‹ La pratique dermatologiqueChapitre 134 sur 233 · Tome ///, Pt. AV · texte numérisé non relu

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PELLAGRE

restant à l’ombre ou en recouvrant exactement leurs extrémités avec leurs vêtements. Gherardini avait même analysé les phénomènes expérimentalement en déplaçant d’une façon systématique les diverses pièces des vêtements. Depuis, Charcot en 1858 et Bouchard en 1861 ont montré que ce sont surtout les rayons chimiques violets qui agissent. Mais il n'est pourtant pas exact de dire que la pellagre n’esl qu’un coup de soleil, et qu’en supprimant l’action solaire, on supprime la pellagre, car la pellagre est bien autre chose qu’une maladie de peau. L’érythème, si l’on veut, n’est qu’un érythème solaire, mais il traduit une vulnérabilité toute particulière du revêtement cutané, qui fait partie du tableau clinique de l’intoxication pellagreuse.

Une tache rougeâtre, puis rouge sombre, cramoisie, apparaît sur le dos des mains; la rougeur disparaît par la pression du doigt, puis revient immédiatement. Par exception, le processus congestif va jusqu’à l’extravasation sanguine. En même temps la peau est tendue, gonflée, et le malade ressent, surtout au contact des rayons solaires, une ardeur, un prurit parfois insupportables. 11 n’y a ni picotements, ni élancements, ni douleur véritable. Mais la gêne et la tension sont telles qu’elles empêchent tout travail.

La face dorsale des mains est occupée tout entière par l’érythème qui descend jusqu’à l’articulation des premières phalanges avec les deuxièmes sans les dépasser jamais. Il s’arrête net aussi, en général, au niveau du poignet, au moins à cette première période.

L’érythème dure en moyenne deux semaines, au cours desquelles il peut devenir bulleux. L’épiderme se soulève alors, et des phlyctènes de dimensions variées se produisent, se fusionnant parfois en larges plaques remplies d’un liquide trouble, jaunâtre, ou même sanguinolent. Ou bien il se fait un simple plissement de l’épiderme, suivi de fissures, et la desquamation commence, en lames larges foliacées, ou plus rarement en lamelles furfuracées. S’il a existé des vésicules ou des bulles, des croûtes plus ou moins épaisses et denses précèdent la desquamation. Le mot italien abbrustolimenlo , rôtissure, désigne les modalités accentuées de cette éruption. L’aspect de la peau dans ces cas est très semblable à celui qu’elle a dans les brûlures superficielles, et les sensations éprouvées sont aussi très analogues. Pendant que la desquamation se poursuit, la rougeur s’efface et la peau brunit, prend une teinte café au lait clair, puis foncé, sépia, brun sombre. Tout autour persiste un cercle rouge qui ne s’efface pas à la pression, et qui disparaîtra à son tour, remplacé par de l’hypcrpigmentation. La peau, après cette première poussée, est donc épaissie, lisse, tachetée de petites plaques brunes, les unes claires, les autres plus foncées, plus ou moins irrégulières, et qui vont en s’aggrandissant, de sorte qu’à une époque avancée et surtout après plusieurs poussées érythémateuses, la teinte brunâtre occupe toute l’étendue des lieux d’élection.

La même succession de symptômes ne tarde pas à se répéter sur d’autres parties habituellement découvertes : le dos du carpe, les avant-bras, le dos des pieds, les parties saillantes de la face, le cou, la partie supérieure et antérieure de la poitrine.

Pl. Mil.

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DESCRIPTION CLINIQUE ET ANATOMIQUE

En môme temps apparaissent des troubles digestifs spéciaux qui ont fait donner à celte phase de l’affection les noms de mal sctlso ou mnor xalso. Toute la bouche esl le siège d’une sensation de chaleur âcre, liée à des lésions visibles des muqueuses buccales et linguales qui prennent une teinte rouge vif cl se couvrent d’excoriations, de fissures, parfois d’éruptions vésiculeuses, surtout au pourtour des lèvres. La cicatrisation des fissures laisse sur les lèvres et la langue des traces caractéristiques. A leur période d’état, ces lésions s’accompagnent d’une exagération notable de la sécrétion salivaire, qui prend un goût amer, et, plus souvent salé. Le mal salso est passager, étroitement lié à l’atteinte toxique vernale, et sans importance pour le pronostic. Les désordres intestinaux sont plus graves et plus durables : au début c’est surtout la constipation qui domine, ou bien la diarrhée alterne avec elle; mais, à mesure que le mal s’aggrave, la diarrhée tend à s’installer d’une manière chronique. A ce premier degré de l’intoxication pellagreuse, elle est dysentériformc, caractérisée par l’expulsion de matières muco-sanguinolentes, et elle s’accompagne de coliques et de ténesme. Plus tard elle sera plutôt séreuse.

Les troubles nerveux, dès cette phase, sont très marqués. Le vertige pellagreux s’accentue, et, avec lui, le balordone, qui provoque parfois la chute en avant. Des névralgies ischiatiques ou faciales font souffrir les malades. La rachialgie, avec irradiations dans les parois abdominales et les extrémités inférieures, est, chez quelques sujets, si violente, qu’elle détermine la chute en arrière. Une sensation de brûlure, indépendante de l’érythème localisé aux régions dorsales, occupe la paume des mains et la plante des pieds. D’autres phénomènes douloureux se font sentir le long du tube digestif. Parfois il y a du trismus. Du côté des organes visuels, il y a des troubles sur lesquels a insisté Lombroso : amblyopie crépusculaire, inégalité pupillaire, parfois atrophie des artères rétiniennes. Les malades ont souvent de l’ischurie, parfois de l’albuminurie. La température est généralement normale.

L’année suivante l’érythème reparaît au printemps et les désordres digestifs et nerveux se renouvellent. Après un certain nombre — variable suivant les individus — de récidives annuelles, l’affection entre dans sa phase paralytique. La peau, celle des mains surtout, cesse de recouvrer sa couleur et sa texture normales. Autour de la plaque atrophique centrale, l’épiderme devient dur, épais, noirâtre, cassant. Cette altération s’étend à la peau des doigts; les plis articulaires paraissent plus profonds. La desquamation gagne sur de larges espaces et se prolonge en durée; les mains en sont le siège le plus évident, elles se pèlent et sont constamment recouvertes soit de larges écailles ( peau ansérine) soit, plus rarement, de croûtes, que séparent parfois des fissures et des crevasses. Les autres régions découvertes participent aussi à ce processus. Les pieds et le devant du thorax offrent plus volontiers la peau ansérine, tandis que les points saillants de la face ont l’air de se recouvrir d’une couche de crasse de couleur terreuse, d’où l’épiderme tombe en écailles furfuracées.

La langue esl rouge, lisse, tremblotante. La diarrhée séreuse est continue.

PELLAGRE

La démarche devient indécise, ébrieuse ; l’asthénie musculaire augmente, elle s'accompagne d’un certain degré d’incoordination motrice, de tremblement des extrémités, comme dans la paralysie générale. Parfois, il y a des crises convulsives. Les symptômes mentaux passent dès lors au premier plan; ils peuvent revêtir plusieurs formes, depuis l'accès de manie aiguë jusqu’à la démence. Mais, le plus ordinairement, ils’agil de lypémanie avec idées de suicide, presque toujours de suicide par submersion.

La transition est insensible entre la phase paralytique et la cachexie pellagreuse dans laquelle finissent par s’éteindre les malades. Aux troubles cutanés que nous avons décrits, viennent alors s’ajouter des taches ecchymotiques, surtout au niveau des mains, des avant-bras et de la face. Tout le tégument est terne, sec, rugueux, envahi par l’exfoliation furfuracée. La teinte bistrée ou bronzée de la peau à cette période, a même pu prêter à confusion avec la maladie d'Addison. La diarrhée séreuse, continue, un amaigrissement considérable, l'affaissement de plus en plus marqué des fonctions cérébrales, parfois des crises épileptiformes, tels sont les principaux traits de celle période terminale. Il arrive même que la mort soit causée, aune période quelquefois peu avancée de la maladie, par une série d’accidents intestinaux fébriles suraigus, auxquels on a donné le nom de typhus pellagreux. L’évolution complète de la maladie a une durée très variable, comprise entre les limites extrêmes de trois et vingt ans.

Au point de vue du diagnostic , nous nous bornerons à rappeler les caractères pathognomoniques de l 'érythème pellagreux. L 'érythème solaire , qui s’en rapproche beaucoup, s’en distingue par son évolution beaucoup plus rapide, et par l’absence de troubles généraux durables. L 'ergotisme, intoxication voisine de la pellagre, et qui vient se placer à côté d’elle au point de vue nosologique, s’en distingue par le caractère gangreneux de ses accidents cutanés. Dans Y acrodynie, l’érythème intéresse à la fois la face palmaire et la face dorsale des extrémités et s’accompagne de conjonctivite et de plaques d’anesthésie. Dans les névrites périphériques , qui déterminent parfois des érythèmes, les lésions ne sont pas limitées aux régions découvertes.

Anatomie pathologique. — L’élude nécroscopique des pellagreux n’a été faite jusqu’ici que d’une manière très incomplète. On a noté presque constamment des lésions diffuses de l’encéphale et des méninges, de l’œdème pulmonaire, des dégénérescences myocardiques, des altérations hépatiques et rénales, l'atrophie splénique; l’intestin présente les caractères de l’inflammation chronique, allant jusqu’à l’ulcération et à la perforation; la tunique musculeuse est amincie par places d’une manière tout à fait spéciale.

Quant aux lésions cutanées, elles sont fort mal connues. Griffini a trouvé, deux fois sur trois, de la sclérose des vaisseaux papillaires du derme, l’atrophie de la couche cornée, une très faible activité reproductrice du réseau muqueux de Malpighi. Une autre fois, c’était le contraire. Depuis, Dejerine, en 1881, constatait chez un malade de Hardy des lésions multiples de névrite paren¬

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