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MUQUEUSES ET ORGANES DES SENS

Los localisations de la lèpre sur les muqueuses sont très communes. Elles occupent de préférence la cloison des fosses nasales, le dos de la langue, le vestibule du larynx et la conjonctive ('-).

Les lépromes des muqueuses ne diffèrent de ceux de la peau que par le siège plus superficiel du foyer, qui force rapidement la barrière épithéliale, et par la fréquence et le volume considérable des boules bacillaires, souvent situées en dehors des cellules.

A. — Fosses nasales.

Le coryza chronique est une des manifestations les plus précoces de la lèpre; on l’observe souvent dès la période d invasion, de sorte qu’un certain nombre d’auteurs pensent que le bacille de Hansen pénètre dans l’organisme à la faveur d’une érosion de la pituitaire (2).

Un enchifrènement persistant, une accumulation de croûtes obstruant les narines, quelques épistaxis (3), tels sont les signes, en somme assez peu caractéristiques, de ce coryza. Mais l'examen bactériologique du mucus nasal peut fournir, dès le début de la rhinite, des données d’une haute signification. En effet, le muco-pus, comme le sang des épistaxis, contient souvent d’innom-

(') Les altérations des organes des sens sont intimement liées à celles des membranes muqueuses de la face. Nous les décrirons donc avec ces dernières, l'ouïe n’est presque jamais intéressée chez les lépreux. Les lésions génitales et rectales seront étudiées avec la lèpre viscérale.

(2) 11 y a lieu d’insister sur la fréquence des altérations nasales (Jeanselme et Laurens, Des localisations de la lèpre sur le nez, la gorge et le pharynx, Soc.méd. des hop., ‘23 juillet 1897, et Lepra-Conf.). Sur 26 lépreux que nous avons examinés à l'hôpital Saint-Louis, 16 avaient des lésions du nez, de la gorge et du larynx; mais il s’agissait surtout de lèpre tuberculeuse ou mixte : dans 2 cas de lèpre nerveuse, la pituitaire était saine. — Sur 282 malades observés par nous en Indo-Chine, 57 présentaient des lésions nasales très apparentes, ce qui laisse supposer qu’un examen approfondi eût donné une proportion beaucoup plus forte. — Glück, sur un relevé de 261 cas, trouve 125 fois des altérations nasales, à savoir : dans 1 1 G cas de lèpre tuberculeuse, 79 fois (68, IU pour 100); dans 69 cas de lèpre mixte, 51 fois (44,93 pour 100); dans 79 cas de lèpre nerveuse, 15 fois (18,98 pour 100). Ses propres observations lui donnent une proportion encore plus élevée, 89 pour 100. Il croit ces altérations plus rares et moins intenses dans la lèpre nerveuse que dans la lèpre tuberculeuse, mais de même nature. — Sticker les a constatées à un haut degré, môme dans la lèpre nerveuse pure : sur 153 lépreux examinés par lui dans l’Inde anglaise et en Égypte, les désordres anatomiques évidents manquaient 13 fois, mais, dans 9 de ces cas, la sécrétion d’une pituitaire en apparence saine, contenait de nombreux bacilles.

(s) Parmi les signes de la lèpre nasale, celui qui prime tous les autres, au point de vue séméiologique, c’est l 'épistaxis. Bien qu’elle soit peu abondante, par sa persistance et sa répétition elle peut avoir l’importance d’un signe révélateur, au même titre que l’hémoptysie prémonitoire de la tuberculose.

[E. JEANSELME et M. SÉE .]

ÉTUDE ANALYTIQUE DES LOCALISATIONS LÉPREUSES

brables bacilles agglutinés en boules épineuses. On se trouve donc, aux premières phases de la maladie, en possession d’un signe assurant un diagnostic ferme. Le coryza subit des exacerbations qui coïncident avec les efflorescences tégumentaires; il s’atténue ou disparaît quand la lèpre tend à devenir anesthésique (*).

Les progrès du catarrhe nasal modifient peu à peu la configuration du nez. La région dorsale s’épaissit d’abord, dans la portion comprise entre sa racine et l’extrémité inférieure des os propres; puis l’élargissement se prolonge jusqu’au lobule, qui devient gros et rond.

Plus lard, la charpente cartilagineuse cède et le nez se busqué. Le lobule s’affaisse et arrive presque au contact de la lèvre supérieure. Les ailes du nez se détachent, sont soulignées par un profond sillon en accent circonflexe, et l’orifice des narines, auparavant elliptique à grand diamètre antéro-postérieur, devient circulaire.

Puis la clef de voûte de l’édifice nasal, représentée par la cloison cartilagineuse, s’écroule. Un coup de hache sépare le lobule du nez des os propres. L’extrémité libre, à laquelle on peut imprimer des mouvements anormaux, bascule et s’invagine au-dessous de la portion osseuse; ainsi se réalise une déformation identique à celle que l’on désigne communément, dans la syphilis, sous le nom de nez en lorgnette. Ici, les parois osseuses sont d’ailleurs respectées beaucoup plus longtemps que dans la syphilis.

L 'examen rhinoscopique montre la pituitaire turgescente, érodée et tuméfiée au niveau du segment inférieur de la cloison; ce segment représente le siège initial et constant des lésions. Le plus léger attouchement avec le stylet sur cette zone hémorragipare peut provoquer un écoulement sanguin. Plus tard, le cartilage diminue de consistance et la perforation est imminente. Celle-ci se forme à l’insu du malade; elle est circulaire ou elliptique et toujours très régulière.

Outre cette infiltration lépromateuse en nappe, on observe souvent, sur la pituitaire, de nombreux tubercules circonscrits (2).

Le vestibule des narines est ordinairement dépourvu de ses vibrisses.

h' olfaction persiste toujours sans modifications notables; fait curieux, qui tient à ce que l’infiltration s’étend très lentement vers la région supérieure, ou olfactive, des fosses nasales. En revanche, comme au niveau du tégument externe, la sensibilité générale est affectée soit au niveau des tubercules, soit indépendamment de toute manifestation éruptive; souvent la muqueuse de la cloison est insensible dans toute sa hauteur; la sensibilité thermique est toujours plus intéressée que la sensibilité tactile.

(*) Pourtant Babes affirme que les lésions nasales, fréquentes au début de la lèpre nerveuse, sont constantes à un stade avancé et capables d’entraîner même de grands délabrements.

(2) Dans une forme assez rare, l’affection nasale est représentée par des nodules qui siègent à la face interne des ailes du nez et envahissent d’une façon discrète la partie inférieure de la muqueuse. A un certain stade, les infiltrations peuvent se résorber et laisser un état atrophique de la muqueuse, qui reste lisse et insensible.

LEPRE

Histologie. — Le tienne est infiltré d’innombrables paquets bacillaires et de globi. On peut saisir l’effraction de l’épithélium par les microbes, libres ou intraleucocytaires, qui se retrouvent en quantité énorme dans le mucus de la surface(1). Quand la rhinite est ancienne, l’inflammation gagne les couches profondes et dissocie le péricliondre.

B. — Pharynx et bouche.

L’inflammation de la muqueuse nasale gagne le naso-pharynx , qui s’infiltre d’une façon diffuse. D’abord rouge, sec, couvert de traînées visqueuses, le revêtement muqueux s’épaissit ensuite, devient végétant, se fissure et sécrète un pus sanguinolent ; çà et là, des portions grisâtres, d’aspect pseudo-membraneux, tranchent sur le fond rouge et granuleux. — Le pharynx est aussi le siège d’un infiltrat profond, avec de petits nodules durs à la surface. — La voûte palatine et le voile, la luette peuvent être parsemés de nodules circonscrits ou doublés de lépromes diffus. Ces infiltrats peuvent rétrocéder ou s’ulcérer. Les cicatrices consécutives à ces pertes de substances déterminent parfois des rétractions et des adhérences vicieuses du voile (2). La perforation de la voûte palatine est une rareté. En dehors des points lésés, la muqueuse du palais, comme celle du larynx, offre une pâleur remarquable, au moins aussi accentuée, sinon plus, que dans la tuberculose. — Sur le reste de la bouche , les lésions sont analogues à celles du pharynx. Elles débutent à la face interne des joues, sous forme de rougeur diffuse, auxquelles succèdent des plaques irrégulières, blanchâtres, recouvertes d’épaississements épidermiques qui rappellent la leucoplasie buccale. Au niveau des commissures, ces plaques opalines simulent des plaques muqueuses. Outre ces tubercules superficiels et aplatis, il existe des nodules profonds, hémisphériques et gros. Les gencives sont tuméfiées et souvent érodées; plus tard elles se rétractent. L 'haleine exhale une odeur fétide ou fade. Les cicatrices consécutives peuvent, comme celles du lupus, amener l’atrésie de l’orifice buccal.

(*) Sur un fragment que nous avons excisé au moment d’une poussée, le derme était remplacé par un tissu lépreux contenant une telle quantité de bacilles, que la préparation colorée au Ziehl gardait nne nuance rose vif après l’action des acides. Les amas bacillaires formaient à certains éléments une coque complète. On retrouvait des vestiges cellulaires dans les globi, dépourvus de vacuoles et pauvres en glée (signes de formation récente). Au point où le foyer affleurait l’épiderme, celui-ci était infiltré de petits paquets bacillaires. Quelques-uns de ceux-ci étaient inclus dans les cellules malpighiennes ; d’autres étaient enrobés dans des traînées de mucus tapissant la surface libre de l’épithélium.

(â) Suivant le siège des rétractions, le voile du palais prend les positions vicieuses les plus variées : a. Attiré en avant par les piliers antérieurs, il pend presque vertical, le naso-pharynx se ferme mal (régurgitation par le nez). — b. Attiré par les piliers postérieurs, il devient presque horizontal et entre en symphyse avec la paroi postérieure (nasonnement). — c. Si les piliers sont également raccourcis, le voile prend la forme d'une voûte d'arète dont la luette représente la clef pendante. — d. Les lésions peuvent être asymétriques et l’attirer d’un côté; la luette est alors déviée. — Auparavant elle peu!, être paralysée ou disparaître complètement. La surface du palais est parfois ravagée irrégulièrement par des ulcérations et des cicatrices.

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La langue présente d abord des épaississements épidermiques grisâtres, opalins el saillants. Ces plaques sont déjà dures et insensibles. Plus lard, les alterations gagnent en profondeur. La lace dorsale, surtout en sa partie médiane, est végétante, érodée et creusée de profonds sillons. Outre ces épaississements scléreux, qui intéressent seulement la muqueuse, tout l’organe est bourré de nodules profonds, semblables à des gommes. Dans la suite, la sclérose se retracte et la langue devient rigide. Les follicules situés en arrière du \ lingual sont constamment hypertrophiés.

Au niveau des tubercules, l’épiderme sexlolie et les bacilles tombent dans la cavité buccale.

Histologie. — Le derme de la partie postérieure du pharynx peut être transformé en un véritable léprome diffus qui dissocie les libres musculaires, détruit les glandes et envoie de petites colonies microbiennes entre les cellules épithéliales (Gluck). Les vaisseaux sanguins peuvent être oblitérés par des thromboses bacillaires. L hypertrophie des amygdales, d’origine lépreuse, n'est pas rare.

La glossite lépreuse commence aussi par une infiltration dermique. Les bacilles, aidés par les cellules migratrices, peuvent envahir et entamer la couche épithéliale et se mélanger à la salive. Plus tard, 1 infiltration fait place à la sclérose : celle-ci atteint, dans certains cas, des proportions considérables et pénètre fort avant dans la charpente musculaire.

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