C. — LYMPHANGIOMES TUBEREUX MULTIPLES DE POSPELOW
Celle affeclion rare, qu'il ne faut pas confondre avec le lymphangiome lubéreux multiple de Kaposi — rangé aujourd’hui, comme nous l’avons vu, parmi les idradénomes éruptifs - — a été décrite comme suit par Pospelow : Une jeune fdle de vingt-trois ans portait sur le sein gauche une tuméfaction grosse comme un œuf de pigeon, constituée par de petits éléments de couleur rosée, de surface lisse, d’aspect papuleux, gros en moyenne comme un haricot. On rencontrait aussi de petites productions isolées sur le cou et sur la face. Malgré leur consistance ferme, on pouvait, en comprimant leur centre, les réenfoncer dans la profondeur du derme, à peu près comme une hernie ombilicale réductible. A la coupe, il s’écoulait avec un peu de sang, un liquide légèrement trouble, contenant une substance nacrée. La lésion était congénitale.
L’examen microscopique montrait le lissu cutané criblé de cavités en forme de canaux et de fentes; les plus grandes cavités siégeaient dans l'hypoderme; les plus petites s’étendaient jusqu’au niveau du corps papillaire atrophié. Elles étaient tapissées d'endothélium el contenaient une masse de globules blancs.
Von Ilarlingen a publié un cas d’une affeclion probablement identique à celle-là.
TRAITEMENT
C’est à la chirurgie ou à la petite chirurgie qu’il faut s’adresser pour traiter les lymphangiomes circonscrits, dont la thérapeutique se confond avec celle des angiomes vasculaires sanguins. L’excision est un procédé héroïque, auquel on préférera les cautérisations ignées au galvano-cautère ou l’électrolysc. L’article Electricité, de cet ouvrage, contient à ce sujet tous les renseignements désirables.
Quant aux lymphangiectasies secondaires, il va sans dire qu’il faudra s'adresser d’abord à la maladie causale. Mais le traitement local, par la cautérisation ou l’électrolyse, et aussi dans les cas où la localisation de l’affeclion le rendra possible, les méthodes de compressions devront être également employées.
LYMPHODERMIE PERNICIEUSE. — Étym. : Lympha et As
peau.
Dei ’matose décrite par Ivaposi comme un type de lymphadénie cutanée , et semblant constituer une variété de mycosis fongoïde.
^ oir les articles : Lymphadénie cutanée , p. 452, et Mycosis fongoïde, p. 527.
[E BIST
LYMPHOMATOSE CUTANEE. — MADURA FOOT.
LYMPHOMATOSE CUTANEE . — Étym. : Lympha, eau.
Nom donné par E. Besnier à une dermatose qu’il rapproche de la Lymphodermie pernicieuse de Kaposi.
Voir les articles : Lymphcidénie cutanée , p. -452 el M y cosis fongoïde, p. 527.
LYMPHOME. — Étym. : Lympha, eau, et le suffixe omc, qui dans la terminologie médicale sert à désigner les tumeurs.
Le lymphome est une petite tumeur formée de tissu lymphatique.
Voir les articles : Lymphcidénie cutanée , p. 452, Lymphangiome , p. 455, et Mycosis fongoïde , t. III, p. 527.
MACULE . — Étym. : Macula, tache.
La macule est une des lésions élémentaires de la peau.
Voir l'article : Lésions élémentaires , t. I, p. 140.
MADURA FOOT ( PIED DE MADURA).
far L. RAYNAUD (d’Alger).
PIED DE MADURA OU MYCÉTOME
Synonymie. — Madura foot , pied de Madura ou de Maduré, pied de Cochin, mycétome ou fongus de l'Inde, dégénérescence endémique des os du pied, maladie tuberculeuse du pied, tubercule de Godefrey et d’Eyre, maladie entophytique du pied, ulcère grave du pied, ulcus grave, pied fongueux, carie des os du pied, hypertrophie du pied avec carie. — - Pérical, Anaycal, Podelkoma, Ivirudeo. — Ivirinagrah (demeure des vers). — Goullou Mandi (pied à œufs) (Inde). — Tabaoucht (petit ver, Ivabylie).
Géographie. — Le terme pied de Madura, sous lequel on désigne le plus communément l’affection, est impropre; car, si elle siège en général au pied, on l’observe aussi en d'autres parties du corps : au mollet, à la main, à l’épaule, au cou, à la paroi abdominale; d’un autre côté, la région de Madura, non plus que l’Inde, n’ont le monopole de cette maladie, qui a été successivement signalée en Cochinchine, en Afrique, en Amérique et en Europe (*). Le mot Mycétome a l’avantage de n’indiquer ni le point géographique, ni le siège de la lésion, c’est donc celui que nous adopterions le plus volontiers.
C) Algérie (Gemy et II. Vincent), Sénégal (Ledantec), États-Unis Amérique (Kemper, Ilydc et Senn), Réunion (Corre et Collas), Guyane (Grall, Maurel), Chili (Layet), Italie (Bassini), Constantinople (Libouroux), Cochinchine (Chedan), Djibouti (Chabaneix et Bouffard).
MADURA FOOT.
Le mycétome est connu depuis peu d’années (1842); Carier, Kanthack, Hirsch en ont donné de bonnes descriptions, mais c’est à Gemy et H. Vincent (d’Alger) que l’on doit la meilleure étude anatomo-pathologique et la découverte du parasite.
Symptômes. — Le pied se trouvant plus souvent atteint que les autres régions du corps, et les symptômes étant en somme les mêmes partout, nous allons plus spécialement décrire les lésions du membre inférieur.
La maladie débute, en général, par la plante du pied; une petite tumeur vésiculeuse de la dimension d’un pois survient, et laisse, en s’ouvrant, suinter
Fig. 93. — Pied de Madura. — D’après une peinture de la Clinique dermatologique de Gemy (d’Alger).
un liquide sanieux, contenant des corps granuleux, analogues à des grains de semoule, puis d’autres tumeurs semblables surgissent sur le membre, qui se déforme, s’hypertrophie, pouvant devenir trois et quatre fois plus gros qu’à l’état normal, tandis que la jambe reste indemne ou que ses muscles s’atrophient. Le pied prend un aspect globuleux; toutes les saillies osseuses disparaissent, la voûte plantaire n’existe plus et son épaississement empêche parfois les orteils de reposer à terre; la peau présente une élasticité, une rénitence spéciales; tantôt elle se décolore au niveau des tubérosités, tandis que la région saine est normale, tantôt l’intervalle entre deux tumeurs est hyperchromique ; on constate en outre une hyperhydrose intense.
Sur un pied depuis longtemps atteint, on peut voir les tumeurs à tous les degrés de leur développement, depuis la petite saillie vésiculeuse, jusqu’à la
PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III. 29
[L RAYNAUD
PIED DE MADURA OU MYCÉTOME.
bulle qui sécrète une sérosité assez fétide, et au tubercule recouvert de bourgeons charnus. Si l’on presse une de ces tubérosités, on fait sourdre des grains, qui peuvent être blancs, noirs ou rougeâtres, donnant lieu à trois variétés de mvcétome : blanche , noire ou truffoïde, et rouge ou poivre de Cayenne. On a comparé ces corpuscules aux graines de pavot, aux grains de poudre ou à la laitance de poisson. Le stylet, introduit dans une de ces vésicules, pénètre dans des trajets fistuleux, très sinueux et anastomosés, qui saignent facilement.
La douleur est variable; pendant longtemps la marche est à peine gênée; elle devient pénible et même impossible à mesure que les tumeurs augmentent et que le pied s’hyperlrophie ; au repos, les souffrances sont rarement vives; on ne constate pas de réaction générale; la température, même locale, reste normale. Les infections secondaires, qui surviennent parfois, provoquent une légère pléiade ganglionnaire crurale.
Le mycétome n’est jamais symétrique, qu'il siège au pied ou en tout autre point.
Étiologie. — Aux Indes la maladie sévit exclusivement sur les Hindous ou les métis d’hindous et portugais; en Algérie elle n’a été signalée que chez des indigènes kabyles. Les régions découvertes (pieds, mains) sont, à part de très rares exceptions, les seules primitivement atteintes. Le germe spécial du mycétome, qui vit sans doute en saprophyte dans le sol ou sur certaines plantes, trouve dans les traumatismes, écorchures ou érosions, une porte d’entrée qui facilite sa pénétration dans les tissus. On ne connaît pas d’exemple probant de contagion.
D’après Carter, l’affection se rencontre plus fréquemment chez l’homme que chez la femme (10 hommes pour I femme), sans doute à cause du genre de vie de chacun.
Durée. — Pronostic. — Le mycétome peut durer de nombreuses années : Legrain en a vu un cas existant depuis quarante-cinq ans, mais llarvey en cite un autre ayant évolué en neuf mois. Le malade s'affaiblit peu à peu, et meurt dans la cachexie et l’épuisement, ou emporté par une complication. L’affection, d’ordinaire purement locale, peut aussi remonter le long du membre et déterminer des foyers secondaires; l’amputation n’arrive pas alors à enrayer la marche du parasite.
Anatomie pathologique. — Les lésions constatées par les médecins anglais ont été confirmées par Gemy et IL Vincent sur le pied d’un indigène atteint de mycétome à grains blancs, <fue nous avions découvert en Ivabylie et amené à l’hôpital d’Alger. Voici, d’après eux, les altérations des tissus.
Les saillies pustuleuses de la peau font suite à des trajets fistuleux très profonds aboutissant sur le périoste dénudé, sur les os ramollis ou dans un tissu
MADURA FOOT.
mou et fongueux. Toutes ces cavités, de dimensions variées, renferment en abondance les grains caractéristiques de 2 à 5 millimètres de diamètre, libres ou agglomérés, et formant alors des amas gros comme des noisettes. Du sangpur ou décomposé donne au pus ou à la sanie, contenue dans la cavité,' une teinte rouge ou noirâ- Ire, mais les grains n’en sont pas colorés.
Autour du parasite se forme un nodule de défense, qui peu à peu se désagrège et suppure. Entre deux trajets ou deux cavités, les tissus s’hypertrophient, deviennent blancs, 1 a r d a c é s , comme dansl’éléphanliasis. 11 n’est plus possible de distinguer les muscles, tendons, nerfs, tissu cellulaire, etc., qui sont confondus en une masse fibreuse; les veines ressemblent aux artères par leurs parois dures et épaissies et leur lumière béante (Fig. 90).
Les articulations sont disséquées et envahies par le parasite, qui se développe sur le périoste et sur la surface des os; très rarement les grains se retrouvent à l’intérieur du tissu osseux, friable et atteint de dégénérescence graisseuse. Souvent, tandis que le périoste se boursoufle ou s’hypertrophie, formant une coque d’épaisseur et de résistance variables, la partie spongieuse se raréfie, donnant à l’os « l’aspect du spina vcntosa ».
Bactériologie. ■ — Bidie avait pensé que le parasite du pied de Madura était un oïdium. Carter décrivit en 1859 un champignon que Berkeley nomma Chionyphe Carterii, et qui ne serait qu’une moisissure vulgaire; en 1881, Bristowe à son tour constata que la matière noire (variété noire) était formée de tubes mycéliens analogues à ceux de la truffe. Enfin H. Vincent découvrit à Alger, en 1891, dans les vésicules d’un pied de Madura à variété blanche un microbe à l’état pur, qu’il nomma Streptothnx Maduræ (').
(') On trouvera t. I, p. 750 de La Pratique dermatologique une étude de ce champignon; nous passerons donc rapidement sur sa morphologie et ses réactions, nous contentant de donner, d’après H. Vincent, le tableau suivant qui permet de distinguer les cultures du streptothrix maduræ de celles de l’actinomycose.
Cultures ou inoculations. Aclinomyces. Pied de Madura.
1. Bouillon de bœuf peplonisé. . Culture abondante . Culture médiocre.