III. — Asie
C’est dans cette partie du monde que la lèpre fait actuellement le plus de victimes : la Chine Méridionale et les Indes constituent ses foyers principaux.
a. Asie occidentale. — Comme la Turquie d’Europe, la Turquie d'Asie renferme de nombreux lépreux. Ils ne sont pas rares en Arménie. En Asie Mineure, il y en a partout, d’après v. Düring. Plusieurs léproseries, d’ailleurs misérables, y existent. 11 en est de même en Syrie; Zambaco évalue à 800 environ le nombre des lépreux
LEPRE
en Palestine. Les principaux centres de lèpre sont Jérusalem, Ramleli etNaplouse.
Tout le littoral de V Arabie est contaminé; Vaume, médecin sanitaire, a vu plus de 4000 lépreux au lazaret de Djeddah, parmi les pèlerins qui se rendent a la Mecque; c’étaient surtout des Malais.
b. Asie centrale. — La lèpre a pris une grande extension en Perse, où dans certains districts les lépreux sont relégués dans des villages spéciaux. Elit' règne dans le Kurdistan, l'Afghanistan et l’État de Boukhara.
e. Indes. — L 'Hindouslan est la contrée où l’endémie atteint les plus vastes proportions. Le dernier recensement officiel, qui donne certainement une évaluation inférieure à la réalité, accuse, pour l’ensemble de l’Inde anglaise, 150 000 lépreux sur une population de 200 millions d’habitants. La lèpre frappe à peu près exclusivement les indigènes : malgré de nombreuses léproseries (Agra, Allahabad, Bombay, Calcutta, Calicut, Hyderabad, Madras, etc.), 2 pour 100 des malades, au plus, sont soignés. La région occidentale est la plus éprouvée; la maladie est très fréquente dans le pays des Mahrattes. Elle est aussi fort répandue dans le sud de Ceylan. Dans lescinq établissements français de l’Inde, lors du voyagede Dom Sauton (1890), il y avait 580 lépreux (pour 270481 hab.), dont, à Pondichéry, 50 dans la léproserie de Samiacytopan et 96 en liberté. — La presqu'île indo-chinoise renferme au minimum 25 000 lépreux (*) : à ses quatre centres de population, birman, siamois, cochinchinois et tonkinois, correspondent quatre foyers principaux, que relient des foyers secondaires le long des côtes et des grandes voies de communication. La Birmanie est particulièrement éprouvée (6404 lépreux d’après le recensement officiel. Léproseries à Mandalay et Rangoun). — A Bangkok, la capitale du Siam (500 000 hab.), il y a au moins un millier de lépreux. — Le Laos, peu peuplé, est bien moins atteint. — En Cochinchine, les relevés officiels mentionnent 5580 lépreux avérés; au Tonkin, leur nombre n’est pas moindre. Ils abondent à Hué, capitale de l’Annam. — Dans le Gouvernement des Détroits (presqu’île de Malacca), deux établissements ont été créés : l’un pour les Malais, l’autre pour les Chinois.
d. Chine. — L'endémie est très sévère dans les provinces méridionales. On cite, parmi les points les plus atteints, les îles Chusan (dans le golfe de Hang-Tchéou). Hankéou (dans la province du Hou-Pé), Canton où il y aurait 2500 lépreux, Fou- Tcliéou, Amoy : ces trois dernières villes sont dans le Fokien et le Ivouang-Tong, provinces qui contiennent au moins 20 000 lépreux (2). Le Kouang-Si, le Yunnan, le Sse-Teliouan occidental et méridional abondent en malades. 11 s’en trouve encore de nombreux dans le Turkestan chinois, notamment à Yarkand ; mais il n’en existe pas au nord des Monts-Célestes. — La lèpre semble inconnue en Mandchourie et en Mongolie. — Pour ce qui est du Thibet, on ne possède aucune donnée, car on ignore tout de ce mystérieux pays. La Corée est très infectée, ainsi que Formose. — La lèpre règne dans toute l’étendue du Japon. D'après les renseignements recueillis par Baellz, il y a environ 10000 lépreux. Les villes sont proportionnellement beaucoup moins atteintes que les campagnes ; mais il n’y a pas, d’après Kitasato, de différence entre les côtes et les régions montagneuses. La maladie sévit avec violence à Nagasaki et dans la baie de Yeddo, où des villages sont presque exclusivement habités par des lépreux.
C) E. Jeanselme, Étude sur la lèpre dans la péninsule indo-chinoise et dans le Yunnan. Presse médicale, Paris, 1900.
(®) Ces données concordent à peu près avec celles de Velde, Bericht Hier die Verbr. der Lcp. in China, Arb. aus d. k. Gesundheitsamte, 1900.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE LA LÈPRE