CHAPITRE XXVII LA PRESCRIPTION HYDRIATRIQUE
On rencontre souvent, dans la littérature médicale, Tindicalion du traitement hydrothérapique formulée en des termes aussi vagues que ceux-ci : « ... le fer, la strychnine, l'hydrothérapie sont utiles... ». Cette manière de faire est tout à fait irrationnelle. Car l'hydrothérapie donne les effets les plus variés, et parfois des effets tout opposés, suivant la technique que l'on emploie. C'est ce qu'on a pu constater facilement à la lecture des chapitres précédents. Les procédés dont nous avons exposé la technique et le mode d'action doivent être prescrits en termes très précis par le médecin, et appliqués avec une parfaite exactitude par l'opérateur. Il n'est pas nécessaire, d'ailleurs, que le médecin connaisse dans le détail toutes les conditions que doit réunir un traitement hydriatrique pour être efficace ; il suffit qu'il possède parfaitementle mode d'action du procédé qu'il désire faire appliquer, qu'il ait une idée juste de la « loi hydrothérapique » qui régira les effets de ce procédé dans un cas donné.
Certaines règles générales méritent une attention toute spéciale. Un grand nombre de procédés, sinon la majorité, sont susceptibles d'être facilement exécutés au domicile des malades. C'est le cas, en particulier, dans les maladies aiguës, oii l'ablution, le demi-bain, le bain général, le maillot humide, l'affusion sont indiqués. Le médecin doit toujours avoir présente à l'esprit cette notion, qu'il est absolument nécessaire de déterminer une réaction suffisante, réaction qui varie suivant les indications thérapeutiques, et dont les conditions diffèrent d'une maladie à l'autre et d'un malade à l'autre. Dans les états chroniques, il faut encore plus de discernement : aussi un grand nombre de malades atteints d'affections chroniques sont-ils traités plus utilement dans des établissements hydrothérapiques, oîi ils trouvent des médecins et des infirmiers
LA PRESCRIPTION HYDRIATIUQUE 681
qui possèdent la praticfue des opérations hydriatriqiies. Il impoi'te de déterminer exactement les particularités constitutionnelles de chaque malade : âge, sexe, état des vaisseaux sanguins, degré d'excitabilité nerveuse. Par exemple, les malades avancés en âge, dont les vaisseaux présentent des lésions athéromateuses, ne doivent pas être soumis à des opérations de longue durée, qui exigeraient des tuniques fragiles de leurs artères des efforts trop considérables; les malades anémiques et ceux dont la nutrition est défectueuse ne doivent pas être exposés à des opérations qui .soustraient une trop grande quantité de calorique. En même temps, il faut savoir que l'on peut employer l'eau froide chez les anémiques, à condition que ce soit sous forme d'applications de courte durée, qui font intervenir une pression élevée ou une excitation mécanique énergique; dans ce cas, en effet, l'opération ne soustrait pas beaucoup de chaleur à l'organisme, et son action passagère entraîne une réaction qui a pour résultat de remplir les vaisseaux cutanés et de combattre les effeis de l'anémie.
Quelques malades présentent à l'égard de l'hydrothérapie une idiosyncrasie aussi manifeste que celle que l'on peut observer chez d'autres personnes à l'égard de certains médicaments chimiques. Malgré la pratique des anciens hydropathes,dontonne se méfie pas encore suffisamment à l'heure actuelle, je pense qu'ilestsage, dans tous les eus, de commencer un traitement en employant les procédés les plus doux, et de mettre de la prudence à augmenter la durée des opérations et la pression de l'eau, en même temps qu'on abaisse la température de celle-ci, jusqu'à ce que le pouvoir réactionneldu malade soit bien connu. L'eau est un remède si banal et qu'on applique si facilement que tout le monde paraît autorisé à l'employer. En réalité, la matière médicale ne renferme aucun médicament dont lemploi demande plus que celui de l hydrothérapie du discernement et une intelligence parfaite de Vétat du malade; c'estlà une notion que j'ai pu vérifier par des années d'expérience, etsur laquelle je crois de mon devoir d'insister.
L'emploi de l'hydrothérapie est une chose assez compliquée; il suffit, pour s'en rendre compte, de considérer ce fait qu'il comporte le « dosage » simultané de plusieurs éléments divers, ce qui n'existe pas dans l'administration des médicaments ordinaires. Aussi l'hydrothérapie peut-elle fournir une série beaucoup plus considérable d'eiTets variés qu'aucune autre méthode thérapeutique, en faisant agir l'eau soit à l'état solide.
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soit à l'état liquide, soit à l'état de vapeur, suivant telle ou telle technique; et, de cette façon, elle est susceptible de s'adapter aux états pathologiques les plus divers.
Moyens qui permettent de « doser » les effets des opérations hydriatriques. — Les principaux effets thérapeutiques de l'eau tiennent, comme nous l'avons indiqué, à son action thermique et mécanique sur la surface cutanée; par conséquent, c'est en modifiant la température, Vmlennté du choc mécanique et la durée de l'application, qu'on peut « doser» ces effets.
1. Température. — Chacun sait qu'une application d'eau à 40° F. (4,4° C.) a d'autres effets qu'une application à 110° F. (43,3° C). Mais on ignore, assez généralement, qu'il existe, entre ces limites extrêmes, une échelle très étendue d'effets différents, qui peuvent être tous utilisés pour le bien de l'organisme humain, et qu'il suffit de changer de quelques degrés la température d'une application pour en modifier considérablement le résultat.
2. Choc mécanique (pression). — On n'accorde pas une attention suffisante à ce fait, que la façon dont on applique l'eau sur la surface cutanée est pour beaucoup dans l'elfet obtenu. Je me contenterai de rappeler qu'on produit des effets tout à fait différentssuivant qu'on administre au malade un épongement ou une immersion (sans aucune friction), ou qu'on lui donne une application accompagnée d'une friction énergique, comme dans le bain de Brand. ou une douche sous une pression de deux atmosphères.
La douche filiforme de Lauriat, qui consiste en un jet très fin, envoyé sous une pression considérable, détermine une lésion de la peau, vésication ou même plaie. On la désigne sous le nom de moxa hydriatrique. Entre des effetsde cet ordre et ceux d'une douche administrée sous pression d'une demiatmosphère, on trouve une série très considérable d'effets différents, qu'une graduation intelligente de la pression permet d'obtenir, comme on l'a montré dans la partie clinique de cet ouvrage.
Dans une conférence (1) qu'un groupe de professeurs m'avait fait l'honneur de me demander pour le German Hospital de Philadelphie, je me suis servi derexpérience suivante pour
[\) Inlernational Clinics, vol. II, septième série, 1897.
LA rRESCRIPÏION IlYDRIATRIQUE 6>^3
donner une démonstration de laction de la pression dans les opérations hydrotliérapiques.
On choisit un malade qui se trouvait, d'après un des médecins de rétablissement, leD"" Frese, dans un état de santé normal, bien qu'il fût syphilitique. On lui appliqua sur le dos une douche en jet à 80^^ F. (26,6" C), sous une pression de deux atmosphères, pendant, deux minutes. Dans toutes les parties qui recurent le choc de Feau. la peau prit une coloration vermeille; les artérioles cutanées s'étaient dilatées. Le sujet n'accusa pasune sensation de froid marquée, bien qu'il ne trouvât pas le traitement très agréable, n'étant pas habitué à semblable opération.
Lorsqu'on eut abaissé la pression du jet à 2 3 d'atmosphère, la peau rougit à peine ; mais, en portant la pression à deux atmosphères, on vit se dessiner sur la peau une ligne rouge, indiquant distinctement les endroits oii avait passé le jet. Cette expérience démontrait que l'appareil de l'hôpital nous fournissait une échelle de pressions dont un intervalle de 11 3 atmosphère séparait les degrés extrêmes, ce qui permettait de graduer facilement la force, et, par conséquent, Faction stimulante du jet sur les terminaisons des nerfs sensitifs et sur les vaisseaux de la peau.
Lorsqu'on eut remplacé, sous la douche, le sujet robuste de l'expérience précédente, par un malade émacié, atteint de tuberculose pulmonaire, qu'on venait de soumettre à un bain d'air chaud pour faciliter la réaction, on ne put provoquer qu'une faible rougeur de la peau, parce que la circulation de cet individu était affaiblie.
Ces expériences indiquaient, en même temps, qu'il est possible de modifier une opération liydriatrique suivant l'état de la personne à laquelle on l'applique.
3. Durée. — Les modifications que l'on fait subir à la durée d'une opération permettent également de graduer, de doser les effets de celle-ci. Si nous plongeons, une seconde, la main dans un seau d'eau à 40" F. (4, 4" C), et que nous la séchions après l'en avoir retirée, nous constatons qu'elle prend une coloration vermeille, qu'elle devient chaude et donne une sensation de bien-être. Si nous laissons notre autre main dans cette même eau, pendant cinq mmutes, nous éprouvons une douleur très vive; la peau se couvre de taches, se cyanose, et, quand on l'a séchée elle met un temps considérable à reprendre sa chaleur normale et à cesser de fournir des sensations
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désagréables. Cette simple expérience permet d'apprécier l'influence delà durée sur les résultats de Topération, quand la température de l'eau employée et l'état du sujet restent les mêmes.
4. Technique. — On possède encore un autre moyen de «doser « les effets thérapeutiques d'une opération hydriatrique, de les rendre plus ou moins énergiques. Ce moyen consiste à modifier la technique du procédé employé. Une ablution à 60° F. (13, 5» C ),par exemple, est une opération douce; car elle n'atteint que l'une après l'autre les différentes parties du corps; tandis qu'un bain général à la même température est une opération si énergique qu'on ne saurait la supporter ; un demi-bain à la même température et de la même durée a des effets moins intenses, etc.
Voici encore un exemple banal de la variété des effets que l'on peut obtenir en modifiant la technique d'une application hydriatrique. Lorsqu'il s'agit de ranimer un nouveau-né qui asphyxie, il suffît, dans les cas bénins, de lui asperger le visage et la poitrine avec de l'eau glacée. Si l'on n'obtient pas de résultat, on le frappe avec une serviette mouillée, c"est-àdire qu'on ajoute à l'action de l'eau froide l'intervention d'une action mécanique. Après l'échec de ce.procédé. on plonge l'enfant dans l'eau froide, ce qui réussit parfois. Enfin, lorsque l'enfant reste en état de mort apparente, on le plonge alternativement dans de l'eau très chaude et de l'eau froide, afin de provoquer une stimulation plus énergique des terminaisons nerveuses, stimulation qui se transmet aux centres nerveux et éveille la première inspiration réflexe, qui met en mouvement les rouages de l'organisme.
Cet exemple nous permet encore de faire comprendre qu'il importe beaucoup de tenir compte de l'état du sujet dans le choix du procédé : il est bien évident que l'opération qu'il convient d'appliquer au nouveau-né ne donnera aucun résultat dans un cas de fièvre typhoïde, tandis que le bain froid avec friction, qui fera tant de bien au typhique, serait fatal au nouveau-né.
Les échecs que donnent les méthodes hycjriatriques sont souvent imputables à des fautes de technique. Le médecin qui ordonne une opération hydriatrique doit en rédiger la prescription en termes précis ; et'l'opérateur, à qui l'on en confie l'exécution, doit appliquer la prescription avec exactitude.
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Erreurs le plus communément commises. — Afin de bien mettre en évidence l'importance d'une technique exacte, je vais indiquer quelques-unes des erreurs qui sont le plus habituellement commises par des médecins par ailleurs bien infoi-més. Je donnerai, à cette occasion, quelques exemples qui pourront être utiles au lecteur qui cherchera dans cet ouvrage un enseignement pratique.
L'histoire de la médecine nous apprend qu'il n'existe pas, dans notre arsenal thérapeutique, d'instrument qui ait inspiré aux médecins des opinions plus diverses que l'hydrothérapie. Portée aux nues à certaines époques, elle fui, en d'autres temps, complètement abandonnée. Aussi, en dépit de son ancienneté, elle n'a pas encore acquis une position solide parmi nos méthodes thérapeutiques ; bien que ses succès cliniques soient évidents, elle reste encore négligée de beaucoup de praticiens ; et, malgré qu'elle ait été adoptée par les maîtres les plus éminents, anciens et modernes, elle est encore mal connue d'un grand nombre, dans son histoire, son action, ses mérites.
Le principal obstacle qui s'est toujours opposé à la vulgarisation de l'hydrothérapie, c'est la négligence que l'on a trop souvent apportée dans l'exécution de ses procédés ; cette négligence a entraîné des insuccès qui ont découragé ceux qui avaient entrepris d'appliquer la méthode.
On va sûrement à un échec, lorsqu'on néglige les détails d'une opération hydriatrique. Or, le médecin qui apprécie un mode de traitement s'en rapporte à son expérience personnelle. Les échecs qu'il enregistre discréditent à ses yeux la méthode thérapeutique dont il attendait, sur la foi des expériences d'autrui, de bons résultats. Une prend pas garde, malheureusement, que ce nest pas la méthode qui est en défaut, mais l'appUcaiion qu'on en a faite.
Nos écoles de médecine, sauf de très rares exceptions, ne font aucune place à l'hydrothérapie dans leur enseignement ; on se contente de mentionner l'emploi de cette méthode dans les cours de thérapeutique (1). Quelques manuels de thérapeutique en exposent les règles d'une façon défectueuse. Voici un exemple de la manière dont on traite ce sujet ; nous l'empruntons à la treizième édition d'un traité justement réputé (page
(1) Depuis que nous avons écrit ces lignes, on a créé à Columbia Universiti/ une cliaire d'Hydrothérapie, qui donne des leçons cliniques trois fois par semaine.
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39), « le bain a pour objet d'abaisser la température ; quand il ne donne pas ce résultat, les eflels en sont nuisibles».
Aussi ne faut-il pas s'étonner que la plupart des médecins, les maîtres aussi bien que les praticiens, se contentent de notions fort imprécises sur les principes et la pratique de l'hydrothérapie, comme on peut s'en apercevoir en écoutant certaines discussions de nos sociétés ou certaines leçons des cours que fréquentent nos étudiants, ^'ous allons passer en revue quelques exemples qui mettent en évidence l'insuffisance de ces notions, et qui fourniront l'occasion d'indiquer quelles sont les fautes les plus communément commises dans l'application des procédés hydriatriques.
Dans un mémoire sur « le traitement de la pneumonie de l'enfant » (1), un éminent professeur s'exprime en ces termes, au sujet du bain froid : <(.Le meilleur anlithermique est le froid. Le bain froid, après avoir été beaucoup vanté, a été décrié et a dû céder sa place au bain chaud. Le mode d'action du bain froid s'explique par le refroidissement que subit la surface cutanée, et son immense réseau vasculaire. Tant que la circulation reste active, de nouvelles quantités de sang viennent constamment se refroidir à la surface, et font baisser la températuredu corps tout entier. Lorsque la circulation n'est plus assez active, le cœur faiblit, les extrémités se refroidissent, le bain froid devient dangereux. La règle que je formule depuis des années est celle-ci : Ne continuez pas les bains froids, lors- ([ue les extrémités restent froides ou fraîches après le premier bain. »
L'auteur de ce mémoire rappelle qu'il applique et enseigne cette règle depuis une vingtaine d'années. Il cite l'opinion quil exprimait autrefois sur ce sujet : « S'il est un procédé tiiérapeutique qui m'inspireune grande confiance, dans le traitement de la pneumonie, et en particulier de la pneumonie lobaire, lorsque la fièvre est élevée, c'est le traitement par l'eau froide (2). » Il s'élevait, dans l'article qui contenait cette phrase, contre le préjugé qui existait à cette époque contre l'emploi de l'eau froide. Ce préjugé, disait-il. l'avait fait exclure du personnel d'un hôpital auquel il appartenait. 11 annonçait que ce préjugé « allait disparaître, exactement comme avait disparu le préj ugé qui faisait redouter le grand air. >;
(1) Archives of Pediu tries, avril 1S'J3. (2; Médical Record, p. 25>9, 1S70. '
LA l'RESCRH'TION [lYURIATHlOL E 687
Ces prévisions ne se sont pas réalisées. Voici, en etîet, ce que disait en 1891, ï American System of Thevapcutics de Hare (vol. I, page 605) : « Il est étrange que les médecins américains, qui sont habituellement si prompts à expérimenter avec soin et persévérance toutes les méthodes thérapeutiques, aient tant négligé l'hydrotliérapie, et se soient même prononcéscon- Ire ses applications sans les avoir sutfisamment éprouvées. » L'éloquent plaidoyer du maître éminent, dont les médecins ont avec raison suivi bien souvent l'enseignement sur d'autres points, est demeuré stérile. L'hydrothérapie rencontre encore de nos jours, en Amérique; un préjugé aussi puissant que jamais. Où trouver la raison de ce fait ?
Cette raison nous n'avons pasà la chercher bien loin. Si l'auteur dont nous parlons avait donné des indications plus précises au sujet de la température, de la durée, de la fréquence des opérations, bains et maillots, qu'il recommandait, ses leçons auraient, je pense, porté leurs fruits, et sesimitateurs auraient obtenu les succès que lui avait fournis sa méthode. Cet auteur indique d'une façon minutieuse, dans son travail sur le traitement de la pneumonie, ce qu'il entend par hautes doses de digitale, et comment il juge utile d'administrer ce médicament et quelques autres. Mais lorsqu'il parle des bains, il laisse au jugement du lecteur le soin de régler les détails lesplus importants de l'opération, commele font de trop nombreux auteurs. Le danger d'une telle imprécision est manifeste. Beaucoup de lecteurs pensent que l'eau froide est exactement l'eau que leur fournit la canalisation de leur ville. Or àNew-York, la température de l'eau delà ville varie entre 45° F. (7,2° C.) en décembre, et 7ooF. (23,8oC.) en août. Ilestévident qu'on nepeutsoumettre indilTéremment l'organisme sensible d'un enfant à l'action d'une eau à 45» F. (7,2'' C) ou à 75» F (23,8» C.).Bien plus, il y a danger à administrer à un enfant un bain à 75° F. (23,8" C), et même un maillot humide confectionné avec des draps imbibés d'eau à une température inférieure à 60" F. (15,5° C). Les médecins,et en particulier ceux qui sont cliarrjés de renseignement, ont donc le devoir, lorsqu'ils parlent de traitement par Veau froide, ou plus correctement, de traitement par l'eau, d'indiquer des règles aussi minutieuses que celles qu'ils dominent lorsqu'ils parlent des médicaments chimi(iues. Les termes d' « eau froide », « eau chaude »,« eau tiède »,« eautrès chaude )>,ne désignent quedes températures imprécises sur lesquelles les auteurs ne s'accordent pas. 11 est, par conséquent, beaucoup plus scienlilique.
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d'abandonner ces termes et d'indiquer toujours le degré précis de température et la pression exacte de l'eau que l'on emploie, la technique adoptée, la durée de chaque opération, et la fréquence des séances de traitement. C'est là une règle que j'ai mise en pratique depuis bien des années. Je la formule toutes les fois que j'en ai l'occasion. En effet, comme je l'ai montré, l'efficacité des procédés hydriatriques dépend de la précision avec laquelle on les applique, et l'on ne peut espérer les voir partout adoptés que lorsqu'ils auront donné des résultats entre les mains de nombreux observateurs, se plaçant tous dans les mêmes conditions pour opérer.
On peut comparer avec la méthode d'enseignement défectueuse que nous venons de critiquer celle de A . Baginsky (1). Cet auteur, dans un travail qui porte sur trente cas de pneumonie observés chez l'enfant, donne les détails les plus minutieux au sujet des procédés hydriatriques employés, delà température de l'eau, de la durée des opérations, etc.
Nous allons citer, maintenant, un autre fait qui montre quelle opposition peut rencontrer l'hydrothérapie, opposition qui en retarde l'adoption et les progrès, et qui cause un véritable dommage aux malades.
En février 1889, je prononçai, devant la New York Médical Society, le premier plaidoyer en faveur de l'emploi delà métho- . de Brand dans le traitement de la fièvre typhoïde, qui se soit fait entendre dans une société scientifique de langue anglaise. Non seulement mes paroles ne recueillirent aucune approbations, mais elles furent nettement improuvées. Je n'en fus, d'ailleurs, nullement surpris. La veille du jour oîi je pris la parole, en effet, un jeune médecin, qui depuis est devenu un. professeur éminent, me disait qu'il ne consentirait jamais à appliquer une méthode aussi héroïque, parce qu'il avait vu, alors qu'il était interne, un de ses maîtres « tuer un malade » en l'employant. Comme je le questionnais, il m'apprenait que la prétendue méthode de Brand qu'il avait vu appliquer avaitconsisté h, envelopper le malade dansun drap, aie placer, sur une table à pansement, et à l'arroser d'eau glacée, jusqu'à ce que la température buccale eût indiqué un abaissement marqué. Ainsi ce médecin distingué se trouvait tout à fait prévenu contre une méthode de balnéation, dont ni lui, ni ses maîtres les plus réputés ne connaissaient rien, comme
(1) Archiu fin- Kinderheilhunde, IS'Jd, p. 13.
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la suite le démontra. Les uns et les autres considéraient l'abaissement de la température comme le but du bain froid, et désignaient sous le nom de méthode de Brand toute manière d'appliquer l'eau froide, méconnaissant ce fait que des techniques différentes produisent des etïets différents. Envelopper un malade d'un drap et l'arroser d'eau glacée, comme il fut fait dans le cas dont nous venons de parler, constitue un procédé très différent du bain froid qu'on doit administrer dans la fièvre typhoïde. Ce procédé ne répond pas aux nécessités auxquelles celui-ci satisfait. Lorsque le choc initial de l'eaua cessé, la réaction n'a pas la possibilité de s'établir, parce que l'arrosage d'eau glacée 'continue ; les vaisseaux de la peau et les formations élastiques du derme se contractent, comme le démontre le phénomène de la chair de poule qui apparaît ; le froid extrême qu'entretient le drap mouillé maintenu en place fait persister la contraction des vaisseaux, engourdit les nerfs sensitifs, et empêche la transmission du choc aux centres nerveux, alors même que celui-ci entraîne une certaine stimulation, comme cela peutarriver chezlesindividus les plus robustes. Comme cette technique défectueuse ne comporte pas de friction, elle ne peut produire en aucune façon les effets du bain froid. Dans le bain de Brand, la friction provoque la réaction et, enaugmentantl'étendue de l'aire vasculaire de la peau, elle amène le refroidissement d'une grande quantité de sang et elle diminue le travail du cœur. Le procédé que nous critiquons détermine bien un abaissement de la température de la peau, mais il chasse le sang vers la profondeur, favorise les congestions viscérales, et laisse le malade frissonnant, faible et cyanose.
Et pourtant le procédé en question pourrait rendre quelque service, si on l'appliquait en tenant compte de son véritable mode d'action. Ce qu'on doit se proposer en l'employant, c'est de stimulerle système nerveux , plutôt que d'abaisser la température. Si l'on asperge rapidement le corps avec de l'eau à une température non inférieure à 60° F. (1.3, .5° C), si l'on fait frictionner à l'aide duplat de la main, par un intirmier, chacune des régions que l'on vient d'arroser d'eau, si l'on poursuit ainsi l'opération, jusqu'à ce que chaque région ai'rosée, frictionnée, tapotée, réchauffée, cesse d'émettre de la chaleur, on prévient la contraction des vaisseaux cutanés et ses conséquences fâcheuses, on stimule les vaso-moteurs, on provoque une réaction dont la transmission au système nerveux central
Barucii. — Hydrothérapie. 44
69;) PRATIQUE DE L llYDROTUERAPIE
est salutaire (voir le Drap mouillé). C'est parce que la teclinique du procédé employé était défectueuse, c'est parce qu'on avait une conception erronée du mode d'action du bain froid dans la fièvre typhoïde, que le malade succomba dans les circonstances que nous avons indiquées ci-dessus. Ce fait méritait d'être rapporté avec quelque détail, car il renferme une leçon fort utile. Je suis heureux d'ajouter que le maître que j'ai mis en cause et son élève (1) ont appris l'un et l'autre à se servir de la méthode de Brand, qu'ils en suivent exactement la technique, sauf dans de rares exceptions, et qu'elle leur a donné de nombreux succès (:2).
Le praticien observateur ne mettra pas longtemps à se convaincre qu'il faut apporter beaucoup de jugement dans l'exécution de la technique de Brand. C'est seulement en appliquant correctement les règles formuléespar cet auteur, qu'on obtiendra les résultats analogues à ceux que celui-ci et quelques autres médecins ont obtenus : douze cents typhiques traités par les bains avant le cinquième jour ne donnant aucun décès. V. Ziemssen affirme que, toutes les fois qu'il s'est écarté de la méthode de Brand, il a eu à le regretter. Les cas que j"ai observés en clientèle, et auprès desquels j'étais appelé trop tardivement, m'ont laissé la même impression.
(11 Ce médecinm"ccrivait,le9décembre 1893, les lignes suivantes : « Lors- (|ue je commençai mun service à Tliùpital le l'^"' août dernier, je n'avais aucune expérience de la méthode de Brand, et je dois avouer que j'étais prévenu contre elle. Depuis lors, jai eu à traiter à l'hôpital cinquantedeux cas de fièvre typhoïde. Dans les huit dixièmes de ces cas, au moins, j'ai donné des bains de Brand. Maintenant, j'ai toute confiance en cette méthode. Je crois que la température du premier bain doit être plus haute qu'elle ne l'est habituellement, soit kKi" ou 80» F. (21, 1° ou 2(5, 6» C); on abaisse graduellement la température des bains suivants, de façon à ce qu'elle soit à Go-'F. (18, '■i''C.}, après une demi-douzaine de bains environ.
(2i Dans une communication que j'ai présentée au Congrès de Médecine de Carlsbad, en septembre 1902, dans la Section d'Histoire de la Médecine, j'ai rapporté le l'ait qu'on vient de lire. Je fis remarquer, à ce propos, que le bain de Brand n'était plus en usage à cette époque dans les hôpitaux allemands, bien que cette méthode eut été inventée par un médecin allemand et qu'elle se fût toujours montrée d'une efficacité salutaire, tandis ([lion l'administrait d'une façon courante dans les hôpitaux américains, he \y Sachs, de Dresde, soutint que mon aftirmation au sujet des hùpilaux allemands était inexacte, et lorsque je le mis au défi de me citer un hôpital en Allemagne où la méthode de Brand fût correctement appliquée, il me repondit (lu'on emi)loyait constamment, à Dresde, le bain froid dans le traitement de la fièvre typhoïde. Je lui objectai que, si tout bain de r.rand est un l)ain froid, tout bain froid n'est pas un bain de Brand. Je visitai, quelques jours plus tard, deux hôpitaux de Dresde. On y administrait le bain froid sous la form; que j'ai indiquée dans la note de la pa^'e 110.
LA PRESCRIPTION HYDRIATRIQUE 691
Les faits que je viens de rapporter suffisent à démontrer que certainsmédecins, même des professeurs et des cliniciens éminents, n'ont pu arriver aux résultats les plus satisfaisants, parce qu'ils se sont écartés de la technique la plus sûre, parce qu'ils ont modifié la méthode au gré de leur fantaisie, au lieu de l'expérimenter telle qu'elle leur était présentée. On ne demande pas que le médecin obéisse aveuglément aux préceptes de Brand, ou d'unauteurquelconque, mais, simplement, qu'on n'impute pas à la méthode de Brand, dont la technique est bien définie, les échecs que donnent les modifications de cette méthode. Par exemple, si l'on attend pour baigner le malade que le diagnostic ait été confirmé par l'apparition des taches rosées, on ne peut espérer même en appliquant exactement la méthode qu'il ne surviendra aucune des complications mortelles, que l'on peut éviter sûrement en administrant des bains de bonne heure. Toutefois, en ce cas, la mortalité sera encore moins élevée que si Ton donne les premiers bains au cours du deuxième ou du troisième septénaire, ou si Ion réserve les bains aux cas, où il existe une hyperlhermie très marquée, ou encore si l'on élève la température de l'eau pour donner satisfaction au malade ou à son entourage.
Il n'était pas inutile que je m'arrêtasse sur ce sujet. En efi'et, l'enquête étendue et consciencieuse que j'ai faite auprès des praticiens en Allemagne et aux Etats-Unis m'a convaincu que, s'ils n'apprécient pas à sa juste valeur la méthode de Brand et s'ils l'utilisent peu, c'est qu'ils l'appliquent en ne tenant pas compte de ses véritables principes, et altèrent gravement sa technique. Ce fait explique, sans doute, l'abandon où on laisse actuellement le bain de Brand en Allemagne. Curschman n'a-til pas incriminé cette méthode en disant qu' « il est dangereux d'employer des températures entre 10° et 13^ C. », alors que Brand n'a jamais prescrit un bain aune température inférieure àl5oR. (18,7'^C.)?
• Les médecins ont toujours attaché de l'importance à l'indication exacte des doses de médicament que l'on prescrit, du moment où elles sontadministrées et de la façon dont on les fait prendre, de la fréquence de leur répétition et même de leur mode de préparation. Je demande qu'on accorde une attention égale aux indications concernant les opérations hydriatriques que l'on ordonne. J'estime que c'est le seulmoyen d'empêcher que l'on abandonne l'hydrothérapie.
Une technique précise est aussi indispensable dans le trai-
692 PRATIQUE DE l'hydrothérapie
tement des maladies chroniques que dans celui des maladies aiguës. Malheureusement, le corps médical n'est pas encore pénétré de cettevérité. On s'en aperçoit à la lecture de certaines formules imprimées d'un établissement d'hydrothérapie. « Donner au porteur une douche, un maillot humide, un bain sulfureux, etc.. Il suffit que le médecin bifTe le nom des opérations qu'il ne prescrit pas. » Ecrirait-on : « Donner au malade une dose de quinine, de morphine, de sulfonal », sans spécifier la quantité exacte qui doit être administrée et la façon dont elle sera prise? Cette prescription paraîtrait absurde. Il n'est pas moins absurde d'ordonner un bain ou une opération hydriatrique quelconque, en s'abstenant d'indiquer la température et la pression de l'eau que l'on doit employer, la durée qu'aura l'opération, la technique qu'il faut adopter.
Dans un hôpital important, qui se vante de posséder un service hydrothérapique, on envoie souvent au doucheur, qui n'a aucune connaissance médicale, des prescriptions formulées de la façon suivante : « Donner une douche », en laissant entièrement à l'initiative de cet homme le soin de fixer la température, la durée et les autres détails de la technique. Je connais un médecin justement réputé qui adresse volontiers ses malades à un établissement privé avec l'ordonnance suivante : « Bain dair chaud et douche de Charcot. » Il se dispense d'indiquer la durée du bain d'air chaud, qu'on prolongera peut-être, au grand détriment du malade, jusqu'à ce que celui-ci tombe en défaillance, la pression, la température, la durée de la douche de Charcot, et si cette douche sera appliquée sur la colonne vertébrale seulement, ou sur le dos tout entier ; ce sont des opérateurs non médecins qui décident de toutes ces questions suivant leur propre inspiration.
On ne saurait trop insister sur l'intérêt qu'il y a à donner des indications précises sur la température, la durée, l'énergie mécanique d'une opération hydriatrique que Ton prescrit. Tout médecin comprend parfaitement que des températures différentes produisent des effets différents ; et, cependant, on se contente communément d'ordonner des « bains froids », des « bains tièdes », des « bains très chauds ». Par « bain froid » on entend bien souvent un bain auquel on n'ajoute pas d'eau chaude. Un bain de ce genre, à New-York, nous l'avons dit, a une température de io" F. (7,2" C.) au milieu de l'hiver, et une température de To" F. (23,8" C.) au milieu de l'été, ainsi que nous avons pu nous en rendre compte par des observations
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exactes faites à YHydriatric Institute. Il est inutile de dire qu'une ditTérence de trente degrés F. (17" C.) doit avoir pour conséquence une différence très considérable dans les résultats obtenus. Malgré cela, il est bien rare qu'on indique d'une façon précise la température prescrite. On reconnaît facilement, d'autre part, qu'une différence dans la durée des opérations hydriatriques doit entraîner une ditFérence dans la qualité de leurs effets. Mais il est un point sur lequel on a besoin de faire des observations précises pour bien en comprendre toute l'iniporlance ; c'est que l'action d'un bain diffère suivant qu'il est, ou non, accompagné de friction, l'action d'une douche suivant qu'elle est donnée avec une pression de deux atmosphères ou une pression de 1/3 d'atmosphère (1).
Une technique inexacte mène à des échecs dans le traitement des maladies chroniques, comme la méthode de Brand conduit à des insuccès quand on en modifie les règles. Je ne puis répéter trop souvent que l'on doit indiquer exactement la température, la pression, la durée de l'opération, la technique, dans une prescription hydriatrique, tout comme on indique la dose et le mode d'administration d'un médicament chimique, dans une ordonnance.
Le traitement hydrothérapique delà tuberculose pulmonaire va nous fournir un exemple, qui nous permettra d'insister sur ce sujet. Nous avons exposé, page o'ti, la technique à suivre dans cette maladie. Si l'on altère les règles de cette technique, si l'on soumet le malade, au début du traitement, à des températures plus basses et à des pressions plus élevées que celles que nous avons indiquées, ses facultés réactionnellesse trouveront insuffisantes, le résultat obtenu sera mauvais et détournera de prolonger l'expérience. Une jeune hydrothérapeute, qui revenait d'un voyage en Allemagne, m'exprimait son étonnement d'avoir vu une malade atteinte de tuberculose pulmonaire, qui augmentait de poids régulièrement, sous l'influence du traitement hygiénique et diététique, se mettre à maigrir après avoir reçu des douches pendant une semaine. Comme elle me demandait quelle pouvait être la cause de ce résultat, je répondis qu'« elle avait dû commettre quelque faute de technique dans l'administration des opérations hydriatriques qui avaient été prescrites à la malade »,
(1) Voir: «The Practical Application of Hydrothérapie », leçon clinique faite au Gennan Hospital de Philadelphie, par Simon Baruch, M. D.; International C^i«ics, juillet 1891, p. 203.
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Elle m'exposa en détail la mélhode qu'elle avait suivie, celle qu'on a adoptée à Monte fiore Home: dilater les vaisseaux cutanés au moyen d'un bain d'air chaud avant de donner la douche. Je lui demandai combien de temps elle laissait sa malade dans le bain d'air chaud. « Jusqu'à ce qu'elle transpirât abondamment », me répondit-elle. C'est là qu'était l'erreur. Dans la tuberculose pulmonaire et dans les autres affections où l'on constate une nutrition défectueuse et une tendance à l'amaigrissement, le bain d'air chaud a pour but de dilater les vaisseaux cutanés, afin de favoriser la réaction, et non d'augmenter les échanges organiques, ce qui a lieu lorsque la température s'élève d'une façon excessive et lorsque la sudation se produit. La façon de procéder, que l'on emploie dans le traitement de l'obésité, ne saurait convenir au traitement de la phtisie. La circulation est peu active chez les tuberculeux, on doit donc les soumettre à un entraînement progressif pour développer leur pouvoir réactionnel, à une discipline neurovasculaire quotidienne, pour ainsi dire; mais, il ne faut pas leur faire perdre de leur embonpoint.
Voici encore un fait dont on peut tirer quelque enseignement. Nous lisons, dans une leçon sur la neurasthénie publiée par un éminent professeur, les lignes suivantes :
« Le traitement par l'eau froide pratiqué le matin peut amener des modifications très heureuses dans l'état du malade. Je vous indiquerai plusieurs méthodes différentes, qui permettent d'appliquer le traitement chez tous les malades, qu'ilssoient pauvres ou riches, qu'ils soient jeunes ou âgés. On fait porter le choc de l'eau sur le sommet de la tête et sur la nuque. Le malade se place debout dans une baignoire, que l'on a remplie d'eau tiède sur un tiers de sa hauteur, afin qu'il ne prenne pas froid. Si la baignoire possède un appareil à douche, on fait tomber la douche en pluie sur la tête, puis sur la nuque du sujet. L'opération peut consister à frapper la nuque et la colonne vertébrale avec des serviettes imbibées d'eau très froide. Dans d'autres cas, le malade lui-même prendra une grosse éponge remplie d'eau froide, la placera sur sa tête et en exprimera l'eau, de façon à ce que celle-ci se répande le long de son dos. Aucun traitement n'exerce sur le système nerveux une action plus favorable que celle de l'eau froide, et la meilleure façon d'appliquer l'eau froide consiste à la faire couler d'une éponge. »
L'imprécision des règles formulées dans les lignes précéden-
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tes est manifeste. Elles représentent, d'ailleurs, assez bien ce qu'il ne faut pas faire ». La température de 1' « eau froide », dans certaines villes, varie entre 40" et 75° F. (4, 4° et 23, S^C.) suivant qu'on se trouve au milieu de l'hiver ou au milieu de l'été. Or, notre auteur ne fournit aucune indication au sujet de la température à employer. Il suffît de parler de faire couler de l'eau froide sur le corps pour donner le frisson. Un neurasthénique à forme irritable, auquel on administre une douche froide sur la tête et sur la colonne vertébrale, devient féroce ; un neurasthénique déprimé, au contraire, se trouve bien de la même opération, à condition qu'elle soit de courte durée et qu'on atteigne les basses températures graduellement.
On aperçoit encore mieux l'insuffisance des indications de l'auteur concernant les applications hydriatriques, quand on les rapproche des renseignements qu'il donne sur l'emploi thérapeutique de la strychnine et du phosphore. Dans cette dernière question, il est aussi explicite qu'on peut le désirer en ce qui concerne la préparation, la posologie, l'administration de ces médicaments. Il aurait dû suivre les mêmes errements en exposant les règles de l'hydrothérapie; indiquer la température de l'eau qu'il considère comme « eau froide » ou « eau très froide »; renseigner sur la pression à donner à la douche, qui sera une ondée glaciale sous une pression de quelques centimètres de mercure, et qui, sous une pression de deux atmosphères, réveillera et stimulera considérablement les nerfs vaso-moteurs ; dire quelle doit èire la durée de chaque opération, durée qu'on ne peut laisser à l'appréciation du malade sans exposer celui-ci à en recueillir des résultats fâcheux. En procédant de la sorte, il aurait fait œuvre utile. Je suis heureux d'ajouter que l'auteur dont je parle a publié, depuis, un ouvrage excellent, dans lequel les règles de l'hydrothérapie sont exposées avec exactitude et précision. Ce livre démontre que la propagande que l'on a faite en faveur de l'hydrothérapie scientifique porte ses fruits.
Un autre auteur, professeur éminent, lui aussi, conseille aux neurasthéniques de se placer dans un bain chaud, dont la température n'est pas indiquée d'une façon précise, dans lequel ils feront couler de l'eau froide, jusqu'à ce qu'il ait une température fraîche, cette température restant à déterminer suivant le jugement ou le caprice du malade. Cette méthode s'inspire d'une erreur très répandue, qui commande d'éviter le
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choc. Les médecins qui n'ont pas l'expérience de Fliydrotliérapie le redoutent toujours, quand ils ont à prescrire l'emploi de l'eau froide. Ils ignorent que la réaction 'que détermine le choc est précisément le hut des opérations hydriatriques, qui se proposent de tonifier l'organisme ou de stimuler le système nerveux, et que cette réaction est exactement proportionnelle au choc précédent.
Beaucoup de gens considèrent le bain le plus agréable comme le plus utile. C'est là une erreur que l'on ne retrouve pas, quand il s'agit de médications chimiques, d'électricité, de régime. Il est permis de rendre agréable une opération hydriatrique, en accoutumant progressivement les malades à supporter des températures de plus en plus basses, des pressions de plus en plus fortes, des séances de plus en plus longues. Mais il ne faut pas oublier, un seul instant, que le but que l'on poursuit est de provoquer la réaction, qu'on ne peut le faire sans déterminer un choc, que plus ce choc est intense, plus la réaction est efficace. On se rappellera, en outre, que ce choc est d'autant moins désagréable qu'il est plus bref.
Quand on aura bien compris qu'il s'ag-it d'augmenter la quantité de sang circulant dans les vaisseaux cutanés, d'activer la nutrition, de stimuler le système nerveux, on s'attachera à régler la technique, si l'on en possède bien les détails, de façon à obtenir, sans choc excessif, la réaction la plus favorable.
Pour arriver, en hydrothérapie, à des résultats précis et satisfaisants, il est donc absolument nécessaire de faire des prescriptions correctes. C'est un principe sur lequelon ne peut trop insister. Dans les maladies aiguës, comme la fièvre typhoïde et la pneumonie, le malade reste constamment sous la surveillance du médecin ; il est facile, dans ces conditions, de discerner ce qu'il y a de défectueux dans le traitement hydriatrique et d'en modifier la technique, ou encore de l'abandonner (ce que l'on fait d'ailleurs trop souvent, quand on ne comprend pas bien le but et le mode d'action des méthodes employées). Dans les maladies chroniques, une technique erronée peut causer au malade un préjudice considérable avant que le médecin s'en aperçoive, lors([ue le traitement n'est pas appliqué par un opérateur intelligent et exercé, et n'est pas surveillé par un médecin. Le praticien qui connaît imparfaitement la technique et le mode d'action des procédés
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liydriaLriques laisse trop souvent les détails du traitement au jugement d'un opérateur ignorant. On peut dire, avec le D"" Vogl (1), que « ce so)it les médecins eux-mêmes que Von doit blâmer, quand on constate que l'hydrothérapie est pratiquée presque exclusivement par des profanes, qui ne connaissent pas plus les maladies qu'ils ont à traiter que l'action de l'eau, et qui, pour cette raison, portent préjudice, non seulement aux malades qui se confient à leurs soins, mais encore à la cause de V hydrothérapie . »
J'ai visité vingt-cinq établissements hydrothérapiques, en Allemagne et en France, et dans deux de ces établissements seulement, à mon grand étonnement, j'ai trouvé des appareils permettant de déterminer avec précision la pression de leau employée. Or, on ne peut régler parfaitement la technique de certaines opérations, lorsqu'on ne dispose pas d'appareils de ce genre. Toutefois, on obtient de bons résultats dans un grand nombre de ces établissements, parce que le traitement y est appliqué sous les yeux de médecins expérimentés.
On doit avoir pour règle, dans une prescription hydriatrique, d'éviter au malade tout choc pénible et de développer progressivement son pouvoir réactionnel. A cet effet, j'ai recours aux douches, dans les cas rebelles, sans négliger cependant les autres procédés hydriatricfues. La douche me permet de proportionner exactement la température, la pression, la durée, aux facultés réactionnelles du sujet, en tenant compte des résultats obtenus au jour le jour. Discerner les indications diverses qui existent dans chaque cas particulier, modifier la technique d'un jour à l'autre, augmenter ou diminuer la température, la durée, la pression suivant ces indications, tels sont les moyens d'arriver à de bons résultats.
Conclusion. — Si les médecins qui emploient l'hydrothérapie n"en obtiennent pas tous les mêmes etTets, c'est que certains d'entre eux commettent des fautes de technique, parce qu'ils se font une conception erronée du mode d'action des procédés qu'ils pratiquent. Pour éviter cet écueil, le lecteur fera bien d'étudier attentivement^ non seulement la technique, mais encore le mode d'action de chaque opération, et de formuler d'une façon très précise ses prescriptions.
Nous avons inséré dans cet ouvrage un certain nombre
(1) Munchener medieiniscke Wochenschrift, n» 21, 1896.
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d'observations cliniques, afin de bien faire comprendre comment on doit varier les procédés, pour adapter la méthode aux conditions diverses dans lesquelles peut se trouver le malade. Elles permettront au lecteur de rédig-er avec netteté les indications qui serviront de guide à Tinfirmier chargé de Tapplication du procédé. On surveillera de temps en temps Texécution de ces prescriptions. S'il n'est pas possible d'agir de la sorte, on fera bien de renoncer à l'emploi de l'hydrothérapie, à moins qu'on ne puisse adresser son malade à un médecin spécialiste.
Les praticiens envoient constamment à des spécialistes des cas rebelles d'affections nerveuses, gastriques, pulmonaires et cardiaques, alors même que le diagnostic n'est plus en question. Ils peuvent en faire autant, quand il s'agit d'appliquer un traitement hydrothérapique à un malade, après l'insuccès des autres méthodes thérapeutiques. En confiant, dans ce cas, leurs malades à des spécialistes de l'hydrothérapie, ils obtiendront souvent, pour employer une expression de l'éminent clinicien de tapies, Semmola, « des guérisons vraiment merveilleuses, dans des cas graves et même désespérés ».