MÉCANISME PHYSIOLOGIQUE DE L'ACTION DE L'EAU DANS L'ÉTAT DE SANTÉ
L'eau peut être employée comme agent thérapeutique en applications externes sur la surface cutanée, à l'intérieur du corps dans les cavités naturelles sous forme d'irrigations, et enfin comme substance destinée à être absorbée. Son mode d'action dans létat de santé peut donc être envisagé sous trois aspects différents.
L'applicatioTi de l'eau sur la surface de la peau est la fonction la plus importante de l'hydrothérapie. Elle comporte surtout des effets thermiques et mécaniques. Leur action, soit par le froid ou le chaud, soit par la percussion, est celle des excitants des nerfs sensitifs périphériques.
a) L'excitation ainsi déterminée peut être conduite à certaines régions du système nerveux central, d'oii elle est réfléchie par les fibres centrifuges sur les différents organes que nous désirons impressionner.
6) L'excitation peut aussi porter sur les centres ganglionnaires quepossède, comme Vulpian,Golz,Heidenhain l'ont montré, l'appareil nerveux des vaisseaux et qui remplissent la fonction d'un centre nerveux à l'égard de la sphère immédiatement voisine, indépendamment des incitations réflexes d'origine cérébrale et médullaire; elle détermine ainsi des moditlcations dans le fonctionnement local du système nerveux de la région qui reçoit l'application. a^^v<
L'effet de ces excitations nerveuses dépend, comme. e(eïùi^^e déterminent les autres excitants, de leur intensité, de l'èbeudue de la surface qu'elles atteignent, de la susceptibirRé de l'organisme entier ou des points d'application, et aussi de la soudaineté du choc.
L'action thermique et mécanique de l'eau sur la circulation, la respiration, la température, les échanges organiques et les
Bauuch. — Hydrothérapie. 3
34 PRINCirES DE I.'UYDROTHÉHAPIE
sécrétions forme la base de tous ces résultats thérapeutiques remarquables dont se réclame l'hydrothérapie. Si Ton peut établir qu'il est possible d'obtenir de l'hydrothérapie des actions énergiques et efficaces dans l'état de santé, on en arrivera à conclure logiquement qu'elle est utile dans la maladie; car les mêmes lois qui gouvernent les processus vitaux de l'organisme sain de façon à entretenir ses fonctions interviennent aussi dans les états pathologiques pour rétablir l'équilibre rompu.
C'est ainsi que. dans l'étude des agents médicamenteux, leur action physiologique fournit à la fois une explication de leurs effets thérapeutiques et un guide pour leur administration.
L'hydrothérapie moderne ne demande pas que l'on accepte ses résultats cliniques sans qu'elle soit appelée à fournir une analyse raisonnée bien claire de l'action de ses procédés. Le but de ces pages est précisément d'amener le praticien à adopter les méthodes hydrothérapiques toutes les fois que leur valeur thérapeutique est supérieure à celle des agents pharmaceutiques, ou quelles peuvent devenir les auxiliaires de ces derniers. On ne saurait y arriver sans instruire fë médecin des lois qui régissent l'action de ces méthodes.
Pour donner une notion claire des capacités thérapeutiques réelles de l'excitation thermique et mécanique appliquée aux surfaces cutanées chez le malade, nous devons exposer avec quelque détail l'état présent de nos connaissances sur son intkieace sur les fonctious les plus importantes de l'organisme.
On a déterminé cette influence par des expériences démonstratives sur les animaux et surlhomme, expériences que nous allons étudier en considérant successivement l'action des applications hydriatriques sur : 1° la circulation, 2"" la respiration, .'i'5 la température, 't'aies échanges organiques^, o^^les sécrétions.
Action des applications hydriatriques sur la circulation.
,'î;"<éppareil circulatoire est la grande route par laquelle sont / H*a^3pï)i?};ées les substances destinées àl'entretien et à laccroisse<iîént dé l'organisme et sont éliminés les déchets et les résiduel j^^'^/venant du fonctionnement des divers organes. Un agent quelcoB/^ue susceptible d'exercer une influence, même la plus légère, sur un appareil consacré à ces tâches importantes, doit, par conséquent, exercer quelque influence analogue, chez un malade, sur les fonctions qui sont soumises à Faction de cet
ACTIOX DE L EAU DANS L ÉTAT UE SANTÉ 3o
appareil. L'étude de l'acLion mécanique et thermique de l'hydrothérapie sur la circulation retiendra donc tout particulièrement notre attention. Nous nous proposons de présenter en deux paragraphes distincts les eiTets physiologiques des applications hydriatriques sur la circulation :
i° Effets portant sur la distribution du sang et sur la pression sanguine; 2o Effets portant sur la composition du sang.
I. — Effets des applications hydriatriques sur la distribution du sang et sur la pression sanguine.
L'influence des applications hydriatriques sur la distribution du sang et leur iniluence sur la pression sanguine seront étudiées ensemble pour des raisons faciles à comprendre. On peut, cependant, subdiviser cet important sujet, pour en permettre une conception bien nette, en deux parties : a) effets vaso-moteurs ou réflexes; b) effets mécaniques ou hydrostatiques.
1'' Effets réflexes. — Les effets des opérations hydriatriques sur la distribution du sang ont été étudiés par de nombreux physiologistes. Parmi eux, Roehrig. de Kreuznach, qui possède une expérience étendue de l'hydrothérapie, a exposé avec beaucoup de soin (l)rinfluencedesexcitants cutanés sur la circulation, en un travail à la fois convaincant et pratique, dont les données s'appliquent aux différents procédés de l'hydrothérapie.
« Lorsque la surface cutanée d'un animal est exposée à l'action d'un excitant, il se produit immédiatement au point d'application une rubéfaction, qui peut aller du simple érythème à la mortification complète de la région. Les vaisseaux sanguins subissent des modifications qu'il est possible d'observer sous le microscope dans la membrane interdigitale ou le mésentère de la grenouille. Quand on pique avec une aiguille, ou qu'on presse avec une pince le dos d'une grenouille, on remarque aussitôt un accroissement notable dans la vitesse du courant sanguin, accompagné dune faible contraction des artères et même des veines ; au bout de quelques secondes, la
(1) Die Physiologie der Haut, experimeutell und kritisch bearbeitet
36 PRINCIPES DE l'uYDROïUÉRAPIE
rapidité normale de la circulation se rétablit, en même temps que les vaisseaux reviennent à leur calibre primitif. Si l'excitation est plus intense, le rétrécissement de la lumière des vaisseaux est plus marqué, seulement il est suivi d'un relâchement anormal plus considérable de la tunique musculaire des vaisseaux accompagné d'un ralentissement net du courant sanguin. Le retour à l'état normal à la suite de telles excitations est beaucoup plus lent à se produire qu'après une excitation faible. La durée et l'intensité de ces effets dépendent de l'intensité de l'excitation. Ces expériences démontrent que de faibles excitations cutanées augmentent la tonicité normale des fibres circulaires des vaisseaux, et que des excitations fortes entraînent à leur suite un relâchement de ces fibres. Si l'excitation persiste, ou bien le calibre se rétrécit, ou bien, à la suite d'une excitation intense, par exemple, l'artère répond aussitôt par une dilatation marquée, sans contraction préalable. » Ce dernier phénomène peut être regardé, suivant Roehrig, comme résultant de la fatigue causée par une excitation excessive ; car l'intensité et la durée du relâchement des fibres circulaires ne correspondent pas seulement à l'intensité de l'excitation sensitive, mais encore à l'intensité de la contraction primitive de l'artère. En résumé, l'appareil nerveux des tuniques vasculaires montre les mêmes propriétés qui caractérisent les autres appareils nerveux, c'est-à-dire, quil est stimulé par des excitants faibles et paralysé par des excitants énergiques.
Des observations expérimentales faites sous le microscope chez les grenouilles ont clairement montré que l'excitation de la surface cutanée parvient, sous forme d'excitation rétlexe, aux parois des vaisseaux. Les origines de l'appareil nerveux des vaisseaux se trouvent dans le centre vaso-moteur du bulbe. Quand on excite celui-ci, les petites artères du corps entier se contractent, exactement comme elles le font à la suite de la simple excitation des nerfs sensitifs. Il est probable que tous les nerfs sensitifs de la peau sont en connexion avec le centre vaso-moteur du bulbe, qui les met en relation avec les vasomoteurs de toutes les artères de l'organisme. De ce point central part un influx permanent qui agit sur toutes les artères, et, probablement avec une énergie plus grande, sur les vaisseaux périphériques. Il s'établit ainsi une action tonique permanente qui produit le « tonus artériel » et fournit en partie ces résistances périphériques dont l'existence est indispensable au maintien de l'énergie cardiaque et à la régulation de la près-
ACTION DE l'eau DANS L'ÉTAT DE SANTÉ 37
sion sanguine et de la distribution du sang. Le fait que ces facteurs importants de la fonction circulatoire peuvent subir des modifications rapides sous l'influence de l'excitation des nerfs cutanés a été démontré expérimentalement. Mais il est d'autres résultats expérimentaux plus intéressants et d'une plus grande portée, qui éclairent l'effet de l'excitation thermique de la peau, et, par conséquent, les résultats d'un grand nombre de procédés hydriatriques.
Les expériences de Maximilien Schiiller (1) sur des lapins trépanés démontrent que l'appareil nerveux des vaisseaux de la pie-mère reçoit une excitation tonique permanente des nerfs sensitifs de la peau. Lorsque Schiiller sectionnait un tronc nerveux d'un côté chez un lapin trépané, il observait constamment une dilatation passagère, mais très nette, des vaisseaux pie-mériens du côté correspondant. Ce résultat n'était évidemment pas dû à la douleur puisque les vaisseaux du côté opposé restaient sans aucune modification. L'expérience prouvait donc clairement que les modifications apportées à cette excitation tonique, dont nous avons parlé plus haut et qui est produite par les impressions thermiques et mécaniques reçues par les nerfs cutanés, peuvent troubler l'équilibre vasculaire du cerveau. Schiiller admet non seulement que les vaisseaux reçoivent l'excitation réflexe qui provient des nerfs sensitifs cutanés, mais encore que les centres moteurs du cœur et de l'appareil respiratoire la reçoivent peut-être à un plus haut degré. L'observation clinique, d'autre part, trouve chez l'homme une confirmation de ce fait.
(toUz (2) a montré, de son côté, comment l'excitation des nerfs sensitifs peut exercer une influence réflexe sur lactivité du cœur. L'irritation mécanique des intestins d'une grenouille, exposés à l'air, au moyen d'un simple choc, cause l'arrêt du cœur en diastole; ce résultat fait défaut quand le cycle réflexe est interrompu par la destruction du bulbe ou par la section des vagues.
L'activité cardiaque augmente nettement, comme on le sait, sous l'influence des températures atmosphériques élevées, et diminue sous l'influence des basses températures. Roehrig a fait de nombreuses expériences pour déterminer l'effet produit sur l'activité du cœur par l'excitation des nerfs sensitifs de la
(1) Deulsches Arcfiiv fiir klinisclie Medicin, n» 4, 1874.
(2) Tonus derGefâsse, etc., in Virchow's Arckiv, Bd., XYIV.
38 PRINCIPES DE l'hVDROTIIÉRAI'IE
peau, expériences qui ont toutes démontré que le myocarde répond avec une grande sensibilité aux impressions de tout ordre qu'on fait subir à ces nerfs. Des excitations faibles modifient constamment l'énergie des contractions cardiaques et, de plus, en augmentent le nombre, tandis que des excitations cutanées intenses accroissent la force des contractions, mais en réduisent la fréquence d'une façon notable.
Ces efïets ne dépendent pas de la seule intensité de l'excitation : ils dépendent également de l'étendue de la surface impressionnée. Roehrig a expérimenté, d'autre part, avec des excitants thermiques. Il place un tube à parois minces rempli de glace à l'intérieur de l'oreille d'un lapin, et il observe que le refroidissement énergique de l'oreille produit une accélération de douze à dix-huit pulsations. D'un autre coté, une application d'eau à 1.36<'-lo8'* F. (68,9° à 70° C.) détermine une accélération immédiate de dix à douze pulsations, mais qui est suivie d'un ralentissement marqué du pouls, le nombre normal des battements cardiaques, qui estde loOà 170, diminuant alors de 70. Dans l'une et l'autre expériences, le cœur revient lentement, au bout de deux heures, à son état normal. Roehrig s'est encore assuré, par ses propres expériences, que les excitations cutanées éner^iqiies qui produisent un ralentissement considérable du cœur augmentent aussi sa force. Ces résultats sont sans aucun doute amenés par une action réflexe. La section expérimentale du sympathique et du vague chez différents animaux a, en effet, démontré que le ralentissement du pouls est dû à une excitation du pneumogastrique, excitation qui peut, dans des cas extrêmes, causer la mort par contraction tétanique du cœur. Les animaux meurent avec des convulsions, en présentant une pâleur de plus en plus accentuée du fond de l'œil, comme on peut l'observer chez les lapins albinos qui meurent les yeux ouverts. Il se produit alors évidemment une interruption de l'apport sanguin au cerveau et à la moi'lle.
On pensait autrefois que l'hyperémie locale de la peau était produite par une action directe des substances irritantes sur les vaisseaux. On supposait que l'accumulation du sang à la surface après l'application de vésicants ou de rubéfiants attirait le sang dont la ffuxion au niveau des organes internes causait la maladie, et qu'on obtenait ainsi un effet antiphlogistique. Cette erreur a été détruite par les recherches de Naumann, qui sont devenues classiques.
Naumann a démontré nettement que les effets des irritants
ACTION" DE l'eau DANS L ÉTAT DE SANTÉ ',ii)
externes sur la circulation profonde du corps sont, en réalité, d'ordre réflexe. Il sépare la tête dune grenouille du reste du corps, les laissant seulement rattachés par le bulbe. Il isole ensuite, après avoir prévenu l'hémorragie par une ligaturedes vaisseaux, une des pattes en la laissant reliée au corps parle nerf sciatique. 11 applique alors des excitants thermiques, chimiques et électriques, sur le pied du membre en partie séparé, tout en observant au miscroscopele mésentère de la grenouille. Si l'on produit une irritation légère des terminaisons périphériques du sciatique dans le pied, on remarque bientôt que la circulation s'accélère dans le réseau vasculaire des poumons et du mésentère, pour revenir lentement à son état primitif après le retrait de l'agent irritant. Une irritation plus brutale produit un ralentissement de l'ondée sanguine et même une stase, comme si le cœur se trouvait paralysé pour un instant. Un excitant énergique détermine la dilatation des vaisseaux, un excitant faible leur contraction. Lelï'et de ces excitations périphériques sur le cœur a été également noté. Une irritation violente de la peau affaiblit les contractions cardiaques, une irritation légère en accroît la force. Comme il n'existe aucune voie vasculaire ou nerveuse, qui relie la région irritée à l'organe dont les modifications sont visibles, on arrive nécessairement à conclure que l'effet observé est purement réflexe. L'eau chaude agit précisément de la même façon que les autres excitants. Naumann a poursuivi ces recherches sur les animaux à sang chaud et sur l'homme avec les mêmes résultats ; il a exprimé ses conclusions de la façon suivante :
'< L'efl'et des révulsifs est essentiellement dû à une action réflexe passant parle système nerveux central; ils exercent une influence considérable sur l'activité du cœur et des vaisseaux.
« Dans des proportions variables suivant la susceptibilité individuelle, les excitations continues énergiques diminuent l'activité du cœur et des vaisseaux, afl'aiblissent leurs contractions, amènent vme dilatation des vaisseaux et un ralentissement de la circulation; les excitations relativement faibles augmentent l'activité du cœur et des vaisseaux, renforcent la contraction cardiaque, contractent les vaisseaux et accélèrent la circulation.
H Les modifications produites dans l'organisme par les excitations cutanées longtemps entretenues cessent, en général, un temps considérable après l'interruption de celles-ci ; plus l'excitation est prolongée plus ces modilications persistent ; elles
40 PRINCIPES DE l'hydrothérapie
seront souvent encore apparentes cliez un individu sain, une demi-heure ou trois quarts d heure après la fin de l'excitation.
" Le ralentissement du pouls qui suit les excitations cutanées énergiques atteint souvent son maximum pendant qu'elles agissent, mais souvent aussi après qu'elles ont cessé.
« L'action tonique des excitations cutanées relativement faibles persiste également un temps considérableaprès leur interruption, et elle est également suivie d'un relâchement; seulement celui-ci apparaît beaucoup plus tardivement et à un degré moindre que dans le cas d'une excitation plus énergique.
«. Sous laction de fortes excitations cutanées, il se produit constamment, d'ordinaire après une période plus ou moins longue de chaleur, un refroidissement des parties inférieures du corps, qui souvent ne se termine qu'une demi-heure après la cessation de l'excitation.
0 Cette période de modification de la température a une durée variable ; le refroidissement commence souvent pendant Fexcilation, mais plus généralement après qu'elle a cessé. »
11 existe deux moyens de déterminer des modifications delacirculation sous Vinfluence d'une excitation réflexe partie des nerfs sensitifs, qui consistent, l'un, à produire un changement du calibre des vaisseaux, l'autre à agir sur la force propulsive du muscle cardiaque. Sans entrer dans le détail des expériences de Bezold, de Ludwig et de Roehrig, on peut établir sans conteste que Télévation de la tension artérielle et l'accélération du courant sanguin qui suit la contraction des vaisseaux produite par des excitations cutanées faibles ne sont pas causées par un accroissement de la force propulsive du cœur : en elfet, les mêmes résultats s'observentégalement quand tous les nerfs allant au cœur sont sectionnés. Les artérioles, à la suite de la contraction de leurs ramuscules, sont le siège d'une stase sanguine, qui est due bien réellement à l'obstacle opposé à l'ondée sanguine par les vaisseaux contractés; l'élévation de la tension artérielle n'est donc pas imputable à un accroissement de l'énergie cardiaque, mais à l'augmentation de la résistance périphérique au cours du sang.
Sous l'influence des basses températures, la circulation dans les capillaires s'accélère d'abord et le nombre des éléments figurés du sang diminue ; alors la région pâlit. Aussitôt après cette accélération se produit une stase dans les capillaires, tandis que le ralentissement du courant sanguin dans les artères et les veines de petit calibre est suivie de brèves et rapides
ACTION DE l'eau DANS l'ÉTAT DE SANTÉ -41
oscillations, qui sont ensuite plus lentes et plus rares. Peu à peu les vaisseaux deviennent plus pâles, moins transparents, et finalement le courant sanguin s'arrête et la lumière des vaisseaux, disparaît.
Lorsque le froid est moins intense et plus prolongé, le courant sanguin se ralentit dans les capillaires, tandis qu'il devient plus actif dans les vaisseaux plus larges qui se dilatent alors. Si, cependant, l'action du froid continue, ces vaisseaux se contractent aussi et se ferment. Un phénomène accessoire apparaît : l'hyperémie des régions voisines, où la circulation devient plus rapide.
Cette influence énergique du froid sur les vaisseaux, comme il est facile de le penser, détermine des modifications physiologiques de la plus grande importance, que nous étudierons plus loin.
En résumé, les excitations cutanées faibles produisent une contraction des petites artérioles, avec une élévation de la tension artérielle, par suite de laquelle les résistances périphériques sont accrues et le cœur se contracte plus énergiquement. Les excitations fortes, au contraire, fatiguent et paralysent l'énergie nerveuse que le bulbe fournit aux vaisseaux sanguins. Elles amènent un relâchement et une dilatation des artères périphériques avec diminution de la tension artérielle; mais, en même temps, l'action modératrice du pneumogastrique s'accentue, déterminant un ralentissement et un renforcement de la contraction cardiaque ; action qui, si elle est excessive, peut même causer la mort par tétanisation du myocarde.
Les effets physiologiques si importants déterminés par V excitation des nerfs sensitifs de la peau doivent rester présents à l'esprit. La valeur pratique des notions qui les concernent est considérable en hydrothérapie. En effet, le but de la plupart des opérations hydriatriques est la production d'excitations thermiques d'intensité variable. Le degré de chaud ou de froid, la pression de l'eau, l'état préalable du malade, si, par exemple, la peau de celui-ci se trouve dans les conditions habituelles, s'il vient de passer dans un bain d'air de loQo F. (60, .5" C), ou s'il sort d'une chambre dont l'atmosphère est à la température ordinaire, un changement brusque ou un abaissement progressif de la température de la douche, — tous ces facteurs modifient l'excitation thermique et mécanique que reçoivent les nerfs sensitifs. Les effets qu'ils déterminent sont régis par les lois qu'ont établies les expériences de Roehrig et de Nau-
42 PHLNCIPES DE l'uYDROTHÉRAPIE
mann rapportées ci-dessus, expériences qui ont été bien souvent confirmées par d'autres auteurs.
"1" Effets hydrostatiques. — L'action des opérations hydriatriques sur la distribution du sang n'est pas seulement un phénomène réflexe, mais aussi, jusqu'à un certain point, un phénomène hydrostatique, comme l'ont nettement démontré les expériencesdeMaximilien Schiiller (l).Ce physiologiste trépane des lapins, et expose au jour les vaisseaux de la pie-mère, sans léser la dure-mère, dont la transparence permet d'observer ceux-ci. Il note soigneusement l'état de la circulation normale de ces vaisseaux, et il constate qu'une simple pression sur le ventre amène la dilatation des veines, et quelquefois aussi celle des artères, probablement par suite d'une interruption mécanique de la circulation de retour dans les veines. Quand il applique des morceaux de glace sur la dure-mère, il enregistre une contraction très énergique des veines et des artères de la pie-mère, qui persiste encore une demi-minute après le retrait de la glace. L'observation la plus intéressante, toutefois, est la suivante : quand on place des compresses humides, froides, sur le ventre du lapin, les vaisseaux de la pie-mère se dilatent, le pouls cérébral devient plus marqué et plus lent, et la respiration plus profonde et plus lente. Ces phénomènes se prolongent un court instant après l'enlèvement des compresses, et ils sont suivis d'une contraction passagère, puis du retour des vaisseaux à leur calibre normal. Lorsqu'on applique des compresses chaudes, les artères et les veines de la piemère se contractent, les pulsations cérébrales sont moins prononcées et plus fréquentes, la respiration est plus superficielle et s'accélère.
En modifiant la température des compresses, on obtient des effets plus ou moins rapides. Des compresses très chaudes donnent le même résultat que des compresses froides. Ces mêmes manifestations s'observent, mais plus marquées, après l'immersion du corps entier dans l'eau froide ou l'eau chaude, l'effet produit étant exactement proportionné à l'étendue de la surface immergée. Une immersion prolongée dans l'eau froide amène la contraction des vaisseaux et l'affaissement de la substance cérél)rale, phénomènes qui sont dus, sans doute, à l'abaissement de la température du sang en circulation, lequel
(1) Deutsches Archiv fut' /dinisc/ie Meilicin, XIV.
intervient alors à peu près comme une application locale de glace. Les vaisseaux de l'oreille participent aussi à ces changements. L'immersion dans Teau chaude détermine une dilatalion passagère, qui est suivie d'une vaso-constriclion énergique et d'un aflaissement de la substance cérébrale. Les mouvements du cerveau s'accélèrent d'abord, puis deviennent plus lents et moins étendus, pour être enfin plus rapides, quand on élève la température de leau.
L'immersion dans des bains très chauds entraine des effets semblables à ceux des compresses très chaudes, mais dune intensité et d'une durée plus grandes.
Sous l'action de la douche, soit froide, soit chaude, la circulation cérébrale n'éprouve pas de grandes variations.
Les lavements froids amènent toujours une dilatation modérée des vaisseaux cérébraux.
L'hydrothérapie a contracté des obligations durables envers Schiiller. pour le soin qu'il a consacré à ses observations. La grande importance des expériences et des déductions de ce physiologiste autorise l'auteur à les présenter en détail ; car ses exposés très clairs, s'ijs sont interprétés logiquement et sans parti-pris, donnent la clef de beaucoup de phénomènes mal compris en hydrothérapie.
De toutes ses expériences. Schiiller tire la conclusion suivante qu'il regarde comme incontestable : Les changements qui se produisent dans l'état des vaisseaux de la pie-mère et dans la consistance du [cerveau pendant et après les diverses opérations hydriatriques, et qui se montrent toujours constants chez un très grand nombre d'animaux, peuvent certainement être considérés comme l'expression de véritables modifications physiologiques.
L'apparition de ces effets caractéristiques chez les animaux curarisés s'oppose à ce qu'on objecte qu'ils sont accidentels. On peut donc considérer comme prouvé qu'une relation de cause à effet existe entre les différentes applications externes de fenu et les modifications tijpiques des vaisseaux de la pie-mère.
Pour expliquer ces phénomènes : la dilatation des vaisseaux pie-mériens sous l'action d'applications froides sur la surface de l'animal, et leur contraction sous l'influence des applications d'eau chaude, la première pensée qui s'offre, d'après les idées habituelles, c'est qu'ils dépendent d'un effet de l'excitation thermique sur les nerfs des vaisseaux ou sur les vaisseaux des centres nerveux. Mais Schiiller, en excitant les nerfs eux-
44 PRINCIPES DE l'hydrothérapie
mêmes, a montré que les résultats obtenus ainsi diffèrent entièrement de ceux que fournissent ses premières expériences. Lorsqu'il place un morceau d'épongé empli d'eau à 9° R. (11, 2" C.) sur le tronc d'un nerf cutané, une contraction passagère des vaisseaux de la pie-mère se produit, tandis qu'une compresse, de température égale, placée sur le ventre ou le dos deFanimal, amène toujoursune dilatation marquée etprolongée. L'application d'eau à 30'5R.(37,o° G.) sur le tronc du nerf cutané entraîne une vaso-constriction pie-mérienne. L'excitation thermique du tronc des nerfs sensitifscutanés détermine donc dans les vaisseaux de la pie-mère des modifications toutes contraires de celles que cause cette excitation portée directement sur la peau. Par conséquent, les phénomènes vasculaires typiques que produisent dans la pie-mère les applicalions hydriatriqiies faites sur la périphérie ne peuvent être attribués, exclusivement^ à une action réflexe partie des nerfs cutanés.
En outre, des compresses à différentes températures déterminent toujours des modifications dans la pression sanguine : avec de l'eau froide une forte élévation de cette pression dans la carotide, avec de l'eau chaude un abaissement relatif. Ce fait bien constaté ne peut être concilié avec l'hypothèse que l'action des applications hydriatriques sur les vaisseaux de la pie-mère est d'origine réflexe. Car, si nous acceptions cette hypothèse, nous serions obligés d'expliquer la dilatation des vaisseaux pie-mériens consécutive aux applications froides faites sur la peau par un réflexe inhibiteur sur les nerfs vaso-moteurs du cerveau. Or, l'inhibition des nerfs ou des centres vaso-moteurs est toujours associée à une chute marquée de la tension artérielle, tandis que les applications d'eau froide sont constamment suivies, au contraire, d'une élévation de la tension; la vaso-dilatation de la pie-mère coïncidant avec l'élévation de la tension ne peut donc, en aucune façon, être attribuée à un réflexe inhibiteur sur les vaso-moteurs.
Ces faits en apparence contradictoires et inconciliables : à savoir, la dilatation des vaisseaux pie-mériens sous l'action des applications froides faites sur la peau et leur contraction quand celles-ci sont portées sur le tronc des nerfs sensitifs, et, d'autre part, l'élévation de la tension artérielle coïncidant avec la dilatation des vaisseaux de la pie-mère et de l'oreille, peuvent être expliqués très facilement. Ils le seront, et d'une manière satisfaisante, si l'on admet que l'application d'eau froide sur la surface cutanée détermine une contraction des
vaisseaux périphériques, qui a pour conséquence de remplir d'une plus grande quantité de sang les autres vaisseaux du corps. En outre, comme l'établissement d'un obstacle au cours du sang (dans le cas particulier cet obstacle siège dans l'aire si vaste des capillaires de la peau) augmente la tension artérielle en amont, nous nous expliquons encore par ce fait l'élévation de la pression sanguine. Quand on expérimente avec le bain complet, la masse sanguine contenue dans les vaisseaux pie-mériens s'accroît en proportion des dimensions de la surface de l'animal qui est immergée dans l'eau froide; les vaisseaux des oreilles se remplissent aussi plus complètement quand celles-ci sont maintenues hors de l'eau; enfin la dilatation des vaisseaux de la pie-mère augmente encore plus quand les oreilles sont elles-mêmes plongées dans l'eau. Ce fait, rapproché des observations ci-dessus mentionnées, ne peut être expliqué que d'une seule façon, à savoir : si l'on admet que la cause de la vraie dilatation de la pie-mère sous l'influence des applications d'eau froide est causée par une rétroslase du sang dans la profondeur, consécutive à la réduction de l'aire vasculaire de la peau. Une explication correspondante de la vaso-constriction pie-mérienne sous l'action des applications d'eau chaude est admissible : la dilatation des vaisseaux cutanés qui se remplissent amène une diminution simultanée du volume du sang contenu dans les autres vaisseaux, et par conséquent dans ceux du cerveau. L'abaissement relatif de la tension c^rtérielle ne contredit pas cette explication : en effet, la brève élévation de la tension, que l'on observe au début, peut être rapportée à l'accroissement de la rapidité des contractions cardiaques.
Schiiller ne nie pas que les applications froides ou chaudes agissent sur les nerfs. Au contraire, pour cet auteur, il est incontestable que les terminaisons nerveuses de la peau sont impressionnées par les excitations thermiques comme les vaisseaux de celle-ci, et il est très probable que ces filets nerveux sont affectés de la même façon que leurs troncs, c'est-à-dire que les applications froides provoquent une contraction réflexe et les applications chaudes une dilatation réflexe des vaisseaux de la pie-mère. Cet effet, en contradiction apparente avec les constatations précédentes, permet de définir les changements caractéristiques qui se passent dans les vaisseaux de lapie-mère quand on fait des applications hydriatriques sur la peau ; on doit lui attribuer, sans doute, les modifications rapidement
46 PRINCIPES DE l'hydrothérapie
alternantes du calibre de ces vaisseaux, qui se produisent au début de l'application, avant que ne soit établie la dilatation ou la contraction typique. En d'autres termes, ScbuUer croit que, au début de l'application, les vaisseaux reçoivent une excitation réflexe des nerfs de la peau, et que l'effet véritable se manifeste seulement après que lexcitation thermique sur les vaisseaux cutanés a pris le dessus.
La section de la moelle dans la réîjion cervicale empêche l'action des applications liydriatriques sur les vaisseaux de la pie-mère, mais ce fait ne signitie pas que cette action soit autre chose qu'un phénomène hydrostatique. La section de la moelle interrompt bien Tinfluence réflexe des excitations thermiques périphériques sur l'appareil nerveux des vaisseaux pie-mériens; mais, surtout, elle supprime le tonus des tuniques musculaires de tous les vaisseaux, et par conséquent le tonus des vaisseaux cutanés. Dans ces conditions, aucun effet quelconque sur la distribution du sang ne peut être obtenu des applications d'eau ; car le sang de l'organisme entier demeure dans une position d'équilibre, les vaisseaux restant inertes.
L'action du cœur et les mouvements respiratoires, qui, dans les conditions ordinaires, ont une influence plus ou moins grande sur la circulation cérébrale, sont de peu d'importance dans le cas particulier. Schliller a trouvé que, après la section des vagues, les vaisseaux de la pie-mère ne sont pas tout à fait aussi remplis ; mais les modifications typiques que les applications d'eau impriment à ces vaisseaux ont lieu exactement comme si les vagues étaient intacts.
SchiiUer résume ainsi l'action caractéristique des applications hydriatriques sur les vaisseaux de la pie-mère ;
Les modifications observées sont dues essentiellement à l'augmentation ou à la diminution de l'afflux sanguin dans les vaisseaux pie-mériens, par suite de la constriclion ou de la dilatation des vaisseaux périphériques dans la peau.
Les mouvements du cœur et de la respiration ne sont en cause qu'indirectement; ils favorisent ou bien limitent ces modifications, dans certains cas.
Les actions réflexes provenant de l'excitation tiiermique des nerfs cutanés sont d'une importance secondaire (dans la manière d'opérer de Schliller, devons-nous ajouter); s'ils ont quelque effet, c'est probablement en limitant les phénomènes en question.
Effets secondaires des applications d'eau.— Les expériences de Schuller ont montré, en outre, que les phénomènes décrits comme provenant des applications froides et chaudes ne persistent pas lorsque celles-ci sont prolongées. Ces phénomènes cessent deux ou trois minutes après l'application de compresses, cinq à dix minutes après les bains. En général, ils sont de plus courte durée après l'action du froid quaprès celle de la chaleur. La répétition des applications n"en modifie pas l'effet, qui. s'il augmente d'intensité parfois quand il s'agit d'applications froides, a dans ce cas une durée moindre. Après la période précédemment analysée, que l'application soit interrompue ou qu'elle soit continuée, Schuller observe des modifications constantes du calibre des vaisseaux, qui sont inreraes des modifications initiales ; si les vaisseaux de la pie-mère sont dilatés sous l'influence d'applications froides, ils se contractent aloFS, et viee-versa. Lorsque l'application froide n'a qu'une courte durée, les vaisseaux reprennent leur état normal; lorsqu'elle se prolonge très longtemps la contraction secondaire est le plus souvent augmentée. Les observations de Schuller démontrent clairement que ces modifications secondaires dans l'état des vaisseaux pie-mèriens sont dues à la prédominance de phénomènes opposés aux premiers et d'intensité moindre; c'est-à-<^lire, que les vaisseaux cutanés se remplissent après la cessation de l'action du froid ou malgré qu'elle continue. Schuller prétend qu'une application de longue durée, amenant un refroidissement relativement intense du sang, produit une contraction prolongée des vaisseaux de la pie-mère; le sang plus froid circulant dans les vaisseaux fait contracter leur tunique musculaire, notamment après les bains froids; cet effet est particulièrement marqué chez les lapins, parce que leur surface est relativement étendue par rapport à leur masse. Les phénomènes secondaires qui ont pour siège les vaisseaux de la pie-mère après les applications d'eau chaude peuvent être expliqués de la même façon. Quand le bain est prolongé, le sang, par suite de la diminution des pertes de calorique, arrive aux vaisseaux de la pie-mère à une température relativement plus élevée et détermine une dilatation des vaisseaux précédemment contractés, en raison de l'inhibition de leurs vasomoteurs. Si l'application chaude est interrompue, les vaisseaux cutanés se contractent de nouveau, et le sang est entraîné en plus grande quantité aux vaisseaux de la pie-mère, d'où une dilatation de ces vaisseaux, qui cesse peu à peu quand la dis-
48 PRINCIPES DE L HYDROTHERAPIE
tribution du sang revient à son état d'équilibre. Schiiller estime que telle est la raison de la dilatation consécutive à la cessation de l'application d'eau chaude ; en effet, si l'on fait succéder immédiatement l'eau froide à l'eau chaude, la dilatation augmente en raison de l'accroissement de la contraction des vaisseaux cutanés, qui pousse, des capillaires périphériques aux organes profonds, une quantité plus considérable de sang.
L'explication fournie par Schiiller des effets secondaires produits par les applications d'eau ne me paraît pas entièrement satisfaisante. Je crois que l'explication originale donnée par Schiiller des effets primaires, à savoir qu'ils sont principalement d'origine hydrostatique, est également valable pour les effets secondaires de sens inverse. On peut, en effet,. indiquer, en faveur de l'action hydrostatique, une preuve qui n'aurait pas échappé à Schiiller, s'il avait été familier avec l'hydrothérapie. Ces phénomènes, avons-nous dit, cessent deux ou trois minutes après l'application des compresses, cinq à dix minutes après les bains. Cela s'explique facilement par le fait suivant : quand les compresses ont refoulé par la contraction des capillaires le sang vers les vaisseaux profonds, il se produit une réaction : les artérioles se distendent sous l'influence de l'augmentation de la pression et le sang circule plus rapidement dans les capillaires précédemment ischémies, les dilatant audelà de leur calibre normal (ce phénomène est mis en évidence, chez l'homme, par la rougeur de la peau). Cette hyperémie des vaisseaux cutanés donne naissance à la réduction du calibre des vaisseaux pie-mériens, phénomène hydrostatique en tout comparable à celui qui a lieu sous l'influence des compresses chaudes. Si la peau est maintenue à une basse température dans un bain, au bout de cinq à dix minutes la réaction apparaît : les vaisseaux de la peau se remplissent et ceux de la piemère se contractent.
Les applications chaudes sur la peau sont suivies de la contraction des vaisseaux pie-mériens, et cette contraction cesse quand cesse l'application, les vaisseaux revenant, comme Schiiller l'a montré, à leur calibre normal. Je crois qu'on peut trouver une explication rationnelle de ce phénomène dans ce fait que, la peau étant exposée, après l'application chaude, à la température de l'air, toujours bien inférieure à celle de l'eau, les vaisseaux cutanés se contractent en raison de ce changement de température jusqu'à ce qu'ils aient atteint leur calibre ordinaire: parla les vaisseaux de la pie-mère reprennent éga-
lement leur volume normal. L'observation de SchùUer, d'après laquelle le maintien prolongé d'une application d'eau chaude accentue la contraction des vaisseaux pie-mériens, peut être expliquée par le relâchement complet des vaisseaux cutanés, qui, en vertu de leur inertie, reçoivent alors une plus grande quantité de sang qu'ils ne le faisaient tout d'abord.
Schiiller prétend, à juste titre, que ses recherches expérimentales sur les animaux doivent servir très utilement à établir une conception pratique de l'effet des applications d'eau chez l'homme, et que, si leurs conclusions peuvent être appliquées à l'organisme humain, elles arriveront à modifier ou à rainer certaines idées mal définies qui ont cours sur ce sujet, et à leur substituer des notions plus exactes. Il n'est pas douteux que les résultats de ces expériences ne soient également vrais pour l'organisme humain. Bien que la structure anatomique de la peau et les rapports des nerfs cutanés avec le système nerveux central diffèrent du lapin à l'homme, l'effet des applications d'eau n'est modifié chez celui-ci que dans une mesure négligeable. Le résultat est le même. En effet, les conditions sont encore plus favorables chez l'homme, parce que sa peau et son tissu cellulaire sous-cutané sont mieux irrigués, qu'ils possèdent une musculature plus riche, et des lymphatiques pourvus d'une tunique musculaire plus nombreux. L'action constrictrice du froid sur les veines superficielles doit également entrer en ligne de compte. Il est singulier que ce dernier phénomène ait été négligé par les observateurs même les plus consciencieux des effets de Ihydrothérapie. Je désire donc mettre en lumière cette particularité anatomique, que la musculature des veines superficielles, surtout dans les extrémités inférieures, est très développée (1) et que « des fibres musculaires aplaties et disposées en cercle existent dans leurs valvules «. Schlesinger (2i a observé que « les veines des membres inférieurs, qui présentent une dilatation pathologique, peuvent se transformer en cordes sous l'influence d'applications froides énergiques ».
L'action locale de l'excitation thermique est accrue du fait de l'existence dans le derme de fibres musculaires lisses, qui permettent à la peau de répondre promptement aux applications froides. Si l'on considère que cet effet se produit sur le
(1) HuBEB, BoHM et Davidoff : Text-book of Histology.
(2) Wiener klinische Wochenschrift, 1896, p. o2.
Bakuch. — Hydrothérapie. 4
50 PRINCIPES DE l'hYDROTUÉRAPIE
vaste réseau richement anastomosé des vaisseaux cutanés, on concevra facilement com^bien sont importantes les fluclualions que les contractions et les dilatations imposées à ce réseau par l'eau froide et feau chaude déterminent dans la distribution du sang à travers le reste du système vasculaire. Liniluence des bains chauds et des bains froids sur le système nerveux a été trop souvent notée pour qu'il soit utile de la rappeler à l'appui de notre démonstration.
Les observations de SchùUer analysées plus haut ont été vérifiées chez l'homme par le D' Vinaj, qui utilisa à cet effet un sujet auquel un traumatisme grave avait enlevé un fragment du crâne. Vinaj a présenté ses observations au quatrième Congrès italien d'Hydrologie, tenu à Florence le 21 novembre 1892, et montré qu'elles ont continué entièrement les résultats obtenus chez les animaux par Schiiller.
Les explications que nous venons de donner fout voir très clairement que, si l'action locale du sang réchauffé ou refroidi sur les vaisseaux de la pie-mère peut participer à la production des effets secondaires de sens inverse que nous avons enregistrés, des causes hydrostatiques interviennent également dans ces phénomènes.
J'ai insisté longuement sur ce point, parce que les explications que y ai proposées offrent, comme on le verra plus loin, la clef d'un grand nombre de phénomènes obscurs déterminés par les opérations ht/driatriques .
Loi de l'antagonisme de Dastre-Morat. — Les physiologistes ont reconnu depuis longtemps un certain antagonisme entre les vaisseaux périphériques et les vaisseaux profonds, spécialement ceux qui gouvernent le splanchuique.
Augmentation de volume montrée par le pléthysmographe. — Winternitz (1) a démontré, par des expériences originales et intéressantes réalisées à l'aide du pléthysmographe, l'effet hydrostatique des applications hydriatriques. II place un homme dans un bain de siège vide et le couvre dune couverture de laine, le bras droit du sujet étant introduit dans le cylindre de verre de l'instrument. L'appareil et le manomètre sont remplis d'eau à la température du corps et reliés à l'ap-
(1) Die HyJ 10 thérapie auf pliysiologischer und kliiiisclier Grundlage,
pareil enregistreur. Au bout d'un moment, la baignoire est remplie rapidement d'eau à 50°F. (10°C.). l-^'eau froide produit son elTet habituel sur le pouls et la respiration. La courbe obtenue (que montre la tîgure i) est inscrite sans interruption pendant tout le temps que dure l'opération. Le tracé reste uni-
Fif^. 1. — Courbe des variatiuns de volume du bras droit avant et après un bain de siège à .jO" F. (10» C.) (d'après Winternitz).
forme tant que la baignoire est vide. Aussitôt qu'on y fait pénétrer l'eau, la courbe s'élève perpendiculairement, comme on le voit en a. Le volume du bras droit, par conséquent, augmente, puisque l'eau de l'appareil est poussée dans le manomètre. Cet effet se prolonge de dix-huit à vingt secondes et le tracé descend légèrement pendant les vingt ou trente secondes suivantes, mais il ne revient pas au niveau primitif.
On peut chercher l'explication de ces résultats dans l'excitation locale des terminaisons des nerfs sensitifs par le froid et dans les actions réflexes ainsi portées sur les vaso-moteurs des vaisseaux cutanés. Cependant, je suis disposé, pour ma part, à admettre une autre explication. La réduction du réseau capillaire par la contraction des fibres musculaires de la peau sous l'influence directe du froid empêche l'afflux du sang dans un vaste département vasculaire. Par suite d'un phénomène hydrostatique, plutôt que d'une action vaso-motrice, une grande quantité de sang pénètre dans les autres départements vasculaires de l'organisme et en augmenle le volume. Winternit/. prétend, en etïet,que, dans le bain de siège froid, les vaisseaux
PRliNCIPES DE l'hydrothérapie
des organes, des organes abdominaux surtout, sont contractés et que le sang qui les abandonne emplit les autres parties du corps, y compris le bras.
Dans une autre expérience faite sur un homme de vingt ans avec de l'eau à llûop. (iS.a'^C.), Winternitz obtient le résultat indiqué par la courbe de la figure 2.
Fig. 2. — Courbe des variations de volume du bras droit avant et pendant un bain de siège à UO» F. (43,3° C.) (d'après Winternitz). Durée : deux secondes.
Cette dernière observation confirme celles de Schiiller, qui a noté une brève contraction des vaisseaux cutanés, suivie de leur dilatation, sous l'influence de l'eau chaude. L'augmentation de volume du bras, qui se manifeste tout d'abord, indique qu'il se produit dans ce membre un afflux de sang, auquel correspond une diminution de la masse sanguine dans une autre région.
Ottfried Millier, qui a fait quelques recherclies excellentes et paraissant dignes de toute confiance sur la distribution du sang dans un organisme soumis à l'influence des excitants thermiques (1\ prétend que les expériences de Winternitz sont trop courtes et, par là, d'une technique trop imparfaite pour séparer le rôle des terminaisons sensitives de celui de l'appareil vasculaire. 11 constate, cependant^ que 1 effet des excitations thermiques sur les vaisseaux sanguins périphériques est manifestement une contraction quand il s'agit d'applications froides, une dilatation quand il s'agit d'applications chaudes. Millier affirme l'antagonisme des vaisseaux superficiels et des vaisseaux profonds. Il démontre que les vaisseaux du cerveau et ceux de l'intestin agissent en sens inverse, par un procédé ingénieux : l'examen du fond de l'œil à l'ophtalmoscope.
(1) Deutsches Archiv fiir hUnische Medicin, 'l'J05.
ACTION DE l'eau DANS l'ÉTAT DE SANTÉ 53
Les effets les plus ténus et les plus délicats des applications d'eau sur l'organisme ont donné lieu à des opinions opposées, mais qu'on peut concilier en appréciant judicieusement les faits. L'observateur consciencieux qu'est Mathes contredit les déductions de Schiiller et de Millier et cite les expériences de Klapp à l'appui de son scepticisme. Klapp a constaté que des lapins, qui sont soumis à une application d'air très chaud sur l'abdomen, présentent une dilatation des A^aisseaux du péritoine. Il n'y a aucune similitude entre les expériences de Schiiller et celles de Klapp; les premières emploient l'eau chaude, et non très chaude, et leurs résultats sont enregistrés pendant la durée du bain, tandis que les secondes font intervenir l'air très chaud (1), dont l'action est interrompue quand on en observe les effets. Une différence dans la technique a pour conséquence des différences dans les résultats des expériences tant physiologiques que thérapeutiques. Un grand nombre de divergences d'opinion peuvent être expliquées de cette façon.
11 n'existe aucune opposition entre les conclusions de Naumann, de Roehrig et de Schiiller, comme on peut s'en apercevoir en examinant les effets des différents procédés hydrothérapiques. Les bains et autres procédés qui ne produisent pas d'action mécanique, quand on les applique à de larges surfaces, ont sans doute un effet hydrostatique, alors que les douches, qui frappent une région limitée, et comportent des actions mécaniques, agissent principalement par influence réflexe. On voit par là quelle est la souplesse de l'eau comme agent thérapeutique.
Pression sanguine. — Les applications thermiques faites à la périphérie déterminent des phénomènes importants en agissant sur des organes qui n'entrent pas directement en contact avec elles. Comme l'action propulsive du cœur sur le courant sanguin persiste intégralement, la contraction et la dilatation consécutive des vaisseaux dans les parties soumises à l'action immédiate de ces applications entraînent certaines modifications d'où résulte une accommodation vasculaire.
Le sang chassé des vaisseaux contractés trouve une issue dans la circulation collatérale. Ainsi s'établit une hyperémie collatérale, accompagnée d'une augmentation de la tension dans la circulation générale.
(1) Opitz (Journal f.Exper. Med., janv. 1906) a montré d'une façon très nette cette dillerence.
04 PRINCIPE? DE L HYDROTHERAPIE
L'application du froid su7' la surface cutanée, comme celle d'autres excitants, même si elle est suivie de la dilatation des vaisseaux de la peau, amène une augmentation de la pressiov sa/hjuine. La réduction de volume des capillaires artériels produit primitivement une accélération du courant sanguin des artères aux veines. Le retour du sang au système veineux doit être accéléré par cette augmentation de la visa tergo. Les modifications de la respiration, qui devient plus profonde sous lintluence d'une application froide, comme on le verra plus loin, accroissent aussi la rapidité de la circulation dans les petits vaisseaux : le sang revient plus vite et en plus grande quantité à l'oreillette gauche, la systole est plus lente et plus vigoureuse, le système artériel se remplit plus gictivement; cette réplétion est limitée dans lesartérioles cutanées par la contraction de l'appareil musculaire et élastique qui les entoure.
0. Millier (l) expose le résultat de deux mille mensurations de la tension artérielle, faites à la clinique de Leipzig, et conclut : 1° L'influence de tous les bains, le sujet restant immobile, sur la pression sanguine est due à l'excitation thermique; cette excitation, si elle est donnée par une température inférieure à la température moyenne de la peau, détermine une augmentation de la pression, dont la courbe est typique, pendant toute la durée du bain; ce phénomène est accompagné d'une diminution des pulsations, qui est nettement influencée par l'abaissement de la température du bain. — ^'^ Les bains à une température supérieure à celle de la peau, jusqu'à 40" C (104 F. j. amènent d'abord une brève élévation, puis un abaissement au-dessous de la normale de la pression, qui se relève ensuite; les pulsations diminuent jusqu'à 38» C (100° F), puis augmentent. — 3" Des bains au dessus de 40° C. accroissent dune façon persistante la pression sanguine, comme les bains froids, et accélèrent le pouls. La pression revient à la normale, dans les deux cas, une demi-heure à deux heures après, et fréquemment descend au-dessous. — 4° Dans les bains comportant des mouvements actifs (demi-bains et bains d'eau courante), lexiitation mécanique exerce la pripcipale influence; ainsi que dans les douches, son action y est prédominante et indépendante de la température; elle élève la pression sanguine, mais cependant d'une façon moins durable.
Il est regrettable que Millier ait omis d'indiquer la durée des
(1) Congress /. innere Medicin, 1902.
ACTION DE l'eau DANS l'ÉïAT DE SANTÉ 55
bains quil employait; la durée exerce, en efl'el, comme on Ta montré, une intliience considérable sur les edVts immédiats et éloignés du bain. Strassburger (1) confirme les résultats de cet auteur. Ses observations mettent en évidence trois stades dans les modifications de la pression sanguine : une élévation, un abaissement et une élévation. Plus le bain est froid, plus l'élévation initiale est accentuée ; plus il est chaud, plus l'élévation terminale est prononcée. Dans le bain chaud la pression se maintenait; dans le bain tiède elle tombait plus bas. Des bains à une température voisine du point neutre (90"^ F., 32,2» C.) paraissent régulariser la pression sanguine. Strassburger considère la courbe de la pression sanguine enregistrée dans les bains à 40" C. flO^oF".) comme due à l'état du tonus vasculaire; dans le bain froid l'élévation primitive de la pression est due à la contraction des vaisseaux, l'abaissement secondaire résulte de leur dilatation (réaction); l'élévation de la pression à la fin du bain chaud, par contre, provient de l'augmentation de l'activité cardiaque.
Vinaj (2), expérimentant sur lui-même, a constaté que sa tension artérielle était de 130 millimètres de mercure et que son pouls avait 74 pulsations par minute, avant de prendre un bain à IH'^C.; après un séjour de trois minutes dans ce bain, la tension était de 145 mm. ; au bout de quinze minutes, elle était de 120 mm.. et l'on comptait 71 pulsations. La chair de poule et la pâleur des téguments, qui étaient survenues au début, disparurent en cinq minutes; la peau avait pris une coloration rouge à la fin du bain. Vinaj s'est hasardé, en outre, à rester trois minutes dans un bain à 6" C. Sa tension artérielle s'éleva de 128 à 155 mm., et le nombre de ses pulsations tomba de 72 à 64. Quelques minutes après cette immersion pénible, la tension artérielle et le pouls étaient revenus à leur état normal et la peau présentait une coloi'ation rouge vif. On doit féliciter l'expérimentateurde soncourageet des excellentes facultés réactionnelles qu'il possède.
Le sphygmographe démontre que la dilatation des vaisseaux périphériques qui se produit au moment de la réaction n'est pas accompagnée d'une diminution du tonus et n'est pas passive. Cette constatation se trouve confirmée par le fait que les bains de vapeur produisent un effet opposé sur les tracés sphygmographiques, qui, dans ce cas, montrent nettement un affai-
;i) Deidsches ArchU f. klin. Meil. (1905), Bd., 82. (2) Bl. /. klinische Hydrothérapie, décembre 1908.
56 PRINCIPES DE l'hydrothérapie
blissement du tonus, un abaissement de la tension etundicrotisme marqué.
On doit admettre comme un fait cliniquement établi, dont on possède, d'ailleurs, l'explication physiologique, comme nous le verrons, que le froid augmente le tonus de l'appareil circulatoire tout entier, tandis que la chaleur le réduit. Sous l'intluence du froid, le cours du sang s'active, et la tension artérielle s'élève, alors que les vaisseaux se relâchent après les applications chaudes, et que leurs parois se laissent dilater, probablement par suite d'une diminution de leur élasticité. Que ce soit tôt ou tard, dans l'un et l'autre cas, une hyperémie doit évidemment se produire. // importe cVétablir ces distinctions physiologiques entre les applications froides et les chaudes, car nous obtenons des effets totalement différents et opposés, suivant que nous provoquons l'hyperémie à l'aide de la chaleur ou à l'aide du froid.
Les tracés ci-dessous donnent une représentation graphique de l'effet du froid et de celui de la chaleur sur le pouls dans les conditions normales (1). Ils ont été pris au cours dune expérience destinée à démontrer que l'effet des bains de jNauheim dépend autant de la température de l'eau que du gaz carbonique qu'elle contient, bien que celui-ci exerce certainement une action spécifique et très importante sur les vaisseaux périphériques et sur l'activité cardiaque. Les observations que j'ai publiées (2) ont été confirmées par les recherches étendues de Ottfried Mtiller (loc. cit.), qui a employé deux séries de bains, une série de même température contenant une proportion progressivement croissante de gaz carbonique, et une autre série de température croissante avec quantités décroissantes de gaz carbonique.
Si les bains de Nauheim exerçaient une certaine action sur la rapidité du pouls et sur la pression sanguine, leur température avait beaucoup plus d'influence sur ce résultat que leur composition chimique.
Le premier tracé (fig. 3) a été pris sur un infirmier qui avait fumé avec excès tout le jour et qui cependant ne pensait pas se trouver dans un état anormal. Il représente un pouls de tension basse, offrant un dicrotisme considérable ; l'ondulation
(1) « L'application pratique de l'hydrothérapie. » Leçon dinique faite au German Hospital de Piiiladelphie par Simon Bahccii, M. D., International Ctinics, vol. II, 1" série.
(2) System of Therapeutics, de Hare, article Minerai Springs, vol. I.
ACTION DE L EAU DANS L ETAT DE SANTE Oi
syslolique est petite ;la contraction ventriculaire. marquée par un trait obliuqe de bas en haut est faible; le choc artériel est
EEFORE FULL BATH 80'