PRÉAMBULE
Étym. : lupus, loup, à cause sans doute, de Faction rongeante de la dermatose.
Les anciens ont employé le mot lupus pour désigner des affections rongeantes et ulcéreuses de nature diverse. Ce nom ne saurait signifier, comme l’ont écrit quelques auteurs, que ces affections donnent au visage « figure de loup » par les mutilations qu’elles causent. Tous les synonymes anciens définissent et caractérisent cette tendance au délabrement des parties envahies, tous sont inspirés par la comparaison des méfaits du lupus avec ceux des animaux qui rongent ou dévorent. Tel est « le mal rampant qui ronge » I’ecO'.cUsvo; ’ÉpTiEç d’Hippocrate et de Galien; tel, « l’ulcère malin de Celse » ÛTjftMga, mot dont le radical, Gr^toci), implique l’idée de rendre féroce ou d’ulcérer. Les Arabes ont une expression non moins significative que leurs traducteurs ont rendue par les mots « formica corrosiva, ambulativa ». Plus près de nous, la « papula fera » d’Haffenrefler et la « dartre rongeante » des Français et des Allemands, ne laissent aucun doute sur l’origine et la signification du mot lupus.
Ap rès Willan, l’analyse minutieuse des lésions élémentaires fit tomber les barrières qui séparaient avant lui, les affections ulcéreuses dont la lésion première est le tubercule, des affections qui ont à leur origine la même lésion, mais qui évoluent sans ulcération; par là même les ulcérations qui procèdent de lésions élémentaires dissemblables se trouvaient séparées. Le mot lupus fut appliqué par lui à l’une des dermatoses dont le tubercule était la caractéristique élémentaire, quelle que fût d’ailleurs l’évolution finale de ce tubercule. Ce terme était donc appelé à n’être bientôt plus qu’une sorte de qualificatif conventionnel fort éloigné de sa signification primitive : le lupus n’était plus seulement une dermatose ulcéreuse et rongeante, c’était l’une des affections de l’ordre des tubercules de Willan et dans le cadre de cette maladie rentraient aussi bien le lupus non exedens, le lupus hypertrophiant, que le lupus exedens. L’acception du terme avait changé, il cessait de désigner indifféremment les ulcères les plus variés, et l’on continuait à l’employer dans un sens strictement dermatologique qui en étendait la portée.
Celte nouvelle classification paraissait cependant trop étroite aux auteurs français et Biett, ainsi que ses élèves Schedel et Cazenave, bien que l’acceptant dans son ensemble, croyaient cependant devoir accorder au lupus une place particulière hors des sept ordres primitifs de Willan. « Quant à cer-
ILENGLET.]