I.K I.AVAGE DE l'estomac
l'injection sous-cutanée de sérum artificiel. L'application chaude, que l'on pratique à l'aide de l' « intragaslric resuscitator », élève la tension artérielle, excite l'activité cellulaire et diminue le choc.
Indications thérapeutiques. — On emploie le lavage d'estomac en vue détaljlir un diagnostic, aussi bien que pour efTectuer un traitement. J'ai constaté, si souvent, son utilité comme moyen de diagnostic dans les dyspepsies, que je la crois égale à son utilité comme procédé thérapeutique. Aucune maladie ne laisse, plus fréquemment que les diverses formes des dyspepsies, le médecin dans l'indécision. Le diagnostic d'une atonie gastrique (catarrhe gastrique) ou d'une névrose stomacale avec les troubles gastriques d'autre nature, n'est pas exempt de difficultés. Lorsque je suis consulté sur un cas de dyspepsie chronique, j'ai l'habitude de demander au malade de prendre un repas complet à midi et demi, et de revenir me trouver à cinq heures et demie du soir; je lui fais alors un lavage d'estomac avec de l'eau tiède. Je débarrasse complètement l'estomac de son contenu, même s'il faut employer pour le faire plus d'un litre d'eau ; mais je n'introduis jamais qu'un demi-lilre à la fois. J'examine avec soin l'eau des lavages et je remarque alors facilement si le malade n'a pas bien mâché ses aliments et si certaines substances alimentaires sont restées non digérées. On se renseigne ainsi sur les facultés digestives du malade, et on peut lui donner des indications utiles sur la manière dont il doit se traiter. Lorsque les lavages contiennent du mucus, on doit rechercher s'il s'agit de mucus stomacal ou de mucosités dégluties. Le premier forme une masse épaisse, visqueuse, brune, qui flotte à la surface de l'eau, comme l'écume à la surface d'un étang ; le mucus provenant du pharynx est peu dense, transparent, filant, il peut être très abondant, car le passage de la sonde irritant le pharynx et l'œsophage en augmente la sécrétion. La quantité et la qualité du mucus stomacal donneint quelques renseignements asseT, précis sur l'état de la muqueuse gastrique. La disparition plus ou moins rapide de ce mucus sous l'influence des lavages et du traitement donne aussi une indication sur le caractère de la maladie et permet d'apprécier les résultats de ce traitement; les renseignements que l'on obtient ainsi sont beaucoup plus sûrs que tous ceux qu'on peut avoir par ailleurs, chez ces malades à tendances hypocondriaques.
358 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE
Atonie gastrique. — Dans les cas bénins ou récents de catarrhe gastrique, où le lavage pratiqué en vue du diagnostic a montré la présence dans l'estomac de mucus visqueux, de débris alimentaires et de produits de fermentation, il est bon d'ajouter au traitement une irrigation quotidienne. Dans les cas de catarihe persistant depuis déjà longtemps, le lavage permet bien au médecin de faire rapidement le diagnostic, mais il ne donne pas les mêmes succès thérapeutiques que dans les cas récents. Cependant, le lavage y est utile, comme un adjuvant du traitement diététique et hygiénique; car il débarrasse entièrement Testomac des produits de fermentation et du mucus visqueux qui s'accumulent dans l'estomac, il empêche que cet organe ne reste distendu par les gaz, ce qui paralyserait le muscle gastrique et mettrait un obstacle presque insurmontable à la guérison.
On a discuté avec ardeur, et même avec quelque âpreté, la question de savoir à quel moment il est opportun d'exécuter le lavage de l'estomac; car la pratique des auteurs est très différente à cet égard. Riegel et d'autres soutiennent que le lavage donne ses meilleurs résultats, lorsqu'on le fait au moment du coucher ; l'opération permet de mettre l'estomac dans des conditions presque normales, de le nettoyer des produits de fermentation et des débris alimentaires non digérés, pour toute la nuit. Il existe, sans doute, de bonnes raisons pour qu'on préfère cette manière de faire en Allemagne, où le souper n'est habituellement qu'un repas léger. Mais, aux Etats-Unis, particulièrement à la ville, où le dernier repas de la journée (le dîner) est le plus copieux, et où on l'absorbe trois ou quatre heures avant de se mettre au lit, cette pratique ferait perdre au malade une quantité de substances alimentaires excellentes. C'est donc le matin qu'on doit exécuter le lavage, en dehors des cas qui sont en observation, cas où l'on peut réduire le repas du malade et prolonger l'intervalle qui le séparera du moment de l'opération. Il faut, d'ailleurs, déterminer ce moment en tenant compte des particularités du cas que l'on traite. Lorsqu'il s'agit, par exemple, d'un malade chez lequel je constate une accumulation considérable de mucus visqueux dans l'estomac, qui met obstacle à la digestion et qui exige l'emploi de grandes quantités d'eau, j'ai l'habitude de pratiquer le lavage un instant avant le dîner, après avoir recommandé au malade de ne prendre à son déjeuner de midi qu'un léger bouillon ou un lait chaud. Quatre heures suffisent à en assurer la digestion. Le déjeuner
LE LAVAGE DE l'eSTOMAG 359
ayant lieu à midi ou à une heure, le lavage à six heures, les malades, hommes ou femmes, atteints d'atonie gastrique, peuvent vaquer à leurs affaires dans les meilleures dispositions.
Le professeur Fleiner (1) s'exprime en ces termes, au sujet du lavage de Testomac : « Dans presque tous les cas, il est très utile de faire, le matin, un lavage de l'estomac, même lorsque l'organe est vide. Des irrigations régulières, que l'on ne peut exécuter bien, à vrai dire, que dans les établissements spéciaux, donnent un appétit excellent. La diminution de la distension de l'estomac et l'évacuation de son contenu agissent sur les tuniques de cet organe à la façon d'une gymnastique locale. Les fonctions motrices s'améliorent promptement, l'atonie disparaît, l'estomac se vide plus rapidement, les fermentations, l'hypersécrétion acide cessent; en outre, les douleurs gastralgiques, sur lesquelles le lavage agit comme une douche chaude, s'atténuent. »
Dans les affections malignes de l'estomac, le lavage contribue souvent à prolonger la vie du malade et à le soulager. C'est ainsi qu'il m'a rendu des services dans le traitement d'un avocat très occupé, chez lequel je ramenai, avec l'eau des lavages, des produits de putréfaction présentant une odeur très désagréable, et une quantité de mucus si considérable qu'il me fallait six ou huit litres d'eau pour l'épuiser. Ce malade avait, avant le traitement, des vomissements tous les deux jours, depuis des mois; comme il vidait ainsi en partie son estomac, il pouvait encore s'occuper de ses affaires avec activité et ponctualité. La sécrétion stomacale ne contenait plus d'acide chlorhydrique, ainsi qu'on le constata dans des analyses répétées. La motricité était si affaiblie qu'on retrouvait dans les lavages des débris d'aliments ingérés depuis vingt-quatre heures. Deux lavages par semaine suffirent à faire cesser tous les troubles. Il s'agissait d'une sténose du pylore produite par une tumeur maligne, qui fut opérée, mais à laquelle le malade finit par succomber. Les lavages lui rendirent l'existence plus supportable et prolongèrent ses jours.
Lorsque les fonctions motrices de l'estomac sont affaiblies,' sans qu'il y ait de lésions organiques, comme dans les cas d'anémie et dans les autres états où l'on trouve de l'asthénie nerveuse et musculaire, il n'est pas nécessaire de pratiquer des
(1) Ueber die Diagnostili und Behandiung motorisoher Storùngen des Magens [Miinclienev medicinische Wochenschrifl, n" 43, 1895).
360 PRATIOLE DE l'iIYDROTIIÉRAPIE
lavages répétés. On fait un lavage par semaine, ou deux; et cela suffit à établir le diagnostic, le pronostic, et à compléter le traitement, que l'on institue, d'autre part, en vue de relever l'état général du malade. Dans tous les cas d'atonie gastrique, il est utile de terminer le lavage, après avoir vidé complètement l'estomac, en y introduisant deux cents à deux cent cinquante grammes d'eau glacée (à -4° C), que l'on évacue immédiatement.
Dilatation de l'estomac. — L'évacuation complète de Testomac, quand on la renouvelle aussi souvent que cela est nécessaire, permet de rendre à cet organe sa conlractilité, comme le cathétérisme rétablit parfois celle de la vessie, et de le ramener à sa forme et à ses dimensions normales.
Dans tous les cas de dilatation qui ne sont pas dus à une sténose, mais simplement au catarrhe stomacal, et qui s'accompagnent de fermentations excessives, d'hypersécrétion de mucus, de formation d'acide butyrique, le lavage de l'estomac pratiqué cinq heures après les repas, soit avant le déjeuner, soit avant le dîner, constitue peut-être le traitement le plus efficace que nous possédions, si l'opération est exécutée avec soin.
Certains malades atteints de dyspepsie Pierreuse, qui se sont déjà traités par les lavages répétés, demandent parfois qu'on leur applique ce traitement, en se plaignant d'une prétendue stase gastrique; il est prudent de résister à leurs sollicitations. On peut, exceptionnellement faire un lavage, en vue de débarrasser l'estomac des produits qui peuvent s'y trouver, bien que ce soit rarement le cas, et pour agir sur l'esprit du malade, qui souvent s'en trouve bien. Mais on ne pratiquera de temps en temps le lavage que s'il existe des fermentations. Le lavage que l'on fait avec de petites quantités d'eau glacée agit sur les tuniques de l'estomac à la façon d'une douche; c'est un adjuvant utile des autres moyens thérapeutiques que l'on peut employer (électricité, etc.), pour rétablir la tonicité de l'organe. Rosenheim (1) a obtenu d'excellents résultats, à la clinique de Leyden, d'une méthode qui consiste à appliquer une sorte de douche chaude en pluie fine, avec de l'eau pure ou une solution médicamenteuse, dans l'intérieur de l'estomac, sous une pression considérable. Cet auteur a constaté que cette espèce de douche, administrée avec de l'eau à 95-ilOoF. (35''-i3,3oC.),
(1) Therapeulisc/ie Wochenschrifl, août 1892.
LE LAVAGE DE l'eSTOMAG 361
a une action stimulante douce et analgésiante dans les dyspepsies nerveuses, le catarrhe modéré et d'autres troubles gastriques ; l'état des malades s'améliore rapidement d'une façon remarquable.
Gastralgie. — Le facteur étiologique le plus important de cette pénible affection, lorsqu'elle n'est pas due à l'ulcère de l'estomac, est la présence, dans l'organe, de résidus alimentaires qui n'ont pas été digérés et qui fermentent. Lorsque cette cause intervient, ou qu'il s'agit d'un trouble nerveux, un des meilleurs traitements à employer est le lavage de l'estomac, administré avec de l'eau à 110° F. (43, .S" C), en quantité abondante. Nous pouvons citer l'observation d'un cas, traité dans le service de Kussmaul, qui met bien en évidence la valeur de cette méthode si simple. « Une femme de vingt-deux ans souffrait, après trois ans de troubles dyspeptiques, d'une gastralgie extrêmement douloureuse qu'aucune des médications essayées, électricité, compresses mouillées, vésicatoires, etc., n'avait réussi à atténuer et qui ne se calmait que sous l'influence de la morphine. Lorsqu'elle eut contracté l'habitude "de ce poison, elle dut cesser ses occupations, et elle entra à l'hôpital dans un état misérable — faible, émaciée, pâle, la paroi abdominale remplie de nodosités cicatricielles provenant des injections hypodermiques, etc. Le régime, le repos, les soins restèrent inefficaces; la malade ne pouvait se passer de morphine. On lui fit alors des lavages desLomac avec de l'eau chaude chaque matin, alors que l'organe était à l'étatde vacuité; on ramenait de l'eau presque claire et légèrement acide. Sous leur influence, les douleurs diminuèrent et l'appétit revint. On employa ensuite de l'eau gazeuse étendue d'eau ordinaire, à la température de lOO^F. (37,8°C.), et par quantités de deux ou trois litres. Au bout de trois semaines, la malade put manger un beefsteak, etc., et faire une promenade. On lui fit prendre le soir des bains chauds d'une durée de dix minutes, qui lui firent le plus grand bien. Les injections de morphine devinrent de moins en moins nécessaires. Afin d'obtenir des selles spontanées, on fit à la malade des applications faradiques, pendant cinq minutes, en introduisant par la sonde dans l'estomac à moitié rempli d'eau une électrode formée d'un fil métallique, et en plaçant l'autre électrode sur la paroi abdominale. Cette malade guérit complètement au bout de quatre semaines. » Dans les cas où l'on désire produire un effet sédatif en se servant d'une irrigation chaude, on doit, bien entendu, laisser
362 PRATIQUE DE l'h YDROTUERAPIE
séjourner l'eau dans l'estomac pendant plusieurs minutes.
Occlusion intestinale. — L'occlusion intestinale, quelle qu'en soit la cause, est une des affections les plus terribles que puisse rencontrer le médecin dans l'exercice de sa profession. Elle enserre lentement le malade de son étreinte inexorable; les traitements échouent les uns après les autres, jusqu'à ce que survienne le collapsus. Heureusement, le médecin d'aujourd'hui ne s'attarde plus, comme ses prédécesseurs, à espérer une guérison spontanée. D'après mon expérience de trentecinq années, il n'est pas de maladie qui, plus que celle-ci, déjoue les prévisions et donne des espérances qui ne se réalisent pas. Actuellement, la technique chirurgicale est si parfaite que la laparotomie n'est plus considérée comme une chose terrible, et on fait appel, beaucoup plus souvent qu'autrefois, à l'intervention du chirurgien. Néanmoins, il peut se faire qu'on diffère trop longtemps l'intervention, que des adhérences se forment, que le collapsus survienne, et que le chirurgien soit alors réduit à l'impuissance. Mais nous avons la chance de trouver dans le lavage de l'estomac un traitement précieux, qui non seulement agit comme un palliatif, mais peut encore amener la guérison, ce qu'on n'imaginerait pas si on ne l'avait constaté. Ce traitement, en effet, a donné des résultats remarquables à Kussmaul, Leube, Henoch, Ewald, Curschman, Senator, etc. 11 m'a semblé posséder une action palliative excellente ; cependant, je dois avertir qu'il ne faut pas s'y confier trop longtemps, et je citerai un fait à l'appui de cette assertion. Je reçus, un jour, dans mon service de Manhattan Hospital, un malade atteint d'occlusion intestinale; deux lavages d'estomac suffirent à faire cesser les vomissements fécaloïdes et les nausées violentes que présentait le malade, si bien que le personnel du service s'endormait dans une sécurité trompeuse, lorsqu'une défaillance brusque de ce malade vint l'en tirer. Le D'' Wilkie fit une laparotomie et trouva l'intestin grêle enserré dans plusieurs bandes libreuses et invaginé en un point.
C'est Kussmaul qui a publié le premier cas d'occlusion intestinale traité avec succès par le lavage de l'estomac. Le malade, admis à l'hôpital en mars 1882, avait été soumis, pendant huit jours, à tous les traitements habituels, qui étaient restés inefficaces. On fit un lavage d'estomac avec une certaine quantité d'eau, on évacua des aliments et on renouvela l'irrigation toutes les trois ou quatre heures, en la prolongeant jusqu'au moment
LE LAVAGE DE l'eSTOMAG 363
OÙ l'on ramena de l'eau limpide. Le malade s'endormit alors pour un certain temps, et, au réveil, il eut une selle de couleur jaune, peu abondante. On n'eut pas à instituer de nouveau traitement. Le sujet guérit complètement en cinq semaines.
On observa un second cas semblable l'année suivante. Là encore, on avait en vain employé toutes les médications pendant neuf jours. La laparotomie avait été décidée; cependant, le chirurgien, le professeur Lucke, pria Kussmaul d'examiner le malade avant l'opération. Une irrigation très abondante ramena de l'estomac une quantité énorme de substances alimentaires et permit au malade de s'endormir, ce que n'avaient pu faire des doses élevées de morphine.
La publication de ces cas eut un tel retentissement que le lavage de l'estomac prit place aussitôt, auprès des traitements classiques de l'occlusion intestinale.
Hassenclever (1) a rapporté six observations d'occlusion intestinale, oii le lavage d'estomac fut employé, amenant, dans cinq cas, une amélioration notable de l'état du malade et, dans un cas, la guérison. Cet auteur considère l'application du lavage d'estomac au traitement de l'occlusion comme une acquisition thérapeutique précieuse.
Au cours d'une discussion qui suivit une communication du professeur Bardeleben sur 1' « lleus », à la Société médicale de Berlin (2), le professeur Ilenoch émit cet avis, qu'il est du devoir du médecin de recourir au lavage de l'estomac dans les cas d'occlusion intestinale, attendu qu'il est souvent impossible de déterminer la cause de cet accident. Il n'avait observé qu'un seul cas soumis à ce traitement, mais le résultat avait été si remarquable qu'il lui en était resté une impression ineffaçable. Aussi regarderait-il toujours comme une faute grave le fait de négliger de pratiquer un lavage d'estomac, dans les premières périodes de la maladie. Henoch ne conseille pas d'attendre le collapsus pour se décider à intervenir chirurgicalement; mais il recommande de n'avoir recours à l'opération que lorsqu'on a exécuté plusieurs fois le lavage de l'estomac, sans obtenir une émission de gaz ou de matières.
Le professeur Senator exprime une opinion conforme à celle de Henoch; au chirurgien Hahn, qui objecte que le lavage ne peut avoir qu'une action palliative, il répond, avec raison, que
(1) Die Behandiungdes Iléus mit Magenausspùlung [Devlinev klinische Wochenschrift, 5 novembre 1885).
(2) Berliner klinische Wochensckrift, 18S5, p. 458.
364 PRATIQUE DÉ l'hYDROTIIÉRAPIE
ropiiim et la morphine devraient être également proscrits puisqu'ils ne possèdent aussi qu'une action palliative; on serait donc dans Tobligation de s'adresser immédiatement à l'intervention chirurgicale, sans tenter aucun autre traitement. Senator conseille de répéter les lavages toutes les cinq heures, ou toutes les huit heures. Si l'état du malade s'aggrave, on ne doit pas difTérer l'opération.
Le D'' J. WolfT estime que l'on ne doit jamais négliger d'employer le lavage de l'estomac dans l'occlusion intestinale, bien qu'il n'amène que rarement la guérison de cette affection. « Les lavages, en effet, apportent au malade, dans les cas les plus douloureux, un tel soulagement que l'humanité seule commanderait d'instituer ce traitement, quoique l'action en soit passagère, dans la plupart des cas. En outre, le lavage assure le nettoyage de l'estomac, qu'il débarrasse des matières fécales, et le prépare en vue de l'intervention chirurgicale, dont les chances de succès augmentent encore du ait que le malade recouvre un certain bien-être, à la suite des irrigations. Une malade atteinte de rétrécissement cancéreux de l'intestin, même après avoir eu des vomissements fécaloïdes pendant trois jours, fut soulagée par le lavage au point de pouvoir conserver, durant plusieurs heures, une quantité considérable de bouillon, de lait et de vin. w
Mon expérience personnelle confirme les opinions que je viens de citer. Aussi je recommande toujours avec insistance l'emploi de ce traitement palliatif dans les cas désespérés. Curschman (1) a rassemblé cent cinq cas d'occlusion intestinale, dont trente-cinq se terminèrent par la guérison. Dans un grand nombre de cas, le lavage de l'estomac se montra d'une efficacité remarquable.
Pollok (2) a publié les observations détaillées de sept cas, qui furent traités parle lavage de l'estomac.
On peut encore trouver, dans les publications américaines, un grand nombre d'observations d'obstruction intestinale, où Ton voit le lavage de l'estomac, associé ou non à des irrigations de l'intestin, amener une amélioration de l'état du malade. Pollok cite un travail de Wignolle, où sont rapportés dix cas d'obstruction prolongée (pseudo-étranglement) qui furent traités par le lavage, dont neuf avec succès.
(1) Berliner Iclinische Wochenschrift, iSRo, p. 386.
(2) Wiever medizinische Wochenschrift, n° 51, 1892.
LE LAVACE DE l'eSTOMAC 365
3IoJe d'action. — Les recherches de Kussmaul, Oser, Ewald, etc., semblent démontrer que l'action favorable du lavage de l'estomac sur l'évolution de l'occlusion iulestinale est une conséquence de l'évacuation des substances alimentaires, que l'insuftisance du pylore laisse retluer continuellement de l'intestin dans l'estomac, et que celui-ci doit rejeter au dehors. Le lavage diminue la pression qui s'exerçait en amont de la partie de l'intestin sur laquelle porte la constriction; cet obstacle peut alors disparaître spontanément. Une distension considérable de l'estomac et des intestins par une masse de substances alimentaires beaucoup plus abondante qu'en temps normal peut déterminer une excitation des rameaux des nerfs splanchniques. Le relâchement des fibres musculaires de l'intestin supprime alors les mouvements de celui-ci. Le lavage de l'estomac réveille le péristaltisme ; il relève la tension artérielle dans l'abdomen, et rétablit la circulation dans les parties où elle se trouvait suspendue. L'évacuation du contenu de l'estomac et de la partie de l'intestin au-dessous de laquelle siège le rétrécissement suftît à rendre celui-ci perméable. En eflet,on a vu l'obstruction céder, dans certains cas, après l'ouverture de l'intestin au-dessus du rétrécissement, et, dans d'autres cas, à a suite de vomissements qui avaient entraîné de grandes quantités de matières fécales.
Krimmel (1) a constaté, au cours de laparotomies, que le lavage de l'estomac déterminait des mouvements périslaltiques de cet organe, mouvements qui se transmettaient au duodénum et au jéjunum; le lavage produit donc une action rétlexe.
// est hors de doute^ par conséquent, que les effets palliatifs ou curatifs du lavage de restoniac peuvent être expliqués d'une façon tout aussi rationnelle que ceux de n'importe quel autre agent thérapeutique.
D'après ces données, que mes observations personnelles confirment entièrement, on doit être convaincu qu'on ne saurait traiter convenablement un cas d'obstruction intestinale, sans employer le lavage de l'estomac, répété toutes les trois heures, au moins un certain nombre de fois. Cependant, il ne faut pas se reposer trop longtemps sur l'apparente disparition des troubles et sur le grand soulagement que détermine ce procédé. On doit, de bonne heure, appeler un chirurgien, qui surveil-
(1) Deutsche inedicliiiscke Wjcheiischri/t, ISDO.
366 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE
lera le malade et se tiendra prêt à intervenir au moment propice, si les A'omissements fécaloïdes se reproduisent.
Il est un détail de la technique qui a une importance toute particulière dans les cas de ce genre : il est nécessaire de pincer fortement la sonde et de la retirer très rapidement, lorsque le lavage est terminé, afin qu'il ne puisse entrer des matières fécales, ou d'autres substances, dans le larynx. Les vomissements, d'après Bardeleben, ont parfois déterminé de la gangrène pulmonaire dans les cas d'occlusion.
Lithiase biliaire. — Dans les cas où la lithiase biliaire cause des douleurs très violentes, Je lavage de l'estomac se montre quelquefois très utile. Je l'ai vu, dans ces conditions, procurer un soulagement considérable à une personne de ma famille, et amener l'évacuation d'un certain nombre de petits calculs, que l'on trouva dans les selles le lendemain du jour où l'on avait pratiqué le lavage.
Kussmaul a publié deux cas, où le lavage amena des résultats semblables.
En entraînant hors de l'estomac les produits de fermentation, le mucus et les aliments non digérés, le lavage contribue à faire cesser les souffrances du malade; il prévient aussi la formation des calculs biliaires en entretenant la liberté de l'intestin. Mais il est difficile d'expliquer comment il peut favoriser l'expulsion des calculs.
Le cathétérisme de l'estomac par voie nasale peut servir à l'alimentation forcée d'un malade, ou à l'administration de médicaments. J'ai pu faire pénétrer dans l'estomac, chez un enfant atteint d'éclampsie qui allait tomber dans le coma, une forte dose d'huile de ricin, puis du calomel, en me servant d'une sonde de Jacques introduite par la narine. On a recours à ce procédé pour alimenter ou pour médicamenler des enfants indociles ou des aliénés.
L'ENTÉROCLYSE
L'entéroclyse {enter ocly sis) consiste à introduire dans le gros intestin une grande quantité d'eau, au moyen d'une sonde rectale spéciale assez longue. On désigne encore ce procédé sous le nom d'uirrigation de l'intestin », parce que l'eau qu'on y emploie a surtout pour effet de distendre l'intestin et de le nettoyer, avant d'être rejetée par le malade. Un lavement d'eau chaude ordinaire ne produit pas le même résultat; la petite
l'entéroclyse 367
quantité d'eau que l'on introduit dans l'intestin, au moyen d'une courte canule, intervient en excitant mécaniquement le rectum, qui évacue immédiatement son contenu.
Technique. — Quand il n'existe pas de diarrhée, on commence par vider la partie inférieure de l'intestin en administrant un lavement ordinaire avec un litre d'eau de savon. 11 est absolument nécessaire que le rectum soit vide, pour que l'entéroclyse produise son efTet; on doit donc, avant d'exécuter cette opération, amener le malade à évacuer, spontanément ou artificiellement, les matières fécales, qui pourraient mettre obstacle à la pénétration de la sonde ou de l'eau injectée. On se sert d'une sonde de Nélaton du calibre le plus gros, d'un tube de caoutchouc ou d'une sonde de cheval, dont la paroi doit être assez ferme et qu'on lave dans l'eau bouillante.
On relie la sonde au tube d'un laveur contenant un ou plusieurs litres d'eau; on a fait bouillir cette eau pendant une demi-heure, et on y a fait dissoudre dix grammes de chlorure de sodium par litre, afin de la rendre moins irritante pour la muqueuse intestinale. Le malade s'étend sur un lit ou sur un canapé; si c'est un enfant, on le couche à plat ventre sur les genoux d'une infirmière, dont les vêtements sont protégés par une toile cirée recouverte d'une couverture chaude. On dispose la partie inférieure de la toile cirée de façon à ce qu'elle forme une gouttière, pour conduire l'eau que l'enfant évacuera dans un petit bassin. On doit également protéger le plancher contre l'eau qui jaillit habituellement pendant l'opération. On prend la sonde, ointe de vaseline, entre le pouce et l'index de la main droite, et on l'introduit dans l'anus, après avoir laissé couler l'eau de manière à ce qu'elle arrive chaude au moment où la sonde pénètre dans le rectum ; puis on pousse celle-ci avec douceur. Il est bon de placer deux doigts de la main gauche sous la sonde, qui est molle et flexible, pour la soutenir et la guider, tandis qu'on la prend de la main droite à environ un centimètre et demi de l'anus, afin de lui donner une certaine rigidité. Toutes les fois que la sonde rencontre un obstacle, on la retire légèrement, puis on la pousse de nouveau avec douceur, en insistant un peu pour qu'elle franchisse l'obstacle. On facilite, parfois, beaucoup l'introduction de la sonde en laissant feau pénétrer et distendre l'intestin. Cette manœuvre m'a souvent tiré d'embarras, au moment oîi j'allais abandonner mes tentatives d'introduction de la sonde. Dans certains cas, on a
368 PRATIQUE DE l'hydrotuérapie
plus de faciliti' à faire pénétrer celle-ci, quand on la sépare du tube du laveur. Lorsque la sonde est arrivée au côlon transverse, où lorsqu'il n'est plus possible de la pousser davantage, on la laisse en place jusqu'à ce qu'on ait fait couler dans l'intestin environ un litre deau. La distension de l'intestin ne sera pas considérable, car lapression du corps de l'enfant, qui repose sur les genoux d'une infirmière, favorisera d'ordinaire l'évacuation de l'eau, qui s'échappera aussi vite qu'elle aura pénétré. Lorsqu'on maintient l'enfant dans cette position, on peut laisser l'eau s'écouler par la sonde, qu'on détache du laveur; sinon, on la retire, pour placer l'enfant sur le siège; c'est ce que l'on fait pour les enfants les plus âgés.
L'opération s'effectue presque sans provoquer de douleur. Les très jeunes enfants crient toujours; mais on calme les enfants plus âgés en les amusant avec des jouets.
Des expériences, que nous citerons ultérieurement, démontrent qu'il n'est pas très important d'introduire dans l'intestin une très grande longueur de sonde et qu'il suffit que l'occlusion de l'anus soit complète pour que l'eau pénètre dans toute l'étendue du côlon, alors que la sonde n'est entrée que de dix ou quinze centimètres.
On doit faire en sorte que la sonde ne se coude pas dans le rectum. Lorsque ce fait se produit, l'écoulement s'arrête complètement, ou l'eau reflue immédiatement à travers l'anus. Cet accident est habituellement dû au ténesme. On y remédie en retirant un peu la sonde. Si l'on ne peut l'éviter, il vaut mieux différer l'opération que de multiplier les tentatives. Quand on sent que la sonde a rencontré un obstacle, on la tire légèrement en arrière, pour faciliter l'écoulement.
Le D'' Robert G. Kemp (1) a inventé une canule rectale à dou-
Fig. '61. — Canufe rectale à double courant de Kemp.
ble courant, qui possède l'avantage d'obturer complètement l'anus, de laisser l'eau et les gaz s'échapper facilement, et d'é-
(1) New Yor/c Médical Journal, 13 mars 181)7.
LENTÉROCLYSE 369
viter ainsi la surdistension des intestins. Bien qu'elle soit de forme un peu compliquée, elle est construite d'une façon si ingénieuse que le nettoyage en est facile.
La tecluiique que nous avons décrite à propos du lavage de l'eslomac peut être employée au lavage de Fintestin; elle s'est montrée très utile et d'une application pratique dans des cas qui exigeaient un nettoyage mécanique prolongé de l'intestin, par exemple dans des cas d'intoxication. On commence par évacuer le contenu du rectum au moyen d'un lavement d'eau savonneuse. On rattache la sonde à un entonnoir que l'on tient élevé, et dans lequel on verse un ou deux litres d'eau salée, qu'on laisse s'écouler jusqu'à ce qu'il se produise des coliques. A ce moment, alors qu'il reste encore de l'eau dans l'entonnoir, on abaisse celui-ci au-dessous du niveau du malade, de façon à ce que le tube devienne un siphon par oîi l'eau s'échappe pour tomber dans un récipient. Lorsque l'eau a cessé de couler, on élève de nouveau l'entonnoir, et l'on fait pénétrer encore un ou deux litres d'eau salée dans l'intestin. Ce mode d'irrigation ne provoque habituellement aucune douleur, à condition que l'eau ait une température de 30" à 37° C.
Mode d'action. — Le liquide que l'on fait pénétrer dans le rectum, sous une certaine pression, en plaçant le malade dans une position convenable, et en prenant la précaution d'obturer l'anus, peut non seulement remplir le gros intestin, mais encore franchir la valvule iléo-cœcale et irriguer l'iléon, du moins dans des conditions particulières, ainsi que quelques auteurs l'ont observé. Parmi les meilleures expériences que l'on ait publiées sur ce sujet, nous pouvons citer celles de Generish (i). Cet auteur a constaté que l'on ne peut faire traverser le canal intestinal intact d'un cadavre à l'eau, à l'huile, non plus qu'au mercure, que l'on injecte par l'œsophage, tandis qu'il en va tout autrement, quand on pousse l'injection dans l'anus. Dans ce dernier cas, il sufht d'une pression modérée, par exemple celle de l'eau qui s'écoule d'un réservoir placé à une hauteur de soixante-dix ou quatre-vingts centimètres, pour forcer aisément la valvule iléo-cœcale et pour faire pénétrer le liquide jusque dans l'estomac, et même jusque dans la bouche. La capacité du tube digestif varie dans des limites assez éloignées. Habituellement, le gros intestin peut contenir environ trois
(Il Wiener medizinische Presse, n» 39, 1893.
Barcch. — Hydrothérapie. 24
370 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE
litres, l'estomac et l'intestin grêle à peu près la même quantité; le canal gastro-intestinal, dans son ensemble, a donc une capacité de huit à neuf litres. Generisch s'est convaincu par de nombreuses expériences que, chez le sujet vivant, les liquides peuvent retluer du rectum jusqu'à la cavité buccale. D'ordinaire, des vomissements abondants commencent à se produire lorsqu'on a introduit dans le rectum sept litres d'eau ; ils persistent, si l'on continue l'irrigation; ils ne cessent que lorsqu'on a retiré la sonde et que l'eau peut s'écouler par l'anus. Deux ou trois litres d'eau seulement restent dans l'intestin.
Aldor (1) a repris ces expériences, parce que beaucoup d'auteurs ont contesté le fait que les liquides injectés par l'anus atteignent facilement, la valvule iléo-cœcale. Aldor s'est servi de la radiographie pour prouver la pénétration delà sonde dans le côlon. Boas soutient également que les irrigations, même faites avec une sonde courte, font pénétrer de l'eau jusqu'à la valvule iléo-cœcale; il invoque, à l'appui de cette opinion, le fait que l'on a vu le liquide injecté dans le rectum s'échapper par un anus artificiel. De son côté, Johnstone, de Washington, D.C., a constaté qu'un liquide coloré injecté dans l'intestin sous une pression modérée met une demi-minute pour arriver à une fistule ouverte au niveau de la fosse iliaque droite
L'entéroclyse est contre-indiquée dans les cardiopathies, dans l'artério-sclérose, et dans les affections pulmonaires à une période avancée de leur évolution. On ne doit pas l'employer lorsqu'il existe des rétrécissements serrés de l'intestin, une hernie étranglée, des ulcérations tuberculeuses ou typhiques, pour des raisons qu'il est superflu d'indiquer.
Horvath (2) a fait des expériences qui démontrent que l'entéroclyse augmente les mouvements péristaltiques.
Millier (3) a étudié Ifi vulnérabilité de l'intestin atteint d'inflammation sous l'action de la pression. De cinq expériences portant sur des chiens vivants, et d'une expérience effectuée sur le cadavre d'un enfant, cet auteur conclut qu'il est presque impossible de produire la rupture de l'intestin, alors même que celui-ci serait le siège d'une obstruction. Avant que la rupture puisse se produire, la contraction du sphincter cède et l'eau s'échappe, ou bien l'eau passe par la valvule iléo-cœcale dans l'intestin grêle et dans l'estomac, d'où elle peut être rejetée
(1) DerJiner klinische Wochenschrift, 21 août 1905.
(2) Malbranc, Berliner kUniscke Wocheuschrift, 1878.
(3) Prize Essay, Therapeutic Gazette, 1893.
l'entéroclyse 371
par des vomissements. Une de ces expériences prouve qu'il e.visle certaines conditions, où l'irrigation ne pénètre pas jusque dans l'intestin grêle, malgré que la valvule iléo-cœcale soit normale. Dans cinq autres expériences, cette valvule était perméable.
L'eau que l'on fait circuler à travers l'intestin agit surtout d'une façon mécanique : elle entraîne les produits des processus de putréfaction et les éléments pathogènes, dont la présence, comme on le sait, détermine et entretient un grand nombre de cas de diarrhée et de dysenterie. Il suffit que l'eau pénètre dans le gros intestin^ ce qui est le cas de beaucoup le plus commun, pour que le péristaltisme de l'intestin grêle soit exalté, et pour que la bile arrive en plus grande abondance.
Le D'" Fenton B. Turck a lu, en juin 1899, devant la section de médecine pratique de V American Médical Association, un travail sur le « lavage du côlon », dans lequel il prétend que l'introduction d'eau très chaude ou d'eau froide dans le côlon détermine une stimulation réflexe des centres vaso-moteurs. La tension artérielle s'élève, la sécrétion urinaire augmente, le fonctionnement du foie devient plus actif et la leucocytose plus abondante. Il semble qu'il se produit une véritable accélération du métabolisme, une suractivité cellulaire générale. Pour administrer le lavage intestinal, Turck fait surélever le siège du malade ; il emploie de l'eau à 122° F. (oOo C), dont on fait pénétrer environ un litre à la fois; on la laisse ensuite s'écouler, pour recommencer l'opération trois fois encore ; on augmente à chaque fois la température, de façon à atteindre 131° F. [oo'' C). Lorsque le malade a évacué l'eau de la dernière irrigation on lui donne un lavage de courte durée avec de l'eau à 41° F. (5° G.).
L'auteur cite des expériences faites sur l'animal, qui démontrent que l'irrigation très chaude détermine, au bout de cinq minutes, une accélération des contractions cardiaques, qui persiste jusqu'à ce que l'eau ait atteint une température de 131° F. (55° C.) ; il se produit alors un ralentissement du pouls et une élévation de la tension artérielle, qui s'accentuent jusqu'à ce que la surface cutanée soit arrivée à une température supérieure à la normale ; à partir de ce moment, le pouls s'accélère de nouveau et la tension artérielle diminue. On prévient cet abaissement de la tension artérielle en administrant l'irrigation froide. A la suite d'un traitement de quelques semaines, on observe une augmentation de la leucocytose, et une aug-
372 PRATiout: DE l'hydrothérapie
mentation du nombre absolu des globules sanguins. Chez un grand nombre de malades, le lavage du côlon avec de leau à 131° F. (oo" C.) amène une élévation delà température générale de l'organisme ; il amène aussi une augmentation du péristaltisme, cjue ne produit pas l'eau à 118° F. (47,8oC.); les femmes accusent des douleurs analogues à celles de l'accouchement. Si l'on prolonge la durée des lavages, et si on les renouvelle souvent, on excite, en outre, les fonctions motrices de l'estomac Un lavage pratiqué avec de l'eau à 104° ou 113o F. (40°ou 45» C.) n'amène pas immédiatement une hypersécrétion d'urine; mais un lavage à 131o F. (5.5o C.) détermine ce phénomène en trois minutes.
On a attribué à une augmentai ion de la sécrétion hépatique les résultats obtenus dans le traitement de l'ictère, par les irrigations froides préconisées par Krull. Mais Stadelmann (1) et d'autres auteurs ont démontré que cette opinion est erronée. Au cours de recherches sur l'action des cholagogues. Stadelmann eut l'idée d'étudier l'elïet de l'entéroclyse. Il arriva à cette conclusion, qui parait bien établie, que les bons résultats que ce procédé donne dans l'ictère sont entièrement dus à l'évacuation des substances putréfiées et irritantes contenues dans l'intestin, par conséquent au nettoyage et à la désinfection de cet organe, et non pas à une action cholagogue.
Action diurétique de l'entéroclyse. — Le Dr "\Y.-E. Fo-
rest (2) a publié une série d'expériences intéressantes qu'il a faites sur lui-même, en vue de déterminer si l'entéroclyse possède une action diurétique importante.
« Les nombreuses expériences que j'ai réalisées tendent toutes à démontrer que l'irrigation du côlon avec de l'eau très chaude suivie d'une injection d'eau également très chaude, de un quart à un demi-litre, qu'on laisse dans l'intestin, constitue un moyen inoffensif, puissant et rapide d'exciter la sécrétion rénale. Ce procédé a une action diurétique plus marquée qu'aucun médicament. La seule précaution que le sujet doive prendre afinde garder l'injection terminale d'eau très chaude est de rester couché pendant une demi-heure après l'avoir reçue.
« Les résultats de ces expériences établissent, d'abord, que le côlon peut retenir une quantité d'eau chaude ou très chaude
(1) Tkerapeuiische Monalshefle, 1891, n»* 10 et 11.
(2) Médical Record, 19 septembre 1891.
l'entéroclysk -il^
égaleà quatre cents ousix cents centimètres cubes, etque celte quantité peut être absorbée par les vaisseaux sanguins; en second lieu, que la rétention de cette quantité d'eau dans l'organisme double le volume d'urine excrétée dans les douze heures qui suivent; en troisième lieu, que le simple lavage du côlon au moyen d'eau très chaude employée en grandes quantités (au moins deux litres à chaque injection) active d'une façon remarquable le fonctionnement des reins. Une partie de ces effets est due à l'application interne de calorique qu'effectue l'irrigation; l'autre partie doit être attribuée à ce que l'intestin absorbe un certain volume d'eau. »
L'entéroclyse paraît rendre de grands services dans le traitement des différentes fièvres. La méthode du professeur Cantani, qui consiste à administrer des lavements froids abondants, n'a pas donné d'aussi bons résultats que les irrigations chaudes ou très chaudes. Comme Cantani, Debove estime que l'eau administrée à l'intérieur, dans le cours des fièvres agit surtout en augmentant la sécrétion rénale. On doit donc considérer l'irrigation chaude du côlon comme un excellent adjuvant de l'administration des liquides par voie buccale, à laquelle on soumet les fébricitants.
Forest cite, en outre, un cas de néphrite aigué, dans lequel apparut l'action diurétique de l'entéroclyse. Il insiste sur la nécessité de nettoyer, au préalable, le côlon par une injection chaude, abondante, toutes les fois qu'on se propose d'y laisser une certaine quantité d'eau.
Le D"' Robert C. Kemp a étudié l'action des injections rectales et coliques sur l'organisme, dans des expériences faites au laboratoire de physiologie du Collège of Pliysicians and .b'wr</eons. Ces expériences démontrent que la température de l'eau injectée, comme celle d'une boisson, peut exercer une action stimulante sur le cœur; que la sécrétion urinaire augmente, du fait de l'élévation de la tension artérielle qui se produit aussitôt, et, plus tard, par suite de l'absorption de l'eau que l'intestin a retenue.
ludications thérapeutiques. — Diarrhée infantile. — L'entéroclyse donne d'excellents résultats dans la diarrhée infantile. C'est la méthode la plus efficace, lorsqu'elle est appliquée avec soin et suivant les règles; elle débarrasse l'intestin des bactéries qu'il contient, elle calme les douleurs qu'éprouve le petit malade, elle amène une convalescence rapide. Nous
374 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE
traiterons ce sujet à fond dans la partie clinique de l'ouvrage.
Ictère catarrhal. — L'irrigation du gros intestin avec de l'eau froide m'a semblé constituer un excellent adjuvant au traitement médicamenteux de l'ictère catarrhal. J'ai été amené à l'employer dans cette affection par le travail du D' Krull, qui porte sur onze cas d'ictère catarrhal traités simplement par des irrigations froides de l'intestin. Alors que les autres traitements, y compris l'emploi des eaux de Carlsbad, avaient échoué, les irrigations ont permis à cet auteur d'atténuer d'abord la constipation, puis de rétablir le fonctionnement normal du foie. Le D'' Lowenthal (1) a rapporté quarante et un cas d'ictère catarrhal, qui témoignent tous, à l'exception d'un seul, des résultats excellents et rapides que donnent les irrigations intestinales. Habituellement, on jugeait nécessaire d'administrer quatre irrigations de un ou deux litres (un litre suffisait chez l'enfant), à une température variant entre 54" et 64° F. (12,2° et 17,8'' C), que Ton élevait chaque jour de trois degrés F. Dans tous les cas, les irrigations étaient suivies d'une évacuation de matières fécales, parfois de diarrhée ; les selles ne se produisaient pas, lorsqu'on donnait une température plus élevée au lavage suivant. Après la première opération, le malade évacuait des matières grises ou décolorées, de consistance argileuse ; après la troisième, les selles devenaient légèrement jaunâtres ; après la quatrième, elles prenaient ordinairement une coloration brune. Les douleurs gastriques, l'oppression, ia céphalée, etc., disparaissaient; l'appétit revenait; la teinte ictérique des téguments s'effaçait, tantôt après le premier lavage, tantôt après le second. Le prurit cessa dans sept cas, à la suite du second, du troisième ou du quatrième lavage.
La méthode que nous- venons de décrire a fait l'objet de publications récentes, qui toutes en confirment la valeur. On peut donc considérer comme bien démontrée l'utilité de ce mode de traitement.
Mon expérience personnelle me permet d'affirmer que l'entéroclyse rend de grands services dans l'ictère catarrhal, et qu'elle échouedans l'ictère d'origine lithiasique. Contrairement à la pratique de Krull, j'employais l'eau tièdepour commencer, et j'abaissais chaque jour la température du lavage; ce procédé a reçu récemment l'approbation de Stadelmann, qui on a expérimenté les effets cholagogues. Je fais administrer un
(1) Berliner klinische Wochenschrift, 1S8G.
l'entéroclyse 37u
lavage chaque jour ; le malade, après avoir été à la selle, soit spontanément, soit avec un lavement, se place dans la position géuu-cubitale; on fait pénétrer dans son rectum de un à deux litres d'eau à 70° F. (21,1° C.) au moyen d'un laveur et on lui denaande de conserver le liquide le plus longtemps possible. Le lendemain, on abaisse la température de l'eau de deux degrés (1,1" C), et on continue de la sorte jusqu'à ce qu'on atteigne la température de 60° F. (13, 5° C.)- Il suffit de deux à six lavages pour obtenir le résultat désiré. D'après mes propres observations, les douleurs gastriques et hépatiques cessent après la première injection ; l'appétit revient aussitôt, et l'ictère disparaît plus ou moins rapidement ; cependant, le symptôme le plus désagréable, le prurit, ne s'atténue pas.
Le D*" Robert C. Kemp, qui a tant fait pour perfectionner la technique du lavage intestinal, pour déterminer le mode d'action et les indications thérapeutiques de ce procédé, a tiré de ses études les conclusions suivantes, importantes au point de vue pratique :
Lorsqu'on veut éviter d'amener une élévation de la tension artérielle, on doit donner aux irrigations une température de 101° à 1040 F. (38, 3» à 40° C).
Lorsqu'on désire obtenir une élévation rapide de la tension artérielle, et une augmentation simultanée de l'énergie des contractions cardiaques, il est bon d'employer de Feau à 110° F. (43,3'J C), dont on élève progressivement la température jusqu'à 120° F. (48,9° C).
L'irrigation froide produit une stimulation passagère ; elle provoque d'abord une élévation delà tension artérielle, qu'elle abaisse ensuite. On doit donc l'administrer avec prudence. Elle devient dangereuse quand on en prolonge la durée. Les irrigations froides sont utiles dans laproctite, la prostatite,etc.
Quand il se produit des hémorragies, l'irrigation à 1100-120° F. (43,30-48,9° C.) donne les résultats les plus rapides; elle relève le pouls et dissipe le choc.
Dans Victère que détermine l'obstruction du cholédoque par du mucus, comme dans la constipation chronique, les irrigations froides de courte durée, que l'on administre alternativement avec des irrigations très chaudes, constituent une méthode de traitement réellement efficace.
Choléra asiatique. — L'entéroclyse s'est montrée très utile dans cette mala.die, où les médications les plus intelligemment
376 PRATIQUE DE l'uYDROTIIÉRAPIE
instituées échouent. C'est un niédecin américain, le D"" Elmer Lee, qui a propagé ce mode de traitement, au cours d'un voyage qu'il fit en Russie, à Hambourg et dans d'autres villes où il existait une épidémie, pendant Tannée 1892, afin de l'expérimenter et d'en démontrer la valeur. Nous décrirons la méthode de Lee et nous insérerons une figure montrant l'appareil ingénieux qu'a imaginé ce médecin, dans le chapitre que nous consacrerons au choléra asiatique.
Urémie et insuffisance rénale. — Lorsque le danger est pressant, que le pouls est faible et rapide, on améliore en peu de temps l'état du malade, en lui administrant une irrigation à 110°-120° F. (-43,30-48,90 0.). La sécrétion rénale reprend; souvent il se produit des sueurs profuses et l'intestin se remet à fonctionner. Les D"" Egbert Grandin, William H. Tliomson, d'autres auteurs ont obtenu d'excellents résultats en faisant des lavages de quarante minutes, répétés toutes les quatre heures. Dans un cas du D»" Thomson, oîi les urines étaient rares, elles arrivèrent à mesurer douze cents centimètres cubes dans les vingt-quatre heures et on vit se résorber un épanchement pleural. Dans un cas d'anurie avec urémie, hypertension artérielle et fièvre, le D'' Kemp a obtenu une augmentation rapide de la sécrétion rénale, des selles, des sueurs et la diminution de la tension. J'ai observé moi-même un résultat semblable dans un cas que j'ai eu à traiter en ces derniers temps.
Le D'' Kemp considère l'irrigation et le lavement froids comme des procédés dont l'emploi est dangereux dans les affections rénales.
Fièvre typhoïde. — Cantani a recommandé les irrigations intestinales froides dans la fièvre typhoïde, en vue d'abaisser la température de l'organisme. Elles semblent devoir assurer, en outre, un résultat important: la désinfection du canal intestinal. LeD"" T.-J. Schuell adonné d'excellents arguments en faveur de l'irrigation complètedu côiondansla fièvretyphoïde(J).
Pour obtenir les meilleurs effets de ce mode de traitement, on doit l'appliquer au début de la maladie, alors que la température n'est pas encore trop élevée, et que les troubles nerveux graves n'ont pas encore apparu. On peut, si c'est nécessaire, administrer de nouveaux lavages après intervalle de trois jours, la première semaine, ou après intervalle de dix jours. On doit apporter beaucoup de prudence à leur exé-
(1) Médical Journal, de New-York, 2 septembre 1893.
l'entéroclyse 377
cution ; lorsque les plaques de Peyer sont arrivées à leur stade d'ulcération, car les follicules clos isolés du gros intestin sont alors atteints dans la grande majorité des cas.
Le D'" Schuell a traité suivant celte méthode plusieurs cas de fièvre typlioïde grave, pendant l'été et l'automne de l'année 1892, et il a constaté que l'irrigation complète du côlon, pratiquée dans la première période de la maladie, rendait la marche de celle-ci relativement plus bénigne. La durée de la maladie n'était pas abrégée ; mais le malade cessait de présenter l'aspect ordinaire du typhique; il n'avait plus l'abattement, les soubresauts tendineux, le délire, la langue sèche et fissurée ; sa convalescence était rapide et ne s'interrompait pas. Le contraste que l'on voit entre les résultats de la méthode thérapeutique que l'on applique habituellement en vue de désinfecter l'intestin, et ceux du procédé. que nous venons d'indiquer, procédé certainement plus rationnel que celui qui consiste à répartir une petite quantité de substances antiseptiques sur toute la longueur du canal intestinal, ce contraste nous offre une leçon clinique bien instructive.
Le D"" Ilensel-Meseritz (1) a confirmé la valeur du traitement de la fièvre typhoïde par l'irrigation intestinale, dans un travail où il soutient que la désinfection soigneuse du canal intestinal peut être très utile, non seulement dans les cas de constipation obstinée, mais encore dans les cas bien caractérisés de dothiénentérie, avec température dépassant 40" C, selles diarrhéiques typiques, symptômes pulmonaires, augmentation du volume de la rate.
Quand on appliquait cette méthode, on supprimait les bains, et on réservait les compresses froides à quelques cas spéciaux. Le rôle des infirmiers se trouvait très simplifié. On obtint des résultats remarquables.
Dysenterie. — Le plus souvent, cette maladie, si commune chez lesenfants etchez les adultes, est justiciable du traitement habituel. Dans les cas qui résistent à celui-ci, on peut y ajouter avec avantage une irrigation de un litre ou deux; on emploie de l'eau qu'une ébuUition prolongée a rendue tout à fait aseptique, et dans laquelle on a fait dissoudre une demi-cuillerée à café de sel par litre, afin qu'elle n'irrite pas la muqueuse ; c'est un moyen plus efficace de débarrasser l'intestin des produits pathologiques qu'il contient, de diminuer la confia Allgemeine Medizinal-Zeilung , 1896.
378 PRATIQUE DE l'hydrothérapie
gestion, de calmer le ténesme, que le lavement ordinaire. Ce procédé place l'intestin enflammé dans des conditions où cet organe peut garder le repos, élément capital de tout processus de réparation dans les aftections inflammatoires. Il agit mécaniquement en nettoyant l'intestin. On doit, en l'appliquant, être attentif aux détails de l'opération, que Ton ne possède bien que par la pratique. 11 peut être utile de faire remonter la sonde assez haut dans le côlon, lorsqu'on traite un cas aigu ; mais il n'est pas nécessaire, dans les cas subaigus, de la faire pénétrer de plus de dix à douze centimètres. Toutefois, on la fera arriver jusqu'au côlon ascendant, afin d'éviter la distension du rectum et l'irritation de l'extrémité inférieure du côlon. Nous devons ajouter qu'il est très important de mettre le malade àun régime alimentaire sévère. D'après l'expérience assez étendue que je possède du traitement de la dysenterie, je crois que toute médication autre que le purgatif administré au début, sans être véritablement dangereuse, est inutile, en faisant CTcception pour le sous-nitrate de bismuth, employé à hautes doses (40 à 60 grammes), toutes les trois ou quatre heures, en vue de protéger la muqueuse enflammée et ulcérée.
Le D'" Oliver L. Austin (1) a publié un travail qui porte sur 234 cas de dysenterie. « On fit administrer avec beaucoup de soin et de persévérance, par une infirmière que l'on avait particulièrement préparée à ce traitement, des irrigations intestinales, qui eurent pour résultat de débarrasser les intestins des substances irritantes qui s'y accumulaient, de mettre obstacle à la pullulation des bacilles de Shiga et à la production de leur toxines, de diminuer la fréquence des selles, de calmer les douleurs et le ténesme et d'arrêter la toxémie. » Le lavage de l'intestin ne tit pas avorter la maladie, pas plus que ne l'eût fait un autre traitement, mais il eut des résultats assez bons pour qu'on put considérer cette méthode « comme j>ossédant les effets curatifs les plus sûrs, dans les cas de longue durée ».
Le Dr Patterson, de Edgefîeld, S. C, a eu l'idée ingénieuse, en 1896, de faire une dilatation du sphincter, sous anestliésie à l'éther, avant d'administrer le lavage ; il traita ainsi avec succès des cas qui avaient résisté aux autres traitements.
Nous trouvons dans The Médical Age, du 25 août 1891, un travail qui confirme la valeur du lavage intestinal dans le traitement de la dysenterie.
(1) Médical Record, 9 août 1904.
l'entéroclyse 379
Le Dr Peter S. Korytin (Russie) rapporte quinze cas de dysenterie qu'il a traités par des lavements chauds (à 37.5° C.) abondants de trois litres) administrés chaque jour: il employait de l'eau ordinaire filtrée ou une solution phéniquée à 0 gr. oO ou 1 gr. pour 3000, ce qui n'était presque que de l'eau distillée pure. Un seul malade succomba ; les quatorze autres guérirent parfaitement. Chaque malade reçut de une à six injections en tout. Le malade conseryait habituellement le liquide pendant cinq à dix minutes; il le laissait parfois échapper au bout dune ou deux minutes, parfois le rendait après l'avoir gardé quinze ou vingt minutes. On observait ordinairement les résultats suivants : la distension anormale de l'intestin et les douleurs diminuaient rapidement; les selles étaient moins fréquentes, le ténesme moins violent; l'appétit devenait meilleur, le sommeil plus tranquille, l'état moral plus satisfaisant; bientôt les selles cessaient d'être douloureuses, les matières étaient plus solides, d'une odeur moins désagréable, elles ne présentaient plus de mucus, de sang, de peaux ni de lambeaux de muqueuse; la température revenait à la normale. On ne remarqua aucune différence entre les effets des lavements phéniqués et ceux des lavements simples. Il semble donc que les résultats favorables de ce mode de traitement doivent être attribués au lavage complet qu'il fait subir au gros intestin.
Tuttle, dans un travail très documenté (1) qu'il a consacré à la dysenterie amibienne, recommande les lavages d'intestin. (f Le traitement tout entier, dit cet auteur, doit avoir en vue la guérisondes lésions locales, la destruction des amibes, et l'arrêt du développement de leurs spores: comme ces organismes se trouvent enfouis dans la muqueuse, il est évident qu'un lavage superficiel du canal intestinal ne peut les détruire, bien que cette opération ait quelque importance, puisqu'elle débarrasse le colon des germes qu'il contient. Cependant, il paraît nécessaire d'employer quelque substance qui puisse pénétrer les tissus pour y détruire les germes ou spores, et déraciner complètement la maladie. Les substances qui ont été indiquées — bichlorure de mercure, nitrate d'argent, eau salée, solution de quinine, eau oxygénée, etc., — exercent bien leur action germicide sur les amibes qu'elles rencontrent dans l'intestin, mais aucune d'entre elles, évidemment, ne pénétrera jusqu'à la sous-muqueuse.
(Il Jour-. Amer. Med. Ass., S octobre 1904.
380 PRATIQUE DE l'hYÛRÛTHÉRAPIE
« Ce fait explique pourquoi tant de cas traités par les médications habituelles récidivent. Le traitement idéal devrait donc employer des procédés susceptibles d'atteindre les organismes enfouis dans les tissus et de les détruire in situ. Dans nos études précédentes sur Amœba dyscnteriie, nous avons appris que, lorsqu'on examine des préparations microscopiques faites avec des matières fécales qui ont été refroidies et dont la température s'est abaissée au-dessous de 70° F. (21,1° C), on constate que les amibes ont définitivement perdu leur motilité. Ce fait donne à penser qu'on pourrait détruire les amibes et abolir la faculté qu'elles ont d'infecter l'intestin et de se reproduire, en abaissant la température des tissus qui les contiennent à un degré notablement inférieur à cette dernière température. Il semble que la solution de cette question se trouve dans les applications froides que Ton peut faire porter sur la muqueuse intestinale au moyen de douches prolongées. On a introduit, tout d'abord, dans les douches froides, des substances telles que leratanhia, l'ichtyol, le bichlorurede mercure et le nitrate d'argent, mais on a abandonné, l'un après l'autre, tous ces médicaments; car on a reconnu que Veau froide, toute pure, répondait à toutes les nécessités en détruisant les amibes. »
Tuttle, qui apporte son attention aux questions pratiques, recommande de placer des fragments de glace dans le réservoir qui contient l'eau, afin que celle-ci reste très froide. Il affirme qu'on obtient les résultats les plus satisfaisants, en employant de l'eau à une température inférieure à -ioo F. (7, 2» C). Il conseille, avec raison, de se baser sur la tolérance du malade pour déterminer le volume et la température du lavage qu'on administrera; on commencera par une petite quantité, pour arriver à des lavages de plusieurs litres. Sur 73 cas traités de cette manière, on enregistra 70 guérisons; un seul malade succomba; un autre eut un abcès du foie avant de guérir; un autre partit amélioré pour l'Europe.
Le D'' Fenton Turck emploie, dans la dysenterie, des lavages à IO00-I220 F. (40,50-00" C), après l'évacuation desquels il injecte dans l'intestin de l'eau glacée.
Occlusion intestinale. — L'irrigation du côlon et de l'intestin a rendu des services dans l'occlusion intestinale. Le D'' Edwin Pynchen (1) a rapporté un cas d'obstruction intestinale qui fut traité avec succès par l'irrigation continue. Il s'agissait
(1) Chicago Médical Recorder, 1896.
l'entéroclyse 381
d'une tilletle de quatorze ans, qui n'avait eu aucune selle depuis trois jours et qui avait mangé surtout du fromage, des biscuits de mer, des oranges, des raisins, en avalant les pépins, et de la gomme.
« La malade fut anesthésiée, et on la plaça, la tête en bas, sur une chaise que l'on avait renversée, le dos de la chaise reposant sur le parquet et le siège sur un tabouret qui relevait. Un laveur rempli d'eau à 110" F. (43, 3° C.) et suspendu au plafond fournissait un jet continu sous pression. Il serait encore mieux de faire arriver l'eau d'une hauteur de dix mètres pour un adulle, et de cinq mètres pour un enfant; les expériences de W.-E. Forrest, en effet, nous apprennent que l'intestin d'un adulte peut supporter une pression d'une atmosphère, et l'intestin d'un jeune enfant une pression de 450 millimètres de mercure.
« Dans le cas particulier on rendit le lavage plus actif en pratiquant nn massage énergique de l'abdomen, et on fît pénétrer onze litres d'eau dans l'intestin. Lorsque Finjection eut atteint ce volume, l'eau jaillit avec violence de la bouche de la malade, et il s'en échappa environ quatre litres par cette voie. On arrêta alors l'opération et, lorsque la malade se fut suffisamment réveillée de son anesthésie, on la plaça sur un seau de toilette, où elle rendit cinq litres d'eau par le rectum. L'enfant guérit sans éprouver de troubles ultérieurement; elle eut une selle normale le second jour. »
J'ai donné mes soins à un enfant de quatre ans, qui se trouvait sans connaissance depuis vingt-quatre heures et qui présentait des convulsions toutes les dix ou quinze minutes; je lui fis un lavage de l'estomac et je lui administrai une forte dose d'huile de ricin, au moyen de la sonde que j'avais fait passer dans l'œsophage par le nez. L'huile de ricin fut évacuée en même temps qu'une grande quantité de bile, lorsqu'on introduisit de nouveau la sonde, six heures après. L'obstruction intestinale, que le D'' A. Jacobi et le D'' Charles Kinch avaient tous deux diagnostiquée, céda à une irrigation rectale abondante que l'on administra au malade après l'avoir placé la tête en bas et les jambes relevées. Les convulsions cessèrent lorsqu'une évacuation assez considérable de matières se fut produite, et l'enfant reprit ses sens.
Anémie pernicieuse. — Hollis et Ditmar (1), dans un travail
(1) Médical Record, 2 février 1907.
très documenté sur l'origine toxique de l'anémie pernicieuse, ont bien mis en évidence l'action hémolylique du Bacillus aerogenes capsulatus (Welch). Le professeur Herter a démontré que cette bactérie pullule dans le côlon des malades atteints d'anémie pernicieuse, et qu'elle décompose les substances albuminoïdes en produits propres au développement des bactéries de la putréfaction; celles-ci donnent naissance à de l'indol, substance que l'on trouve très fréquemment dans ïe« putréfactions intestinales. Herter, professeur de thérapeutique expérimentale à Columbia Universiiy, a fait traiter, à l'hôpital, deux cas non douteux d'anémie pernicieuse par le laA'age du côlon. Cette méthode procura aux malades une amélioration qui fut plus marquée qu'avec aucun autre traitement. Le fait qu'on a pu guérir deux cas d'anémie pernicieuse de forme grave par des irrigations du côlon, et ramener ainsi le sang à sa constitution normale, semble démontrer, pour ces cas du moins, que la maladie avait pour cause l'absorption par l'intestin de quelque substance toxique.
En constatant les résultats favorables que l'on a obtenus dans l'anémie pernicieuse par l'évacuation des produits d'origine bactérienne contenus dans l'intestin, nous sommes amenés à penser quïl est possible d'agir par le même moyen sur quelques autres maladies dont l'origine est encore obscure. On accepte, avec raison, que les bactéries peuvent avoir un rôle pathogène lorsqu'elles arrivent au contact d'une surface cuta/née ou d'une surface muqueuse, dans la cavité buccale, les canaux génilo-urinaires elles voies respiratoires. On reconnaît même le rôle toxique des produits de l'activité non-pathogène, de l'activité saprophytique des bactéries, qui peuvent être absorbés par la muqueuse utérine, et déterminer une saprémie. Cependant, on dirait que les médecins sont encore peu nombreux, qui admettent rimportanco des phénomènes d'absorption, qui peuvent s'effectuer au niveau d'une surface muqueuse aussi étendue que celle de l'intestin, et la possibilité d'une production très abondante de substances chimiques diverses, résultant de l'activité vitale des bactéries contenues dans le canal intestinal. En réalité, ces substances si variées ont un rôle capital. Beaucoup d'entre elles peuvent n'être pas toxiques dans l'état de santé ; mais, lorsque les fonctions antitoxiques du foie et de la muqueuse intestinale faiblissent légèrement, ou lorsque l'action de ces substances se prolonge, elles peuvent amener des altérations, auxquelles il est permis d'attribuer un
l'entéroclyse 383
grand nombre de complexus sympLonmatiques qui restent encore indéterminés.
Colique de plomb. — Il n'est pas de maladie qui embarrasse le médecin plus que ne le fait la colique de plomb. L'origine en est souvent obscure, et nous sommes impuissants à en atteindre la cause au moyen des procédés thérapeutiques dont nous disposons. On a recommandé un grand nombre d'agents médicamenteux ; leur inefficacité nous a conduit à proposer de leur adjoindre un traitement nouveau. Un cas publié par Reisland, dans le Berliner Jdinische Wochenschrift, en 187o, nous a paru devoir encourager l'emploi de l'hydrothérapie. Le malade dont il s'agit présentait une constipation absolue depuis cinq jours, malgré l'administration des purgatifs les plus actifs ; il se trouvait dans le collapsus; ses bras et ses jambes étaient secoués de spasmes fréquents ; il avait des vomissements bilieux ; son visage était pâle et de couleur cendrée. Les gencives présentaient un liseré caractéristique ; l'abdomen était dur et rétracté, le pouls petit (à 65), la température normale. On avait employé sans succès l'huile de croton et les opiacés, ainsi que les lavements. On introduisit alors dans l'intestin, au moyen d'un irrigateur de Hegar, quatre litres et demi d'eau chaude. L'eau, qu'on laissa s'écouler au bout de cinq minutes, revint colorée par les matières fécales et ramena quelques scybales. Le malade éprouva un tel soulagement qu'il insista pour qu'on renouvelât l'opération. On lui injecta trois litres d'eau, puis, une demi-heure après, trois autres litres ; chaque lavage déterminait une selle et diminuait la douleur. Pendant l'irrigation, le malade prenait la position génu-cubitale. Les nausées augmentèrent; mais, à la suite du troisième lavage, le malade s'endormit tranquillement, pour la première fois depuis six jours. Lorsque les douleurs réapparurent, on administra trois nouveaux lavages, de trois litres et de deux litres et demi; le malade eut des selles et fut soulagé. Le jour suivant, il eut encore des douleurs et des spasmes, qui cessèrent de nouveau à la suite d'une irrigation. On lui administra une dernier lavage de trois litres, qui amena une évacuation abondante de matières fécales. On lui donna, enfin, une dose d'huile de ricin et d'huile de croton, et la guérisonfut parfaite.
On a appliqué cette méthode de traitement pendant des années dans le service de clinique de Kussmaul, à Fribourg.
Que la colique de plomb soit une névrose de la tunique mus-
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culaire deTintestin, ou qu'elle soit due, comme Riegel l'admet en considération de l'effet que produisent sur cette affection le nitrate d'amyle et la pilocarpine, à un spasme des vaisseaux mésentériques,il est certain que les injections rectales chaudes et abondantes peuvent la faire cesser, lorsqu'elle est à son début, ou agissent du moins comme un traitement palliatif excellent. Il est intéressant de remarquer que ce procédé amène rapidement des évacuations alvines, alors que les lavements sont inefficaces; ce qui prouA^e qu'il rétablit l'activité normale de l'intestin.
Dans les toxémies^ on trouvera des avantages à appliquer une méthode d'irrigation intestinale que Wernitz (1) a conseillée pour nettoyer le canal digestif, et que j'ai adoptée. Elle a le mérite d'être inoffensive et efficace. On fait pénétrer dans le rectum une solution salée à un pour cent, de température neutre. Lorsqu'un besoin de défécation se fait sentir, on abaisse le réservoir de façon à ce que l'eau qui contient en suspension des matières fécales revienne dans l'intérieur de celui-ci ; puis, on le vide et on le remplit de nouveau d'une solution salée. On renouvelle cette irrigation sous une pression faible, jusqu'à ce que l'eau rendue par l'intestin soit claire. S'il se produit des crampes, c'est une indication à abaisser le réservoir. On peut faire absorber, de cette manière, en une heure un litre d'eau. On recommence l'irrigation toutes les deux heures, à moins qu'elle ne soit très pénible pour le malade. Cette méthode a surtout pour but de faire absorber de l'eau par la muqueuse intestinale. Elle a pour effets d'augmenter considérablement la sécrétion urinaire,de faire disparaître la soif, d'humecter les muqueuses desséchées, de provoquer la diaphorèse et d'abaisser la température, à la suite de chaque irrigation.
Suivant Desnos, on traite avec succès la prostatile aiguë au moyen d'irrigations très chaudes du rectum. Les douleurs diminuent, et souvent la maladie avorte. Desnos recommande d'employer pour cette entèroclyse de l'eau à 50° C., que l'on fait arriver, lentement au début, par une canule courte sur la prostate tuméfiée, sur laquelle elle agit goutte à goutte, et dont on augmente progressivement la vitesse d'écoulement. (Je conseillerais plutôt de commencer par de l'eau à 100'^ F. (37,8° C), administrée à plein jet sous une pression peu élevée^ et
(i) Wiener med. Presse, 1903.
lURIfiATION DES VOIES URINAIRES 385
d'augmenter progressivement la température du liquide, jusqu'à la limite de la tolérance du malade). Desnos fait deux irrigations très chaudes par jour, si l'opération est bien supportée, et leur donne une durée de douze à quinze minutes.
Ce traitement serait dangereux dans la prostatite chronique.