CHAPITRE XXVI MALADIES MENTALES
L'application méthodique de l'hydrothérapie au traitement des maladies mentales est de date récente, aux Etats-Unis. Si je m'en rapporte aux déclarations de médecins d'asiles que l'on trouvera citées plus loin, la propagande que j'ai faite en faveur de l'emploi systématique des méthodes hydriatriques dans les établissements d'aliénés a porté ses fruits.
Comme je n'ai pas eu l'occasion, dans ma carrière de médecin-praticien, d'observer un grand nombre de cas d'aliénation, je me propose d'exposer dans ce chapitre l'opinion de spécialistes de la médecine mentale, qui passent leur vie au milieu des aliénés. Ce sont eux seuls qui peuvent nous fournir les observations cliniques, d'après lesquelles on sera autorisé à dire s'il faut accepter ou repousser le traitement hydrothérapique des maladies mentales.
Quelques médecins éclairés ont bien saisi les principes de la technique hydriatrique et en ont appliqué avec succès les règles à la thérapeutique des maladies mentales. Mais la majorité des aliénistes ne semblent pas encore avoir compris que la précision dans l'exécution des détails de la méthode est une des conditions essentielles du succès de celle-ci dans le traitement de l'aliénation comme dans le traitement des autres maladies. Dans un manuel de pathologie mentale publié récemment en Amérique, on constate que la seule mention qui soit faite de l'hydrothérapie est réduite à ceci : « On a beaucoup recommandé l'usage des bains en général dans le traitement de la folie, et en particulier l'usage des bains turcs. »
Parmi les auteurs qui ont exprimé des idées nettes et rétléchies sur l'emploi des méthodes hydrothérapiques en médecine mentale, nous devons citer le D"" Frederick Peterson, professeur de psychiatrie à Columbia Universil>j, aliéniste de
grande réputation, auquel nous empruntons les lignes suivantes (1) :
« Depuis quelque temps, la « cure d'eau « est devenue, dans l'Europe continentale, une médication scientifique, que Ton considère comme très utile; et partout, dans les asiles, les hôpitaux, les établissements d'assistance, les grandes villes, le médecin trouve à sa disposition d'excellents appareils qui lui permettent d'appliquer la méthode hydrothérapique toutes les t'ois qu'elle paraît indiquée.
« Je ne veux parler en détail des méthodes hydrothérapiques, à cette place, qu'autant cju'elles intéressent la thérapeutique des maladies nerveuses et mentales. Les nombreuses applications qu'on en peut faire dans les maladies générales les plus diverses, fièvres, affections stomacales et intestinales, affections de l'appareil respiratoire et de l'appareil circulatoire, etc., sont maintenant justement appréciées en Amérique, grâce à la propagande active qu'a faite en leur faveur le D' Simon Baruch, de New-York.
« Lorsque je visitai les asiles d'aliénés d'Allemagne, de Hollande, de France, de Belgique, d'Italie et d'Autriche, pendant l'hiver de 188G-87, je fus surpris de voir que l'hydrothérapie y était universellement employée dans le traitement de certains états mentaux, et donnait d'excellents résultats. Et lorsque je vis, en 1892, le nouvel asile d'aliénés d'Athènes, je constatai, à mon grand étonnement, que cet établissement possédait une installation hydrothérapique parfaitement comprise, bien qu'il appartînt à un pays que nous considérons volontiers comme restant un peu en dehors des progrès de la société moderne.
« De retour en xVmérique, je mis en pratique, du mieux que je pus, au Hudson River State HospitaL les quelques principes d'hydrothérapie que j'avais acquis à l'étranger. Mais, comme je ne disposais pas de moyens suffisants, mes procédés hydrothérapiques se réduisirent au bain chaud et au bain froid, de courte durée ou prolongés, au maillot humide, à la compresse mouillée, au sac à glace. Néanmoins, j'appris, par mon observation et mon expérience personnelles, quels services peuvent rendre ces moyens si simples, dans le traitement de l'insomnie, des états congestifs, des états d'excitation, de l'agitation, etc., et je compris tout ce que l'on pourrait faire de bien, si chaque asile possédait les appareils nécessaires à l'application métho-
(1) American Journal of the Médical Sciences, février 189.3.
dique, systématique et scientifique du traitement hydriatrique. Or, il n existe pas d'asile en Amérique, à ma connaissance, qui possède une inslqllation susceptible de fournir autre chose que des bains de propreté. Aussi je me jnopose, dans cet article, d'appeler l'attention des administrations d'asiles sur la valeur de ilujdrothérapie; et j'espère qu'on arrivera à installer les appareils nécessaires dans la plupart des établissements d'aliénés de notre pays. Mais avant d'aborder cette question, je désire indiquer aux médecins d'asiles la façon dont il est possible d'adapter le bain-douche aux nécessités ordinaires de la propreté corporelle, pour les malades des établissements qu'ils dirigent (1).
« Nos grands asiles, c'est un fait connu, ne possèdent qu'une, ou au plus deux baignoires fixes par quartier. Bien que les administrateurs de ces asiles paraissent avoir pris toutes les mesures que l'on peut prendre en vue d'assurer la propreté, il est permis de douter que cette organisation soit parfaite, et il me semble qu'on pourrait employer le système du bain-douche dans ces établissements, avec plus de succès encore que dans les établissements publics de bains des grandes villes. J'espère qu'un de nos directeurs d'asiles prendra un jour l'initiative de cette innovation. Il pourra trouver un modèle d'installation pour le système du bain douche, dans des établissements où ce système a été récemment introduit, grâce aux avis autorisés du D"" Baruch : établissement de bains, Central Market Place, n° 7, dispensaire Demilt (au coin de la 23d Street et de la Seconde Avenue), bains du Baron de Hirsch (Essex street et Market Street), et Juvénile Asylum. Un autre avantage de ce système, c'est qu'il évite aux malades excitables les contusions qu'on peut leur faire en les mettant dans une baignoire, et qu'il rend impossibles les brûlures et les suicides. Si rares que soient ces accidents, encore faut-il une surveillance très attentive' pour s'en préserver avec les installations qui sont actuellement en usage. »
Il est facile d'installer une salle d'hydrothérapie dans chacun des quartiers d'un asile — ou au moins dans un quartier sur cinq — en apportant quelques légères modifications aux salles de bains existantes. On recouvrira les parois de la salle d'une toile caoutchoutée, ou, mieux, de carreaux ou de plaques de
(1) Aujourd'hui, un grand nombre d'asiles importants possèdent une installation hydrothérapique .
Baruch. — Hydrothérapie. 41
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marbre, et le plancher de feuilles de zinc, de carreaux, de ciment ou d'asphalte. On y installera plusieurs bains-douches, une baignoire fixe, des appareils pour les diverses formes de douches, appareils reliés aux réservoirs d'eau chaude et d'eau froide et munis d'un thermomètre et d'un manomètre qui renseigneront sur la température et sur la pression de leau.
Pendant l'été, on aura à sa disposition un réservoir d'eau glacée (eau circulant dans des serpentins entourés de glace), afin de pouvoir faire des applications d'eau froide. Un bain de caisse rendra de grands services. Pour compléter l'installation, on se procurera un ou deux bains de pieds, un bain de siège, plusieurs calottes réfrigérantes ou calottes à glace, des sacs à glace de Chapman, une ample provision de draps et de serviettes de toile, pour façonner des maillots humides, des maillots secs, des compresses mouillées et des bandages.
La table de douches, et la disposition générale de la salle d'hydrothérapie que j'ai fait installer à Monlefwre Home ont été copiées d'abord par le Me Lane Bospital (pour aliénés^ par le Danvers Bospital et les deux Massachusetts Asxjhims. On les retrouve maintenant dans beaucoup d'autres établissements. Elles me semblent bien supérieures à celles que j'ai vues en Europe.
Une installation de ce genre doit être mise entre les mains d'un infirmier ou d'une infirmière intelligents, auxquels le médecin aura enseigné l'art d'exécuter correctement toutes les opérations hydriatriques.
Il faut que la salle puisse être chauffée, de façon à ce que le baigneur déshabillé s'y trouve bien. Il est inutile de dire qu'on ne doit pas traiter les malades dans une salle de bain froide. (Je conseille de les soumettre à rentrainement neiiro-vasculaire progressif, tel qu'on l'a décrit page 577, avant d'employer les basses températures en vue d'obtenir des effets toniques.)
Indications thérapeutiques et méthodes. — Effets toniniques et réparateurs. — « On administre une douche en pluie froide de cinq à dix secondes, que le malade reçoit en se frictionnant; ou un demi-bain à 75o F. (23,8° C.) de dix minutes. Par demi-bain, il faut entendre un bain pris dans une baignoire contenant quinze à vingt centimètres d'eau , dans laquelle le malade s'assied, s'asperge et se fait frictionner par un aide. Dans l'une et l'autre de ces deux opérations, on se propose d'utiliser l'action stimulante et réconfortante de l'eau
froide, ainsi que Faction mécanique du choc de l'eau sur la peau. Le malade doit s'y soumettre chaque matin.»
Effets puissamment toniques, effets révulsifs et dérivatifs. — « La douche froide augmente l'excitabilité réflexe et amène une hyperesthésie de la peau. C'est un stimulant puissant de l'activité mentale et de l'activité physique. Au moyen de lances de formes variées on peut la donner sous formes de jet, de pluie, dondée, d'éventail. En faisant alterner l'eau chaude et l'eau froide, on a la douche écossaise. Ces diverses opérations sont indiquées dans les états hystériques qui s'accompagnent de paresse des fonctions intellectuelles, d'apathie, de stupeur, de catalepsie, etc., dans les états mélancoliques, et dans tous les cas où il existe de l'anémie, de la chlorose, ou des troubles gastriques. «
Effets hypnotiques. — « Le bain chaud prolongé est indiqué quand il s'agit d'amener le sommeil. La durée doit en être d'une heure ou deux. Lorsqu'elle doit être plus considérable, on peut suspendre le malade dans la baignoire, au moyen d'un drap. On peut recourir à ce procédé dans le traitement des mélancolies avec agitation et de quelques états maniaques. Toutefois le meilleur procédé dont on dispose, pour produire une action hypnotique dans toutes les formes de l'insomnie chez les aliénés, est le maillot humide chaud. On l'applique de la façon suivante : On étend sur le lit du malade une couverture de trois mètres de côté, sur laquelle on place un drap, que l'on vient d'exprimer fortement après l'avoir plongé dans de l'eau très chaude. On étend le malade sur ce drap et on l'en enveloppe complètement, de façon à ne laisser libre que la tète. Puis on l'enferme dans la couverture, que l'on applique étroitement sur tout le corps. On peut le recouvrir ensuite de couvertures sèches, si cela paraît nécessaire. On laisse le malade dans son maillot une heure ou plus, toute la nuit s'il ne s'endort pas. » (Voir page 159 les raisons qui nous font préférer le maillot humide froid au maillot humide chaud dans le traitement de l'insomnie. Le maillot humide froid maintient l'hyperémie de la peau, ce qui est essentiel.)
Excitation maniaque. — « Tout le monde sait combien il est important de calmer l'excitation motrice dans les états maniaques, afin de restreindre la métabolisme exagéré qui constitue un caractère de ces états, et qui entraîne souvent la mort du malade par épuisement, en quelques jours. Nous avions l'habitude, naguère, d'attacher à leur lit les malades agités, après
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leur avoir mis une camisole de force et leur avoir administré une bonne dose d'hyoscyamine. Ce traitement a certainement sauvé un certain nombre d'existences. Mais, en ces dernières années, on a proscrit presque absolument cette pratique. Or, dans les cas auxquels on l'appliquait, l'hydrothérapie donne des résultats remarquables. Les procédés que nous avons indiqués à propos de l'insomnie conviennent aux cas de ce genre. Il est assez rare qu'on puisse maintenir dans un bain chaud des malades très excités ; le maillot humide, par contre, peut être appliqué dans presque tous les cas. Non seulement ce procédé calme l'éréthisme nerveux ; il amène, en outre, bien souvent un sommeil réparateur, et, dans tous les cas, il empêche le métabolisme de s'exagérer, sous l'influence de l'excitation motrice. Je ne connais aucune méthode thérapeutique qui donne de meilleurs résultats dans les états maniaques que le maillot humide, associé à la suralimentation, et parfois, lorsque ce semble nécessaire, à l'administration d'une dose d'hyoscyamine ou de duboisine. »
Céphalées congestives. — « Les céphalées congestives sont fréquentes chez les aliénés. Les meilleurs traitements à leur opposer sont le bain de pieds d'eau courante froide (60° F., i5,o° C.) pris chaque matin, pendant vingt minutes,et la douche en éventail sur les pieds (à 60° F., 13, 5° G., pendant cinq minutes). »
Hiislérïe. — « Dans les formes éréthiques, on applique le maillot humide à 6Û°-70° F. (15,50-21,1° C), pendant une heure ou plus, et on le fait suivre d'un massage (Putnam Jacobi) ; ou bien on administre une douche en pluie à 90° F. (32,2" C), de trente-cinq secondes, sous une pression de 1 13 atmosphère ; on abaisse chaque jour la température de cette douche, jusqu'à ce qu'elle ait atteint 75° ou (35° F. (^23,8" ou 18,3° C.) (Baruch).
« Dans les formes dépressives on fait des affusions froides, le malade se tenant debout dans un bain de pieds chaud ; ou bien on lui fait prendre un bain d'air chaud, après lequel on le soumet à une douche en pluie de trente secondes à 85° ¥. (29,5° C), dont on abaisse chaque jour la température jusqu'à ce qu'elle ait atteint 60° F. (15,5° C.) ; puis on termine par une douche en pluie de cinq secondes à 65° F. (18,3° C), ou par une douche en jet de trois secondes à 650-55° F. (18,3°- 12, 8° C). On abaisse progressivement la température de cette dernière jusqu'à 50' F. (15,5° C), et même plus bas, tout en
augmentant la pression de dix centimètres de mercure à deux atmosphères (Baruch). »
Constipation. — « La constipation atonique s'observe fréquemment dans beaucoup de cas de mélancolie et dans quelques autres formes d'aliénation. Un excellent moyen d'exciter le péristaltisme consiste à faire des ablutions sur l'abdomen du malade, après avoir placé celui-ci dans un demi-bain tonique à basse température. »
Je suis convaincu que le plaidoyer ardent et documenté, que le D'' Peterson a consacré à l'iiydrothérapie et dont je viens de citer quelques extraits, a attiré l'attention des médecins d'asiles sur les ressources qu'offre cette méthode thérapeutique. Depuis la publication de ce travail, en effet, j'ai souvent reçu des demandes de renseignements sur la question qui nous occupe. Un grand nombre des médecins qui se sont adressés à moi à cette occasion ont suivi mes intructions, ont envoyé leurs infirmiers et infirmières s'instruire à ma clinique et ont installé, dans leurs établissements, les appareils dont je leur avais fourni les plans.
Démonstrations cliniques. — Je me propose de citer, maintenant, des observations cliniques qui peuvent intéresser ceux des médecins aliénistes qui ne se sont pas familiarisés avec les ressources précieuses qu'offre Thydrolbérapie.
Le rapport pour Tannée 1898, publié par le Government Hospital for Ihe Insane (Washington), contient un chapitre spécial consacré aux résultats obtenus au moyen de l'hydrothérapie. Le Dr Godding y donne les renseignements suivants : « On a continué à employer l'hydrothérapie, et le champ d'application de cette méthode a été étendu dans des proportions considérables, ce qui a donné d'excellents résultats. Les appareils en usage sont ceux du D"" S. Baruch, de New-York. J'ai demandé au D"" Poster, qui est chargé du service hydrothérapique, de fournir un rapport plus étendu sur ce sujet. Je crois que les faits qu'il rapporte justifient les conclusions qu'il a formulées. »
Paralysie générale. — Le D"" Poster (1), après avoir cité un
(1) Le D' Poster est un des premiers médecins d'asiles qui soient venus me demander de faire leur instruction hj'drothérapique. C'est à l'autorité des premières démonstrations cliniques qu'il a données de la valeur de l'hydrothérapie dans la médecine mentale qu'on doit attribuer la vulgarisation extrêmement rapide dont cette méthode a bénéficié dans les asiles.
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certain nombre d'observations de cas de paralysie générale traités par la méthode liydriatrique, résume son rapport dans les lignes suivantes (page 76) :
« Peut-on admettre que vingt et un cas, pris à toutes les périodes de la maladie, qu'on laisserait sans traitement, fourniraient des résultats semblables : six rémissions, d'une durée de quatre mois à trois ans ? Si on ne peut l'admettre, c'est que le traitement liydriatrique possède quelque efficacité.
« On ne s'adresse pas exclusivement à l'hydrothérapie, bien entendu, pour traiter les cas dont il s'agit. Mais on met en œuvre tous les moyens qui paraissent devoir-ètre utiles aux malades. Seulement, je prétends que i hydrothérapie doit être considérée comme le imncipal élément du traitement, qu'on peut l'appliquer, sous une forme ou sous une autre, à tous les cas, quelle est utile à tous, et que, sans son aide, les autres médications employées ne produisent pas tous leurs effets.
« Il serait bon de posséder quelque critérium qui permit d'apprécier les résullats obtenus. Ces résultats, en effet, varient avec les conditions oii se trouvent les malades, avec la période de la maladie, surtout avec l'ancienneté des lésions dégénératives.
« Si nous examinons le cerveau d'un paralytique général, chez qui la maladie a évolué, c'est-à-dire a duré de trois à cinq ans, nous trouvons, à coup sûr, des lésions scléreuses et atrophiques marquées, suites de la dégénérescence des cellules. Dans un cas de ce genre, oîi la progression de la maladie se serait définitivement arrêtée, il persisterait certainement une diminution permanente plus ou moins considérable des fonctions cérébrales, en d'autres termes, une démence secondaire durable plus ou moins accentuée. C'est ce qui se passe dans certaines formes de folie chronique, que l'on considère comme guéries.
« Dans le cas de J. B. M. D..., après un an et demi, il est à peine possible d"estimerle déficit permanent. Dans le cas de W. K. Jr..., qui évolue depuis sept ans, il est probable qu'on a presque atteint les limites de l'amélioration réalisable. Chez G. M..., dont la maladie dure depuis cinq ans, l'amélioration a déjà dépassé ce qu'il était permis d'espérer, et elle s'accentue encore un peu. Chez F. M.., les troubles mentaux ont été
11 m'est agréable de constater l'exactitude avec laquelle ce médecin distingué a appliqué les méthodes que je lui avais enseignées.
de courte durée ; l'afTaiblissement intellectuel qui persiste encore se réduit à peu de chose.
« S'il était établi que larrêt de l'évolution est devenu définitif dans l'un ou l'autre de ces cas, et si l'on parlait à ce propos de guérisou, il est évident que le terme de guérisou prendrait une signification un peu particulière, suivant le cas auquel on l'appliquerait. En etî'et, quelle que soit l'expression que l'on emploie, il ne s'agit jamais que d'un arrêt dans la marche progressive de la maladie, permettant seulement la régénération de certains neurones dont l'état de dégénérescence n'est pas encore définitif.
<( En outre des dégénérescences cellulaires, il existe encore des lésions vasculaires durables, qui, suivant le degré qu'elles atteignent, créent un danger plus ou moins considérable dans les cas en rémission. pour peu qu'une intoxication ou unepoussée congestive intervienne.
« En rapportant les observations des cas d'épilepsie et de paralysie générale qu'on vient de lire, j'ai évité d'entrer dans de trop grands détails, par crainte de devenir ennuyeux. J'espère avoir mis suffisamment en évidence les points les plus importants, pour qu'il soit aiséd'établir une comparaison entre les résultats de la thérapeutique ordinaire et ceux que fournit l'hydrothérapie. »
Dans une excellente étude sur « le traitement hydriatrique de la folie », le D'' Poster écrit les lignes suivantes :
« On^eut ajouter à ce propos qu'il n'existe pas d'agent thérapeutique susceptible d'exercer une influence plus favorable que celle de l'hydrothérapie sur les perturbations des phénomènes intercellulaires de nutrition, qui se produisent dans les premières périodes de la folie. Il en est ainsi, aussi bien quand il s'agit d'un trouble fonctionnel ou de surmenage que lorsqu'une intoxication est en jeu. Dans le premier cas, ce sont les elfets stimulants et toniques qui interviennent; dans le dernier cas, l'action éliminatrice de l'hydrothérapie s'associe à ces effets .
« Mais quelle méthode doivent suivre les médecins qui ne se sont pas encore familiarisés avec la pratique de l'hydrothérapie, lorsqu ils décident d'en vérifier la valeur ? On peut répondre hardiment à celte question : Il s'agit, tout d'abord, de se bien préparer à la pratique de l'hydrothérapie en étudiant les meilleurs travaux publiés sur cette matière, en s'initiant parfaitement aux problèmes physiologiques qu'elle pose, en se mettant
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au courant des procédés employés en clinique. Si l'on ne se donne pas cette peine, on recueillera des échecs et des déceptions qui feront tomber la méthode dans un discrédit immérité. Ne comptez pas vous renseigner convenablement par la lecture d'un exposé d'une vingtaine de pages sur ce sujet ; si vous vous en rapportez à un guide de ce genre, vous vous apercevrez qu'il est insuffisant et trompeur. Lorsqu'on a achevé sa préparation, il n'est pas nécessaire d'attendre qu'on ait à sa disposition une installation complète. On peut appliquer les principes et les procédés qu'on vient d'étudier et en vérifier expérimentalement la valeur, en se servant du matériel qu'on trouve partout à sa disposition, ou d'appareils qu'il est facile d'improviser. Etudiez les principes de l'hydrothérapie ! Si vous ne deviez qu'appliquer une méthode empirique, mieux vaudrait l'abandonner aux empiriques, et la laisser produire entre leurs mains des échecs et des succès dont ils seront incapables de se donner à eux-mêmes l'explication.
« A l'heure actuelle, il serait peut-être- juste de dire que c'est l'opérateur, et non la méthode, qu'il s'agit d'éprouver, car celleci s'appuie déjà sur des témoignages décisifs. Si l'hydrothérapie est utile, elle peut aussi devenir nuisible, bien qu'aucune méthode thérapeutique ne soit plus efficace que celle-ci quand elle est mise en œuvre par des hommes expérimentés. L'hydrotiiérapie est un instrument très souple, qui peut s'adapter aux conditions les plus variées ; mais il faut apporter beaucoup de soin à l'approprier aux nécessités du traitement dont on s'occupe (1).
« Les cas les plus satisfaisants, parmi ceux que nous avons soumis à la méthode hydrothérapique, sontprobablement ceux de neuf soldats ou marins de la guerre hispano-américaine, qui sont entrés en traitement après l'achèvement de notre rapport, c'est-à-dire depuis le l^'' octobre 1898.
« Ces individus avaient souffertdu surmenage physique et du surmenage émotionnerinhérent aux fatigues exceptionnelles de la vie des camps sous le ciel très chaud de l'île de Cuba, etc. L'un de ces cas est de date si récentej qu'on ne peut savoir si l'amélioration qu'il montre déjà sera durable. On ne lui a appliqué aucun autre traitement en dehors de l'hydrothérapie.
« Les huit autres cas appartiennent à la confusion mentale,
(i) .le rappelle que j'ai exposé précérlemment (page SI"), une méthode d'eniraincment neuro-vasculaire, qui répond à cette nécessité.
aver ralentissement considérable des phénomènes psychiques el. sauf dans deux cas, aA'ec un état de dépression physique accentuée. Dans les deux cas où il n'existait pas d'afîaiblissement marqué des forces physiques, les malades étaient dans un état stuporeux. Ces huit sujets avaient été traités déjà pendant une période de deux à six mois ; un seul montrait quelque tendance à une amélioration, lorsqu'on les soumit au traitement hydriatrique. Depuis, tous se sont améliorés. Trois d'entre eux sont guéris et ont quitté l'asile. Deux autres ont presque complètement recouvré l'intégrité de leurs fonctions psychiques et sortiront bientôt. Les quatre qui restent font des progrès si réguliers qu'ils sont assurés d'une guérison très prochaine. De ces derniers, deux n'ont eu qu'une amélioration très légère dans les quatre ou dans les six premières semaines ; puis leur état mental et leur état physique se sont modifiés parallèlement. La rapidité avec laquelle s'est transformé l'état de ces différents malades, jusque-là stationnaire, à partir du. moment où ils furent traités par l'hydrothérapie, est presque un prodige. Ce fait donne à penser que les troubles mentaux qu'ils présentaient sont inlluencés d'une façon particulièrement favorable par ce mode de traitement (1). »
Je citerai, maintenant, quelqueslignes empruntées à un autre aliéniste dont l'expérience clinique confirme ce qu'on vient de lire. Dans un travail lu devant ÏAmerican Medico-Ps'jcJiologicol Association, à Québec, en juin 1002, le D'" Dent, après avoir indiqué de la façon la plus courtoise l'influence de mes travaux sur le développement de l'hydrothérapie en Amérique, s'exprime de la façon suivante :
<' Je suis particulièrement reconnaissant au D>" Baruch pour la bienveillance avec laquelle il a montré son établissement et exposé ses méthodes à moi et à mon personnel. Depuis plusieurs années la baignoire a fait place à la douche en pluie et au baindouche, qui sont employés presque exclusivement à l'heure actuelle dans notre établissement, en dehors des cas où il semble utile de recourir à la baignoire mobile. Cette innovation a rencontré, au début, comme toutes les choses nouvelles, une certaine opposition, chezles malades comme chez les infirmiers. Mais, peu à peu, les uns et les autres, mieux renseignés, surmontèrent l'aversion qu'ils avaient pour cette méthode, et les appareils à douches remplacèrent partout les baignoires. Les
(1) American Journal of Insanity, voL LV, 4 novembre 1899, p. 643.
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bains-douches ont acquis, maintenant, une telle réputation que malades et infirmiers élèveraient des objections contre l'emploi de la baignoire, si on essayait d'y revenir.
« Dans chacun des lavabos de quartier de notre hôpital, l'appareil à douches est muni d'un thermomètre et d'un manomètre, qui permettent de régler comme on l'entend la température et la pression de l'eau employée. Aussi peut-on administrer en toute sécurité' la douche écossaise, la douche en jet et la douche en pluie. Comme nous désirions arriver à des conclusions définitives dans notre étude de la valeur thérapeutique des procédés hydriatriques dans le traitement des maladies mentales, nous nous sommes attaché, depuis plusievirs années, à prendre très soigneusement les observations des malades qui ont été soumis à un traitement par les bains froids, les bains chauds, le maillot froid, le maillot chaud, le bain de siège, le maillot de glace, la douche écossaise, la douche en pluie et le drap mouillé, associés parfois au bain d'air chaud.
« Nous avons constaté que le bain d'air chaud agit comme un excellent sédatif de la douleur, sans entraîner les eflets déprimants que les hypnotiques et les calmants produisent habituellement. Il active le métabolisme ; il stimule l'absorption ; il constitue l'excitant le plus efficace de l'élimination que nous possédions ; lorsqu'il est administré avec discernement, il possède une action sédative sur le système nerveux, supérieure à celle de toutes les autres médications...
« Quand on soumet un malade au traitement hydrothérapique, il faut se faire une idée nette des conditions pliysiologiques et pathologiques où il se trouve, et avoir pour but de les modifier de manière à obtenir les résultats les plus favorables. Les malades réagissent àlhydrothérapie de façon trèsdilférente. Aussi est-il nécessaire d'étudier attentivement la physiologie particulière de chacun d'eux, pour déterminer quelles sont les méthodes à employer dans son traitement. Tous les auteurs compétents insistent sur la nécessité d'une technique minutieuse., qui seule peut donner les meilleurs résultais. Dans beaucoup de cas, la négligence dans l'exécution d'une prescription crée un danger pour le malade.
« Je juge inutile de rappeler les lois générales qui sont applicables à l'hydrothérapie,- on les trouve exposées dans les traités et elles sont familières à tous. Mais je crois bon de citer, à titre d'exemple, les trois observations suivantes, que je choi-
MALADIES MENTALES 6ol
^ sis entre un certain nombre d'observations de cas traités par l'hydrothérapie (1).
« L. H..., ùgée do 18 ans, célibataire, ouvrière de fabric[ue ; renseignements négatifs sur l'hérédilé ; causes présumées : éloignement de sa famille, inlluence du milieu, émotions, anémie. Malade depuis trois semaines. Diagnostic; mélancolie aiguë, avec agitation. Entrée à riiôpital le 20 février 1901.
«Renseignements fournis par lanière delà malade. — Jusqu'à ces deux dernières années, la malade a toujoursjoui d'une excellente santé. Elle était de tempérament sanguin. Depuis l'âge de douze ans elle a constamment été employée dans une fabrique de confitures; elle travaillait dans une salle où la tempéiature était très élevée. Depuis deux ans la mère s'aperçoit que sa fdle se porte moins bien et (ju'elle n'a été réglée qu'une ou deux fois pendant cette période. I Un mois avant son admission àThôpital, la malade, qui avait toujours
été vive et active, est devenue triste, soupçonneuse, irritable, et se plaint d'.avoir des insomnies. Quelques jours avant d'entrer, elle a « manifesté des craintes et des idées de persécution, avec hallucinations de la vue et de l'ouïe. Elle est, ensuite, devenue si troublée et si agitée qu'on n'a pu la garder chez elle.
« A son entrée, la malade est très troublée et très agitée ; elle essaie constamment de s'arracher les cheveux et de se frapper contre le lit ; elle gémit et crie de la façon la plus pitoyable ; elle a des hallucinations très actives et pénibles de la vue et de l'ouïe, et des illusions terrifiantes.
« L'examen physique de la malade démontre qu'elle est amaigrie et axiémiée. La température rectale est à 98,3oF. (36, 8° C.) ; le pouls à 130 ; la respiration, très superficielle, à 21. La peau est froide et visqueuse ; les muqueuses sont presque exsangues ; les bruits cardia- (jues sont assourdis ; on perçoit des souffles anémiques au niveau des vaisseaux ; les dents et les lèvres sont recouvertes de fuliginosités ; la langue est très sale, l'haleine fétide. Il existe une hyperesthésie cutanée inarquée, qui semble généralisée. Les organes pelviens sont sains, mais n'ont pas un développement normal.
« Après avoir mis la malade au lit, on lui donne un lavement simple à 100° F. (37,8° G.). On lui fait un lavage d'estomac avec de l'eau stérilisée, à une température de 107° F. (41, 7» C.) ; puis on lui administre, au moyen de la sonde, une petite quantité de jus de viande peptonisé, car elle refuse de s'alimenter.
(1) Le lecteur est prié d'étudier attentivement les observations; elles lui indiqueront comment on peut adapter des procédés variés à des manil'estations analogues. On excusera, pour celte raison, l'auteur d'avoir consacré autant de pages à des observations cliniques, bien qu'on n'aime pas, en général, à en rencontrer dans les ouvrages de thérapeutique. Il peut arriver qu'un traitement hydrotliérapic{ue heureux, entrepris au domicile du malade, permette d'éviter son internement dans un asile.
6S2 PRATIQUE DE l'hYDROïUÉRAPIE
« La malade reste très agitée ; à 6 h. du soir, elle est extrêmement excitée ; elle rejette constamment les couvertures, s'arrache les che- A'eux, s'élance hors de son lit, et crie de la voix la plus aiguë qu'on va la faire hrtiler, etc.
a On prescrit un maillot humide chaud, qu'on administrera au moyen de draps bien imbibés d'eau à H2o F. (44, 4o C.), recouverts de plusieurs couvertures de laine ; on lui fait placer une calotte à glace sur la tète et une boule d'eau chaude aux pieds. Au bout d'une heure, environ, la peau recouvre son activité fonctionnelle et la malade consent à absorber une quantité considérable d'eau. Elle se calme progressivement ; trois heures après l'application du maillot, on l'en retire et on lui fait des lotions alcoolisées, puis un léger massage. Elle reste calme et dort bien pendant la nuit. Le matin, la malade s'excite de nouveau. On applique le maillot pendant trois heures. Elle fait moins de résistance que pendant la première application, et bientôt elle s'endort. On continue les maillots humides chauds pendant la première semaine du séjour de la malade à l'hôpital. On y a recours, en moyenne, deux fois par vingt-quatre heures, et chaque application dure trois heures. Le sommeil de la malade devient beaucoup plus tranquille ; les grandes quantités d'eau qu'elle ingère, pendant qu'elle se trouve dans le maillot, provoquent de la diurèse et des évacuations faciles de l'intestin. Les manifestations toxiques s'en vont graduellement ; les troubles moteurs et les troubles psychiques disparaissent également.
« A la fin de la première semaine, les hallucinations de la vue et de l'ouïe cessent ; les troubles des fonctions de la peau sont moins marqués ; devant cette amélioration, on interrompt les maillots chauds. On soumet alors la malade à un traitement tonique général. On abandonne ce traitement au bout de deux semaines, parce qu'il survient de l'intolérance gastrique, et que la malade ne peut garder ni les aliments ni les médicaments. Son sommeil devient agité et les troubles mentaux du début réapparaissent. Au même moment se développe une éruption de furoncles, petits, mais nombreux et douloureux, sur le crâne, le dos et les fesses. On la soumet alors au traitement suivant :
« On donne chaque jour un liain d'air chaud de dix minules, à 1800 F.''(82° C), avec calotte à glace sur la tête. On détermine ainsi iine hyperémie des vaisseaux cutanés. Puis, on place immédiatement la malade sous la douche en pluie mobile, où on la laisse une, minute, l'eau se trouvant à une température de 60° F. (15,5° C.) et sous une pression d'une atmosphère. Enfin on lui fait un léger massage.
« A la fin de la première semaine de ce Iraitement, Vv\i\i de la maladecominence à s'améliorer sensiblement. La peau reprend ses fonctions ; les furoncles disparaissent ; le sommeil devient calme et reposant, elles hallucinations cessent. L'appétit devient beaucoup
plus vif ; on interrompt le régime des peptones, pour donner à la malade l'alimentation oi'dinaire de l'inlirmerie.
« Au bout de trois semaines de ce même traitement, on administre de nouveau à la malade du fer et des toniques, et on remplace la douche en pluie mobile par une douche écossaise quotidienne, aux températures de lOO» et 59^ F. (37, S» et ISoC), sous pression de 1 2/3 atmosphère. On continue ainsi pendant trois semaines. Au bout de ce temps, l'état mental et l'état physique se trouvent tellement améliorés qu'on cesse tout traitement, et qu'on fait passer la mahidf dans le quartier des convalescentes, d'où elle sort guérie le 15 juin 1901, après avoir pris 11 kg. 500 pendant son séjour a l'hôpital.
« K. B... ; âgée de 20 ans ; mariée ; un enfant de trois mois; primipare, aucune hérédité, causes présumées: chagrins de famille, émotions, accouchement. Malade depuis trois mois. Entrée à l'hôpital le 29 novembre 1901.
« Renseignements fournis par la mère de la malade. — La malade a toujours joui d'une excellente santé jusqu'à l'époque de son accouchement, il y a trois mois. L'accouchement a été très laborieux. Aussitôt après la naissance de son enfant, la malade est devenue triste et irritable ; elle refusait de reconnaître son enfant, ses parents, ses amis. Elle était très méfiante et n'acceptait pas les aliments qu'on lui donnait, prétendant qu'ils étaient empoisonnés. Elle se tenait au lit de la façon la plus négligée, paraissant entièrement indifférente à son propre état comme à ce qui se passait autour d'elle. Son état s'aggrava, et, finalement, devint si inquiétant qu'on fut obligé de l'envoyer à l'hôpital.
« A son entrée, la malade est sombre et déprimée: elle refuse de parler. Si on l'interroge avec insistance, elle fait un léger effort pour répondre, mais semble trop confuse pour pouvoir se ressaisir de façon à formuler une répon.se. La langue est sale, l'haleine fétide; les dents sont couvertes de fuliginosités; la peau est froide et sèche ; il existe un embonpoint relatif; il n'y a pas d'anémie marquée ; le cœur et les poumons sont normaux. Les organes pelviens sont sains; mais l'utérus est encore un peu augmenté de volume. On constate une anesthésie généralisée de la surface cutanée. La malade refuse de prendre ses aliments et ses médicaments. On lui fait un lavage d'estomac et on lui fait prendre ses aliments au moyen d'un biberon.
<c La malade, placée dans un lit, y reste dans un état stuporeux et à demi cataleptique ; elle semble dormir pendant la plus grande partie du temps, et c'est avec peine qu'on arrive à la réveiller suffisamment pour lui faire prendre ses aliments à l'aide du biberon. Le second jour après son entrée, on la soumet au traitement suivant :
« On lui donne, chaque jour, un bain d'air chaud de dix minutes.
à 180° F. (820 c.), puis une douche en jet d'une minute, à 50° F.(10oC.) sous une pression de 1 2/3 atmosphère, suivie d'un léger massage. Pendant là première semaine, il ne se produit aucune amélioration dans l'état mental de la malade. Toutefois, l'état de sa circulation générale présente une certaine amélioration ; les fonctions de la peau sont plus actives, et les diverses sécrétions plus abondantes. Dans le cours de la deuxième semaine, la malade sort un peu de la stupeur; son état mental paraît s'améliorer et ses fonctions motrices se rétablir ; parfois elle oppose une certaine résistance, cjuand on veut la placer sous la douche,
« A la fin de la troisième semaine, on remplace la douche en jet par une douche écossaise, de deux minutes, aux températures de HOo et 590 F. (43, 3o et 15° G.), sous une pression de 1 2/3 atmosphère. L'état de la malade para.ît s'améliorer, tant au point de vue mental qu'au point de vue physique. On continue la douche écossaise quotidienne pendant trois semaines ; l'état mental et l'état physique s'améliorent progressivement, si bien que l'on peut cesser tout traitement, au bout de ce temps, et laisser la malade se lever.
« Malheureusement, cette malade contracte, à ce moment, une diphtérie qui nous oblige à la garder à l'hôpital quelques semaines de plus qu'il ne serait nécessaire, si elle n'était pas atteinte de cette infection. Elle sort, guérie, le 25 mars 1902. Diagnostic : mélancolie aiguë, avec stupeur. Cette malade a pris 13 kg. 500 pendant son séjour à l'hôpital ; on ne lui a administré aucune médication durant cette période, en dehors du sérum anti-diphtérique.
«R. B. .., âgée de 30 ans, mariée, de nationalité russe; couturière; trois enfants. Causes présumées: nostalgie, influence du milieu, émotions, lactation. Malade depuis une semaine. Diagnostic : manie aiguë avec délire. Entrée à l'hôpital le 3 avril 1902.
« Renseignements fournis par le mari de la malade. — La malade a toujours été robuste et bien portante. Il y a un an, elle a accouché et, depuis lors, a nourri son enfant; en même temps, elle remplissait ses devoirs de ménagère et aidait son mari dans l'exercice de sa profession de tailleur. Elle a toujours été de tempérament sanguin. Trois jours avant son internement, elle a commencé à commettre des actes extravagants, à crier, à vociférer de la façon la plus incohérente; on ne pouvait obtenir d'elle aucune réponse intelligente. Elle cherchait à frapper toutes les personnes qui s'approchaient d'elle; elle manifestait une animosité particulière à l'égard de ses enfants. Elle devint si violente (ju'on jugea nécessaire de la faire interner.
« La malade est apportée à l'hôpital sur un brancard. Elle se trouve alors sous l'empire d'un calmant puissant; les pupilles sont très dilatées; des fuliginosités recouvrent les dents et les lèvres; la langue
est sale : il existe encore d' autres signes de toxémie d'origine intestinale. Les vaisseaux de la conjonctive sont très injectés. Les pupilles réagissent très lentement à la lumière et à l'accommodation. Les réflexes rotuliens sont très exagérés, et il existe une hyperesthésie très marcpiée. L'examen des poumons fait découvinr des signes de bronchite à sauche. La peau est très chaude, sèche, ne fonctionne pas. La malade présente un certain embonpoint. Son corps est couvert de contusions et d'ecchymoses. La malade, très agitée, lance constamment ses bras et sesjambes de coté et d'autre, et tourne continuellement la tète d'un côté à l'autre. On la met au lit ; on lui donne un lavement simple à une tf-mpérature de lOOo F. (37,8° C.) et on lui faitun lavage de l'estomac avec de l'eau stérilisée à 107° F. (41,7° C.) ; ce lavage ramène un peu de mucus d'odeur désagréable et quflqu'es débris alimentaires. On administre ensuite, par la sonde stomacale, une petite quantité de jus de viande peptonisé. Aussitôt après le lavaee d'estomac, la malade devient plus excitée et fournit les manifestations d'un délire grave.Elle a des hallucinations extrê meiiit-nt actives de louïe.La température est à 102,8° F. (39,3° C), le pouls à 120, la respiration à 20.
« On donne à la malade un bain de siège à lOOo F. (37, 8° C), dont on élève progressivement la température à 112» F. (44,4° C.) ; on lui applique en même temps une calotte à glace sur la tète, et une compresse froide sur le cou. Pendant qu'elle se trouve dans le bain, on pratique un massage local du bassin et de l'abdomen. On la laisse environ vingt minutes dans le bain de siège et, pendant ce temps, on lui fait ingérer une quantité considérable d'eau. Les signes de congestion cérébrale s'atténuent. Après sa sortie du bain, la malade est beaucoup plus tranquille, bien qu'elle continue à délirer. Au bout de six heures elle devient de nouveau bruyante, violente et très difcile à maintenir. On la met dans un bain chaud à 100» F. (37,8o C), dont on élève graduellement la température à 112o F. (44,4o C). Au bout d'une heure, le pouls devient rapide et mou; elle donne des signes d'épuisement. On la retire du bain, on lui administre un stimulant et on l'enveloppe de plusieurs couvertures de laine chaudes, pour entretenir la sudation. On la laisse dans le maillotsec environ deux heures. Puis elle se calme et s'endort profondément pour plusieurs heures. Les intestins et les reins fonctionnent normalement. « Le matin du second jour après son entrée à l'hôpital, la malade est de nouveau très turbulente et très excitée ; mais le délire est moins marqué. On donne, de nouveau, un bain chaud à 100» F. (37, 8oC.), porté progressivement à lll'F. (43, 8° C). Après être restée une heure dans ce bain, elle se calme. On renouvelle ces bains pendant trois jours, à raison de quatre bains par vingt-quatre heures, en moyenne. Le 6 avril, au matin, troisième jour après l'admission, la malade est beaucoup plus tranquille et son délire a cessé, bien qu'elle ait encore des hallucinations actives de l'ouïe. Le 7 avril,
656 PRATIQUE DE l'hYDROTUÉRAPIE
elle a plusieurs abcès clans Faisselle et sur le bras gauches. On les ouvre et on les lave, mais l'agitation de la malade fait qu'on ne peut maintenir un pansement sur la région. On lave ces abcès deux fois par jour. L'excitation maniaque persiste jusqu'au 20 avril. Jusqu'à cette date on lui donne, chaque jour, au moment du coucher, un bain très chaud, grâce auquel elle reste calme pendant la nuit et le jour suivant. Les sécrétions deviennent progressivement plus abondantes ; les selles sont régulières ; la peau fonctionne ; les manifestions toxiques ont disparu dès le second jour après son entrée. Le 24 avril, la malade, ne présentant plus aucun trouble mental, est transférée dans un quartier de convalescentes. Elle a repris 9 kg. environ. Elle sort, guérie, le 24 juin, en excellent état au physique et au moral.
« Les observations que nous avons rapportées n'établissent aucun fait nouveau concernant l'emploi de l'eau comme agent thérapeutique ; mais les résultats très favorables que nous avons obtenus confirment l'opinion de beaucoup d'auteurs compétents et les expériences que l'on a faites de ce traitement dans d"autres hôpitaux. Nous avons constaté que les applications hydriatriques employées sous la forme de maillots et de bains chauds ou très chauds ont une action hypnotique et sédative, qui se montre précieuse lorsqu'il est dangereux d'administrer des médicaments chimiques. Leur influence sur les éliminations est extrêmement utile. Nous avons trouvé qu'il se produit, à la suite de quelques bains, une augmentation constante de la quantité d'urine excrétée et une augmentation considérable des éléments solides de celle-ci. L'eau que le malade peut prendre en grande abondance, pendant qu'il se trouve dans le maillot ou le bain très chaud, amène une diurèse intense et favorise la diaphorèse. Les applications hydriatriques toniques, les douches administrées sous une certaine pression excitent le fonctionnement des glandes et la circulation cutanée. En outre, nous pensons que ces opérations facilitent l'absorption du fer et des autres altérants.
« Nous ne connaissons aucun état morbide, en dehors de la grossesse avancée, de la pleurésie, du cas où le malade est presque muourant, dans lequel quelque opération hydriatrique ne puisse être pratiquée avec profit. Nous reconnaissons, bien entendu, que le maillot chaud et le bain très chaud risquent parfois d'épuiser le malade, mais un infirmier habitué à appliquer ces procédés reconnaît aisément les menaces de danger et interrompt l'opération avant qu'elle n'ait engendré des con-
séquences fâcheuses pour le malade. Bien que nous ayons administré, dans notre établissement, des milliers de maillots et de bains chauds, nous n'avons jamais eu à enregistrer de décès ou de troubles graves dus à leur action. Nous avons rencontré, naturellement, chez nos malades, une opposition plus ou moins vive à l'application de ces méthodes Cependant, il arrive bien rarement qu'on soit obligé de renoncer à administrer un bain, si l'on sait maintenir le malade convenablement. Quand il résiste ou marque de la méfiance, on le laisse assister au bain d'autres malades, et, lorsque son tour est venu, on emploie pour commencer des procédés aussi doux que possible. Les malades les plus indociles et les plus méfiants, après une ou deux séances, se soumettent volontiers au traitement, qui semble même leur être agréable. Nous avons l'habitude de donner les bains entre 10 h. 30 du matin et midi, et entre 3 h. 30 et 5 h. 30 du soir, car ce sont les moments de la journée où l'estomac se trouve généralement débarrassé des aliments.
« En terminant, nous nous permettrons d'exprimer le souhait que l'on accorde dorénavant plus d'attention à l'emploi thérapeutique de l'eau dans les établissements confiés à nos soins. Il n'est pas, à notre avis, d'endroit où il soit plus profitable d'étudier les bases physiologiques de l'hydrothérapie que ces établissements où nous avons toutes facilités pour en faire une application persévérante, méthodique et scientifique (1). »
Je vais citer, maintenant, une note due à un médecin d'un autre important asile d'aliénés, note qui met bien en évidence les excellents résultats que donne l'hydrothérapie dans le traitement des maladies mentales, aux Etats-Unis.
Danvers Insane Hospital, Hawtliorne, Mass., 28 février 1903.
Cher Docteur Baruch, — En ces quatre dernières années, j'ai pu acquérir une grande expérience de l'application des méthodes hydrothériipiques au traitement des maladies mentales; etje suis convaincu, aujourd'hui, que l'hydrothérapie offre aux aliénistes un des agents thérapeutiques les plus efticaces qu'ils puissent employer à l'avantage des malades qu'on envoie aux asiles publics d'aliénés. Je vous adresse les impressions que m'a laissées l'expérience que j'ai faite do l'iiydrothérapie dans l'établissement auquel je suis attaché.
[{) Proceedin()S of American Medico-Psychological Association, 1902, Baruch. — Hydrothérapie. 42
658 PRATIQUE DE l'h ÏDROTHÉRAPIE
A. — Emploi de V hydrothérapie comme hypnotique. — Les procédés que nous avons employés pour provoquer le sommeil sontleLaiu chaud et le maillot liumide. On doit apporter beaucoup d'attention à la sélection des cas que l'on veut soumettre à ces procédés. Il est évident qu'un malade agité et indocile ne retii-era aucun bénélice du maillot humide, s"il est constamment à déranger les couvertures, où on l'enferme, et à laisser ainsi l'air froid pénétrer jusqu'à son corps. Pour ce même malade, le bain chaud ne sera d'aucune utilité, s'il emploie toute son énergie à cherchera en sortir, en s'imaginant que l'opération est un abominable supplice. Mais, d'après ce que je sais, les cas de ce genre sont rares. Habituellement, on peut soumettre les malades agités au traitement bydriatrique, en associant à celui-ci l'administration de l'hyosciue onde quelque médicament analogue. Nous ne nous sommes pas beaucoup servis du bain chaud, parce que nous n'avons pas toutes les facilités pour l'administrer. Cependant, nous 1 "avons administré avec avantage dans quelques cas d'infection, d'excitation motrice, d'agitation chez des paralytiques généraux ou des malades atteints de neurasthénie grave, présentant de i'insomnie et de l'agitation anxieuse. Presque toujours, nous avons obtenu rapidement la cessation de l'excitation motrice violente, après laquelle le sommeil survenait souvent,soit pendant l'opération, soit peu de temps après sa terminaison. Les malades qui ont persisté à s'opposer à l'administration des bains ont été très peu nombreux. La technique était la suivante: Compresse froide sur la tête; on la refroidit et on la renouvelle souvent. Corps immergé dans une baignoire contenant de l'eau à une température de 90° à 100" F. {32, 2o à 37,8° C.). La durée du bain variait entre quelques heures et dix ou douze heures Après le bain, on séchait le malade et on le plaçait dans son lit, bien couvei't, afin de provoquer le sommeil. Comme il s'agit d'aliénés, il est nécessaire qu'un infirmier ne quitte pas le malade pendant l'opération.
Nous avons employé le maillot humide plus fréquemment que le bain chaud, et nous l'avons appliqué dans un plus grand nombre de Tcas. Ce procédé est indiqué dans les cas d'excitation motrice, de délire avec agitation, de délire peu intense, d'insomnie ; il n'est contre-indiqué que dans un petit nombre de cas, dans lesquels cette opération, quoique bien exécutée et répétée, ne donne aucun résultat. La technique suivie est celle que vous avez exposée dans votre ouvrage (partie II; chapitre 1er),
La durée de l'opéi'ation variait de une heure ou deux à une nuit entière, quand le malade s'endormait ou restait tranquille et à son aise dans le maillot, ce qui arrivait souvent. La durée movenne
MALADIES MENTALES 6u9
était de trois heui'es. l. 'opération terminée, on séchaitje inalade et on le mettait au lit, bien couvert. Fréquemment, le sommeil survient aussitôt après le début de l'application, tantôt agité, tantôt assez calme pour pouvoir se prolonger toute la nuit, sans qu'on retire le maillot. Habituellement, le malade se fatigue d'êti'e enve^ loppé et demande à sortir du maillot au bout de quelques heures ; dans ce cas, on est en droit d'espérer que le sommeil se continuera, plus ou moins interrompu suivant les circonstances, durant le reste de la nuit. II est bien rare que l'infirmier signale que le malade n'a pas dormi pendant une nuit au commencement de laquelle on a appliqué à celui-ci un maillot humide. Je pourrais citer un grand nombre de sujets, chez lesquels le sommeil provoqué par l'application du maillot humide durait beaucoup plus longtemps que celui qu'ils avaient d'habitude avant l'adoption de cette méthode; et ce résultat ne pouvait èti'e attribué à aucun autre agent hypnotique. Les cas traités de la sorte appartiennent aux formes suivantes: Folie maniaque dépressive, dans les deux phases ; démence précoce (c'est dans la forme eatatonique que l'on obtient les meilleurs résultats) ; délire sénile ; délirium tremens ; neurasthénie. Je suis convaincu que l'emploi du maillot humide dans des cas bien sélectionnés, appartenant aux formes que nous venons de mentionner, amènera toujours une augmentation de la durée du sommeil et une diminution de l'agitation motrice; et je suis persuadé qu^e cette méthode ne possède aucun des inconvénients que l'on a le droit de reprocher aux hypnotiques chimiques. On l'applique facilement dans un asile d'aliénés ; sauf dans des cas rares, elle n'exige pas la présence d'un infirmier spécial, ce qui lui donne un avantage sérieux sur le bain chaud. Si on l'emploie sans discernement, d'une façon routinière, il est vrai, elle sera utile à (pelques malades et nuisible aux autres, à ceux dont l'agitation empêche qu'elle ne soit appliquée convenablement. Et cependant, même chez ceux-ci, lorsqu'on exécutera l'opération avec soin, sa répétition amènera une sédation.
B. — Emploi de U hydrothérapie comme tonique vaso-moteur. — Un grand nombre des malades reçus à Danvers présentent des troubles de la nutrition et de la parésle des vaso-moteurs, à un degré i)lus ou moins marqué, état qui se manifeste par un affaiblissement des contractions cardiaques, du refroidissement et de la cyanose des extrémités, de la moiteur visqueuse de la peau. Ces malades n'ap-^ partiennent pas à des formes mentales particulières, mais se répartissent dans presque toutes les classes de psychopathes. Les appli-
660 PRATIQUE DE l'hYDROTHÉRAPIE
calions hydiiatriques auxquelles on les soumet dans la salle de douclies leur sont presque toujours utiles, et eux-mème le plus souvent en apprécient beaucoup les effets.
On gradue soigneusement ces applications en tenant compte des facultés réactionnelles de chaque malade. On formule les prescrip- 1|ions les plus variées, depuis les plus douces jusqu'aux plus énergiques. S"agit-il de femmes neurasthéniques et pusillanimes ? On commence par leur appliquer le drap mouillé ruisselant avec massage, dans leur quartier ; après avoir employé de Teau à 73° F. (23, 8" C), on abaisse progressivement la température jusqu'à 60° F. (lo, 3o C); au bout de quelques jours, on administre un bain d'air chaud de cinq minutes, suivi d'une douche en éventail d'une durée de dix à soixante secondes, entre 90" et 70° F. (32,2° et 21, loC), après laquelle on fait une friction vigoureuse, pour favoriser la réaction; à la suite de l'opération, lorsque la chose est possible, on prescrit à la malade une promenade au grand air. Dans la plupart des cas on peut commencer le traitement en formulant la prescription hydriatrique de la façon suivante : Bain d'air chaud jusqu'à ce que la sudation apparaisse (nos caisses donnent une température de 170'' à 180° F. (76,6° à 82" C). Douche en cercles ou douche en pluie, ou les deux combinées, à 100° — 90° F. (37, 8°— 32, 2" C), d'une durée de trente à soixante secondes. Douche en éventail, à 93° — 83» F. (33o — 29, 5° C), de trente à soixante secondes. Douche en jet sur la colonne vertébrale, à 80° — 60° F. (26, 6° — 13, 3o C), de cinq à vingt secondes, sous une pression d'une à trois atmosphères.
On administre d'abord les applications hydriatriques deux fois par semaine, puis à intervalles plus rapprochés, et enfin cliaque jour.
La prescription que nous établissons au début du traitement se range, le plus souvent, entre les prescriptions types que nous avons indiquées ; on modifie la durée de chaque opération, la température et la pression de l'eau employée, suivant les indications. Habituellement, on prolonge le traitement plusieurs mois. Ce traitement détermine une augmentation du tonus des vaso-moteurs et une amélioration de l'état de la nutrition, qu'il est facile d'observer. On associe parfois à l'hydruthérapie l'usage des toniques amers, de la strychnine, etc. Dans la plupart des cas se produit une amélioration de l'état du malade, qui se traduit par une augmentation de la force des contractions cardiaques et une diminution de leur fréquence, une élévation de la tension artérielle, la disjiarition dr la cyanose et de la stase circulatoire périphérique.
C. • — Emploi de Vhiidrolhérapie comme agent favorisant les cliinina-
tions. — L'iiydrotlu'iai)!!' a cortainemenl une action éliminatrice iortulilt' dans les cas de délire d'origine rénale et de psycliose postiniVctieuse ; mais c'est dans le groupe des psychoses alco<dit[ues ([u'clle donne, à ce point de vue, les meilleurs résultats. La plupart des alcooliques arrivent à l'asile en proie à des accès d'alcoolisme aigu ou de délirium tremens. et leur état se trouve souvent aggravé du l'ait ({u'ils sont restés enfermés de deux à cinq jours dans les cellules d'un poste de police, gardés en observation et attendant qu'on ait statué sur leur sort.
Ils entrent à l'asile en plein délire, avec des hallucinations actives, dans un état de nutrition insuffisante, présentant de l'alfaiblissement du cœur et des troubles gastriques. Presque tous doivent guérir, avec ou sans hydrothérapie , cela n'est pas douteux. Cependant, je suis persuadé que l'on olitient plus rapidement l'apaisement du délii'e, dans la période hallucinatoire et que l'on écourte la période de convalescence que nécessitent les troubles dépendant de l'intoxication, loi'S({u'on use des opérations hydriatriques.
Dans le cours de ces quatre dernières annéeS; on a reçu à l'asile cent soixante-dix-huiL malades présentant des manifestations diverses d'alcoolisme. Soixante-dix pour cent, environ, de ces malades étaient atteints de délirium tremens ; parmi eux il se produisit un décès. Le malade dont il s'agit se trouvait dans un état très grave au moment de son entrée, etavait une bronchite sérieuse. Un autre de ces malades, qui avait fait de grands excès de boisson, et qui -était atteint d'une pneumonie lobaire au moment de son internement, succomba, bien qu'il n'eût présenté aucun symptôme caractéristique de délirium tremens.
Un grand nombre de ces cas d'alcoolisme se sont compliqués de troubles divers, principalement d'affections pulmonaires et de troubles d'origine rénale. La mortalité très peu élevée qu'ils ont donnée -est un excellent argument en faveur du traitement que nous avons employé le plus habituellement. Ce traitement était le suivant : On combat d'abord le délire en administrant un mélange contenant de la morphine, du bromure de potassium et du chloral. Dès que l'état du malade le permet, on applique le maillot humide; sous l'intluence de ce traitement, le malade s'endort pour plusieurs heures d'un sommeil tranquille ; ce sommeil survient généralement dans les quarante-huit heures qui suivent l'entrée. On continue le maillot humide, jusqu'à ce que le sommeil calme, naturel, soit revenu, ce qui se produit, ordinairement, de la deuxième à la cinquième nuit. Dès l'arrivée du malade, on lui administre un purgatif salin qui rétablit le fonctionnement de l'intestin. On lui donne ensuite des bois-
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sons, souvent en très grande quantité, auxquelles on ajoute, lorsqu'il est nécessaire de stimuler le cœur, du whiskey de la strychnine, etc. Le traitement symptomatique est établi suivant les indications. Habituellement, avant la lin de la première semaine, le malade est préparé à recevoir le traitement par les douches. On administre les douches d'après les règles que nous avons mentionnées plus haut, enles faisant précéder d'un séjour danslebain d'air chaud, afin de déterminer une sudation abondante. C'est en administrant de la sorte le maillot humide et la douche de deux à cinq fois par semaine, qu'on fera donnera l'hydrothérapie son maximum d'action éliminatriee.
Voici les données statistiques concernant les vingt-cinq derniers alcooliques que nous avons traités par la méthode hydrothérapique. — Nombre moyen de séances de traitement pour chaque cas : 1&,1. Durée moyenne du traitement : 2,12 mois. Augmentation moyenne du poids de chaque malade : 6 kg. 500. En même temps que l'augmentation du poids, on constate une amélioration dans l'état des fonctions cardiaques et digestives, et une disparition rapide des troubles mentaux. Les quelques autres toxicomanes que nous avons eu à soigner en ces dernières années ont été soumis au même traitement, et se sont guéris en peu de temps.
En terminant, j'ajouterai que nous avons souvent recouru à la doiiche écossaise dans les cas où les malades se plaignaient de douleurs rhumatismales ou névralgiques vagues; ceux-ci en éprouvaient un soulagement de leurs souffrances, réel, ou ]>eut-ètre imaginaire. L'état mental de ces malades ne permet pas de prendre en considération leurs affirmations sur ce sujet.
Le traitement par les douches, prolongé pendant un temps assez long, atténue considérablement les troubles vaso-moteurs pénibles qui accompagnent la ménopause; il diminue l'intensité et la fréquence des bouffées de chaleur et des impressions de froid alternantes qu'éprouvent les malades; il rétablit le tonus des vasomoteurs. . .
« Je vous prie d'agréer mes remerciements pour la bienveillance que vous m'avez témoignée lorsque je suivais votre enseignement, et de me croire votre dévoué
« H. W. Mitchell, Médecin assi/^tant. »
Le D"" Me Gugan, dans un travail basé sur de nombreuses observations (1) recueillies au Mirhigan State Asi/him. à Kalamazoo, expose de la façon suivante le traitement des formes
(1) American Medicine, 22 février 1902.
aiguës de la folie. Ce traitement répond à trois indications différentes qui sont : lo éliminer les produits de l'usure des tissus; 2° limiter autant que possible les dépenses d'énergie; 3" fournir des matériaux nutritifs aux cellules nerveuses.
« L'hydrothérapie est une ressource précieuse dans le traitement de ces formes aiguës des maladies mentales. C'est l'agent thérapeutique le plus efficace, et celui dont l'emploi est le plus général. Elle produit des efïets de trois ordres: l** des effets sédatifs ; 2° des effets toniques; 3" des effets éliminateurs. Lorsqu'on veut déterminer une sédation, on a recours au bain tiède prolongé ou au maillot humide tiède ; on y laisse le malade deux heures ou plus. Ces moyens sont indiqués dans l'insomnie et dans l'agitation psycho-motrice, en rapport avec des états d'excitation ou des états de dépression. Quand il s'agit de produire des effets toniques on emploie le maillot humide froid que l'on maintient quinze minutes, ou bien le bain général chaud, ou le bain de pieds très chaud d'une durée de dix minutes, que l'on fait suivre d'une douche en pluie froide. On peut faire usage de ces procédés dans tous les états dépressifs, qu'ils appartiennent à la mélancolie pure, à la démence au début ou à la paralysie générale. S'il est utile de favoriser les éliminations, on fait intervenir le bain chaud ou le maillot tiède, après lesquels on pratique une friction à l'alcool. « De tous ces procédés, ceux qui répondent le mieux aux indications générales sont le drap mouillé et le maillot humide, tièdes ou chauds, suivis d'un massage. Ils amènent le sommeil dans presque toutes les formes de l'insomnie; ils constituent un mode de contention autorisé dans les cas oii il existe de l'excitation motrice ou de l'agitation violente; enfin, ils représentent un des moyens les plus efficaces pour augmenter l'élimination par la peau. Leurs premiers effets sont sédatifs ; leurs effets terminaux sont toniques. Leur emploi est indiqué tant dans les états d'excitation que dans les états de dépression. Lorsqu'on en confie l'exécution à des personnes expérimentées, ils ne sont contre-indiqués que dans quelques cas à peine. Il est facile d'apprendre à les appliquer, et les matériaux dont ils exigent l'emploi se trouvent dans les milieux les plus pauvres. »
Dans le rapport pour l'année 1902, publié par YEastern Maine Insane Hospital, le D'' G. W. Poster, directeur de cet asile, écrit les lignes suivantes :
« Il est peut-être permis de dire, sans exagération, qu'aucun
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des cas que Ton traite par l'hydrothérapie ne manque d'en bénéficier, au point de vue de la nutrition générale. Parmi les effets thérapeutiques variés que fournit cette méthode, il n'en est probablement aucun qui soit aussi constant que celui-ci, ni qui exerce une action plus marquée sur les différents organes : quelques-uns de nos malades, en effet, engraissent au point d'atteindre un poids auquel ils n'étaient jamais arrivés auparavant. L'hydrothérapie exerce sur le cœur et les parois des vaisseaux sanguins une action, dont il est facile de juger d'après l'augmentation du tonus vasculaire et de la souplesse des vaisseaux; elle supprime, jusqu'à un certain point, les effets des altérations scléreuses des vaisseaux et arrête manifestement le développement de celles-ci. Il est difficile, sans aucun doute, d'établir d'une façon précise qu'il en est ainsi; mais nous avons l'impression très nette que les choses se passent de la sorte, après avoir constamment employé l'hydrothérapie, pendant près de dix années, dans les cas les plus différents. J'appelle sur ce point l'attention des médecins qui appliquent cette méthode, afin qu'ils confirment l'exactitude de mon observation, ou lui apportent des correctifs. Quant à l'action que l'hydrothérapie exerce sur les neurones, dans leurs différentes parties, je suis persuadé qu'elle est plus directe et plus marquée que Faction de tous les agents thérapeutiques dont nous pouvons user. (Voir le rapport pour l'année 1897 du Government Hospital for the Insane.)
« Nous avons traité, dans le courant de l'année, une série fort intéressante de cas de manie, dans lesquels les troubles mentaux semblaient en rapport avec des complications rénales aiguës ainsi que d'autres symptômes nerveux et cérébraux à forme grave.
« J'ai sous les yeux les observations cliniques de six cas, dont la symptomatologie est à peu près la même et qui sont sous la dépendance d'une affection rénale. Je possède, d'ailleurs, d'autres observations de cas plus ou moins analogues; mais les malades dont je viens de parler figurent tous au nombre de ceux qui sont sortis guéris de l'établissement pendant l'année.
« lies symptômes présentés par ces malades sont ceux de la manie délirante aiguë : langue sèche et noire, accélération du pouls, élévation plus ou moins marquée de la température, excitation motrice, délire actif et insomnie persistante, jtarfois aussi, stupeur plus ou moins accentuée. Les cas de ce genre.
comme on le sait, évoluent rapidement vers l'épuisement et la mort.
« Les troubles d'origine rénale consistent en une diminution considérable de la quantité d'urine excrétée, en une rétention souvent complète, exigeant le cathétérisme, en une réduction marquée delà quantité d'urée excrétée quotidiennement (quantité qui peut s'abaisser jusqu'au quart de la quantité normale, et même à moins), le métabolisme restant cependant beaucoup plus actif qu'à l'état normal; en outre, l'urine contient de l'albumine, des cylindres ou du sang, et parfois ces divers éléments anormaux en même temps.
« Ce complexus symptomatique se présente comme un problème délicat au médecin. L'histoire clinique des malades que nous avons observés donne à penser que les troubles mentaux graves qu'ils ont éprouvés avaient des rapports d'efïets à cause avec la suppression de leurs fonctions rénales. Ces troubles mentaux, en efîet, ont cessé progressivement à mesure qu'un traitement local amenait le rétablissement progressif de ces fonctions. Les données théoriques et les données expérimentales que l'on possède ne justifient que dans une faible mesure l'administration de médications chimiques. Les diurétiques peuvent être dangereux; alors même qu'ils augmentent la quantité d'eau excrétée, ils n'ont aucune action utile, si les reins restent engorgés et si les cellules sécrétoires ne recouvrent pas leurs fonctions.
K Dans les cas de ce genre que nous avons reçus à l'asile, nous avons employé avec avantage le maillot humide, froid, partiel, appliqué sur la région lombaire et l'abdomen ; cette méthode nous a semblé constituer un traitement salutaire, dont l'efficacité se fait sentir très rapidement ; le maillot froid général et le bain froid sont également utiles ; l'eau dont on se sert est habituellement à la température de 70'^ F. (21,1'^ C).
« On laisse le maillot partiel en place d'une façon continue, en le renouvelant trois ou quatre fois par jour, jusqu'à ce que la quantité et la constitution de l'urine excrétée soient à peu près normales. On constate ordinairement une amélioration manifeste dans les vingt-quatre heures, ou, au plus tard, dans les quarante-huit heures. Il peut être nécessaire de continuer l'application de deux jours à cinq ou six jours. Lorsqu'on a interrompu l'emploi du maillot partiel, on applique chaque jour, pendant quelques semaines, un maillot général froid, à 70° F. (21,1° C.) d'une heure et demie.
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« Lorsqu'il se produit une élévation de température, on administre un bain froid, qui agit comme stimulant et comme anti-thermique.
« J'avoue que , si je prenais connaissance de publications concernant des résultats comparables à ceux que je viens d'indiquer, qui auraient été régulièrement obtenus dans le traitement d'une maladie grave, je n'en accepterais les conclusions qu'après un examen minutieux. Aussi ne m'étonnerai-je pas, si quelqu'un refuse de prendre en considération celles que j'apporte. Je me contenterai de répondre qu'il est facile de les vérifier, et qu'on dispose toujours des moyens de le faire. Dans les cas qui nous occupent, aucune autre méthode thérapeutique ne peut nous donner de résultats sérieux ; et, si on abandonne lamaladie à sa propre évolution, le pronostic en est certainement très grave.
« La congestion rénale, active ou passive, ne contre-indique pas l'emploi du bain de baignoire à 70''F. (21,1°C.), si on n'en prolonge pas imprudemment la durée. Au contraire, le bain est salutaire dans ces conditions. C'est un fait qui a été démontré à propos de la néphrite de la fièvre typhoïde. Toutefois, tant qu'il ne s'agit que d'une néphrite isolée, on doit donner la préférence au maillot local, procédé plus efficace et plus commode. Le bain général calme l'excitation et atténue les troubles nerveux, si la température est au-dessus de la normale; on peut donc l'employer concurremment avec le maillot. Je puis dire,d*une façon générale, qu'iZ n'existe, à ma connaissance, aucun nrjcnt diurétique, qui soit aussi efficace, aussi sain et aussi fréquemment utilisable que le maillot local. »
Je souhaite que les citations assez étendues que je viens d'emprunter, avec des observations cliniques détaillées, aux rapports publiés par des asiles américains, mettent bien en évidence, aux yeux du lecteur, l'importance d'une technique précise. La négligence que l'on apporte dans l'exécution de la technique del'hydrothérapie a pour effet d'en faire abandonner l'emploi. Ceux qui considèrent l'usage thérapeutique de l'eau comme une chose si simple qu'il est inutile d'y apporter quelqueinslruction et quelque discernement, feront bien deméditer les remarques formulées par le D'' Foster (voir page 664).
Nousciterons, maintenant, quelquesextraits d'auteurs étrangers qui font autorité, à l'appui de ce que nous avons dit de l'importance de prescriptions bien définies en vue de chaque cas
particulier. Dans le manuel de CJimral Psychiatrie de Deffendorf, adaptation de l'ouvrage de Knopelin, Lehrbuch der Psychiatrie, l'hydrothérapie estprésentée comme une méthode de grande valeur, qu'on peut utiliser dans le traitement de presque toutes les maladies mentales curables.
« Psychoses par épuisement. — Le meilleur moyen d'amener le calme cliez le malade, dans ces états, consiste à lui administrer un bain à 00-100° F. (32,20-37,8° C), de quinze minutes, ou un bain pi'olongé de plusieurs heures, avec compresses froides sur la tète. Lorsque le malade manifeste des craintes à l'égard du bain et qu'il est nécessaire de l'y maintenir, le bain est à peine utile. Dans les cas de ce genre, on peut associer au bain l'emploi du bromhydrate d'hyoscine, en injection hypodermique, à dose d'un quart de milligramme à un demimilligramme, ou du sulfonal à dose d'un gramme. Habituellement les hypnotiques sont contre-indiqués.
« Neurasthénie acquise. — L'isolement du malade réalisé, on doit combattre l'insomnie mais, avant de recourir aux médications chimiques, on doit essayer avec soin les méthodes hydriatriques. Parmi celles-ci, les plus utiles sont : le bain chaud prolongé, <à 98°-100°F. (36,7''-37,8oC.), de trente à quarante-cinq minutes; la douche en pluie, la douche ordinaire et le drap mouillé ruisselant. Cette dernière opération, qu'il est possible d'exécuter au domicile du malade, consiste à administrer au malade, qui se tient debout dans de l'eau chaude, ou sur une surface sèche, et dont la tête est recouverte d'une compresse froide, une ablution à 8,50-75'^F. (29,3''-23,8°C.), puisa lui appliquer un drap mouillé ruisselant, qu'on a imbibé d'eau à7.5'^-o.j°F.(23,8''-12,8°C.); en outre, l'infirmier frictionne le malade, jusqu'à ce que la réaction se produise. La douche telle qu'on l'administre dans les établissements hydrothérapiques est un procédé de grande valeur.
« Morphinisme. — L'agitation la plus violente et l'insomnie cèdent souvent à des applications de compresses glacées sur la tète.
« Démence précoce. — L'insomnie du début peut être combattue par les bains tièdes; aux états d'agitation les bains chauds prolongés conviennent mieux. Dans certains états d'excitation extrême, en particulier dans la forme catatonique, le simple bain chaud, parfois, ne produit pas de sédation ; en ce cas, on peut employer avec succès le maillot humide froid, que l'on applique d'abord après avoir administré du trional, etc.
'( Mélancolie. — Le meilleur moyen dont on dispose pour allénuer l'insomnie, qui est si fatigante dans la mélancolie, et qu'on a souvent tant de peine à combattre, est le bain chaud à 98°-100oF. (36,70-37,8° C), qu'on peut faire durer une heure. Bien administré, il dispense, dans beaucoup de cas, d'employer les hypnotiques, dont l'usage est toujours imprudent, à cause de la longue durée de la maladie.
« Folie maniaque-dépressive. — L'activité qu'on laisse au malade ne fait qu'augmenter son excitation; aussi est-il indiqué delà réduire le plus possible. L'une des meilleures manières d'arriver à ce but, c'est de maintenir le malade au lit, surtout quand il existe de l'anémie et de la débilitation. Lorsque l'agitation est intense, les bains chauds prolongés donnent d'excellents résultats ; toutefois, il est nécessaire, dans certains cas, pour habituer le malade au bain, de lui faire prendre au préalable une dose de sulfonal, etc., pendant quelque temps ; ceci fait, le bain chaud, bien administré, amène souvent une sédation chez le malade le plus agité, et rend inutile, ensuite, toute médication chimique. Après que l'agitation a disparu, il y a avantage à continuer les bains prolongés, tout en accordant plus de liberté au malade. »
Les citations que l'on vient de lire ontune valeur toute par ticulièreà mes yeux. Elles appartiennent, en effet, à un auteur qui possède une connaissance pratique des procédés qu'il recommande, comme l'indiquent les détails qu'il fournit dans son ouvrage sur l'exécution de ceux-ci, àla différence de quelques autres qui parlent de l'application de l'hydrothérapie au traitement des maladies nerveuses, d'après leurs lectures, sans avoir bien compris le mode d'action des opérations conseillées par eux. Krœpelin préconise, en maintes occasions, les effets du bain chaud prolongé et, contrairement à l'usage regrettable adopté par beaucoup de ses confrères aliénistes, il ne manque jamais d'en indiquer d'une façon précise la température. Le lecteur fera doncbien d'étudier attentivement la technique de ce procédé, que nous avons exposée page 2U0. Dans l'administration du bain chaud prolongé, on doit toujours veiller scrupuleusement à ce que la température reste constante. Il faut aussi que le lit du malade soit bien chauffé avant que celui-ci y soit transporté. Enfin on n'omettra pas de frictionner le malade pour le sécher et on se servira d'un drap de toile bien chaud pour l'envelopper, afin d'entretenir l'hyperémie cutanée; car ce phénomène joue un rôle essentiel dans la production
des effets que Ton attend de l'opération. Lorsqu'un malade passe d'un bain à lOO^F. (37,8''C.) dans une atmosphère à 70" F. (21,1° C), les vaisseaux de la peau se contractent, à moins qu'on n'atténue la brusquerie de cette transition en enveloppant le malade d'un drap très chaud et en le transportant rapidement dans un lit chaufïé. Il arrive fréquemment qu'on néglige cette précaution, dont la nécessité est pourtant bien évidente, et l'opération, qui devrait produire une action sédative marquée, ne donne aucun résultat.
Un travail récent, dans lequel Kéraval(l) résume les méthodes hydriatriques employées par Krœpelin, nous fournira quelques lignes qui aideront à bien comprendre la conception de cet auteur. Krœpelin laisse les malades agités des semaines et des mois dans un bain à 34''C. La manie et l'agitation de la paralysie générale sont les deux principales indications de la méthode. On a parfois quelques difficultés, il est vrai, à maintenir les malades dans le bain ; néanmoins, dans le plus grand nombre des cas, on peut y arriver avec de la patience et de la persuasion, ou en employant le sulfonal ou Tliyoscine. Dans la catatonie, Krœpelin préfère l'emploi du maillot humide. Le bain continu agit de la même façon que le repos au lit, seulement il agit beaucoup plus rapidement. Tous les aliénistes allemands ne sont pas encore persuadés de la supériorité de la méthode de Krœpelin. Certains objectent qu'elle est d'une exécution difficile, que son application est onéreuse, et enfin, qu'elle' empêche de mettre le malade dans un isolement parfait. Mais d'autres auteurs préconisent le bain prolongé et lui accordent le mérite d'augmenter les échanges organiques. A tout prendre, l'emploi des bains continus, appropriés à chaque cas en particulier, est une acquisition utile de la thérapeutique des maladies mentales, tandis que les douches que l'on administrait autrefois constituaient une méthode brutale, qu'on a eu raison d'abandonner.
Weygandt (2) recommande les bains continus. « Les bains continus sont extrêmement utiles dans les états de grande excitation. Il faut, parfois, plusieurs jours pour habituer les malades à ce procédé, auquel ils se soumettent ensuite avec plaisir, en particulier les maniaques, les catatoniques, les paralytiques et les délirants. Le bain doit avoir une température
(1| Revue de Thérapeutique, n» 11, 1902.
(2) Wej-gandt et Roubinovitch, Atlas manuel de Psychiatrie.
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de 35''C. et une durée de dix à douze heures ; on peut donner ses aliments au malade, alors qu'il se trouve dans le bain. Pour les malades affaiblis, il est nécessaire de disposer un hamac dans la baignoire. Le bain n'amène aucun trouble de la menstruation. L'usage du bain continu est surtout utile dans le cas où il existe des escarres, dont il amène la cicatrisation avec une rapidité remarquable ; dans le cas où le malade a des plaies, ou a subi de petites opérations, également. On ne doit pas mettre d'antiseptique dans le bain, de peur que les malades n'en boivent l'eau. Cliez les malades cachectiques, l'appétit augmente parfois beaucoup. »
W. Alter(l), dans un article sur l'emploi de l'hydrothérapie dans le traitement des psychoses, analyse d'une façon très claire les avantages du bain continu d'une durée d'une à douze heures, et du maillot humide d'une dui'ée d'une à douze heures. Il considère le bain continu d'une heure à six heures comme un excellent moyen de combattre l'insomnie dans les accès d'excitation des paranoïaques, et chez les déments précoces à forme hébéphréno-catatonique. Les bains prolongés (d'une durée d'au moins douze heures} rendent des services remarquables dans les psychoses hystériques. Dans tous les étals d'agitation intense, le bain continu se comporte comme un agent thérapeutique absolument souverain. Il n'arrive jamais qu'on soit obligé d'abandonner ce procédé, parce qu'il ne donne pas de résultat. W. Aller a administré 752 bains de 12 heures ; 33 de 24 heures ; 39 de 36 heures ; 6 bains de deux jours ; 16 de trois jours ; 4 de quatre jours ; o de cinq jours ; 1 de six, 1 de huit, 1 de quatorze, et 1 de trente-deux jours. La grande majorité de ces bains furenl administrés à des paralytiques généraux et à des maniaques apparlenant à la folie maniaque-dépressive. Le bain continu est la meilleure méthode à appliquer, quand il sagit de malades négligés, malpropres ; il donne alors des résultats souvent étonnants. Lorsqu'il peut le faire, Al ter assiste aux bains de jour ; dans la plupart des cas, ces bains assurent de bonnes nuits au malade. Le maillot humide (31° à 3i^'G.), d'une durée qui peut aller jusqu'à douze heures, a une action très favorable chez les paralytiques à demi tranquilles, qui ont de l'insomnie. Un grand nombre préfèrent le maillot au bain. L'emploi du maillot est indiqué pour les mélancoliques très hallucinés et agités. Il faut apporter beaucoup de discerne- Il) F or Isc/uil le der Medizui, n.° 3.6, 1903,
ment à la sélection des cas qu'on traitera de cette manière, et beaucoup de précision dans l'exécution de lopération. Alter pense que le traitement hydriatrique peut rendre le traitement cellulaire tout à fait inutile, et diminuer dans des proportions considérablesTadministration desmédicaments calmants. « Peu importe que riiydrothérapie soit dispendieuse : elle se montrera toujours avantageuse par ses résultais. »
Résumé. — J'espère que les renseignements cliniques que je viens de fournir sur l'emploi de l'hydrothérapie dans les maladies mentales décideront les aliénistes qui voudront bien me lire à étudier les principes de l'hydrothérapie, à en appliquer les méthodes avec précision, et à faire une place, dans leurs rapports et leurs publications, aux observations concernant les résultats qu'ils en auront obtenus. Je suis persuadé qu'ils trouveront dans l'hydrothérapie le moyen d'alléger leur tâche prolessionnelle et de rendre moins pénible pour eux-mêmes le traitement des malheureux aliénés.
Plusieurs asiles ont envoyé à Aew-York leurs médecins et leur personnel infirmier afin de leur faire donner un enseignement théorique et pratique de l'hydrothérapie. On a .pu se faire une idée, d'après la lettre que nous avons citée plus haut, des résultats qu'a donnés cet enseignement. Les publications du D"" Dent et du D'" Foster méritent qu'on s'y arrête ; on se figure volontiers qu'il n'est pas nécessaire d'apporter des connaissances spéciales, du discernement, de la précision, dans l'application des méthodes hydriatriques ; c'est là une erreur que ces aliénistes ont signalée en s'appuyant sur l'expérience étendue qu'ils possèdent ; on peut espérer qu'elle cessera de nuire, quand les médecins seront mieux renseignés sur la pratique de l'hydrothérapie.