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CETTE MÉTHODE THÉRAPEUTIQUE

L'histoire de Thydrothérapie est un des chapitres les plus intéressants de l'histoire de la médecine. Elle nous apprend comment les préjugés paralysent le progrès et comment les lumières fournies parla physiologie et la pathologie peuvent amènera remettre en usage une méthode thérapeutique utile qu'on négligeait.

Quels sont les modes de traitement qui nous viennent de l'époque d'IIippocrate et de Galien ? Le régime et l'hydrothérapie. Ce sont les seules méthodes qui aient subi l'épreuve du temps. Voyez quel a été le sort d'un moyen thérapeutique qui ne possède aucune base rationnelle, lasaignée. Cette opération a été prônée et défendue pendant des siècles par les maîtres de l'opinion médicale, et pratiquée par tous les adeptes de notre art. Et pourtant, le dernier tiers du dix-neuvième siècle l'a vue précipitée d'une position qu'aucun agent thérapeutique n'avait occupée avant elle. Dès que les progrès de la physiologie et de la pathologie eurent donné aux médecins une idée nette des processus vitaux dans l'état de santé et dans l'état de maladie, la saignée perdit tout son prestige. L'hydrothérapie, dont l'origine est contemporaine de celle de la saignée, mais qui n'a jamais eu l'extraordinaire réputation de celle-ci auprès du public médical, est plus estimée à l'heure actuelle qu'à aucune des époques précédentes. Malgré les préjugés qu'elle rencontre chez les profanes et chez certains médecins, elle peut résister aujourd'hui à toutes les attaques ; car, elle se fonde sur des théories rationnelles et sur des résultats cliniques favorables (1).

(1) System of Praclical Therapeutics, de Hare, vol. I.

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L'hydrothérapie apparlientà lathérapeutique classique. Cette méthode, en effet, a été exposée pour la première fois dans les ouvrages d'Hippocrate, qui a indiqué justement que le froid stimule et que la chaleur relâche, et qui a employé Teau avec beaucoup de discernement et d'attention au traitement d'un grand nombre de maladies.

Parmi les médecins célèbres qui ont recommandé l'usage de l'eau dans la maladie, nous pouvons citer Asclépiade, qui fut l'ami et le médecin de Cicéron. C'est lui qui imagina le premier la « théorie cellulaire» ; car, il enseignait que ce ne sont pas les humeurs de lorganisme, mais ses éléments ou atomesqui, parleur aclivité,entretiennent la santé, etparleur'altération, causent la maladie. Il rejetait toute médication spoliatrice et prescrivaitsurtout le régime, l'exercice, lesbains. Celse, Themison, Cœlius Aurelianus, Antonius Musa, ses disciples, occupent une place brillante dans l'histoire de la médecine. Celse fut le médecin d'Ovide et de Fabius Maximus. Musa guérit l'empereur Auguste et le poète Horace au moyen de bains froids (Suétone). Sénèque, le philosophe, après avoir été guéri par l'usage de l'eau froide, que lui avait conseillé Charmis, devint un « psychrolutus » fervent.

Le plus grand médecin quiait paru aux septième et huitième siècles, Paul d'Egine, était un hydrothérapeute pratiquant. Il employa les affusions froides dans le traitement de l'insolation et dans le traitement de l'anurie.

Au douzième siècle, Van der Heyden rassemblait trois cent soixante cas de dysenterie grave guéris par l'hydrothérapie. Van Helmont regardait les bains et les affusions comme plus efficaces que les médications chimiques.

En 1697, Floyer, médecin anglais fort instruit, faisait une propagande intense en faveur de l'hydrothérapie ; son ouvrage était traduit en langue allemande et gagnait à cette méthode le professeur Friedricli Hoffmann. Celui-ci, que l'on considérait comme le plus grand médecin de l'Allemagne, répandit dans toutes les parties de l'Europe les connaissances qu'il avait puisées dans l'auteur anglais et qu'il avaitcomplétées par ses propres observations.

Theden, médecin de Frédéric le Grand, employa l'eau dans le traitement de la variole, des fièvres malignes et du rhumatisme .

En 1743, Ilahn affirme l'utilité de l'hydrothérapie dans la variole et les autres fièvres éruptives. Un autre médecin jus-

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tement réputé, Hufeland, était un partisan si convaincu de cette méthode qu'il fonda un prix destiné à récompenser le meilleur traité qui serait publié sur l'action de l'eau froide dans les •fièvres. Le prix fut décerné au professeur Frœhlich, médecin de l'empereur d'Autriche.

Cependant, bien qu'elle eût pour elle l'opinion de médecins éminents, l'hydrothérapie ne devint un traitement à la mode qu'après l'entrée en scène de Priessnitz. Ce remarquable empirique eut un succès si considérable qu'il dut traiter, pendant l'année 1840, près de seize cents malades venant de toutes les parties du monde. Un grand nombre de médecins étrangers visitèrent le paysan hydrothérapeute et devinrent des propagandistes de la méthode. En Allemagne, ses disciples se sont surtout recrutés en dehors de la profession médicale; néanmoins, on peut encore reconnaître aujourd'hui des traces de son influence dans ce pays (1).

L'hydrothérapie en Allemagne. — L'hydrothérapie a trouvé et trouve encore en Allemagne un terrain extrêmement favorable à son développement scientifique et pratique.

Le fondateur de l'homéopathie, Hahnemann, semble avoir eu des idéesjustes sur l'iiydrothérapie. « S'il existe un agent thérapeutique dont l'utilité soit absolument générale, écrivait-il, c'est l'eau. « Après avoir exposé sa métliode de traitement des ulcères de jambe anciens par les bains de pieds froids et les bains généraux froids, il s'exprime ainsi au sujet du danger qu'il y a à suivre une technique défectueuse : «On doit proportionner la température de chaque bain, et l'énergie des mouvements qu'on y fait exécuter, aux forces reconquises par le malade; l'organisme le plus affaibli peut être amené de cette façon à supporter le bain le plus actif, si les prescriptions du médecin sont exécutées ponctuellement. » « Je n'ai jamais cessé de m'étonner, disait-il ailleurs, que nos plus grands médecins se montrent si négligents dans leurs prescriptions concernant le bain froid. Ils ordonnent un demi-bain ou un bain général, matin et soir, et pensent que c'est là une prescription. Du degré de froid, de la durée exacte du bain et d'autres détails essentiels, pas un mot. 11 n'est pas étonnant que l'on attribue si souvent aux bains froids de mauvais résultats ; des

(1) Le « Priessnilz Uinschlag » est un souvenh- des pruccdés ([ue Priessnitz employait.

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prescriptions écourtées, inexactes, laconiques doivent donner des résultats qui sont tout l'opposé de ceux que Ton a en vue. » Cette juste critique s'applique encore parfaitement à la génération médicale actuelle, qui gagnerait certainement à suivre les conseils d'Hahnemann, qui possédait des qualités d'observateur, bien qu'il eût des conceptions fort étranges.

C'est au professeur AYilhelm Winternitz, qui illustre la chaire d'hydrothérapie delà faculté de Vienne, que nous sommes redevables de presque toutes les notions scientitiques que nous possédons sur l'action de l'eau dans la maladie. Dès sa thèse inaugurale, ce médecin célèbre s'est consacré au développement de l'hydrothérapie. La conclusion de ce travail exprimaitl'espoir que ft la connaissance des usages thérapeutiques de l'eau deviendrait lepalrimoinecommundes médecins». Avant lui, l'hydrothérapie n'avait aucune base physiologique. Il a apporté un véritable esprit scientifique dans l'étude de cette méthode, et a déterminé les principes sur lesquels tout médecin peut désormais s'appuyer quand la nécessité lui impose des décisions graves. La notion la plus importante que nous possédons sur l'hydrothérapie, ,1a connaissance de l'action primordiale de celle-ci sur le système nerveux, nous a été fournie par Winternitz. C'est lui qui a démontré que cette action est la plus importante de tous les effets de l'hydrothérapie, même dans les fièvres, et que l'action antithermique ne vient qu'après. Professeur, Winternitz, grâce à son talent d'exposition, a répandu la science hydrothérapique parmi des étudiants de toute nationalité, qui sont devenus, à leur tour, les propagateurs de ses excellentes méthodes. Les armées bavaroises et autrichiennes ont envoyé leurs médecins et leurs infirmiers suivre son enseignement. 11 a publié plus de deux cents ouvrages et monographies, qui ont été traduits dans toutes les langues et qui servent partout de guides aux observateurs. Praticien, Winternitz a obtenu un immense succès, dont les statistiques de l'établissement de Kallenleutgeben peuvent donner une idée : cette institution, qui recevait dix-huit malades pendant l'année 1862, en compta deux mille dans le cours de l'année 1896. lia créé à ses frais, à Vienne, la première clinique hydrothérapique (qui dépend de V Allgemcinc Universitats Klinik de cette ville). L'apparition de la thérapeutique antimicrobienne parut un jour devoir reléguer dans l'oubli l'hydrotérapie, comme toutes les autres méthodes thérapeutiques. Ce grand homme, s'inspirant de ses connaissances physiologi-

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ques, pathologiques et thérapeutiques, parvint à mettre hors de doute ce fait capital, que l'eau, qui ne possède aucun pouvoir anti-microbien, peut contribuer d'une façon très efficace à soutenir l'organisme dans sa lutte contre les manifestations de l'infection, en augmentant l'énergie cardiaque, en stimulant le système nerveux, en favorisant l'oxydation et l'élimination des toxines. Winternitz établit ainsi plus solidement le fondement scientifique de l'hydrothérapie. Il y a déjà des années qu'il a formulé sa doctrine ; mais on a été assez lent a l'accepter ; actuellement, elle est adoptée presque partout.

Les applications d'eau froide ont pris une place importante dans la thérapeutique des maladies aiguës. Ce sont les travaux d'Ernest Brand qui ont été le point de départ des progrès réalisés dans cette matière. Cet auteur publia, en 1861, les résultats remarquables que lui avaient donnés les bains à 65° F. (18, 3^ C), dans la fièvre typhoïde. L'usage systématique de ces bains est devenu classique, et il le demeurera probablement jusqu'à ce qu'on ait découvert une antitoxine spécifique : Jiirgensen, Traube, Liebermeister, Fiirbringer, Leyden, Ziemssen, Strumpell, Filehne. Naunyn, von Mering, Senator, Goldscheider, Curschman recommandent l'emploi de l'hydrothérapie dans le traitement des maladies aiguës, et donnent à cette méthode la première place parmi les agents thérapeutiques. Malheureusement, ces auteurs n'ont pas étudié le bain de Brand dans des conditions expérimentales irréprochables. Cet événement est le plus regrettable qu'on ait à relever dans l'histoire de l'hydrothérapie allemande. Les statistiques les plus sûres et les observations cliniques recueillies dans les hôpitaux les plus dignes de confiance (les hôpitaux militaires) ont affirmé la valeur du bain de Brand dans la fièvre typhoïde ; ces documents ont reçu l'approbation du Bureau impérial de statistique de Berlin, le visa du professeur Guttstadt ; et, cependant, les médecins allemands n'ont pas soumis cette méthode à un examen suffisant, dans les hôpitaux civils; ils se sont empressés de la condamner comme barbare, héroïque, dangereuse à tous les points de vue (voir l'opmion défavorable de Curschman dans l'Encyclopédie de Xothnagel). Les réformateurs, en médecine, ont eu souvent à subir l'improbation et les persécutions de leurs confrères. Harvey fut chassé de Londres ; Semmelweiss fut enfermé dans un asile d'aliénés ; notre noble Oliver Wendell Holmes fut tourné en ridicule par

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les professeurs de Philadelphie. Après avoir fourni la démonstration de refficacité remarquable de sa méthode, Brand n'a recueilli que le dédain de ses concitoyens; et, comme autrefois Harvey, c'est à Fétranger (en France et aux Etats-Unis) qu'il a obtenu le succès qui l'a vengé de l'indifférence des médecins allemands. Je suis infiniment heureux, pour ma part, d'avoir réussi à propager la méthode de Brand parmi mes confrères ; et je suis fier de voir avec quelle impartialité les médecins américains ont fait l'essai de cette excellente méthode (voir pages. 244 à 256).

L'emploi de l'hydrothérapie dans le traitement des maladies chroniques a réuni les suffrages d'un grand nombre de médecins éminents en Allemagne. Nous citerons, parmi eux, le professeur F. A. Hoffman, de Leipzig, qui en parle en ces termes : « L'eau froide est un agent thérapeutique dont l'administration correcte nous donne un moyen sûr de stimuler et de fortifier le système nerveux, sans que nous ayons à craindre une réaction dangereuse ; c'est à cette action sur le système nerveux, que j'attribue le rôle qu'on peut faire jouer à l'hydrothérapie dans le traitement de toutes les maladies internes. Je suis convaincu que toutes les affections chroniques des organes seront, un jour, du ressort du traitement hijdria/rique. »

Pendant un grand nombre d'années, Winternitz était le seul en Europe, à affirmer la nécessité d'un enseignement de 1 hydrothérapie. Erb, Charcot et Semmola, chacun dans son pays, ont employé et recommandé l'hydrothérapie ; mais aucun d'eux n'en a enseigné la technique, pour cette bonne raison qu'aucun n'était suffisamment renseigné sur ce sujet de première importance. Ils adressaient leurs malades à des spécialistes de riiydrothérapie. Le spécialiste de l'hydrothérapie a continué à vivre, en menant une existence assez précaire et en exerçant son art un peu à la façon d'une industrie. Mais, soudain, un revirement complet se produisit dans l'opinion, sous l'influence du succès de la médecine naturelle (Naturarzte), dont le Père Kneipp fut le propagandiste le plus notable. Dans un voyage que je fis en Allemagne, en 1890, je pus voir des établissements magnifiques, comme l'institution Zimmerman, à Chemnitz, consacrés à la pratique de cette méthode, et attirant une nombreuse clientèle. Le développement énorme que prit cette thérapeutique empirique fit tant de tort au corps

(1) Allcfjemcine T/iernpie : Lei] z-f/. 1802.

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médical, au point de vue des intérêts matériels comme au point de vue de l'autorité professionnelle de celui-ci, qu'on finit par s'en alarmer. C'est ce dont on s'aperçoit à la lecture d'un article oii le professeur Crédé (1) insiste sur la nécessité d'appliquer, dans les hôpitaux, l'hydrothérapie et les autres médications physiques, et de faire une place à ces méthodes dans l'enseignement officiel des facultés. « Si les médecins connaissaient mieux ces spécialilés , disait-il justement, le domaine de beaucoup de charlalans se trouverait considérablement réduit. »

Lorsque les empiriques eurent par trop empiété sur les revenus légitimes du corps médical, on se décida à nommer une « Commission pour la révision des examens de médecine », qui eut pour président l'éminent professeur Kussmaul. Celui-ci exposa dans son rapport (2) les raisons qu'on avait de sinquiéter de l'invasion, toujours grandissante, des empiriques dans le domaine médical, et proposa de remédier à cette situation de la façon suivante : « On ne peut nier, dit-il, que les gens instruits ne perdent la foi qu'ils avaient dans les prescriptions médicales, et ne reportent leur confiance sur les traitements diététiques et sur l'emploi thérapeutique de l'eau.

« On commence même à comprendre, dans les classes populaires, tout ce qu'on peut obtenir avec l'air, avec l'eau, avec une réglementation convenable de l'existence habituelle, en se passant de toule médication chimique. La méfiance à l'égard des agents chimiques, même les plus actifs et les plus indispensables, s'accentue et se répand progressivement. L'eau est, parmi les agents physiques, celui dont l'emploi thérapeutique gagne de plus en plus la confiance du public. C'est que, à l'opposé des autres agents, elle peut être utilisée sous des formes très diverses et à des températures très variables, et qu'elle répondainsi aux indicationslesplusdifférentes. L'iiydrothérapie, si l'on choisit avec discernement le procédé à employer, permet de régulariser la circulation et la distribution du sang, la production du calorique et les échanges organiques et d'exercer une action favorable sur la respiration et le système nerveux.

« L'hydrothérapie a maintenant dépassé l'enfance ; elle ne s'avance plus en vacillant sur des membres débiles ; elle a cessé de causer les dommages qu'occasionne l'emploi inoppor-

(l) Berliner Idiaische Wochenschrlft, 26, 1893. (2J Deutsche med. Wochenschrift, 1896.

Baruch. — Hydrothérapie. 45

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tun d'une médication quelconque. Des expériences répétées et des connaissances pliysiologiques plus étendues ont accru l'utilité et l'autorité de cette méth'ode. L'hydrothérapie, associée au régime, peut, sans aucun doute, effectuer ou faciliter la guérison d"un nombre incalculable de maladies aiguës et chroniques.

« Le jeune médecin ne connaît presque rien de l'hydrothérapie, lorsqu'il quitte l'Université. Il est exposé à rencontrer, plus ou moins rapidement, l'humiliation de voir un malade, dans le traitement duquel sa thérapeutique a échoué, guérir entre les mains d'un hydrothérapeute ignorant. Quelques mécomptes de ce genre peuvent lui faire perdre toute confiance dans la thérapeutique scientifique, et l'amener à passer dans le camp des bas empiriques.

« Il existe une lacune considérable dans l'éducation professionnelle de nos médecins ; et c'est pour eux une cause d'infériorité réelle dans la lutte qui mettra aux prises, un jour ou l'autre, les médecins et ces profanes qui exploitent l'hydrothérapie et disputent à ceux-ci la faveur du public. Il importe, avant tout, de réviser le programme des études médicales.

« Un professeur de clinique médicale est obligé de satisfaire à des obligations si nombreuses, à l'heure actuelle, pour bien remplir sa tâche, qu'il ne dispose d'aucun moment pour habituer les élèves à la pratique de l'hj^drothérapie. Si l'on veut donner à ceux-ci une connaissance de l'hydrothérapie qui ne soit pas par trop superficielle, il faut affecter à l'enseignement de celte inétliode des chaires spéciales et des services cliniques spéciaux, où l'on soumettra aux opérations hydriatriques des cas exigeant ce mode de traitement. Les leçons d'hydrothérapie seront complétées par des leçons sur la crénothérapie et la thérapeutique purement diététique. Mais, par le ciel, que cet enseignement soit absolument distinct de celui de la pharmacologie ! »

Le mouvement en faveur d'un enseignement .spécial de méthodes thérapeutiques jusque-là négligées fut si énergique qu'il eut des conséquences surprenantes. On fonda des cliniques à Berlin, à Leipzig, à Heidelberg, à Breslau, à léna, à Munich, et dans d'autres facultés. Les professeurs qui furent chargés de l'enseignement de l'hydrothérapie firent des pèlerinages à Vienne, où le représentant le plus éminent de cette science insistait, depuis des années, sur l'utilité de cet enseignement. A la suite de ces mesures, qui répondaient aune né-

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cessité pressante, les médications physiques ont gagné de plus en plus dans l'opinion.

L'intérêt qu'a éveillé l'étude des médications physiques a donné naissance à toute une littérature spéciale. De nombreux périodiques se sont fondés, où l'hydrothérapie tient la première place. Parmi ces journaux, nous citerons le Zeilschrift fur phijsikalische und diatetische Thérapie, de Leyden et Goldscheider, qui est le plus important.

C'est ainsi que « l'instinct de la conservation », le plus puissant parmi les mobiles de l'activité humaine, a accompli ce que n'avaient pu faire AVinternitz et les quelques hommes ardents et courageux qui réclamaient avec lui un enseignement spécial de l'hydrothérapie.

Au Congrès hydrologique de Munich, en 1895, le D"" G. Klemperer, chef de clinique du professeur Leyden, a exposé les méthodes employées dans le service et sous la direction de celui-ci. Il insiste, dans son travail, sur ce fait, que « les effets de l'iiydrothérapie sont dus à l'action extraordinairement, incomparablement stimulante qu'elle exerce sur le système nerveux ». Il vante l'efficacité du traitement hydrothérapique dans la neurasthénie, l'asthme, les cardiopathies, les troubles fonctionnels et les maladies organiques de l'estomac et des intestins.

L'hydrothérapie en Italie. — En Italie, le célèbre Savonarola a mis en lumière, jadis, l'utilité thérapeutique de l'eau dans son ouvrage: Traclalus de omnibus Italue 6a/»eji'.Maisla réputation de l'hydrothérapie a été, dans la suite, compromise par les exagérations absurdesd'un de ses partisans, le Père Bernardo. Ce prêtre, qui vivait dans l'île de Malte, fut un précurseur de Kneipp.Il pratiquait les mêmes méthodes que ce dernier (promenades sur un gazon humide et sur des pierres mouillées), et attirait une foule de malades, de tous les pays de l'Europe, par ses K cures miraculeuses ». Todano et Sangez, en 1722, imitèrent son exemple. Ils se paraient, le premier, du titre de Medicus per aquam, le second, du titre de Medicus per glaciem. L'un et l'autre abreuvaient leurs malades crédules d'eau glacée, les frictionnaient avec de la neige et de la glace, et leur donnaient, comme alimentation, trois ou quatre jaunes d'œufs par jour. Ce charlatanisme discrédita l'hydrothérapie aux yeux des médecins. On cessa de reconnaître les mérites de cette méthode jusqu'au jour où Gianini, professeur à l'école de Milan, publia

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eon ouvrage, Délia Natura délie Febri edel Migliore Metodo Si Curarle, qui parut en 1805. Gianini remplaçait par des bains de cinq à quinze minutes les affusions employées par Currie, dans le traitement des fièvres, de la goutte et du rhumatisme. L'abandon dans lequel les empiriques avaient fait tomber l'hydrothérapie avait duré quatre-vingts ans.

Les écrits et l'enseignement de plusieurs médecins éminents remirent ensuite l'hydrothérapie en honneur. Parmi eux nous devons citer Borelli, Baglivi, Bellini, Yalisneri, Cyrillo, Michelotti, Cocchi. Après ces précurseurs, des hommes comme Cantani, Semmola, Vinaj ont apporté des observations cliniques et des expériences physiologiques, qui leur ont servi à démontrer les mérites de l'hydrothérapie. Quelques-unes des recherches les plus remarquables sur les effets des opérations hydrialriques doivent le jour à Vinaj et Maggiora. Semmola, professeur de thérapeutique de l'Université de Naples, auteur de leçons (1890) dont une traduction allemande a paru avec une préface élogieuse du professeur Nothnagel, s'est beaucoup occupé des traitements hydrothérapiques. « L'hydrothérapie, ditil, stimule l'activité de la peau, et toutes les fonctions qui assurent les échanges organiques et les éliminations. Aussi permet-elle fréquemmentdobtenirdes résultats vraiment merveilleux dans des cas très graves, et même désespérés. Il est regrettable que ces résultats soient plus rares de nos jours qu'au temps de Priessnitz, dont j'ai pu moi-même constater les succès. S'il en est ainsi c'est probablement que l'hydrothérapie est devenue le monopolede spécialistes qui l'exploitent comme une industrie et qui traitent lesbfialadies les plus diverses, sans chercher à déterminer le procédé hydriatrique qui convient à chacune d'elles, etc. V hydrothérapie constitue un mode de traitement vraiment rationnel ; ses résultats sont absolument assurés, à moins qu'il ne s'agisse de lésions locales incurables (athé rome, artério-sclérose viscérale, etc.). Dans les cas de ce genre, d'ailleurs, l'action des médications chimiques est elle-même impuissante.

C'est en Italie, à Florence, que j'ai pu voir, en mars 1900, l'installation de douches la plus parfaite que j'aie rencontrée en Europe.

L'hydrothérapie en France. — Schedel, qui avait étudié l'hydrothérapie en Allemagne, fut le premier, en France, à démontrer l'utilité du traitement par l'eau froide dans la thérapeutique

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des cardiopathies valvulaires insuriisamment compensées et de la tuberculose. L'illustre physiologiste Magendie apporta des notions nouvelles puisées dans des recherches expérimentales, qui firent mieux comprendre les effets de l'hydrothérapie.

Fleury fut le fondateur d'une école hydrothérapique nouvelle ; il donna à la douche la place la plus importante parmi les méthodes qu'il employait; il en démontra l'efficacité, non seulement par les résultats cliniques obtenus, mais encore par des déductions physiologiques rationnelles. Il affirma que les douches froides peuvent remplacer avantageusement la quinine dans le traitement du paludisme, et qu'elles sont très utiles dans la tuberculose et l'anémie. Par son activité inlassable, aussi bien que par ses démonstrations physiologiques, qu'il faisait aussi précises que le permettait la science de son temps, Fleury donna uneimpulsion durable à l'emploi méthodique de la douche; grâce à lui, la douche est considérée, aujourd'hui, comme la méthode française. Vinrent ensuite les travaux de Charcot, de Dujardin-Beaumetz, et d'autres auteurs français qui firent connaître partout cet excellent procédé.

On trouve, dans l'histoire de l'hydrothérapie française, un fait qui est particulièrement instructif quand on veut apprécier les progrès réalisés par cette science. En 1839, deux praticiens, Engel et Wertheim, sollicitèrent du gouvernement français l'autorisation d'ouvrir un établissement d'hydrothérapie. Leur demande fut soumise à l'examen de l'Académie de Médecine, qui chargea une commission de l'étudier. Cette commission était composée de Bouillaud, Velpeau et Floche. Ce dernier s'éleva si violemment contre l'emploi de l'hydrothérapie, qu'il considérait comme une méthode « dangereuse, anti-scientifique, chimérique, en opposition avec les lois les plus générales de la physiologie et de la pathologie », que soixante des membres présents à la séance se prononcèrent pour le refus de l'autorisation demandée. En présence de ce refus, Wertheim demanda qu'on lui permît de donner une démonstration clinique de l'eflicacité de sa méthode. Gibert et Devergie firent, à l'Hôpital Saint-Louis, des applications de l'hydrothérapie, dont ils purent parler en termes si favorables que le gouvernement accorda l'autorisation. Quelques années plus tard, Scoutetten, que le maréchal Soult avait envoyé en Allemagne pour qu'il y étudiât l'hydrothérapie, en revenait convaincu de l'efficacité de cette méthode et demandait qu'on en fît examiner la technique et les effets par une commission

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*de médecins compétents. Le rapport de cet auteur eut une influence considérable sur le développement de Ihydrotliérapie en France.

Depuis cette époque l'étude, et l'emploi de l'hydrothérapie ont progressé régulièrement en France. Le grand clinicien Charcot en faisait un usage constant dans sa thérapeutique ; c'est à l'emploi judicieux de celte méthode qu'il était redevable, sansaucun doute, d'un grand nombre des succès remarquables qu'il obtenait. Il avait l'habitude d'envoyer ses malades à l'établissement du D'' Keller, à Paris, à l'établissement de Divonne, ou à quelques autres établissements de province.

L'application de la méthode hydriatrique au traitement des maladies aiguës s'est développée en France grâce aux travaux de Lilénard, de Lyon-, qui apprit à connaître la méthode de Brand, alors qu'il était retenu comme prisonnier de guerre en Allemagne, et à ceux de ses deux concitoyens, Tripier et Bouveret, dont l'ouvrage remarquable a été traduit en allemand par Pollak. Les recherches de Roque et Weil, de A. Robin, sur l'iniluence du bain froid sur l'activité de l'excrétion urinaire dans la fièvre typho'ide sont devenues classiques. Hulinel, Guinon, Rendu, Juhel-Renoy, et d'autres ont démontré l'efficacité de la balnéation dans le traitement de la pneumonie et des fièvres éruptives.

Les ouvrages de Dujardin-Beaumetz, de Delmas, de Duval, de Beni-Barde, de Glatz, de Charcot, témoignent du zèle qu'ont mis les médecins français à employer l'hydrothérapie dans le traitement des maladies chroniques.

Les établissements hydrothérapiques ne se sont pas multipliés, en France, comme ils lavaient lait en Allemagne après le succès de Priessnitz, parce que la législation française met beaucoup plus d'obstacles à l'exercice illégal de la médecine que la législation allemande. C'est à cettecause qu'il faut attribuer les ditïerences que l'on constate dans le développement de ces établissements d'un de ces pays à l'autre. En France, les médecins qui se sont occupés d'hydrothérapie ont apporté à 1 étude de cette méthode un espritvéritablementscientifique ; en Allemagne, le préjugé que le succès des empiriques, comme Priessnitz et ses imitateurs, entre tenait dans le corps médical contre l'hydrothérapie a empêché pendant longtemps que des médecins instruits ne consentissent à s'attacher aux établissements bydrolhérapiques. L'opinion médicale semble, d'ailleurs, avoir versé dans un excès contraire, à l'heure actuelle, en Allema-

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4j;-ne, si l'on en juge par le nombre de médecins qui se réclament de la doctrine de labbé Kneipp. La « médecine naturelle » se trouve plus ou moins ouvertement protégée en Allemagne, où elle peut appliquer ses méthodes grossières sans avoir rien à redouter de l'administration; en France, la loi met les médecins à l'abri des empiétements du charlatanisme.

L'hydrothérapie en Angleterre. — L'hydrothérapie n'a pas encore conquis, en Angleterre, une position solide, malgré que quelques-uns des meilleurs ouvrages qui aient été consacrés à cette méthode, dans la seconde moitié du wiii*^ siècle et dans la première moitié du xix", aient pour auteurs des médecins anglais.

Il est tout à fait regrettable que les médecins anglais contemporains ne soient plus familiers avec les procédés que Floyer. Currie, Wright employaient dans le traitement des tièvres. Ils donnent ainsi une preuve de leur indiflerence à l'égard de l'histoire de la médecine de leur pays et des acquisitions réalisées par certains de leurs concitoyens, dont les étrangers connaissent et apprécient l'œuvre.

L'ouvrage de Currie a été traduit en plusieurs langues, et ses méthodes furent introduites dans les hôpitaux de Vienne par Joseph Frank. Currie a employé les affusions dans le traitement des fièvres; par là, il nous apparaît comme un précurseur de Brand. Il obtenait également de bons résultats dans le traitement hydriatrique de la goutte, des convulsions, des paralysies, du tétanos, et de quelques autres maladies.

Si l'on recherche attentivement les causes qui ont pu faire tomber l'hydrothérapie dans un abandon immérité, en Angleterre, on découvre le fait suivant. Les écrits de Floyer, au xvn" siècle, eurent tant de succès, qu'ils convertirent aux pratiques hydrothérapiques un très grand nombre de profanes. En 1722, un ministre de l'Evangile, John Hancocke, publia un ouvrage intitulé Febrifuf/um Magnum, or Common Watei' the Best Cure for Fevers (l),dont sept éditions parurent dans la même année. Ce livre exerça sur le public une influence énorme. Il était naturel que sa popularité portât ombrage aux médecins anglais, qui, dés lors, négligèrent la méthode qui s'y trouvait recommandée. Bien que l'hydrothérapie fût appréciée et défendue

(1) L'eau commune considérée comme le meilleur traitement qu'on puisse appliquer aux fièvres.

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par des hommes considérés, comme Pitcairne, Cheyne, Huxham, elle ne demeura pas dans la pratique médicale; elle tomba aux mains d'empiriques, qui firent de l'hydrothérapie un système thérapeutique exclusif ; leur doctrine éloigna encore davantage les véritables praticiens de l'emploi des procédés hydrialriques. On peut citer, à l'appui de l'explication que nous proposons, les écrits que les D'- Wilson et Gull, de Malvern, ont publiés à une époque plus récente.

11 faudra des années de propagande active et sérieuse pour que l'hydrothérapie reconquiert, en Angleterre, le terrain qu'elle a perdu, par le fait de l'opposition regrettable qu'a suscitée l'influence des écrits de John Hancocke. A l'heure actuelle, en effet, l'hydrothérapie scientifique y est encore très négligée. On ne recourt même pas à cette méthode dans le traitement des maladies aiguës. Pendant l'été de 1896, je visitai l'un des hôpitaux les plus vastes et les mieux agencés de Londres. J'arrivai, en compagnie d'un excellent médecin, très attaché d'ordinaire aux progrès de tous genres, auprès d'un typhique que l'on traitait par l'expectation. Comme je demandais à ce médecin si l'on appliquait aux cas analogues la méthode de Brand, ou quelque autre procédé hydrialrique efficace, en dehors de Tépongement, il me répondit: a Approuvez- vous donc l'emploi de moyens aussi héroïques ? »

Dans une discussion sur le traitement des fièvres qui occupa, en 1895, les séances de la British Médical Society, les bains froids furent condamnés presque à l'unanimité, comme « procédés héroïques ». Un seul médecin osa prendre timidement leur défense. A cette occasion, le professeur William Osier, de Baltimore, fit cette remarque : « On devrait employer la méthode de Brand, alors même qu'elle serait plus héroïque, parce qu'elle sauve des existences humaines. » Voilà ce que l'on peut voir dans le pays où Currie est né, a vécu, a pratiqué, a écrit des ouvrages dont Brand s'est inspiré.

J'ai demandé, en février 1900, à publier un plaidoyer en faveur de l'emploi des procédés hydriatriques en thérapeutique dans un grand journal médical anglais. L'éditeur de ce périodique m'affirma que cette publication n'était pas nécessaire, parce que la littérature anglaise sur ce sujet est très riche. Afin de convaincre cet éditeur, je me fis dresser par une des librairies médicales les plus importantes de Londres, la liste de tous les articles et travaux sur l'hydrothérapie pure, écrits par des médecins, et parus pendant le dernier quart de siècle.

HISTOIRE DE l'hYOUOTHÉRAPIE 713"

Cette littérature si riche comptait onze puljlicalions! Je suis heureux d'ajouter que, depuis que mon « plaidoyer », a paru dans le Médical Press and Circw/ar de Londres, les médecins anglais se sont intéressés à l'hydrothérapie, et qu'il est souvent fait mention de cette méthode dans leurs travaux.

L'hydrothérapie en Amérique. — L'emploi de l'hydrothérapie dans les maladies était encore fort peu répandu, à une époque récente, en Amérique; et cette méthode ne trouvait que des défenseurs timides. Ce fait s'explique, probablement^ par la raison suivante : les premiers ouvrages de médecine parus en Amérique, ne furent que des reproductions de traités anglais, dont les auteurs, comme nous l'avons indiqué, restaient dans une indifférence profonde à l'égard de l'hydrothérapie. Les premiersmédecinsqui préconisèrent les applications thérapeutiques de l'eau, antérieurement à la propagande dont j'ai pris l'initiative, furent les Drs Abram et Mary Putnam Jacobi, de New-York, et le regretté Hiram Corson, de Pennsylvanie, qui démontrèrent la valeur de ces applications par les résultats qu'ils en obtinrent dans leur nombreuse clientèle. C'est dans leurs écrits que j'ai puisé les exemples qui m'ont inspiré, lorsque j'ai commencé à m'occuper d'hydrothérapie.

Depuis vingt ans, un changement radical s'est produit dans l'opinion des médecins américainsàl'égard de l'hydrotliérapie.

Voici ce que disait, en 1893, le D"" W. H. Draper, professeur de clinique médicale à Columbia Univcrsily , dans une communication faite à l'Académie de Médecine de New-York (1) : «Les efTets de l'hydrothérapie sont vraiment remarquables chez les personnes dont une maladie chronique a diminué l'activité des fonctions de nutrition, chez les neurasthéniques, les hystériques, les hypocondriaques. Il semble que cette méthode soit plus efficace qu'aucune médication chimique, quand il s'agit de stimuler les centres nerveux, de rétablir l'équilibre de la circulation, de renouveler l'énergie des fonctions organiques. »

En février 1889, je prononçai, devant la Neir York State Médical Society, le premier plaidoyer qui se soit fait entendre, en Amérique, en faveur de l'emploi du bain froid dans la fièvre typhoïde, en faveur de la méthode de Brand. Dans la discussion qui suivit ma communication, je ne recueillis que des

{i) Médical Record, 22 avril 1893.

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improbations. Le Médical liecord, commentant mon mémoire, dans son éditorial du 16 février 1889, s'exprimait de la façon suivante : « Il sera difficile d'amener le corps médical à pratiquer cette méthode héroïque du bain froid. »

Mais cette déconvenue se trouva aussitôt compensée : le Di- Austin Flint, qui était chargé de la première division de Bellevue Hospilal, me demanda d'enseigner la technique de Brand au personnel de son service. Il la fit pratiquer ensuite dans ce service. Peabody, Bail, James l'adoptèrent à leur tour^ et en recommandèrent l'emploi, dans leurs leçons.

En 1890, je lus un nouveau mémoire devant l'Académie de Médecine de New-York. Le Médical Record, dans son compterendu de la séance, donnait les renseignements suivants : « Le D"^ Alfred Loomisdit qu'il se propose de saisir la première occasion qui se présentera pour expérimenter la méthode de Brand... Le D"" Delafield déclare qu'il n'a, pour le moment, -aucune expérience sérieuse de cette méthode. » Vers cette époque, ces deux professeurs commencèrent à exposer la technique de Brand à leurs élèves, d'après ce quej'ai appris de quelquesuns d'entre eux. Leurenseignementagermédans un sol fécond. En effet, le Dr Gilmann Thomson, dans son Traité de médecine pratique paru en 1902, disait que « la mortalité de la fièvre typhoïde était tombée, gi^àce au bain de Brand, de seize pour cent à six pour cent, au New York Hospilal et au Presbyterian Hospital ». En 190.3, le regretté Df H. P. Loomis affirmait, à la Prnclitioners Society, que « la mortalité de la fièvre typhoïde avait été réduite de cinquante pour cent, dans les hôpitaux de New York, par l'emploi systématique du bain de Brand (1). »

D'après les recherches du D'^ Delafield, la mortalité de la fièvre typhoïde a été de 24,66 pour cent, dans 1,300 cas traités, de 1878 à 1883, dans les hôpitaux de New^-York. La méthode de Brand a donc sauvé environ un millier d'existences humaines dans cette seule ville, en ces quinze dernières années. Or, on peut appliquer la méthode de Brand d'une façon beaucoup plus parfaite dans la clientèle privée qu'à l'hôpital. On a donc dû sauver un nombre considérable d'existences pendant cette période. Voilà quels sont les résultats d'un enseignement de ihydrotltérapie.

A l'heure actuelle, la méthode de Brand est en usage dans les meilleurs hôpitaux des Etats-Unis. Je puis être tout à fait

(1) Médical Record, 10 janvier 1903.

HISTOIRE DE l'hydrothérapie 713

affirmalif sur ce point, car j'ai pris soin de me renseigner, auprès des cliniciens les plus distingués, sur leur altitude présente à l'égard de cette méthode. Leurs réponses ont été unanimes. On en peut juger par celle que j'aie reçu du professeur de pratique médicale de Columbia University, médecin de Roosevelt Hospitnl et de Bellcvue Hospiial. « En réponse à votre lettre du 13, m'écrit ce confrère, je vous demande de faire savoir que je considère toujours la méthode de Brand comme extrêmement précieuse. Mon opinion sur son eflicacité ne s'est pas modifiée en ces dernières années. Je me rappelle très bien l'époque où vous avez introduit celte méthode chez nous, et ce que nous vous devons pour les nombreux, et excellents travaux que vous avez publiés sur ce sujet, et en particulier pour ceux où vous avez insisté sur la nécessité d'apporter beaucoup de précision dans l'application de la méthode. » Quelle ditl'érence entre cette lettre et celles que Deutsche Klinik reçut, pendant Tété 1907, en réponse à une enquête du même genre que la mienne ! Un seul, parmi les professeurs allemands, parlait du bain, et il le condamnait comme une méthode barbare. Un simple praticien, qui avait l'audace d'exposer son opinion à côté de celles de ces augustes maîtres, déclarait qu'il avait été témoin des brillants résultats obtenus par Brand pendant la guerre franco-allemande, maisqu'il avait abandonné laméthode de celui-ci parce qu'elle lui avait paru trop barbare. Peut-on voir mauvaise volonté plus flagrante'. Mais les médecins américains vengent lallemand Brand de l'indiiTérence de ses concitoyens. L'utilité de la méthode de Brand dans le traitement de la fièvre typhoïde est établie par les témoignages des médecins de l'armée allemande, et par les statistiques très étendues du médecin en chef de Ihôpitalmilitaire de Munich, Vogl. D'après ces statistiques qui comprennent plus de huit mille cas traités en quarante ans, suivant les méthodes les plus différentes, la mortalité la plus faible appartient aux cas soumis aux bains de Brand, 2,7 pour cent ; la mortalité la plus élevée, aux cas traités par l'expectation, 20,7 pour cent. Le périodique allemand ne nous dit pas quelle est la mortalité de la fièvre typhoïde dans les hôpitaux d'où lui sont parvenues les réponses à son enquête. Les professeurs qui les ont adressées au journal se sont bornés à exprimer leur opinion, sans l'appuyer d'aucune preuve. Les médecins américains qui ont répondu à mes questions ne se sont pas contentés de m'indiquer leur sentiment ; ils m'ont exposé les raisons cliniques qui le leur avaient inspiré.

716 HISTOIRE DE L'hYDROTHÉRAPIE

Aujourd'hui, l'hydrothérapie est appliquée, dans beaucoup d'hôpitaux de nos grandes villes, au traitement des maladies aiguës.

Les procédés hydriatriques ont été introduits par l'auteur, dans la thérapeutique des maladies chroniques, en 1887, à Monte/ïore Home for Chronic Invalids. Depuis cette époque, de nombreux établissements se sont pourvusd'appareils à douches et ont appliqué avec succès l'hydrothérapie au traitement des maladies chroniques. Les résultats se sont montrés particulièrement heureux dans les asiles d'aliénés, parce que les applications hydriatriques y sont faites avec beaucoup de méthode et de précision. (Voir le chapitre XXYII.) Une ère nouvelle s'est ouverte, dont on ne trouve aucun exemple dans l'histoire de l'hydrothérapie. Nous avons rapporté, en divers endroits, de nombreux faits qui témoignent de l'intérêt que l'on porte, en Amérique, au développement des méthodes hydriatriques.

Un grand nombre de maisons de santé et de sanatoria américains pratiquent l'hydrothérapie àla facondes anciens hydropathes. En ces derniers temps, la mode s'est établie chez nous de rattacher, comme cela se fait en Allemagne, un établissement hydrothérapique à certains grands hôtels de villes d'eaux. Le Lakeicood Hôtel, dans l'état de New Jersey, le MecJdenburg , de Chase City, Virginie, le Homeslead at Hot Springs, le Palm Beach Hôtel, en Floride, et l'hôtel El Paso de Robles,en Californie, possèdent des installations liydrothérapiques qui permettent d'appliquer les méthodes hydriatriques avec plus de précision, au point de vue de la température, de la durée, de la pression, que ne sauraient le faire les établissements que j'ai visités en Allemagne et en France. Ces services hydrothérapiques fonctionnent sous la direction de médecins exercés.

Le service hydrothérapique que j'ai installé à liiverside Baths (New Yorkj re';oit beaucoup de malades chroniques, qui lui sont envoyés par des médecins et des dispensaires (1). Le

(d) Afm de faciliter aux médecins la rédaction de leurs prescriptions hydriatriques, l'auteur a fait établir des formules imprimées, où l'on peut indiquer le nom du malade, le diagnostic de la maladie, le traitement désiré, si ce traitement doit être tonique, ce qui est le cas dans l'anémie, la chlorose, la neurasthénie, et les autres états morbides relevant d'une hématose ou d'une nutrition défectueuses, ou altérant, ce ((ui est le cas dans le rhumatisme, la goutte, le diabète, et les autres maladies dépendant d'un trouble des échanges organiques ; ou s'il doit consister en une simple mesure de propreté. La prescription est exécutée par im personnel dont l'auteur a fait l'éducation. Le médecin traitant est tenu au courant de la marche du traitement.

HISTOIRE DE l'uYDROTHÉRAI'IE 717

nombre des malades traités s'est élevé de :2,146. en 1893, à 16.012. en 1902; actuellement, ce service ne peut suffire à sa besogne. Ce simple fait prouve combien sont appréciés, aujourd'hui, les mérites de Fliydrothérapie. Bellevue Hospilal possède un service identique. Le Park Avenue Hydriatric Jnstitute de New York, fondé en 1892 pour vulgariser l'emploi de l'hydrothérapie dans le traitement des maladies chroniques, a donné plus de 100.000 séances de traitement aux malades qui lui ont été adressés par plus d'une centaine de médecins. On doit espérer que les établissements de ce genre se multiplieront dans nos grandes villes et qu'ils seront toujours confiés à des médecins compétents, et non pas « tenus » par des inasseurset des doucheuses. par ces empiriques qui ont si souvent discrédité l'hydrothérapie aux yeux du public médical.

L'auteur se félicite de pouvoir terminer le bref résumé qu'il a consacré à l'histoire de l'hydrothérapie, en constatant des faits qui témoignent de l'estime croissante dans laquelle ses confrères américains tiennent la méthode hydrothérapique.

Conclusion. — L'étude impartiale de l'histoire de l'hydrothérapie nous montre que les cliniciens les plus autorisés ont, aujourd'hui, rendu leur confiance à la méthode thérapeutique dont Ilippocrate, Asclépiade, Celse, Hufeland et Currie avaient reconnu les mérites. Pendant longtemps, les médecins ont dû se renseigner sur l'emploi tliérapeutique de l'eau auprès d'hommes qui passaient pour des fanatiques capables de s'aveugler sur les inconvénients de leur système, bien que les efTorts qu'ils consacraient à répandre l'usage de l'hydrothérapie fussent désintéressés. Les préventions qu'ont éveillées dans l'esprit des médecins les pratiques des llancocke, des Priessnitz et de leurs imitateurs serviles autant qu'ignorants, ces préventions atteignent encore légèrement ceux qui s'efforcent d'attirer l'attention sur les méthodes hydriatriques : j'espère que cet ouvrage contribuera à dissiper ce qu'il en reste. C'est dans cette pensée que j'ai emprunté un certain nombre de citations à des auteurs qui ne sont pas des spécialistes de l'hydrothérapie, mais des cliniciens et de bons observateurs.

L'histoire s'est répétée en ce qui concerne l'hydrothérapie, comme dans beaucoup d'autres circonstances. L'esprit scientifique de notre époque a ratifié le jugement des médecins les plus prudents, les plus sages et les plus célèbres de l'antiquité.

718 HISTOIRE DE l'hydrotuérapie

Lorsqu'oQ étudie riiydrothérapie à travers les à,t>es, on constate qu'elle a rencontré des fortunes diverses. 11 est bon de connaître les causes de ces vicissitudes, afin de pouvoir empêcher que cette méthode ne soit encore une fois délaissée.

Aujourd'hui comme autrefois, les médecins les plus renommés se montrent les partisans les plus chauds de l'hydrothérapie. Mais cette méthode a contre elle les pédants et les importants à qui sa simplicité déplaît. Lorsque des profanes, après avoir compris ses mérites en observant les résultats qu'elle donne entre les mains de certains médecins, se mettent à la pratiquer, le public médical Tabandonne. C'est ainsi que le succès de Priessnitz créa la secte des « Hydropathes », dont l'influence sur la vulgarisation de l'hydrothérapie eut pour contre-partie le discrédit où la laissèrent tomber les médecins. L'adoption de l'hydrothérapie par les empiriques est la principale cause de la répulsion que beaucoup de médecins éprouvent encore à l'égard de cette méthode. En France, le corps médical ne manifeste pas la même aversion pour l'hydrothérapie, parce que cette spécialité y est beaucoup moins exploitée par les charlatans et parce que les établissements o\x on la pratique sont aux mains de médecins exercés. En Allemagne, également, où Ziemssen, Brand, Jiirgensen, Winternitz, et d'autres auteurs ont tant fait pour fonder l'hydrothérapie sur des bases scientihques, la prévention qui existait dans le public médical contre cette méthode s'est rapidement dissipée, lien est de même en Italie.

En Angleterre et en Amérique, il faudra beaucoup d'efïorts pour déterminer les médecins à enlever l'exercice de cette spécialité aux empiriques, aux mains desquels leur indifférence l'a laissée tomber. Depuis la première édition de cet ouvrage, d'ailleurs, un grand progrès s'est accompli. Récemment, le D"" J. H. Kellogg publiait un ouvrage considérable, presque encyclopédique, sur « l'Hydrothérapie rationnelle ». Ce traité, où le sujet est étudié dans tous ses détails, honore la littérature médicale américaine.

Ne restons donc pas inditïérents aux développement de l'hydrothérapie. D'ailleurs, nous devons la considérer comme une médication parfaitement orthodoxe. Ilippocrate la pratiquait et en recommandait l'emploi. Les médecins les plus illustres l'ont conseillée. Elle mérite d'échapper définitivement à l'hostilité injustifiée que lui a créée son adoption par les empiriques.

Les abus de la médication chimique et de la saignée, qui

HISTOIRE DE L'nVDlîOTIlÉHAPIE 719

ont caractérisé la pratique médicale, dans la première moitié du xixe siècle, ont engendré ce qu'on a appelé la thérapeutique conservatrice. Les ouvrages de Bigelow,de Mint, en Amérique, de Dietl, de Wunderlich et de quelques autres, en Europe, ont mis en honneur l'expectation, qui a pour but d'aider l'organisme à se défendre contre la maladie, au Heu de livrer bataille à celle-ci aux dépens de celui-là. Le nihilisme thérapeutique qui a succédé aux ahus des médications chimiques conduit un grand nombre de médecins, en Allemagne surtout, à hausser les épaules toutes les fois qu'il est question d'un traitement, alors qu'ils se passionnent dès qu'on envisage un sujetau point de vue de la bactériologie ou de la pathologie. Cette indiflerence à l'égard de la thérapeutique a eu pour résultat de permettre le développement de la « Médecine naturelle » {yaliirarzte). Des conférences, des ouvrages et des périodiques propagent cette méthode qui dépossède peu à peu le médecin de son domaine. Les empiriques, comme Priessnitz, llancocke- Oertel, le Père Bernardo et leurs imitateurs, ont pour successeurs les disciples de Kneipp, qui emploient l'eau froide suivant les méthodes les plus grossières, en y associant l'usage des simples et des tisanes, et en recommandant la sobriété et la modération. Les procédés hydriatriques de Kneipp sont basés sur ce principe que l'on doit forcer l'organisme à fournir sa propre réaction, principe qui serait rationnel, si on ne l'appliquaitpas sans aucun discernement à des malades dont le pouvoir réactionnel exige un entraînement progressif. En négligeant cette considération, ces procédés conduisent souvent à des résultats désastreux, que des observateurs dignes de foi fontparfois connaître, mais que les fanatiques de Kneipp ne publient jamais, il existe, depuis longtemps, en Amérique, plusieurs établissements Kneipp. L'esprit pratique des Américains abandonnerait certainement l'erreur qui fait le succès de ces maisons, s'il était plus exactement renseigné sur les questions d'hydrothérapie.

L'étude et l'apjjlication des méthodes hydrothérapiques dans la pratique médi-':ale fera plus, pour protéger le public contre les imprudences des charlatans, que les poursuites judiciaires qu'on pourrait leur opposer. [1 n'est passage, d'ailleurs, de regarder avec dédain les procédés des empiriques, et de hausser les épaules quand on nous parle des cures qu'ils accomplissent. Le malade ne demande pas à savoir comment on l'a guéri. 11 aime mieux guérir entre les mains d'un empirique,

720 ENSEIGNEMENT DE l'uYDROTHÉRAPIE

•que continuer à errer longtemps d'un cabinet de consultation à Tautre. Un diagnostic exact a beaucoup moins d'intérêt pour le patient qu'un traitement efficace.

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