DES ALIÉNÉS
L'hydrothérapie a pris, à juste titre, une telle importance, dans la thérapeutique des maladies mentales, que la Direction de l'Assistance publique de l'illinois (Illinois Board of Charities) s'est proposé d'obtenir que tous les asiles de cet Etat aient à leur disposition une installation assez complète pour en appli-
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quer les méthodes. Comme l'emploi de Ihydrothérapie rencontre une assez vive opposition chez les représentants de l'Etat, qui considèrent cette méthode avec méfiance, comme si elle n'avait pas encore fait ses preuves, r///i»o?5 Boardof Charities a demandé aux aliénistes les plus éminents d'exposer leur opinion sur ce sujet, et a réuni plusieurs conférences, oîi la question a été discutée par des directeurs d'asiles.
Grâce à Fobligeance du distingué secrétaire de ce service, M. Graves, je puis mettre sous les yeux du lecteur un résumé du rapport qu'il a rédigé à l'adresse des Pouvoirs Publics. Ce mémoire est rempli de renseignements intéressants sur les applications de l'hydrothérapie et fournit d'excellents conseils aux directeurs d'asiles.
Les asiles publics d'aliénés de rillinois sont si encombrés qu'il faudra, dans six mois, renvoyer un certain nombre de malades dans les hospices de comtés. Le nombre des aliénés dans ces établissements s'accroît, en effet, de 317 cas nouveaux chaque année. En présence de cet état de choses, après avoir constaté que la fréquence des maladies mentales augmente d'une façon inquiétante depuis cinquante ans, et que les difficultés de leur traitement vont en grandissant, le Board of Charities propose des solutions qui, si elles sont acceptées, empêcheront l'encombrementdes asilespublics. Ces solutions sont les suivantes :
1. Apprendre aux médecins qui sont chargés de services d'hôpitaux à dépister les premiers symptômes des maladies mentales chez les sujets mal équilibrés dont ils ont l'occasion de s'occuper, et à leur appliquer un traitement précoce qui dispense de les envoyer dans un asile d'aliénés ;
2. Traiter par rhydrotht'-rapif h^s malades internés dès le début de leur maladie, afin d'obtenir le plus grand nombre de guérisons possible et de décharger VEtat du soin de leur entretien;
3. Rééduquer les aliénés chroniques de façon à ce qu'ils deviennent capables de subvenir, en touldu en parlie,à leurs propres besoin s en dehors des asiles.
Emploi de l'hydrothérapie à létranger. — On applique avec succès l'hydrothérapie au traitement des maladies mentales en Europe, particulièrement en Allemagne, en Hollande, en France, en Belgique, en Italie, en Autriche et en Grèce. On l'applique également à Cuba cl nu Mexique.
Emploi de l'hydrothérapie aux États-Unis. — Trenle-ueuf établis-
seniiMils, aux Rlals-l'iiis, uliliscnt l'hydro thérapie dans le trailemeiit des aliénés. (Suit une liste de ces asiles, qui se trouvent dans le Etats de New-York, Connecticut, Massachusetts, Pennsylvanie, Michigan, Ohio, Wisconsiii,Illinois, Californie, Maryland et Rhode Island.)
Opinions exprimées au sujet de l'utilité de l'hydrothérapie dans le traitement des aliénés. — Ces opinions appartiennent à des aliéiiislcs ex)M'riuientés.
Li; /)•■ William A. White, directeur du Government Hospital for the Insaue, \Vaf<hiHgton,D.C. — D'après mon expérience personnelle, je suis porté à croire qu'il n'existe pas d'agent thérapeutique susceptible de rendre plus de services que l'hydrothérapie dans un établissement comme le nôtre... Je puis vous indiquer, en quelques mots, les résultats que nous a donnés cette méthode : Grâce aux procédés hydrothérapiques, nous espérons pouvoir abandonner, d'une façon presque absolue, tous les moyens de contrainte employés jusqu'ici, qu'ils soient mécaniques ou chimiques. Les statistiques les plus récentes sur l'emploi des méthodes de restraint dans notre asile indiquent qu'un seul malade sur neuf cents a été soumis à un mode de contention mécanique; ce résultat mérite d'autant plus d'èlre remarqué qu'il est fourni par un établissement où. les aliénés criminels et dangereux sont très nombreux : or, il est dû surtout au grand usage que l'on y fait des opérations hydriatriques. Eu outre, dans un grand nombre de cas où il existe un état physique défectueux, l'hydrothérapie détermine des améliorations marquées, dont l'augmentation du [loids des malades peut donner une idée.
Le Dr Richard Dcwey, médecin du Mihvaukee Sanitarium, antérieurement directeur à Kankakee. — Je considère l'hytlrothérapie comme un élément essentiel du traitement, quand on veut obtenir des résultats. On se borne à enregistrer un simple fait, lorsqu'on affirme qu'il n'existe pas de médication aussi importante que l'hydrothérapie, pour un grand nombre de malades atteints de troubles mentaux.
Le D''£.C. Dent, ancien directeur du Manhattan State Hospital for the Insane. — En recourant à l'hydrothérapie, nous évitons d'employer les calmants, la contention, la réclusion, et beaucoup d'autres pratiques critiquables..
Les directeurs et les médecins en chef reconnaissent tous l'action hypnotique et l'action éliminatrice de l'hydrothéi^apie sous ses différentes formes. Dans les services où l'on administre le bain continu, en iiarliculier dans tous les asiles d'Allemagne, sans exception, on met ce procédé au premier rang comme hypnotique... Le professeur Nissl, directeur médecin de la clinique des maladies mentales de l'Université de Heidelberg, nous apprend qu'il a pu supprimer
Bauuch. — Hydrothérapie. 43
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l'emploi des calmants et des hypnotiques, depuis qu'il s'est mis à donner des bains continus, en 1903, et qu'il pense pouvoir éviter .désormais l'encellulement. Certains malades de son service ont été maintenus dans le bain pendant neuf mois.
Du dix-septième rapport annuel de la (Commission in Luiiacy chargée du service d'aliénés du Manhattan Hospital, New-York. Les
deux baignoires à bain continu placées dans le 23« quartier ont été presque constamment en usage, jour et nuit, pendant l'année entière. On a passe un marché pour l'installation de huit nouvelles baignoires perfectionnées pour bain continu dans la division des femmes, et de quatre dans la division des hommes. Nous pensons que l'emploi du bain chaud prolongé nous donnera les meilleurs résultats. On soumet fréquemment des malades à ce mode de traitement pendant des semaines ; ces malades restent jour et nuit dans la baignoire, où ils prennent leurs repas et ont leur sommeil. Toutefois, on les retire de temps en temps de la baignoire pour leur faire une onction, ou pour leur permettre un changement; (m les place alors dans un lit, ou, si leur état le permet, on les laisse aller et venir dans le quartier pendant un moment.
On n'administre plus qu'une très petite quantité de médicaments calmants, à l'heure actuelle, dans le service. J'attribue ce fait à T introduction des différentes formes de l'hydrothérapie dans la thérapeutique ap jliqiiée aux malades. Dans la division des hommes, on a employé riiydrolhérapie avec les résultats les plus satisfaisants.
Les lignes suivantes sont empruntées à des notes prises pr(''Cédernnieiit à l'asile.
« l.e bain chaud prolongé s'est montré très efticace dans les états maniaques aigus, et dans les états de délire aigu accompagné de grande excitation motrice... Quand le malade est resté quelques heures dans le bain, le sommeil survient. Dans quelques cas d'insomnie, nous nous sommes très bien trouvés de l'emploi de cette méthode, sans avoir à employer les calmants. Dans les états de délire aigu... nous avons obtenu par elle les résultats suivants : diminution de l'agitation, retour du sommeil, abaissement (k' la lenipérature. Nous avons noté, en outre, une augmentation de l'appiMit; le malade prend plus volontiersses aliments et il les utilise mieux. Dans la forme maniaciue de la folie maniaque-dépressive, il n'est pas rare qu'on laisse le malade dans le bain pendant (juaire ou cinq jours, et même des semaines. Le bain prolongé est certainement un procédé très utile et l'état mental <les malades aux(iuels un l'applique s'en trouve amélioré. »
Le D'^ W. Page, médecin de V Asile d'aliénés de Danvers,Mass., dans levinfjliémc rapport annuel publié par cet asile, 1898, paue 22. — •-D'après notre expérience jiersonnelle, l'hydrothérapie jieul se subs-
liliirr (runc r;i(;oii tirs litnireusp ;uix iiHMlicinuMils liy[)ii()li([ues et .sédatils. Elle maïKiue rareiiU'nt de sa|ipriintu rinsoiiuiif ; dans plusieurs cas où les médicaments n'avaient produit aucun efîrt, elle a donné des résultats satisfaisants. Elle calme l'excitation; elle a |iermis de modifier les accès d'agitation périodiques do certains malades chroniques et d'y couper court. Nous avons vu guérir, sous l'action de simples applications hydriatriques, [ilusienrs cas de mélancolie prolongée, qui étaient arrivés aux frontières de la démence.
Le D' Henry C. Eijman, directeur du Massillon State Hospital, Massillon, Ohio. — Gi'àce à l'hydrothérapie nous avons presque supprime les médicaments. Je suis absolument persuadé qu'on peut crétn- mw installation complète sans aucune difficulté pratitjue.Je ne vois pas, d'ailleurs, comment un éta])lissement comme le nôtre pourrait s'en passer.
Le Government Hospital for the Insane, de Washington, D. C, dans S(ui dernier rapport au ministre de l'Intérieur, parle eu ces termes de l'utilité de l'installation hydrothérapiquc :
« Les trois sallesd'hydrotliérapie ont été constamment en service. On y a traité un grand nombre de malades. Cette méthode thérapeuti(iue semble être extrêmement utile ; ses effets sont particulièrement favorables chez les malades agités et turbulenis ; il arrive souvent que ces malades se calment et parviennent à s'endormir ■après une séance de traitement. Les succès que nous a donnés celte métliode sont si importants que nous espérons la développer encore dans le cours de l'année [uocliaine, en introduisant dans notre pratiijue le bain continu. »
Pour être utile, une installation hydrotln-rupiiiue doit coniprv'ndre les appareils suivants :
t. Une salle de douches contenant :
a. Une table de douches (1), fournissant de l'eau très chauih', de l'eau froide, de l'eau glacée et de la vapeur,et permettant d'alimenter la douche en pluie, la douche périnéale, le bain de siège et le bain de baignoire. Cette table doit être munie des dispositifs nécessaires pour régler le mélange des eaux de temjx'rature différente, de thermomètres, d'un manomètre et d'une horloge.
6. Des appareils permettant d'administrer des douches en pluie, ou en pluie fine, verticales ou latérales, appareils ([ue la table des douches alimente en eau à la température et sous la pression que l'on désire.
c. Un bain de siège, commandé par la table.
d. Une baignoire, commandée par la table.
c. Une table à massage, de préférence en marbre. 2. Une salle pour le bain continu.
(1) Voir la description de cette table, page 521.
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