On renouvelait l'application chaque fois qu'on devait donner des aliments. On augmentait progressivement la quantité des aliments et leur valeur nutritive. Quand la malade eut quitté le lit. l'appareil lui fut appliqué dans la position assise avec le même résultat. L'état général s'améliora rapidement, le poids et l'hémoglobine augmentèrent, et la guérison alla en s'affîrmant.

Dans des cas de vomissements incoercibles de la grossesse, Buxbaum (1) a obtenu de bons résultats en une semaine. Wendringer rapporte le cas d'une femme enceinte dont l'émaciation était considérable et qui avait de la diarrhée ; elle fut traitée avec succès par l'emploi de lavements très chauds, suivis d'une application de la compresse combinée de Winternitz.

Dans le rhumatisme aigu, subaigu ou chronique, la compresse mouillée est un excellent adjuvant d'autres traitements. Au J. Hood Wright Mémorial Hospital, on traite le rhumatisme articulaire aigu avec des résultats très satisfaisants, depuis que l'on a fait une place à ces compresses dans la médication appliquée à cette maladie. La durée des attaques en est raccourcie d'un cinquième ou d'un tiers. La comparaison établie entre les malades traités dans cet établissement et ceux d'autres hôpitaux montre que l'évolution de la maladie est certainement abrégée par cette méthode. Dans le cas de rhumatisme, on confectionne la compresse mouillée avec deux ou trois épaisseurs de vieille toile recouvertes de flanelle, que l'on applique exactement sur les articulations; on évite de la renouveler trop fréquemment en faisant couler de l'eau froide sur la toile, après avoir soulevé l'enveloppe de flanelle. 'Winternitz recommande l'ouate comme supérieure à la flanelle pour recouvrir la compresse dans les cas subaigus et chroniques.

La comjjresse avec fomentation chaude demande une description spéciale. Elle est formée de deux pièces de vieille cou-

{[\ Blâller fiir Iclinisdie Ihj dru thérapie, 1892, p. 56.

200 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE

vertiire d'environ 40 centimètres de côté, que Ton sature d'eau bouillante et que l'on exprime fortement au moyen d'un appareil spécial. On peut façonner cet appareil à exprimer, en fixant avec une couture à chaque extrémité d'une serviette de toilette une solide baguette, longue de 60 à 75 centimètres, dont les extrémités dépassentle bord de le serviette. On pose cet appareil sur une cuvette et on y place les morceaux de couverture. On verse alors l'eau bouillante sur ceux-ci jusqu'àce qu'ils soient complètement imbibés. On se sert des bâtons pour tortre la serviette afin que la compresse ne garde pas assez d'eau pour dégoutter. On fait une onction soigneuse sur la région douloureuse qui doit recevoir la fomentation chaude; puis on emmaillotte le malade étroitement dans une couverture sèche. Ceci fait; l'assistant apporte la serviette tordue contenant la compresse humide chaude. On ouvre le maillot suffisamment pour introduire la fomentation chaude sur la région malade. Après avoir exécuté rapidement cette manœuvre, on referme parfaitement la couverture. Si le malade se plaint de la chaleur on l'engagera à la supporter. Comme la région a été couverte d'une onction et que l'eau chaude a été bien exprimée du tissu de la compresse, il n'y a aucun danger de brûlure. Une expression incomplète cependant ferait courir ce risque, comme l'auteur l'a observé; on doit donc enseigner aux infirmiers à le redouter. Au début du traitement, il est bon de ne pas appliquer de compresse trop chaude, mais d'habituer progressivement le malade à des températures de plus en plus élevées. On renouvellera la compresse toutes les dix ou quinze minutes; trois ou quatre suffisent habituellement à produire un bain de vapeur. Après l'achèvement delà fomentation^ on découvre peu à peu le malade ; on sèche successivement les difTérentes régions en les frictionnant, et on les humecte rapidement avec de l'eau à 75° F. (23,8° C.) en continuant la friction; on sèche de nouveau le malade et on le place sur son lit. Il y aura un grand avantage à faire suivre la fomentation d'une douche en jet ou en éventail à 85oF. (29°, 5 C), quand on disposera de l'installation nécessaire. Dans la pratique à domicile, on peut remplacer utilement cette opération par une afTusion faite avec une cuvette d'eau à 75oF.(23,8oC.),ou au-dessous, à condition qu'elle soit suivie d'une friction consciencieuse.

Dansla scialique, aucun traitement fait à domicile n'est aussi efficace que cette simple fomentation suivie d'une douche froide, d'une ablution ou d'une atfusion froides.

LA COMPRESSE PRÉCORDIALE 201

M. L..., marchand, âgé de trente-cinq ans, était atteint de sciatique de la jambe gauche depuis deux mois; il avait parcouru toute la gamme des médicaments usuels, depuis l'acide salicylique jusqu'à la cautérisation actuelle. Il avait probablement retardé sa guérison en continuant à voyager, jusqu'au jour où, arrivant à New-Orléans, il alla de nouveau consulter un médecin. Il revint à New-York et se mit au lit ; on lui administra du calomel, et on lui ordonna un régime à base de lait et de farine. On lui appliqua une fois par jour des fomentations chaudes sur la région sciatique, et quand il transpirait on le laissait dans le maillot, recouvert d''une couverture, de une à trois heures. On le séchait ensuite rapidement et on le soumettait à une ablution faite avec de l'eau à 70" F. (21, i» C). Ce traitement fut continué pendant deux semaines, pendant lesquelles on lui recommanda de boire beaucoup d'eau. Au bout de la seconde semaine, la douleur s'était beaucoup atténuée et la guérison fut complète à la fin de la troisième.

Le lumbago et les douleurs rhumatismales et musculaires desrégions intercostales ou autres sont promptement soulagés parles fomentations chaudes que l'on répète toutes les nuits. Dans les cas récents, de deux à quatre applications suffisent pour rétablir la souplesse des muscles et rendre le mouvement indolore.

LA COMPRESSE PRÉCORDIALE

On applique la compresse précordiale {precordial compress) de la façon suivante ; On place sur la région précordiale trois ou quatre épaisseurs de toile fine, que Ton a exprimées après les avoir plongées dans de l'eau à 40 "F. (4,4o C). On place par-dessus un tube spiral à travers lequel on fait couler de l'eau d'une façon continue d'un seau ou autre réservoir, placé à 60 centimètres au-dessus du niveau du lit. (Voir la disposition de l'appareil, dans lafîgure de la page 18i.) Quand on ne dispose pas d'un tube spiral, on peut employer àsa place un large sac à glace rempli aux deux tiers de menus fragments de glace. On fixe solidement la compresse et l'appareil réfrigérant à l'aide d'un bandage de flanelle entourant le thorax. Une pratique très répandue laisse en place d'une façon continue le tube spiral à eau glacée ou le sac à glace, jusqu'à ce que la glace soit fondue. Si l'on examine la peau de la région sur laquelle une compresse ou un tube spiral aura séjourné si longtemps on remarquera, sa teinte cyanotique et sa température

202 PRATIOIE DE l'hYDROTUÉRAPIE

glaciale. Si l'on a désiré stimulei* la circulation que les processus inflammatoires rendaient paresseuse, cet état de paralysie des vaisseaux superficiels et profonds est certainement contraire à l'efFet que Ton recherchait ; si Ton désirait produire un refroidissement, on s'apercevra que plus les vaisseaux superficiels sont contractés, moins les couches profondes deviennent accessibles. L'auteur a donc pris l'habitude de ne jamais permettre qu'un tube spiral à eau glacée ou un sac à glace reste en jDlace plus de iO minutes, et de laisser toujours la réaction locale se produire, en attendant environ une heure avant d'en faire une nouvelle application. Comme dans tout procédé froid, il est bon d'employer, en commençant, des températures plus élevées. La chose est facile quand on se sert du tube spiral, on ne met pas de glace dans l'eau tout d'abord et on ajoute celle-ci progressivement. Quand on fait usage du sac à glace, et c'est le cas de beaucoup le plus fréquent, on peut obtenir un effet analogue si l'on imbibe la compresse d^eau à 100" F.(37,8oC.) et si l'on met obstacle à la pénétration trop rapide du froid en augmentant l'épaisseur de la compresse, qui sera formée de six à dix couches de toile. On la diminuera d'une ou plusieurs couches chaque fois qu'on renouvellera le sac à glace.

Mode d'action. — Le refroidissement des tissus situés en avant du cœur exerce sans doute une action réflexe excitante SAIT l'appareil nerveux de cet organe. Les contractions cardiaques deviennent plus vi-goureuses, ce dont témoignent l'augmentation de la tension artérielle et la réplétion de l'artère radiale, le pouls devenant plus plein et plus lent.

Julien (1 ) a montré, par des expériences sur des animaux, que le sac à glace appliqué sur la région précordiale peut élever la tension artérielle de 120 mm. à 170 et même à 190 mm., et en même temps diminuer d'une façon considérable la rapidité du pouls.

Indications thérapeutiques. — La compresse réfrigérante précordiale s'est comportée entre les mains de l'auteur comme un excellent tonique cardiaque, dans des cas d'arythmie fonctionnelle ou de tachycardie, dans l'airaiblissement du cœur lié au déficit de son action compensatrice, et dans quelques cas d'adynamie au cours de maladies aiguës.

(1) Gazzeita délie Cliniche, 1887.

LA COMPRESSE PRÉCÛRDIALE 203

Winternitz a obtenu de ce procédé de si bons résultats qu'il le regarde comme la « digitale hydriatrique ». A mon avis, il est de beaucoup supérieur à la digitale dans les nécroses cardiaques. On ne peut l'appliquer dans les dégénérescences du muscle cardiaque. Julien (Ij a eu l'occasion de contrôler l'efficacité des applications précordiales de glace dans un cas de fièvre typhoïde à forme grave, offrant le tableau caractéristique du type ataxo-adynamique de la maladie. La malade avait perdu connaissance et restait entièrement à découvert sur son lit, dans une attitude tétanique interrompue seulement par quelques spasmes de la tète. La température restait constamment au-dessus de 104<'F.(40<' G-); le pouls avait atteint successivement 1:20, i 40 et 160. En présence de cet état, Julien ordonna l'application de la glace sur le cœur comme intervention suprême. Il surveillait étroitement le pouls, prêt à interrompre l'opération à la première apparition d'un danger. Mais, en moins de quinze minutes, il vit le nombre des pulsations diminuer et leur amplitude augmenter : au bout de peu d'instants, les battements presque imperceptiblesde l'artère devinrent plus sensibles. Toutes les fois qu'il interrompait la réfrigération, les symptômes alarmants revenaient aussitôt, de sorte que, après un certain nombre de tentatives, il se décida à laisser en place le sac à glace pendant quelques jours. La température s'abaissa; puis les phénomènes cérébraux disparurent et la malade fut hors de danger. Julien est convaincu qu'elle dut son salut à l'intervention décisive à laquelle il s'arrêta. Dans un autre cas, il obtint également, avec^ce moyen, un résultat remarquable. Il fait observer, en concluant, que les effets utiles se montrent après quinze à vingt minutes à partir du commencement de l'application, et atteignent leur maximum au bout d'une heure. Il est vrai, ajoute-t-il, qu'ils sont très passagers, disparaissant rapidement lorsque l'opération est suspendue : mais il n'y a aucun danger à la prolonger tant que l'état général reste précaire. Dans quelques cas. sous l'action de ce procédé, on a vu tripler l'amplitude des pulsations, qui constituaient un pouls plus ample, plus plein, et plus tendu, avec atténuation du dicrotisme, des intermittences et de l'irrégularité, et avec augmentation de la durée de la diastole. On a fait cette constatation intéressante, que les effets de l'alcool et de l'atropine sur la circulation sont, jusqu'à un certain point,

(1) Loc. cit.

204 PRATIQUE DE l'uYDROTHÉRAPIE

neutralisés par le sac à glace. Cela n'estpas étonnant, dit Julien, car l'alcool a la propriété d'abaisser la tension artérielle en paralysant les nerfs vasomoteurs, et l'atropine d'augmenter la fréquence du pouls en paralysant le pneumogastrique. Cette action antagoniste, suggère cet auteur, pourrait peut-être rendre service dans quelques cas d'empoisonnement.

•l'ai trouvé dans ma pratique hospitalière la confirmation des observations précédentes ; il n'est pas rare que des malades sortent d'un état adynamique grave sous l'action de la compresse précordiale réfrigérante.

La compresse précordiale a souvent d'excellents effets dans Vendocardite et la péricardite aiguës. Son action sur l'activité cardiaque se traduisant par une prolongation de la diastole, les tissus enflammés disposent d'une période de repos plus longue, et leur réparation est favorisée par les modifications circulatoires qui se produisent. On donne souvent à tort, dans ces cas, une durée assez longue à l'application, sous l'influence de cette idée fausse qu'elle exerce une action réfrigérante directe sur les tissus enfiammés. 11 suffirait de réfléchir pour se persuader que l'épaisseur de la peau, du tissu cellulaire, de la couche adipeuse, des côtes et des muscles intercostaux, qui recouvrent le cœur et dans lesquels s'effectue une circulation active de sang chaud, annihilent l'action réfrigérante de la compresse, ou du moins la rendent si lég-ère qu'elle est sans utilité ; aucun médecin ne pourrait donc avoir pour but de déterminer cette action, tant que la vitalité de la paroi ne serait pas suspendue et que la conductibilité n'en serait pas augmentée. On trouve dans l'observation clinique la confirmation de cette opinion que l'action de la compresse précordiale est d'ordre réflexe, et qu'on favorise cette action en enlevant de temps en temps la compresse et en la réappliquant ensuite. On jugera de l'opportunité de la réapplication d'après l'état du pouls, sa rapidité et sa tension. On doit employer la compresse précordiale avec prudence lorsqu'il y a de la nojocardite ou quand le défaut de compensation est assez accentué pour créer un danger. Lorsque la matité cardiaque ne diminue pas, que le pouls ne s'améliore pas, que la réplétion du ventricule semble ne pas se faire complètement, en particulier, s'il se produit rapidement de la dyspnée ou de la cyanose à la suite de l'application, on est en droit de supposer que le muscle cardiaque est dégénéré. Dans ces conditions les applications chaudes sont plus utiles.

LA COMPRESSE PRÉCORDIALE 205

Dans Vendocardite <• /iront que, en particulier dans Finsuffisance aortique, la compresse précordiale m'a puissamment aidé à rétablir la compensation compromise, lorsque la digitale agissait mal.

La compresse rachidienne consiste en plusieurs épaisseurs de toile trempées dans de Teau à 40° F.(4,4''C.)et bien exprimées, que Ton suspend à la nuque au moyen d'une mince cravate. On place au niveau du cou un petit tube spiral ou un sac à glace, qui transmet à la compresse son action réfrigérante. Ce procédé est trop douloureux pour qu'on en fasse une application prolongée : il faut se le rappeler quand on fait usage de ce procédé chez des malades sans connaissance. L'action rétlexe de la compresse rachidienne sur un pouls rapide, faible, ou arythmique est parfois étonnante. Le pouls s'accélère pendant quelques instants, puis il se calme progressivement.

On doit, bien entendu, apporter du jugement dans l'appréciation de l'effort que le cœur est capable de fournir et dans la sélection des cas auxquels ce traitement convient. Toutes les fois que le pouls s'améliore, que les artères se remplissent mieux, et que la diurèse augmente après l'application du tube spiral froid, son utilité est démontrée. Les mains et les pieds cessent parfois d'être froids d'une façon constante. Les cas influencés de la façon la plus favorable par le tube spiral froid sont ceux dans lesquels le second bruit est plus affaibli que le premier à la base. Cette particularité est souvent caractéristique de la maladie de Basedow. L'emploi du tube spiral à eau glacée, s'il est prudent et intermittent, et s'il est accompagné d'un régime lacto-végétarien excluant absolument la viande, les épices, et les autres aliments irritants, donne dans cette maladie une amélioration considérable.

Page 1