C. - Larynx
Un des premiers signes de la lèpre est souvent l'altération de la voix. D’abord légèrement enrouée, elle devient rauque, nasonnée, dissonante el faible ; 1 aphonie arrive à être complète. La respiration peut être embarrassée, su î tout la nuit ou apres un effort. A 1 occasion de la marche, d un refroidissement, sui viennent des accès de suffocation qui peuvent rendre urgente la trachéotomie.
L examen larync/oscopicjue rend compte de tous ces troubles. L’épiglotte est le siège initial des lésions. D’abord apparaissent des taches, des papules, de la rougeur diffuse accompagnée d’un peu de gonflement. Puis l’opercule épaissi devient globuleux, rigide et immobile; enfin il s’ulcère ou subit des rétractions qui le déforment, l’enroulent et le rabattent sur l’ouverture du larynx. Le raccourcissement des replis ary-épiglol tiques, distendus par une infiltration pseudo-œdémateuse analogue au faux œdème de la glotte des tuberculeux, contribue à le maintenir dans cette position vicieuse. Les fausses cordes vocales sont aussi infiltrées, mais les rubans vocaux sont presque toujours intacts. La muqueuse sous-glottique et même celle de la trachée peuvent être parsemées d ulcérations ou de cicatrices rayonnées qui occupent surtout la paroi postérieure du canal aérien (*). — La muqueuse du larynx, comme celle du pharynx et du voile du palais, est d’une pâleur remarquable.
C) Storcii, Virchow' s Arch., Bd CXLVIII, p. 104.
LEPRE
Histologie. — L'épithélium épaissi est creusé de lacunes contenant des leucocytes et des bacilles. Tout le reste de l’épiglotte a l'ait place à une infiltration lépromateuse farcie d’amas bacillaires plus volumineux qu’en aucun autre organe, sauf peut-être la pituitaire et la langue. Les mêmes lésions se retrouvent dans les replis ary-épiglottic|ues(1). L’infiltration bacillaire ne se limite pas aux parties molles, mais gagne souvent le périchonclre et même le cartilage (2).
D. — Œil.
L’appareil visuel est souvent touché dans la lèpre (r>). Les lésions palpébrales ne diffèrent pas de celles des autres régions cutanées : localisées surtout à la région sourcilière d'une part, au bord libre des paupières, d’aulre part (où de petits lépromes simulent le chalazion), elles respectent la parlie moyenne des voiles palpébraux. La conjonctive est presque toujours intéressée dès la première phase de la maladie.
Sur la muqueuse bulbaire injectée, se détachent de petits nodules translucides de couleur blanc sale. Ces lépromes miliaires, constitués comme ceux des autres muqueuses, sont plus profonds qu’ils ne le paraissent, et les prétendus tubercules de la conjonctive sont, en général, des tubercules de l’épisclère soulevant la conjonctive. Souvent, de part et d'autre du limbe cornéen, se dessinent deux nappes triangulaires épaisses et vasculaires qui, en s’étendant, se rejoignent en haut et en bas en une sorte de chémosis. Elles représentent un dépôt, dans la couche sous-épithéliale, de cellules géantes bourrées de bacilles. Ceux-ci se retrouvent parfois dans les larmes (*).
(') Ncisser a décrit le premier ces lésions. Les boules bacillaires de l’épiglotte ont été l’objet d’études approfondies. Les rapports respectifs des amas microbiens et des éléments anatomiques ont donné lieu à des interprétations divergentes. D’après Rikli une cellule géante polynucléée, appliquée en croissant autour d’une colonie bacillaire d’abord libre, l’englobe secondairement par l’extension et la fusion de ses cornes. Pour Bergengrün {Lepra-Conf., t. II), au contraire, les globi sont des cylindres formés d’amas bacillaires remplissant le réseau lymphatique. Gluck {id., I. I), décrit des figures arrondies, prenant la coloration des bacilles, et entourées d’un anneau brillant. Ces figures représentent, d’après lui, des masses bacillaires, denses, creusées de vacuoles; elles se développeraient dans des cellules de Virchow Nous avons vu, entre le fibro-cartilage intact et le léprome de la muqueuse, de gros blocs vitreux vacuolisés, gardant une teinte rose intense après décoloration, dans ces blocs on ne distinguait que quelques bacilles et granulations. Ce sont probablement des globi deshabités, presque entièrement constitués par la glée et développés dans des cellules, car sur leur contour on voit parfois un noyau aplati. Les mêmes boules amorphes se retrouvaient dans le repli ary-épigloltique, péné* tranl jusque dans les faisceaux musculaires.
(-) Dans un cas que nous avons observé, presque toutes les capsules cartilagineuses de l’épiglotte contenaient des amas bacillaires.
(3) Consulter le travail magistral de O. B. Bull et G. A. Hansen, The leprous dis. of the eyc, Christiania, 1873, et Jeanselme et Morax, Ann. d'oculist., nov. 1898.
(4) Babes a trouvé presque constamment des bacilles dans le cul-de-sac conjonctival, même au début, alors qu’ils manquaient encore dans le mucus nasal. Jeanselme et Morax n’en ont constaté dans les larmes qu'une fois sur huit sujets porteurs de lésions conjonctivales.
[E JEANSELME et M. SES.]
ÉTUDE ANALYTIQUE DES LOCALISATIONS LÉPREUSES
Los lésions du globe oculaire se cantonnent presque toujours sur le segment antérieur de l’œil, avec une prédilection marquée pour le limbe scléro-cornéen et la région ciliaire; si d’ailleurs elles prédominent en tel ou tel point, elles ne sc localisent pas systématiquement à l’une des membranes; elles en dépassent ordinairement les limites. Elles peuvent disparaître sans laisser de traces, rester longtemps stationnaires, ou se reproduire par poussées coïncidant souvent avec celles du tégument. Elles peuvent entraîner de graves désordres et compromettre la vision.
Le segment antérieur de la sclérotique et le tissu épiscléral correspondant sont le siège de prédilection des infiltrations lépreuses, circonscrites ou diffuses. Ces régions sont toujours envahies quand l’œil est intéressé, sans qu’d en résulte d’ailleurs d’autres signes subjectifs qu’un peu d’irritation oculaire. Bien plus intéressante est la kératite lépreuse, en raison des analogies et des différences qu’elle présente avec la kératite interstitielle des tuberculeux ou des hérédo-syphilitiques. Elle débute près du limbe cornéen, souvent en des points correspondant à des lésions de la sclérotique, sous forme d’un trouble léger, sans altération du reflet brillant normal de la cornée. La loupe décompose ce trouble en petites opacités nodulaires. Celles-ci peuvent se résoudre, mais elles récidivent et peu à peu envahissent toute la cornée. Parfois elles en amènent la vascularisation (pan nus leprosus), ou y déterminent de petites exulcérations peu extensives. La lèpre cornéenne atlecte parfois une disposition toute différente: elle se présente sous forme d’un léprome circonscrit donnant l’idée d’une néoplasie.
L i) itis, liés frequente egalement, ne donne souvent heu a aucun signe spécifique de la lèpre : elle évolue plus ou moins rapidement à la façon d’une 11 dis seieuse oïdinaire, laissant a sa suite des synéchies postérieures. Dans quelques cas, l'iris laisse voir, soif à la loupe, soit h l’œil nu, de petits nodules miliaires; ou bien il se développe, particulièrement à l’insertion de la membrane, de volumineux lépromes, qui déterminent des phénomènes d’irritation assez violents. La variété la plus commune consiste en une iritis avec exsudais qui obstruent le champ pupillaire et amoindrissent la vision. De temps à autre surviennent des exacerbations douloureuses qui s’accompagnent d’une poussée de glaucome avec foules ses conséquences.
L’envahissement du corps ciliaire paraît très fréquent, mais on ne peut guère l’affirmer cliniquement que si l’on constate le dépôt de précipités à la face postérieure de la cornée. Rarement on observe des signes de cyclile. Les lésions de la choroïde el de la rétine échappent à l’examen ophtalmoscopique, par suite de 1 opacité de la cornée et des exsudais qui encombrent le champ pupillaire.
Histologie. — Les lépromes de la sclérotique sont des tubercules circonscrits ou des infiltrations diffuses, occupant lepisclère et les couches sous-jacentes. Tantôt ifs rétrocèdent, tantôt ils s’étendent, mais ils ne dépassent pas en arrière l’inserlion des muscles droits. — Les tubercules circonscrits de la cornée sc composent d’une accumulation de cellules rondes ou fusiformes situées sous l’épithélium non
LÈPRE
détruit; la plupart renferment des bacilles. L’infiltration diffuse, qui écarte les lames de la cornée, contient aussi de très nombreux bacilles, libres ou intra-cellulaires. Les vaisseaux néoformés se développent dans la couche superficielle et non dans la profondeur , ainsi qu’on l'observe dans la syphilis. Quant aux ulcères de la cornée, ils sont toujours consécutifs à une néoplasie lépreuse dont le point de départ est le parenchyme cornéen ou la région ciliaire. — Des infiltrations riches en bacilles farcissent l'iris et le corps ciliaire, sous forme d’éruption miliaire ou de petites tumeurs qui peuvent môme se faire jour au dehors. Ces lésions entraînent des troubles secondaires graves, opacification du cristallin, adhérence de sa capsule à l'iris et glaucome secondaire, atrophie du globe. — La rétine contient rarement des nodules, et seulement dans sa portion périphérique; ils sont tout à fait exceptionnels dans le nerf optique.
Les lésions oculaires, qui existent dans plus de la moitié des cas de lèpre nerveuse , ne sont que la conséquence des troubles paralytiques qui seront étudiés plus loin. Larmoiement, injection conjonctivale; ulcères, phlyctènes et opacité de la cornée : tous ces troubles, qui peuvent devenir assez graves pour amener la perte de l’œil, ne diffèrent en rien de ceux qui suivent la lagophtalmie en dehors de la lèpre (*).
La précocité de l 'arc sénile chez les lépreux est probablement due à un trouble trophique.