LE LAVAGE DE L'ESTOMAC
La technique du lavage de l'estomac présente des dillerences suivant qu'on pratique cette opération chez l'adulte ou chez l'enfant.
Technique chez l'enfant. — Chez les enfants, on opère de la façon suivante. On prend une sonde de Nélaton ou de Jacques n° 8, qu'un tube de verre court rattache au tuyau du laveur contenant un litre d'eau à 95" ou lOQoF. (35oou 37.8oC.) auquel on a ajouté la valeur d'une cuillerée à café de sel ou
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de bicarbonate de soude ; on introduit la sonde et on la pousse avec douceur, mais sans hésitation, dans le pharynx, ou dans une narine, jusqu'à ce qu'elle ait pénétré dans l'estomac de l'enfant, qu'une inlirmière tient debout dans ses bras. Chez les jeunes enfants l'opération n'olfre pas de difficulté car ils en favorisent l'exécution par des mouvements de succion. Les enfants plus âgés la rendent parfois si difficile qu'il vaut mieux y renoncer. On ne doit pas pratiquer cette opération en présence de la mère de l'enfant, ou d'un entourage inquiet, car le visage de l'enfant parfois se cyanose et exprime de l'anxiété; ce phénomène est passager et n'indique aucun danger ; cependant, il amène souvent les parents à repousser l'exécution du lavage. On peut introduire d'abord la sonde et ne la rattacher au tube du laveur qui contient l'eau bouillie que quand elle a pénétré dans l'estomac. Habituellement, l'enfant vomit l'eau qu'a reçue son estomac; il est préférable de la lui faire rendre par la sonde, que l'on détache du tube du laveur; cette eau entraîne les produits des fermentations stomacales, du mucus et des grumeaux de lait caillé non digéré. On doit maintenir la sonde au voisinage de la bouche de l'enfant, pour empêcher qu'elle ne soit entraînée dans des efforts de vomissement. L'opération terminée, on pince la sonde entre le pouce et l'index de la main droite et onia retire rapidement; on la tient ensuite suspendue au-dessus d'une cuvette et on cesse de la pincer, afin qu'elle se vide. Il est nécessaire de prendre cette précaution, qui empêche que des substances liquides ou solides contenues dans la sonde ne passent dans le larynx de l'enfant, pendant qu'on extrait celle-ci.
Indications thérapeutiques chez l'enfant. — Après les prescriptions diététiques et hygiéniques, l'action mécanique de l'irrig-ation stomacale est l'élément le plus important du traitement dans les affections rebelles du tube gastro-intestinal chez l'enfant. Lorsqu'il s'agit de débarrasser un enfant atteint de diarrhée estivale des bactéries qui se sont introduites et multipliées dans son tube digestif, rien ne vaut l'irrigation pratiquée au moyen d'une sonde molle, la méthode qu'a imaginée Epstein et que Seibert a défendue si ardemment; c'est une ressource précieuse dans les cas rebelles, elle réussit alors même que les médications les plus sûres ont échoué.
Technique chez l'adulte. — Chez les adultes, on pratique
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le lavage de l'estomac d'une façon quelque peu différente. On fait asseoir le malade sur une chaise et on place une autre chaise en face de lui. On attache autour de son cou une large serviette, un drap, ou, mieux encore, un tablier de caoutchouc, qui recouvre toute la face antérieure du corps, afin de protéger ses vêtements. On prépare un tube de caoutchouc long, flexible et solide, dont l'extrémité est ouverte et présente, de plus, un œil; deux à six litres d'eau; une cuvette que l'on pose sur la chaise placée en face du malade. Si celui-ci possède un dentier, il le retire. On lui demande de se tenir le buste droit et la tête renversée en arrière. Le médecin se place à sa droite, il mouille d'eau chaude l'extrémité du tube (il n'est pas nécessaire d'employer de l'huile, qui pourrait détériorer le tube); tenant, ensuite, entre le pouce et l'index comme un porteplume, cette extrémité, il l'introduit dans la bouche, sans toucher lajangue, jusqu'à ce qu'il rencontre la face postérieure du pharynx. Il dit alors au malade d'avaler et de pencher la tête en avant. La première tentative que fait celui-ci pour avaler peut déterminer de la suffocation, mais il se produit aussitôt dans le pharynx une abondante sécrétion de mucus, qui lubrifie la sonde. Il est bon de rassurer le malade, avant qu'il ne s'inquiète et se plaigne de cette suffocation, en l'avertissant que ce phénomène désagréable se produit toujours, et qu'on ne peut étouffer si l'on tient la bouche grande ouverte, parce que le pharynx est assez large pour permettre l'introduction d'un tube même de plus gros calibre. Le médecin doit s'abstenir de toute manifestation qui pourrait faire croire au malade qu'on partage son inquiétude: en gardant son calme, on lui inspire confiance, même lorsqu'il affirme, comme c'est fréquemment le cas, qu'il lui est absolument impossible de faire ce qu'on lui demande. Il arrive qu'ouest obligé de faire plusieurs tentatives successives; on les renouvellera sans se départir de la plus parfaite tranquillité, sans marquer de l'impatience ou du dépit. Je n'ai échoué que bien rarement dans Tintroductiou du tube, opération que j'ai pratiquée, cependant, des centaines de fois. On constate souvent que des malades, qui prétendaient, tout d'abord, ne pouvoir avaler le tube, acquièrent une telle habitude de cette opération qu'ils peuvent se passer de tout aide pour l'exécuter du commencement à la fin. Parfois, le tube en arrivant au cardia rencontre une contraction de cet orifice qui l'arrête. On fait alors verser un peu d'eau chaude dans l'entonnoir, le spasme cesse et le tube passe sans difficulté.
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Parfois, il est nécessaire de faire exécuter quelques mouvements à la partie du tube qui se trouve dans l'estomac. On évitera, autant que possible, de le faire, car ces mouvements déterminent de la suffocation. A chaque lavage, Topération devient plus facile et moins pénible. Lorsque la sonde est introduite jusqu'à l'index que l'on trouve ordinairement marqué sur le caoutchouc (on peut, d'ailleurs, mesurer la longueur que l'on doit introduire, en faisant dessiner au tube une courbe qui va de la bouche à l'appendice xiphoïde), on prie le malade, ou, mieux, un aide, de la tenir en la prenant au voisinage des dents, la bouche restant grande ouverte. On s'assure que le tube n'a pas été introduit dans la trachée (accident que j'ai vu se produire). On verse alors de l'eau dans un entonnoir ([u'on a fixé à l'extrémité libre de la sonde. Si le malade vomit, on lui demande avec calme de pencher la tète sur la cuvette et de laisser les substances rejetées passer autour du tube. On l'aura averti, avant de commencer l'opération, que le vomissement se produit souvent, et qu'il peut s'effectuer sans qu'on soit obligé de retirer la sonde. Lorsqu'on fait le lavage trop tôt après un repas, lorsqu'il se trouve dans l'estomac des aliments non digérés ou un mucus visqueux, l'ouverture et l'œil de la sonde peuvent s'obstruer; on devra alors verser de l'eau dans l'entonnoir, qu'on élèvera autant que possible, pour donner à l'eau une pression plus grande. Quelquefois, il est nécessaire de retirer le tube et de le nettoyer avant de le réintroduire. L'opération est alors plus pénible, surtout si c'est la première fois que le malade y est soumis. Aussi est-il prudent de ne faire un premier lavage que six ou sept heures après le petit déjeuner, ou immédiatement avant le déjeuner, alors que l'obstruction du tube a beaucoup moins de chances de se produire. Lorsqu'on a fait pénétrer dans l'estomac environ un demi-litre d'eau, on renverse l'entonnoir en l'abaissant au-dessus de la cuvette, de façon à donner au tube le rôle d'un siphon. On exécutera cette manœuvre avec rapidité, avant que le tube ne se soit vidé dans l'estomac, afin que l'écoulement se trouve amorcé. Si l'on néglige ce simple détail, on peut compromettre l'évacuation du liquide. Lorsque l'écoulement ne s'effectue pas bien, on pousse la sonde, ou on la retire un peu. Après une irrigation suffisante, alors que l'eau ne ramène plus de mucus ni de particules alimentaires, on pince solidement le tube entre le pouce et l'index, en avant de l'arcade dentaire du malade, puis on l'extrait rapidement.
Baiiuc». — Hydrothérapie. 23
PRATIQUE DE L HYDROTHERAPIE
Bardeleben a rapporté un cas de gangrène pulmonaire dû à ce qu'on avait négligé de prendre cette précaution.
Au cours de l'opération, on doit rassurer souvent le malade. Parfois, après avoir échoué dans une première tentative d'introduction de la sonde, j'ai décidé un malade pusillanime à accepter un nouvel essai, en le faisant assister au lavage pratiqué chez une personne habituée à ce mode de traitement. Il est, d'ailleurs, rarement nécessaire d'avoir recours à cette manière de faire ; de la patience, du calme, des encouragements, de la douceur et de l'adresse dans l'exécution de la manœuvre suffiront presque toujours à assurer le succès de l'opération. La description que je viens d'en donner est peut-être un peu minutieuse ; c'est que l'expérience m'a démontré que le lecteur arrive d'autant plus facilement à l'exécuter qu'il en possède bien les détails.
Le D^" Fenton B. Turck a apporté quelques modifications à cette méthode, et a imaginé un appareil nouveau pour l'appliquer. Cet appareil ingénieux remplace le jet plein, que donne l'appareil ordinaire, par une sorte de douche en pluie, qui exerce une action stimulante sur la muqueuse de l'estomac.
Fig. 56. — Le « intiagaslnc icsuscilalor » de Turck; l'extrémité du tube double porte un sac de caoutchouc mince et dilatable.
Le D*" Turck (11 a inventé également un appareil destiné à
(1) The Lancel, 28 janvier 1899, p. 216.
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utiliser l'action excitante de l'eau très chaude dans les cas de coUapsus, et qu'il appelle « intragastric resuscitator ». La tig-ure ci-dessus montre la forme de l'appareil. On introduit dans l'estomac le tube double à l'extrémité duquel est fixé un sac de caoutchouc. On fait passer dans ce tube et le sac un courant d'eau dont la température initiale de 123° F. (31, 3° C) est portée graduellement à 130" ou 133'^ F. (34,4" ou 57, 2" C. ), pendant une demi-heure. Turck prétend que le passage d'une grande quantité d'eau chaude dans l'estomac, bien qu'il doive amener une dilatation des vaisseaux splanchniques, ne détermine pas de fatigue, mais un effet stimulant, et il cite, à l'appui de son affirmation, un cas de maladie de Raynaud dans lequel cette méthode fut employée. Il assure, également, que l'opération ne tarit aucune des sécrétions digestives, et qu'il est facile de régler la température de l'eau et la quantité du liquide qu'on fait circuler.
Mode d'action. — Le lavage exerce sur l'estomac une action locale. L'eau que l'on fait arriver en abondance, d'une hauteur de un mètre à un mètre vingt-cinq centimètres, c'est-àdire avec une pression d'environ un dixième d'atmosphère, dans la cavité stomacale, en lave la muqueuse, en débarrasse les parois du mucus visqueux qui les recouvre. Les produits des fermentations, les aliments non digérés, les résidus sont entraînés par le courant, qui nettoie l'organe. La distension, que détermine l'irruption brusque de l'eau, a une action stimulante à l'égard des fibres musculaires ; elle les incite à réagir par un mouvement péristaltique, qui facilite ensuite l'évacuation du liquide. Dans la dilatation de l'estomac, cet organe peut retenir une quantité très considérable d'eau et rester atone; aussi doit-on introduire seulement un demi-litre à la fois, et procéder ensuite à l'évacuation de cette quantité.
Lorsqu'on emploie de l'eau froide, l'effet produitest le même que celui qu'on déterminerait par une application froide sur la peau : c'est une excitation neuro-vasculaire qui amène une vaso-constriction, puis une vaso-dilatation des tuniques stomacales, et une stimulation de leur appareil nerveux. Quelques expériences de Lusini (1) établissent qu'il en est ainsi; elles nous fournissent, en outre, celte notion intéres-
;l) Mémoires de r Accademiadi Fisiocriticide Sienne, 1896, cités in Deutsche Médicinal Zeilunrj .
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santé, que le lavage de l'estomac exerce une action générale sur l'organisme. Ces expériences ont été faites sur des malades atteints de catarrhe gastrique chronique, avec ou sans dilatation, et sur des individus sains. On pratiquait chez eux, avant le déjeuner à 9 heures du matin, et à 4 heures du soir, un lavage de l'estomac avec deux litres et demi à douze litres d'eau ordinaire. Chaque sujet restait en expérience pendant sept jours et fournissait une observation comprenant les résultats enregistrés dans trois périodes distinctes : avant, pendant et après le lavage. La quantité d'urine n'augmentait pas, quellequefût la quantité d'eau employée. Laquantitéd'eau absorbée était extrêmement réduite. L'acidité urinaire était diminuée, non seulement à la suite de l'irrigation, mais encore pour le jour suivant tout entier; parfois l'urine présentait une réaction neutre. La quantité des chlorures diminuait proportionnellement à la quantité d'eau introduite. Les phosphates subissaient une légère augmentation. Dans la plupart des cas, la quantité d'urine excrétée dans les vingt-quatre heures diminuait, après un certain nombre de lavages, en particulierdans la dilatation de l'estomac. Les éléments azotés des fèces tombaient également au-dessous du taux normal. Les sujets sains, aussi bien que ceux qui souffraient de troubles gastriques, augmentaient de poids. L'état général devenait meilleur, l'appétit plus vif, les digestions plus régulières. Le lavage favorisait la désinfection de l'intestin, comme en témoignait la diminution de l'indoxyl-sulfate de potassium. Lusini conclut que le lavage de l'estomac développe le pouvoir digestif et le pouvoir absorbant du tube digestif et favorise l'accumulation des matériaux de réserve azotés ; il agit, en outre, d'une façon indirecte comme un agent de désinfection de l'organisme.
Fenton B. Turck(l)apublié, sur ce sujet, les résultats de quelques expériences intéressantes. Il en tire des conclusions dont nous citerons les suivantes : « L'eau très chaude, ou froide, appliquée à l'intérieur del'estomac ou de l'intestin, détermine une congestion viscérale marquée, qui entraine le coUapsus. Lorsque l'organisme a perdu une grande quantité de sang, il est possible de ranimer et de stimuler le malade, en faisant agir à l'intérieur de son estomac, ou de son côlon, l'eau à une température modérée; ce procédé est plus actif et plus rapide que
(1) Procpedings of Ihe American Gastro-EnleruLoQical Associaiion, Washington, D. C. mai 1900.