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NÉVRODERMITE CHRONIQUE CIRCONSCRITE (') - PRURIT CIRCONSCRIT

AVEC LICHÉNIFICATION

LICHEN SIMPLEX CHRONIQUE d’e. VIDAL

Mode de début. — D’après des faits que nous avons rigoureusement observés (2), nous croyons que la névrodermite chronique circonscrite débute par un prurit limité en un point quelconque du corps. Ce prurit est presque toujours intermittent : il survient par crises séparées par des périodes de calme complet ou presque complet, régulières dans leurs récidives ou irrégulières, revenant souvent le soir un peu après que le malade s’est mis au lit. Il est plus rare d’avoir affaire à un prurit permanent avec crises paroxystiques.

Son intensité est des plus variables suivant les cas, suivant le mode de réaction des individus, suivant leur impressionnabilité, suivant les circonstances de la vie. Une violente émotion, un excès de nourriture, un mets malsain pour le sujet, etc., sont autant de causes occasionnelles qui peuvent provoquer des crises.

Mode de production des lésions cutanées. — Au début, il n’y a absolument aucune lésion visible du côté des téguments; peu à peu ils s’altèrent sous l’influence des grattages : ils perdent d’abord leur coloration normale; ils prennent une teinte un peu bistre et rosée à la fois; en outre, en les regardant de fort près, on s’aperçoit qu’ils ont un aspect finement grenu et chagriné. Dès lors, on peut déjà voir par places, en faisant varier les incidences de lumière, des sortes de pseudo-papules aplaties, mal délimitées, un peu brillantes, minuscules.

Puis ces lésions s’accentuent : les téguments prennent une coloration <11111 rouge bistre, ou se pigmentent franchement; ils deviennent rugueux et commencent à se sillonner de plis formant un fin quadrillage. Le derme s’épaissit graduellement, s’infiltre, et l’affection prend enfin un aspect vraiment pathognomonique.

Aspect des lésions a la période d’état. — Quand elle est parvenue à la période d’état, la névrodermile chronique circonscrite a la forme générale

(') Voir pour plus de détails sur ce point le mémoire de Buocq et Jacquet de 1X1)1 . Ann. de dermat., l'év. et mars, p. 1)7 et 193; le mémoire de Buocq de 181L2. Ann. de dermat., p. 1100; le mémoire de Buocq de 1896. IbicL, p. 780; la Thèse de Tabart, 1893, etc.

(â) Buocq, Ann. de dermat., 1890, p. 781 et suiv.

[L BROC.Q

NÉVRODERMITE CIRCONSCRITE.

d’une plaque plus ou moins étendue, de dimensions très variables, mais ayant en moyenne de 5 à 15 centimètres de diamètre dans son plus grand axe. Sa forme est éminemment variable suivant les cas el aussi suivant les régions. Presque toujours elle esl ovalaire, mais elle peut aussi figurer des croissants, des demi-cercles, des triangles plus ou moins irréguliers.

Elle peut se développer en un point quelconque du corps; les régions le plus souvent atteintes sont le cou, la partie supérieure et interne des cuisses, les lombes, le pli interfessier, la partie inférieure et externe de la jambe, le scrotum chez l’homme, les grandes lèvres chez la femme, la ceinture chez la femme à cause de la pression du corset, les creux poplité et axillaire, la paume des mains, la plante des pieds, etc. Elle peut avoir une disposition en bandes linéaires, ou zoniforme.

Nous avons observé une plaque de névrodermite disposée en bande linéaire à la partie postérieure du membre inférieur droit, depuis l'ischion jusqu’au talon; nous en avons vu une autre occuper une bande longitudinale de 5 à 0 centimètres de large, depuis l’épaule droite jusqu'au poignet ( 1 ).

Les plaques de névrodermite chronique circonscrite peuvent être uniques chez un sujet donné et rester toujours uniques; elles peuvent être multiples; fort souvent elles sont au nombre de deux ou trois; parfois elles sont symétriques, surtout lorsqu’elles siègent vers les plis.

Une plaque complète de névrodermite chronique circonscrite comprend trois zones concentriques.

1° Première zone ou zone externe. — La première zone ou zone externe forme une sorte de ceinture irrégulière et de largeur variable — de quelques millimètres à 2 ou 5 centimètres — autour de la plaque. Elle peut manquer sur un des points du contour. Sa coloration augmente presque toujours d’intensité à mesure que l’on approche de la zone moyenne : elle varie du café au lait clair au brun clair ou au jaune brunâtre. Elle n’est d’ailleurs pas uniforme sur la même plaque. En la regardant de fort près, on voit que les papilles du derme ont subi à son niveau une hypertrophie notable et qu’elles lui donnent un aspect légèrement velvétique. Elle présente un quadrillage fin et serré, constitué par deux séries de sillons parallèles se coupant à angle droit ou aigu, de façon à limiter des carrés ou des losanges minuscules. Le derme n’est que fort légèrement épaissi à ce niveau; l'infiltration n’est pour ainsi dire pas perceptible quand on saisit les téguments entre le pouce et l’index. Le bord externe de cette zone, peu net, se confond avec la peau saine; la lésion augmente graduellement d intensité jusqu'au bord interne, qui se continue avec la zone moyenne. Cette zone externe ou à' hypertrophie pupillaire commençante manque souvent ; elle n’est donc nullement caractéristique.

(») E. Balzer et R. Mercier, Trophonévrosc lichénoïde en bande linéaire sur le trajet du nerf petit sciatique. Ann. de dermat ., 1 808, p. 258. et Discussion consécutive par L. Broco, Soc. de dermat., 10 mars 1808. — Voir aussi Touton, lac. cit., 1805, et L. Brocq, [oc. cit. Ann. de dermat., 1896, p. 786-787.

LES LICHENS

2° Deuxième zone ou moyenne ou papuleuse. — La deuxième zone ou zone moyenne, zone papuleuse peut être la zone externe, puisque la première zone fait souvent défaut. Elle peut d'ailleurs, elle aussi, manquer parfois totalement. Mais, dans ce cas, elle a presque toujours existé pendant les premières phases de la maladie, et n’a disparu que peu à peu par suite du progrès de la lésion.

Lorsqu’elle est nette, elle est essentiellement caractérisée par la présence d’un élément qui ressemble souvent à une papule de lichen planus.

La papule de l'affection qui nous occupe est une sorte de saillie irrégulière

Fig. i.'i. — Femme de Irente-six ans, femme <1 e chambre. Névrodermile chronique symétrique des faces supérieures et internes des cuisses, datant de dix-huit ans. — Spécimen de lichénifications pures sans la moindre complication. (Photographie sans retouches prise par Sotlas, service de L. Brocq, à l’hôpital Broca.)

de forme et de contour, d’ordinaire assez mal limitée, ce qui la distingue de la papule initiale du lichen planus. Son volume varie de celui d’une petite tête d’épingle ou d’un grain de millet à celui d’une petite lentille; parfois on en trouve de très volumineuses qui sont rouges, turgescentes, excoriées ou non.

Sa coloration habituelle est d’un rose pâle un peu grisâtre ou jaunâtre; cette teinte peut se foncer dans certains cas et atteindre le rouge brunâtre, plus rarement le rouge vif.

Le sommet de la papule est, dans beaucoup de cas, aplati, lisse et comme nacré; il brille lorsque l'on fait varier les incidences de la lumière, de telle sorte qu’on pourrait alors la confondre avec les éléments initiaux du lichen

[L BROCQ

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