‹ La pratique dermatologiqueChapitre 133 sur 233 · ÉT UDE T II É R A PE U T I Q U E · texte numérisé non relu

ÉT UDE T II É R A PE U T I Q U E

applique sur la plaque alopécique une rondelle de sparadrap-vésicatoire ordinaire, puis il abrase la phlyctène et sur le fond dénudé applique au pinceau une solution de nitrate d’argent à 1/1 ‘>e.

Toutes ces méthodes peuvent assurément donner des succès, mais leur application est trop compliquée ou trop pénible et leur supériorité thérapeutique trop incertaine pour que leur emploi puisse se généraliser.

Moyens physiques et mécaniques. — En dehors des traitements médicamenteux, il est quelques moyens mécaniques et physiques dont on peut retirer d’excellents ell'ets dans le traitement de la pelade.

Jacquet (') conseille le brossage énergique des plaques alopéciques et de tout le cuir chevelu avec une brosse à crins raides et piquants; celte manœuvre doit être répétée chaque jour plusieurs fois; elle détermine une hyperémie locale très salutaire. Il en est de même du massage que le malade peut pratiquer très facilement lui-même. Il doit pour cela saisir le cuir chevelu entre les doigts, l’étirer, le malaxer en tous sens, et le faire glisser largement sur le péricrane.

La faradisation des plaques chauves à l’aide du pinceau métallique est encore un procédé utile pour réveiller la vitalité des téguments peladiques. Les courants continus recommandés par Michelson et par Schütz n’ont guère donné de résultats à Besnier; quant aux effluves de haute fréquence , ils sont d’un emploi trop récent pour qu’on puisse se prononcer sur leur efficacité.

On a expérimenté aussi la méthode de Finsen qui a donné quelques résultats favorables (2); mais il ne faut pas oublier que la lumière concentrée détermine facilement des brûlures suivies île cicatrices.

Application pratique du traitement. — Les règles pratiques du traitement de la pelade peuvent se résumer en ces deux propositions :

1° Les plaques alopéciques doivent être tenues en état d’irritation constante mais légère; il faut éviter de provoquer une dermite exsudative ou suppurée.

2° Même dans les pelades localisées on doit traiter aussi, mais d’une façon moins active, toute la surface du cuir chevelu ou de la barbe.

5" Le traitement (épilation ou rasure et irritation locale) doit être continué même lorsque la repousse commence à se manifester; on ne doit le cesser que graduellement, et quand les poils nouveaux ont repris leur adhérence et leur calibre normaux.

Dans la majorité des cas de pelade en plaques limitées du cuir chevelu , on conseillera tout d’abord les frictions à la brosse dure, le massage et l usage d’un alcoolat excitant tel que celui-ci :

Alcool de Fioravanti . 10J grammes

Eau de Cologne . 50 —

Teinture de capsicu u . 5 à 15 grammes

(Jacquet.)

(') L. Jacquet, Traitement de la pelade par l’irritation simple aseptique. Ann. de derm. et syph., 1898, p. 1 13(3.

(2) Jersild, Ann. de derm. et syph., 1899, p. 20.

PELADE

Cette lotion sera appliquée au moyen d’une petite brosse dure une fois par jour sur toute la tête et plusieurs fois sur les plaques.

Si ce traitement ne peut être fait régulièrement ou s’il est insuffisant, on emploiera l’acide lactique en solution alcoolique (20 à if) pour 100) ou bien le topique préconisé par Besnier :

Acide acétique cristallisable . 0,50 à 2 grammes

Chloroforme . 20 —

(E. Besnier.)

L’application peut être faite par le malade lui-même au moyen d’un tampon de coton tous les jours ou seulement tous les deux jours suivant l’effet produit.

Sur l’ensemble du cuir chevelu on fera chaque jour une friction avec un mélange tel que celui-ci :

Teinture de cantharides — romarin . .

Alcoolat de Fioravanti .

Alcool camphré .

! âa 10 à 50 grammes

| âa 100 grammes

(L. Brocq.)

Dans les cas rebelles , on aura recours soit au crayon de chrysarobine, soit au mélange suivant recommandé par Gutler et par Brocq :

Acide phénique neigeux

Teinture d’iode .

Hydrate de chloral. . .

soit encore à l’acide phénique pur ou bien au traitement de Sabouraud.

Pour les pelades de la face , on recommandera surtout les frictions énergiques avec une brosse dure, le massage répété, la faradisation. Il faut se méfier des topiques trop irritants; Leistikow conseille celui-ci :

Jus de citron . 5 grammes

Teinture de cantharides . 1 gramme.

La Camille passagère des poils de repousse peut être dissimulée au moyen de teintures diverses : L. Brocq recommande la suivante qui a l’avantage d’être inoffensive :

Suc d’écorces de noix vertes . 10 grammes’

Alcool . 10 —

âa P. E.

Dans les formes décalvantes on donnera la préférence aux topiques de faible activité, et l’on insistera sur les moyens physiques comme la faradisation, les effluves de haute fréquence, et sur le traitement général. Ce dernier sera à peu près seul applicable aux pelades généralisées , l’étendue même des surfaces alopéciques rendant très pénible ou même dangereux l’emploi des applications irritantes. Le traitement général est d’ailleurs d’autant plus nécessaire dans

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PELADE

PELLAGRE

les grandes pelades décalvantes qu’elles paraissent être toujours liées à des troubles de la santé générale et en particulier à des désordres du système n erv'eux.

PELIOSE. — Etvm. : JIîmo;, livide.

C’est un synonyme de purpura.

Voir l’article : Purpura.

PELLAGRE

Par E. RIST

PELLAGRE

Étym. : L’origine du mot est douteuse. L’opinion la plus accréditée le l'ait dériver des deux mots latins pellis, peau; aegra, malade.

La pellagre est une affection chronique à évolution progressive que caractérisent, d’une part, un érythème atteignant les parties découvertes, et, d’autre part, des désordres des voies digestives et du système nerveux, le tout aboutissant à une cachexie spéciale, où prédominent les troubles mentaux. Dans l’ensemble symptomatique qui constitue celte maladie, les lésions cutanées jouent un rôle secondaire, parfois même très effacé. Pourtant elles seules justifient l’admission de la pellagre dans le cadre dermatologique, et c’est sur elles que nous insisterons dans ce court aperçu, renvoyant pour le reste aux nombreuses monographies spéciales, ou aux ouvrages de pathologie interne et de psychiatrie.

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE

Étudiée pour la première fois en 17Ô0, sous le nom de mal de la rosa, par Gaspar Casai, médecin de la province des Asturies, — dont les observations furent publiées par le Français Thiéry, — puis, dans la Galice, par le père Feijoo qui l’appelait flerna salade , la pellagre fut surtout décrite au xvuie siècle et dans la première moitié du xixc par les Italiens. Frapolli, de Milan, en 177 4, Odoardi de Bellune en 1776, puis Gherardini, Albera et surtout Strambio cà Legnano et à Milan, en firent une étude clinique très complète. Ces médecins exerçaient dans la Lombardie et la Vénétie, où la pellagre endémique fait de grands ravages. Dès 1810, Marzari, de Venise, créait la doctrine du zêisme. Il posait en principe que toute maladie endé-

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mique, dont la production ne s’explique pas par la contagion ou l’hérédité, uc peut provenir que de l’air ou de la nourriture. « Si donc, disait-il, je parviens à prouver qu’elle ne vient ni de l’air, ni des boissons, j’aurai déjà prouvé (par la méthode exclusive) qu’elle dépend de la nourriture. Celle-ci n'est autre que le maïs sous forme de polenta chez nous et de pain ailleurs, consommé tout l’hiver sans substances animales en proportion notable. Donc cet aliment, tiré du maïs tardif non mûr, souvent moisi au printemps, doit être celui qui, dans les conditions indiquées, constitue la cause vraie et certaine de la pellagre. » Balardini, en 1845, développa et compléta cette théorie, en incriminant le verdet ou verdérame, champignon qui se développe sous forme d'une matière verdâtre au-dessous de l’épiderme du maïs, dans les saisons humides. En 1856, Lussana et Frua cherchèrent à montrer que le maïs est la cause de la pellagre, parce que, manquant de principes protéiniques, il constitue une nourriture insuffisante à la réparation organique. Mais, en 1871, Lombroso et Erba démontrèrent, par une série de recherches expérimentales, que le verdet, — qui u’esl autre que l’ Aspergillus glctucus , — inoffensif par lui-même, entraîne dans le maïs, par sa présence, la formation de produits toxiques analogues aux alcaloïdes cadavériques; ils parvinrent à extraire de la farine de maïs verdéramé une substance soluble dans l’eau ou zéïne, et une oléo-résine dont l’ingestion détermine chez les animaux des accidents nerveux et digestifs analogues à ceux de la pellagre.

En France, Jean Hameau, médecin de la Teste, dans les Landes, publia, en 1826, plusieurs observations d’un mal qui sévissait endémiquement dans la région, et qu’une Commission, nommée par la Société de médecine de Bordeaux, identifia après enquête avec le mal de la rosa espagnol et avec la pellagre italienne. Puis Gintrac dans les Pyrénées, Landouzy (de Reims), en Champagne, en découvrirent de nouveaux foyers. Ces deux auteurs, puis Th. Roussel, Hardy et d’autres, signalèrent ensuite des cas sporadiques. Enfin Billod et, plus tard, Baillarger signalèrent la pellagre comme apparaissant souvent à titre de complication chez des paralytiques généraux ou des aliénés indigents soumis à un régime alimentaire insuffisant. Les conditions étiologiques de l’affection paraissaient donc se multiplier et du même coup la théorie du zéisme en était ébranlée. Sous l’impulsion de Landouzy, en particulier, on eul quelque temps en France la tendance à voir partout la pellagre, qui devenait ainsi une sorte de maladie de misère très répandue.

Depuis, une réaction s’est faite. L’érythème pellagreux dont on voulait faire le signe par excellence de l’affection fut, grâce aux travaux de Charcot, puis de Bouchard, réduit au rang d’un érythème solaire banal survenant sur une peau prédisposée. La réalité du zéisme n’est plus guère mise en doute aujourd’hui, et l'on est justifié à ne décrire comme pellagre que l’affection causée par le maïs verdéramé, tandis que les pseudo-pellagres ou pellagroïdes n’ont de commun avec elle que l’érythème, survenant comme un phénomène accidentel chez des aliénés, des paralytiques généraux, ou encore chez des cachectiques tuberculeux, brightiques, dysentériques, alcooliques, etc. Th. Roussel

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a contribué plus qu’aucun autre à établir cette conception aujourd’hui classique.

On rencontre à l’état endémique la pellagre vraie, d’origine zéique, dans l’Italie septentrionale, dans quelques provinces d’Espagne, en Hongrie, en Roumanie, dans le Tyrol autrichien, en Pologne. En France, les foyers qui existaient au milieu du siècle dernier dans les Landes, dans le Lauraguais et dans certains points des Pyrénées, sont éteints aujourd’hui. Les populations atteintes appartiennent aux classes inférieures; ce sont surtout les bergers, les cultivateurs qui — pour des raisons évidentes- — contractent la pellagre. On comprend aussi que les époques de disette, où le maïs devient de plus eu plus la base presque exclusive de l'alimentation, favorisent l’extension du mal. L’àge moyen est de trente à cinquante ans; mais on observe aussi la pellagre dans la vieillesse, et chez les enfants. La fréquence plus grande de la pellagre chez les enfants à mesure que la maladie s’invétère dans un pays a été notée par plusieurs auteurs. Roussel admet l’influence de l’hérédité sur le développement de l’affection, à titre de cause prédisposante.

DESCRIPTION CLINIQUE ET ANATOMIQUE

Dans une première période prodromique, s’installent des troubles nerveux et mentaux caractéristiques : c’est d’abord une asthénie très prononcée, un sentiment de lassitude, de langueur, de torpeur physique et morale. En même temps que les forces disparaissent, l’humeur devient triste, sombre. Et ce malaise général ne tarde pas à s’aggraver de troubles plus particuliers : des vertiges surviennent, et, en même temps qu’eux, une sorte d’alourdissement ébrieux ( balonlone ) qu’accompagnent des bourdonnements d’oreilles, des douleurs spinales. Puis quelques désordres digestifs entrent en scène : c’est avant tout une sécheresse insolite de la bouche et de la gorge, puis une sensation de brûlure à l’estomac. Quelquefois, dès cette période, la langue est rouge, turgescente, sillonnée de diverses manières. L’appétit est diminué, ou au contraire exagéré d’une façon morbide. La diarrhée peut exister déjà, mais elle appartient plutôt aux stades ultérieurs qu’à celui-ci. Tous ces symptômes initiaux ont été groupés sous le nom de mal ciel padrone. Ils peuvent disparaître pour faire place au retour à la santé. Ils peuvent aussi s’aggraver, ce qui est le cas le plus fréquent, et conduire à la pellagre confirmée, dont le début est marqué par l’apparition des signes cutanés.

L 'érythème pellagreux survient brusquement, en vingt-quatre heures, au printemps, ou, plus exactement, entre la fin de février et les derniers jours de mai. Les plus anciens auteurs, Strambio, Franzago, avaient déjà noté l’importance de l’action solaire dans la production de l’érythème ( mal ciel sole ), auquel les patients échappent d’une manière plus ou moins complète, en

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