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I. — Europe

La lèpre est loin d’y être éteinte, comme on le croit communément. Elle occupe des loyers isolés, en Islande, en Norvège et sur les bords delà Baltique; elle fait en outre sur la carte une large tache qui couvre toute la péninsule balkanique, entoure complètement la mer Noire et la Caspienne, et se continue avec les loyers de la Perse et de l’Asie Mineure.

a. Pays Scandinaves. — En Islande, les premiers documents certains sur la lèpre datent de 1555; en 1051, il y avait quatre léproseries. En 1847, la lèpre était presque éteinte (00 malades d’après Schleisner). Elle s’étend de nouveau depuis 1848, époque de la fermeture des léproseries. En 1894-1895, Ehlers recueille 158 observations et compte environ 200 lépreux sur 75 OOO'habitants ; aussi de nouvelles mesures ont-elles été prises grâce à lui et à la Société des « Odd-Fellows », qui a ouvert une léproserie à Rejkjavik. — Le Danemark est indemne (5 cas). — La Norvège, par contre, dans la région des fjords, a été longtemps le foyer européen le plus important; mais il décroît rapidement, grâce aux mesures prises : 2881 cas en 1857, 080 en 1890 (1 sur 10 000 habitants environ), moins encore actuellement (plus de 500 néanmoins, d’après Ehlers). Léproseries à Bergen, Molde etTrondhjem. — En Suède, la maladie, qui augmentait rapidement, aurait diminué dans ces dernières années : 70 à 75 cas, d’après Sederholm, en 1897 (dont 50 pour le Hclsingland) ; 50 sont isolés à la léproserie de Jerfsœ. Actuellement, Ehlers évalue le nombre des lépreux suédois à 00 ou 70.

b. Russie. — D’après la statistique de Mourzine, portant sur tout l’empire russe, il a été enregistré 5427 cas, de 1882 à 1890. En 1895-1897, 1200 lépreux ont été signalés officiellement, d’après Petersen, dont 795 pour la Russie d’Europe. Kirschner et Kübler arrivent à des chiffres analogues. Disséminés un peu partout, ces malades forment, dans la Russie d’Europe, deux foyers principaux : l’un comprend la Finlande, les provinces Baltiques et déborde sur la Prusse ; son maximum d’intensité est en Livonie, particulièrement à Riga : I malade pour 10000 habitants dans la province, mais jusqu’à 1 pour 100 dans certains districts, d’après Hellat. L’autre foyer, situé au sud de la Russie, se continue avec ceux de la Turquie d’Europe et d’Asie; il comprend tout le littoral de la mer Noire, avec la Crimée, le Caucase et le pourtour de la Caspienne; il se prolonge le long du Don et de la Volga, dans la direction de l’Oural. — Voici d’ailleurs les chiffres donnés par Petersen, tant pour la Russie d’Asie que pour celle d’Europe: 1 0 Russie d'Europe : Livonie, 558 lépreux; Courlande, 154; Esthonie, 45; gouvernements de Saint-Pétersbourg, 47; du Don, 84; d’Astrakan, 77; de Tauride, 15; de Cherson, 12, etc. (chacun des autres gouvernements, de 1 à 6). — 2° Caucase .•gouvernements deKouban, 119; de Terek, 51; d’Eriwan, 51; de Kars, 25, etc. ; en tout, 291. — 5° Asie centrale russe, 85. — 4° Sibérie , 71. En réalité, il y a dans la Russie d’Asie

avons largement puisé dans ses comptes rendus ( Mittheil . und Verhandl. der internat, wissensch. Lepra-Conf erenz, Berlin, 1897-1898).

O La plupart des chiffres donnés pour 1897 sont empruntés aux comptes rendus de la

Lepra-Conf eren z.

RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DE LA LÈPRE ('

LEPRE. 5

beaucoup plus de lépreux que ne l'indiquent les chiffres officiels, notamment dans les gouvernements d’Irkutsk et de Jakutsk.

[E. JEANSELME et M. SÉE ]

(*) Celte carte, que nous empruntons au Traité d'hygiène de Proust, a été dressée, il y a deux ans environ. Depuis cette époque, le foyer Scandinave est en pleine rétrocession; en revanche, les renseignements les plus récents nous apprennent que toute la région balkanique est inleslée de lepre et (pie l’endémie s’accroît de jour en jour en Nouvelle-Calédonie.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE LA LÈPRE

c. Europe centrale. — Le foyer occidental russe déborde la frontière et gagne l'Allemagne. A Memel, dans la Prusse orientale, la lèpre tuberculeuse est endémique depuis une vingtaine d'années. En 1806, Blaschko, au congrès de Londres, déclare que le foyer n’a pas tendance à décroître et propose des mesures cpii ont été prises depuis. L’année suivante, il y avait eu en tout depuis le début de l’endémie, d’après Ivirschner, 54 cas avec 10 morts. — Le reste de l’Allemagne est indemne. On signale pourtant quelques cas d’origine exotique : 20 étaient connus officiellement en 1806, dont 15 pour Hambourg. Ce nombre serait très inférieur à la réalité, d’après Blaschko. La plupart, soit 15, provenaient du Brésil. — En Belgique , 4 cas ont été recueillis par Bayet. — En Hollande , l’enquête de Broes van Dort lui a donné des renseignements sur 17 cas, il estime le total à une trentaine. — En Suisse, Jadassohn a vu deux cas d’importation. — En Autviclie-llonqrie , la lèpre est inconnue; on a reconnu pourtant quelques cas dans les Carpathes (frontière roumaine) et sur la côte adriatique (frontière italienne) : 15 malades dans l'ile de Melcda (Dalmatie). Mais la Bosnie et Y Herzégovine sont très contaminées (155 cas d’après la statistique de Neumann, 200 d’après Babes, 700 à 800 pour Ehlers).

d. Péninsule des Balkans. — Elle est très éprouvée par la lèpre. — Pour la Turquie, une évaluation, même approximative, est impossible (Babes donne 5 lépreux pour 1000 habitants). A Constantinople, il y a 500 à 600 lépreux pour v. Diiring; ces malades, presque tous des juifs espagnols, ne sont pas isolés. La léproserie de Scutari est très négligée et les environs abondent en lépreux. — La plupart des îles turques visitées par Zambaco sont plus ou moins contaminées, notamment Samos (5 pour 1000 habitants), Leros, Metelin (où existe une léproserie), C-hio (id., I lépreux pour 1000 habitants), Télos. — A Chypre , il y a une centaine de lépreux dont 95 isolés à Nicosia Farm, d’après Phineas S. Abraham. La « Lepers law 1891 » a marqué le début d’une diminution sensible. — En Grèce , on compte au moins -400 lépreux, d’après Hadjimichali (d’Athènes); 110 cas avérés ont été enregistrés sur le continent. La lèpre a été constatée à Mégare, Égine, Salamis, Eubée; elle règne dans la plupart des Cyclades, à Andros, Paros, Amorgos et aussi dans les îles de la mer Ionienne, surtout à Céphalonie et à Corfou. En Crète, le nombre des lépreux est de 560, d’après le recensement officiel de 1900, d’environ 600 pour Milonojakis et Ehlers (') : quatre léproseries. — Au Monténégro, on estime le pourcentage des lépreux à 5 pour 10 000 habitants. — En Serbie , en Bulgarie, ils sont en proportion très minime. — En Roumanie , la lèpre a été très étudiée. La statistique officielle (1897), exposée par Kalindero, Paul Petrini, compte 208 malades; d’après Babes, 212 sont connus actuellement, il y en a probablement 500, soit environ 1 pour 20000 habitants. Une léproserie existe dans l’ancien couvent de Rachitoasa (district de Tecuci).

e. Italie. — La Sicile renferme de nombreux lépreux; Ferrari (de Catane) en avait 200 en observation en 1892. — Malte, colonie anglaise, en compte 70. — Il y a des cas assez nombreux en Apulie, en Sardaigne, dans les provinces de Plaisance et de Novare, dans le Piémont et surtout à Livourne et le long de la Riviera. La léproserie de San Remo (transformée en hôpital général) reçoit un nombre relativement considérable de malades.

/'. Grande-Bretagne. — Pas de foyers endémiques, une centaine de lépreux pro-

(*) Eiilers et Canueim, Lepra, Bibl. internat. Leipzig, 1901.

LÈPRE. 7

venant des colonies (en dix ans, 8.*» en Angleterre, 6 en Écosse, 5 en Irlande, d'après Phineas S. Abraham).

;/• Péninsule Ibérique. — Elle est assez fortement contaminée. — En Espagne , ülavide pense que le nombre des lépreux dépasse 1000 à 1100, répartis sur tout le littoral méditerranéen, en Andalousie, dans les provinces de Grenade, d’Alicante, de Valence et de Catalogne; il existe un foyer isolé au nord-ouest de l’Espagne (Asturies et Galicé). Le maximum est entre Valence et Alicante : 200 lépreux, d'après Gémy cl Raynaud (d’Alger). — Le Portugal est plus éprouvé encore, avec prédominance de la forme tuberculeuse. Toutes les provinces sont atteintes, mais surtout la Beira Alla, l’Algarve, l’Estramadure, et particulièrement le district montagneux de Lafoës (300 lépreux, au dire de Leloir) : léproserie à Lisbonne. Z. Falcao (1897) a réuni 466 cas de lèpre en Portugal, mais il croit le nombre réel infiniment supérieur, peut-être double.

Ii. France. — En 1800, Valentin avait reconnu l’existence de plusieurs familles entachées de lèpre, à Vitrolles et sur l’étang de Bérre; en 1888, Chantemesse el Moriez ont attiré l’attention sur des épidémies locales observées dans les Alpes- Maritimes. En somme, de petits foyers s’égrènent le long de la côte méditerranéenne, prolongeant ceux d’Italie et se reliant à ceux d’Espagne. Dans les Pyrénées-Orientales, le dénombrement des lépreux n’est pas fait encore. Ehlers et Roinet (1901) estiment que, près de Marseille, autour de l’étang de Berre, il y a encore 2 ou 5 lépreux dans le vieux foyer qui comprend Martigues, Rognac et Vitrolles. Sur la Riviera, ils ont constaté la présence d’une trentaine de lépreux - exactement 28 — aux environs de Nice, dans la vallée du Paillon, à Peille, à la Trinité- Victor et dans les villages circonvoisins. Quelques lépreux habitent la haute vallée de la Tinée et le voisinage de la frontière italienne, à Beaulieu, à Eze, à la Turbie, à Roquebrunc, à Menton : c’est le reliquat, peu important d’ailleurs et en voie d’extinction, de l’ancien foyer du comté de Nice. — Zambaco a montré qu’en d'autres régions de la France la lèpre était méconnue plutôt qu’éteinte. En Bretagne notamment, abstraction faite de la syringomyélie que Zambaco rattache à la lèpre, il y a quelques lépreux isolés, mais en aucun point ils ne forment un vrai foyer. Leloir, en 1883, avait attiré l’attention sur quelques cas suspects dans le département du Nord (*). — Le reste du pays est absolument indemne. A Paris il y a toujours un certain nombre de lépreux, tous venus des pays exotiques, et l’hôpital Saint-Louis en abrite quelques-uns en permanence.

IL — Afrique.

Tout ce continent est entaché de lèpre, mais à des degrés très divers. a. Pays méditerranéens. — Au Maroc, où existe une léproserie, la lèpre gagne du terrain depuis quelques années (-). En Algérie , elle est peu répandue, si ce n'est en

(') Certaines races dégénérées sont considérées comme les descendants des anciens lépreux. On les désigne, dans le sud de la France, sous le nom d’agotacs ou agotas, agol.hs, cagots, caqueux, capots, cassols, gahets, galïos, clirestias, etc., en Bretagne et dans le pays de Galles sous ceux de cacous, caqueux, caquins. Celle opinion était déjà celle de

Guy de Chauliac et d’Ambroise Paré. Reprise timidement par Leloir, elle a été soutenue el développée magistralement par Zambaco. Certains métiers, autrefois abandonnés aux lépreux, comme celui de cordier, sont encore en Bretagne frappés de discrédit.

(2) Voir Raynaud, Journal des mal. eut. et sijphil., 1901.

[£ JE ANSELME et M. SEE.\

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE LA LÈPRE

Kabylie, où presque tous les lépreux des vallées de l'Atlas et de Biskra sont réunis dans quelques villes. Partout ailleurs, la lèpre est rare parmi les musulmans et les juifs. Mais elle est fréquente chez les immigrants espagnols. Gémyet Raynaud estiment à une quarantaine le nombre des lépreux à Alger. — La Tunisie, la Tripolitaine sont contaminées, et la tacbe s'étend assez avant dans le Sahara. — L 'Egypte est peutêtre le plus ancien pays à lèpre. Elle possédait encore en 1897 plus de 3000 lépreux, d'après Engel. La maladie y sévit aussi bien sur les côtes de la mer Rouge que sur cellesde la Méditerranée, aussi bien dans lavallée du Nil qu'au Soudan et au Darfour: le Caire, Alexandrie et le Delta sont riches en lépreux, ainsi que l'affirme Zambaco.

b. Afrique orientale. — U Abyssinie est sévèrement atteinte, ainsi que toute la côte orientale du continent noir: pays des Somalis, Afrique allemande (jusqu'aux grands lacs), Zanzibar et Mozambique surtout. Les îles de l’océan Indien ne sont pas moins éprouvées : Elle Maurice compte 400 cas; la léproserie de la Réunion abrite 70 à 100 malades d’après Brassac; la lèpre est endémique aux Mascareignes, aux Seychelles, aux Comores, à Madagascar. Dans cette dernière, comme le fait remarquer Davidson, la maladie a pris une extension énorme depuis que les lois excluant les lépreux de la société sont tombées en désuétude. Depuis la conquête, le général Gallieni a fait établir des léproseries.

c. Afrique australe. — Elle constitue un des principaux foyers africains. D’après les statistiques officielles données par Impey, de 1891 à 1895, le nombre des lépreux est monté de 025 à 2177; ils sont ainsi répartis : Cap, 812; Griqualand oriental et Transkeian, 050; Basoutoland, 250; Bechuanaland, 10; Natal, 200; État d’Orange, 150, et Transvaal, 105. Ces évaluations sont probablement bien audessous de la réalité : on a même donné le chiffre de 8000 pour le Cap seul. La léproserie de Robben Island (Cap) a reçu, depuis sa fondation jusqu’en 1897, 1948 malades. — Le Sud-ouest africain allemand semble peu touché, au dire de Schœn.

d. Afrique occidentale. — La lèpre existe dans le Congo français et le Congo belge. Elle pénètre jusqu’au coeur de l’Afrique, où elle rejoint le foyer oriental. Le Cameroun allemand serait épargné d’après le médecin-explorateur Plehn. Les bouches du Niger sont également indemnes; dans toute cette région, de Sierra Leone à Vieux Calabar, la maladie serait rare sur les côtes, au dire de Jonkin, mais sa fréquence augmente vers l'intérieur; à Kano, sur le Niger, notamment, elle fait de grands ravages. Au Sénégal le nombre des lépreux est grand. La lèpre existe à Sainte-Hélène, aux îles du Cap-Vert, aux Canaries (000 cas), en particulier à Elle de Ténériffe. A Madère , d’après Goldschmidt, il y avait, en 1897, 500 à 600 lépreux, au minimum, sur 134000 habitants, mais la maladie diminue assez rapidement : léproserie à Funchal.

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