TRAITEMENT LOCAL ET CHIRURGICAL
Dans quelques cas, rapportés par Leloir, par Marcano et Wurtz et par d’autres, l’ablation ou la destruction d’une tache initiale aurait jugulé la maladie : nous savons avec quelle réserve il faut accueillir ces conclusions.
Par contre, la destruction des lépromes , considérés comme sources d infection, est d’autant plus recommandable qu’elle est facilitée par leur analgésie et que les plaies consécutives se ferment assez rapidement. Déjà en honneur autrefois chez les Arabes, elle est pratiquée couramment de nos jours, notamment par les médecins de Norvège. Zambaco met à l’actif du thermo-cautère des guérisons définitives, surtout chez des enfants traités dès le début de la maladie. Quant aux moyens à employer, d’aucuns préfèrent l’ablation au bistouri, d’autres la destruction au fer rouge; d’autres enfin aiment mieux les caustiques (potasse, acides forts, phénol concentré). Le choix entre ces procédés est guidé par les particularités de chaque cas(r>).
La plupart des topiques usités en dermatologie ont été essayés, soil pour amener la disparition des nodules et des infiltrations, soit pour calmer les douleurs locales : il faudrait, pour les énumérer, citer tous les médicaments réputés résolutifs, révulsifs, calmants ou désinfectants (onguent napolitain cl préparations mercurielles, iode, créosote, acides phénique et salicylique, salicylate de méthyle, résines, etc.), employés sous toutes leurs formes pharmaceutiques (solutions, pommades, emplâtres, collodions, etc.). Les médicaments
(4) Ces eaux sont recommandées par Gluck et par Ehlers. La cure, qui doit être assez longue, consiste en boisson à dose croissante (jusqu’à 1 litre et plus par jour) et en bains d’une heure, à 40° et même 42°, suivis d’une sudation dans des couvertures et de massage.
(2) D. Sauton conseille l’essai des courants alternatifs de haute fréquence, et l’emploi de la photothérapie par les rayons chimiques, mais n’indique pas qu’il ait jamais commencé à expérimenter ces moyens.
(3) Unna insiste sur l’inégale efficacité des divers caustiques : l’acide acétique, l’acide nitrique fumant, n’ont d’après lui qu’une action passagère, tandis que l’acide phénique concentré et surtout la potasse caustique donnent des résultats plus durables; encore celle-ci détruit-elle seule les bacilles. Il ne cautérise d’ailleurs que les lépromes limités, et traite les taches et les infiltrations œdémateuses par des pommades.
[E. JEANSELME Ct M. SÉE.]
TRAITEMENT
réducteurs , acides pyrogallique cl chrysophanique, ichtyol, résorcine, sont préconisés par Unna, et semblent être les plus actifs (*). Pour compléter cette liste déjà longue, il faudrait y ajouter d’autres substances qui passent pour avoir une action spéciale antilépreuse : comme la plupart sont employées, à la fois comme remèdes internes et comme topiques, nous les signalerons à propos du traitement médicamenteux.
Oue l'on soit ou non intervenu chirurgicalement vis-à-vis des productions lépreuses, il importe de les soumettre à une antisepsie rigoureuse. On ne doit pas oublier, en effet, que les infections secondaires sont le facteur essentiel des complications inflammatoires et de la fonte même des tubercules.
Bien aseptisées et bien pansées, nombre d 'ulcérations lépreuses se cicatrisent d’elles-mêmes. Les ulcères chroniques atones, calleux relèvent des traitements ordinaires applicables aux plaies rebelles, aux ulcères de jambe en particulier.
Il est utile, suivant le conseil d’Hallopeau, de protéger contre l’action de l'air les régions découvertes telles que la face et les mains : on y arrivera au moyen de pommades ou enduits couvrants (vaseline, pâte de zinc, vernis à la caséine).
Un certain nombre d 'indications spéciales entraînent des interventions opératoires : ouvertures de collections, ablations de séquestres, amputations. La lèpre du larynx peut nécessiter la trachéotomie. C’est à l’occasion des manifestations oculaires que la chirurgie rend les plus précieux services : il est de toute nécessité d’enraver l’envahissement de l’œil par les tubercules. Ceux de la conjonctive et de la cornée seront donc raclés et cautérisés au galvanocautère, au besoin leur marche sera arrêtée par la kératotomie. Quant à la lagophtalmie, on y remédiera par la larsorrhaphie du tiers interne des paupières, afin de retenir les larmes dans le cul-de-sac reformé.
L 'élongation des nerfs , pratiquée contre les phénomènes de névrite, est diversement jugée (2).
(*) Citons, comme exemple, le traitement de Leistikow, qui se rapproche de celui d’Unna : pour la face, cures d'exfoliation par la résorcine (mousseline-emplâtre, pâte exfoliante à 50 p. 100, etc.) fréquemment répétées; acide pyrogallique sous forme d’emplâtres, de pommade composée (5 pour 100, avec 5 d’ichtyol et 3 d’acide salicylique), d’onguent de caséine (10 pour 100). Sur le corps, frictions à l’acide chrysophanique ou pyrogallique (pommade à 10 pour 100, etc.), emplâtre si les lésions sont limitées. — Pour les traitements prolongés, gélanlhe à l’acide chrysophanique composé, onguent de caséine à l’acide pyrogallique composé. — Comme traitement intermédiaire, ichtyol, en pommade (10 à 20 pour 100), gélanlhe, pansements humides ou collodion (ce dernier sur les lésions en foyer). — Hallopeau a vu des tubercules s’affaisser sous des applications de collodion au biiodurc de mercure (1/2 pour 100).
(2) Gerald Bomfert, son promoteur, reconnaît qu’il faut souvent la réitérer et dissocier les nerfs tuméfiés. Beaven Rake et Danielssen n’ont retiré aucun bénéfice de cette intervention, tandis que d’autres ont observé l’amendement des phénomènes douloureux, anesthésiques, moteurs et trophiques.
A titre de curiosité historique, nous mentionnerons la castration, autrefois préconisée par les médecins du moyen âge pour guérir la lèpre.
LÈPRE