‹ La pratique de l'hydrothérapieChapitre 89 sur 105 · NÉCESSITE D'UN ENSEIGNEMENT DE L'HYDROTHÉRAPIE · texte numérisé non relu

NÉCESSITE D'UN ENSEIGNEMENT DE L'HYDROTHÉRAPIE

J'espère que le bref exposé que je viens de consacrer à l'histoire de l'hydrothérapie aura bien fait comprendre au lecteur le danger qui menace les médecins et leurs malades, si les premiers persistent dans leur indilTérence à l'égard des méthodes hydriatriques. Je souhaite vivement qu'on s'intéresse de plus en plus aux données physiologiques et cliniques dont l'étude importe au développement de l'iiydrotliérapie et qu'on fournisse aux étudiants les moyens d'acquérir des connaissances théoriques et pratiques sur cette matière. Quelques-uns des médecins les plus éminents de l'Allemagne nous donnent, en ce moment, l'exemple de ce qui doit être fait en faveur de l'enseignement de l'hydrothérapie.

Un vote du Reichstag a fait entrer l'hydrothérapie dans le programme des études médicales, grâce aux efforts du directeur de l'enseignement Althof. Une chaire de thérapeutique a été fondée à l'Université de Berlin, à laquelle on a rattaché l'enseignement de l'hydrothérapie, et le professeur Brieger, clinicien et bactériologiste réputé, en a été nommé titulaire.

Le directeur du service de santé de l'armée bavaroise, le D"" A. Vogl recommandait récemment la création d'un enseignement de l'hydrothérapie à l'usage des médecins militaires; sur son initiative, legouvernement bavarois a décidé d'envoyer un certain nombre de médecins militaires suivre les cours de la clinique hydrothérapique de Winternitz, à Vienne.

Vogl pense que l'insuffisance de l'enseignement que reçoivent les étudiants au sujet des médications physiques, et en particulier de l'hydrothérapie, laisse une lacune importante dans leur éducation professionnelle. Leur ignorance à l'endroit de ces méthodes peut leur causer des embarras dans l'exercice de leur art, et ils rencontreront beaucoup de difficultés quand ils voudront y remédier. « On doit enseigner l'hydrothérapie dans son intégralité, ajoute-t-il avec raison, comme

(1) Miinchener medicinische Wocheyisclirifl, n» 27, 1896.

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le fait W'internitz, en la fondant sur la physiologie. On doit l'enseigner dans des cours et dans des démonstrations pratiques, exactement dans les mêmes conditions que les autres méthodes thérapeutiques, c'est-à-dire comme une matière obligatoire pour tous les étudiants. Lorsque ces conditions seront remplies, l'hydrothérapie deviendra la propriété commune de tous les médecins, et cessera d'être pratiquée comme une spécialité. »

Le regretté professeur Vierordt, de Heidelberg, écrivait, en 1897, les lignes suivantes : « Tout indique que l'hydrothérapie arrivera à se faire une place bien définie parmi les sciences médicales, et qu'on lui accordera en même temps, dans l'enseignement de la médecine, la considération quelle mérite. On ne peut enseigner l'hydrothérapie autrement que par la pratique; car, il faut tenir compte, avec cette méthode thérapeutique plus qu'avec aucune autre, des dispositions individuelles (1). »

Le professeur Vierordt a installé, dans sa polyclinique, un service hydrothérapique comprenant des bains, des douches, des salles de massage, etc. Des infirmiers exercés y exécutent les différentes opérations hydriatriques sous la direction des médecins; on y accorde la plus grande attention aux questions de température, de durée, d'énergie mécanique. Un des assistants a son domicile au voisinage de l'établissement et surveille le fonctionnement du service. « On a pourvu à toutes les nécessités possibles. Les étudiants attachés à la polyclinique suivent ce service, par séries composées d'un petit nombre d'entre eux. Ils y apprennent ainsi, sous la direction du professeur et de ses assistants, les indications et la technique des opérations hydriatriques les plus simples et les plus utiles. Si l'on considère les services que rend ce petit établissement hydrothérapique, on est obligé de convenir qu'il serait bon que chaque clinique destinée à l'enseignement possédât une installation permettant d'administrer un traitement hydriatrique à des malades du dehors, tant dans l'intérêt de ces malades que dans l'intérêt des étudiants. L'hydrothérapie doit avoir sa place dans l'enseignement que reçoit le médecin; elle ne doit pas rester une spécialité.

(( Le choix judicieux des procédés à employer et la sélection

(Il Deutsclie medicinïsche Wochenschrift, 1897.

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des cas à traiter permettront de mettre définitivement l'hydrothérapie au rang- des médications sciontitiqiies. »

Depuis la mort du professeur Vierordt, le développement de l'enseignement de l'hydrothérapie semble être devenu moins actif. D'après les renseignements qui ont été fournis à l'auteur, aucun cours d'hydrothérapie n'a été professé, à Heidelberg, pendant le dernier semestre de 1908. Dans un récent voyage en Allemagne, l'auteur a pu constater que trois seulement parmi les cliniques de ce pays donnaient un enseignement de l'hydrothérapie, bien que la plupart d'entre elles possédassent des installations très bien disposées pour le traitement des maladies chroniques. Dans ce même voyage, l'auteur s'est aperçu que les Naturarzie, les « médecins de la nature », continuaient à envahir le domaine des praticiens allemands diplômés. Il semble que les avertissements de Kussmaul aient été oubliés.

Le D'" Steinert, à Leipzig, et le professeur Mathes,à Cologne, font des cours d'hydrothérapie.

Le professeur Crédé, de Dresde, a insisté sur la nécessité d'employer l'hydrothérapie et les autres médications physiques dans les hôpitaux (1).

A Berlin, on a annexé à la chaire de thérapeutique du professeur Brieger un service hydrothérapique installé dans l'enceinte de l'hôpital de la Charité. L'auteur a vu de nombreux médecins allemands, suisses, autrichiens, russes et japonais suivre ce service. D'après les renseignements qui lui ont été fournis par le professeur Brieger, on a été obligé d'augmenter, par deux fois, l'étendue des locaux occupés par ce service, à cause de l'affluence des étudiants qui le fréquentent. « Je suis heureux, écrivait celui-ci, que l'hydrothérapie ait, sous votre impulsion, gagné du terrain en Amérique, et qu'elle soit en train de devenir la propriété commune de tous les médecins. »

Un mouvement en faveur de l'enseignement de l'hydrothérapie se produit également en Amérique. Le D'' Frederick Paterson, chef de clinique des maladies nerveuses, à Columbia University, écrivait, en 1893, les lignes suivantes (2) : « Un grand nombre des principes sur lesquels s'appuie l'hydrothérapie sont déjà scientifiquement établis, et il semble que le temps soit venu de reproduire, dans quelques-unes de nos cliniques et dans certains de nos laboratoires de physiologie, les démons-

(1) Berline)' klinische Wochenschrift 26, 1895.

(2) American Journal of Ihe Médical Sciences, février 1893.

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trations expérimentales qu'on peut donner de l'action de l'eau, de même qu'on y détermine, pardes expériences, les propriétés des médicaments nouveaux. Il serait excellent que quelquesunes de nos grandes écoles inaufjjurassent des cours d'hydrothérapie. » On s'est refusé, cependant, durant dix ans, à entendre les réclamations de cet émirient aliéniste, et les miennes.

Au sujet de la nécessité d'un enseignement de l'hydrothérapie dans nos écoles de médecine, je n'ai rien à ajouter à lavis qu'ont exprimé des maîtres réputés, avec lesquels je me trouve en parfait accord. Ce que m'apprennent chaque jour les relations que j'ai l'occasion d'entretenir avec un grand nombre de médecins confirme les observations et les conclusions de ces maîtres. Je recommande, avec la plus vive insistance, à nos facultés de médecine, qui manifestent tant d'ardeur pour le progrès de notre art, l'exemple des universités de Vienne, de Berlin et de Leipzig.

On perd, actuellement, beaucoup de temps à enseigner les propriétés et les usages de médicaments dont on use rarement dans la pratique ; il serait utile d'en consacrer une partie à l'étude clinique des effets de l'agent thérapeutique le plus puissant qui soit. Etant donnée l'importance de l'hydrothérapie, le programme que Columhia i'niver.sitij a adopté pour l'enseignement de cotte méthode mérite d'être copié. Cet enseignement comprend des cliniques et des conférences qui sont obligatoires pour les étudiants. Il y a vingt ans, le doyen de la faculté de médecine de cette université, comme un de ses professeurs les plus érainents lui demandait d'introduire l'hydrothérapie dans le programme des études, exprimait ses regrets de ne pouvoir le faire, parce que ce programme lui semblait déjà surchargé. On a pu, cependant, en émondantintelligemmentce programme sous l'administration présente, rendre possible la création d'une chaire d'hydrothérapie. On a annexé à cette chaire un service hydrothérapique pourvu de tous les appareils nécessaires à l'application de l'hydrothérapie au traitement des maladies chroniques (bains d'air chaud, table de douches ci-dessus décrite, etc.).

Les élèves du cours supérieur reçoivent, par séries de dix ou plus, une instruction pratique dans le service hydrothérapique delà Clinique Vanderbilt, les lundi et vendredi aprèsmidi. La première partie delà leçon clinique est consacrée à la présentation des malades. On discute brièvement le diagnostic ; puis on indique les données pathologiques et étiologiques qui permettent d'établir les indications thérapeutiques. On expose,

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ensuite, clairement, ce que l'on peut attendre des opérations hydriatriques dans le cas particulier, et les raisons pour lesquelles on en obtiendra l'effet désiré. Enfin le malade est soumis au traitement en présence des étudiants, que l'on incite à demander des explications complémentaires sur les points qui leur paraissent obscurs. La seconde partie de la leçon est remplie par des exercices pratiques, auxquels les élèves sont tenus de prendre part, comme ils sont obligés, dans d'autres cliniques, d'exécuter des bandages ou d'autres opérations de petite chirurgie. Un chef de clinique dirige le service et deux assistants sont chargés de recueillir les observations des malades, de guider les étudiants dans les exercices pratiques et de leur faire subir des interrogations. Un infirmier exercé exécute, sous leur direction, les diverses applications hydriatriques, les lundis, mercredis et vendredis, de 1 h. à 4 h. du soir. Le service ne reçoit que des hommes, pour des raisons faciles à comprendre. Les malades femmes et les-individus qui ne peuvent être utilisés pour l'enseignement sont envoyés au service hydrothérapique de Riverside Association. Ce service, que je dirige, traite environ cinquante malades par jour. L'après-midi du mercredi y est consacrée à des recherches expérimentales sur l'hydrothérapie et à l'instruction du personnel. L'enseignement de l'hydrothérapie est complété par une série de conférences sur les principes et la pratique de l'hydrothérapie, qui a lieu pendant la seconde moitié du semestre. L'examen de fin d'année comprend deux questions sur l'hydrothérapie.

A l'heure actuelle. l'Amérique peut assurer aux nouvelles générations médicales un enseignement de l'hydrothérapie. Columbia University est encore la seule école qui impose à ses étudiants l'obligation d'étudier l'hydrothérapie. L'auteur espère que d'autres facultés suivront l'exemple de celle-ci, dans l'intérêt de la médecine et pour le plus grand avantage des malades.

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