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LES DISCUSSIONS ACTUELLES SUR LA THÉORIE I)E LA LICHÉNIFICATION

« 2° La vulnérabilité de la peau, qui permet à ces lésions un degré de diffusion et d’extension, et, si l'on veut, de chronicité dont une peau saine se fût défendue.

« Mais ce que l'étude anatomique et bactérienne nous affirme, c’est que ces lésions, streptococciques dès l’origine, restent streptococciques jusqu’à leur disparition; que le microbe est la cause locale permanente du phénomène de l'eczématisation, et du phénomène delà lichénisation que l’irritation superficielle chronique microbienne crée lentement au-dessous d’elle (’) ».

Telle est la théorie microbienne actuelle de la lichénisation ou lichénification, puisque Sabouraud considère que ces deux termes sont synonymes (*).

Dans une communication à la Sociéléde dermatologie (5), nous avons brièvement discuté les idées de Torok et de Sabouraud. Nous y avons établi qu’à côté du processus de lichénification vraie que nous avons décrit, il y en a d’autres, analogues au point de vue histologique, mais qui s’en distinguent au point de vue objectif et pathogénique (4). Il 11e faut pas les identifier sous peine de créer des confusions regrettables, et de ne rien comprendre à la théorie de la lichénification. Or, si l’on

0 IL Sabouraud, loc. cit., p. 568-369.

('-) Ce qui précède soulève quelques objections. Nous ne pouvons les développer dans cet ouvrage qui doit être avant tout une œuvre didactique. Nous nous bornerons à énumérer les principales pour que le lecteur ait sous les yeux tous les éléments de la discussion : 1° Au point de vue objectif, les lésions que Sabouraud regarde connue étant de la lichénification n’ont jamais été considérées par nous comme étant de la lichénification vraie. Nous connaissons bien les lésions post-impétigineuses qu’a étudiées Sabouraud : nous les avons minutieusement examinées au point de vue objectif; elles sont totalement différentes au point de vue objectif de ce que nous avons appelé la lichénification vraie. Comme nous l’avons déjà écrit, c’est une papillomatose secondaire objectivement caractérisée par une hypertrophie visible à l’œil nu des papilles du derme; c’est une lésion analogue à celle dont nous avons déjà parlé plus haut à propos des lésions périgénitales des femmes atteintes de blennorragie : encore une fois ce n’est pas notre lichénification. Sabouraud lui-même est implicitement obligé d’en convenir puisqu’il a écrit : <• Elles n’ont pas la surface pinte et fisse qu’on leur voit acquérir dans les névrodermiles typiques, etc — » 2° Ce n’est que plus tard, quand le prurit persiste en ces points et que le malade s'est gratté, que la lésion prend réellement l’aspect de la lichénification vraie. Mais alors l’agent pathogène majeur est évidemment devenu le grattage. 5° Sabouraud soutient qu’au point de vue histologique les lésions qu’il décrit sont identiques à celles de la fiché nification. Ce ne serait pas là un argument suffisant pour prouver l’identité réelle des deux lésions, car on sait combien en dermatologie les critériums histologiques sont discutables, mais son affirmation est-elle bien exacle? Il nous semble que non. Si l’on compare des coupes de lichénification vraie avec les coupes des lichénisations post-impétigineuses données par Sabouraud ( loc . cit., p. 567), on sera frappé de certaines différences. Dans la lichénification vraie les prolongements interpapillaires du corps muqueux sont infiniment moins accentués, beaucoup moins exubérants, beaucoup moins œdématiés; le processus dans son ensemble a des allures beaucoup plus chroniques. 4° Jamais, en effet, dans la lichénification vraie on ne voit en quelques jours se produire des altérations histologiques et macroscopiques aussi accentuées que celles de la lichénisation post-impétigineuse. 5° C’est que celle dernière lésion est vraisemblablement causée par le streptocoque : elle s’efface graduellement, souvent très vile, en cinq ou six jours, comme dans des fails personnels, lorsque l’impétigo a disparu : elle ne persiste — en changeant peu à peu d’aspect — que lorsque le prurit persiste lui aussi après la guérison de l’impétigo, lorsque le grattage entre en jeu, lorsque la lichénification vraie, conséquence du grattage, vient compliquer et transformer la lichénisation post-impétigineuse.

(n) L. Brocq, Ulililé de la photographie pour l’étude des dermatoses, à propos des lichénisations et lichénifications. Société de dermatol. et de syph., 5 mai 1900. Annales de dermatol ., 1900, p. 621-622.

(4) Voir ce que nous venons d’en dire dans la note précédente.

LES LICHENS

donne à tous ces processus le nom générique de lichénisation, il faut bien savoir que ce mot n’est pas alors synonyme de lichénification , que ce dernier terme a une signification beaucoup plus restreinte, beaucoup plus précise, et qu’il s’applique exclusivement aux altérations cutanées consécutives aux traumatismes directs, frottements et grattages (*).

Quoi qu'il en soit de toutes ces discussions et de toutes ces divergences de vues qui finiront peu à peu par s’atténuer, la théorie de la lichénification a commencé à pénétrer dans le public médical.

Nous ne saurions trop recommander de lire le très important travail que Touton (â) a publié sur ce sujet dès 1893. On devra également parcourir l'intéressant mémoire de Tommasoli (3). Neisser(4), d’abord peu favorable à notre conception de ces faits, semble l’adopter en partie à l'heure actuelle, et les travaux récents de Buschke, de Marcuse (*), etc., montrent que ces idées pénètrent peu à peu dans l’esprit des dermatologistes allemands(6). Par contre l’école anglaise les repousse résolument (7).

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