‹ La pratique des maladies des enfantsChapitre 9 sur 42 · ŒDÈME ALGIDE DU NOUVEAU-NÉ DÉBILE OU PRÉMATUIIÉ · texte numérisé non relu

ŒDÈME ALGIDE DU NOUVEAU-NÉ DÉBILE OU PRÉMATUIIÉ

Caractères. — Chez les nouveau-nés débiles, pctils, faibles, nés avant terme, et qui ne sont pas réchauffés artiliciellemenl, on observe souvent, surtout en hiver, un abaissement de la tempéralure rectale et plus encore de la températurcraxillaire, accompagné d'œdème des extrémités, quelquefois généralisé à toute la surface cutanée. Tantôt il s'agit d'œdème simple, sans endurcissement du tissu cellulaire sous-cutané; tantôt l'œdème se combine avec le sclérème, étudié dans le premier fascicule de cet ouvrage par M. An^krodias. Nous ne reviendrons pas ici sur le sclérème, et nous nous bornerons uniquement à ce qui concerne l'œdème algide du nouveau-né (1).

Cet œdème s'observe exclusivement dans les premiers temps de la vie. Il débute quelques heures après la naissance, et d'autant plus rapidement que l'enfant a subi une plus grande déperdition de calorique, dans une chambre mal chauffée, avec des vêtements insuffisants. La fonction calorilicatrice semble incomplètement développée chez ces enfants débiles; d'une part, la déperdition de chaleur est chez eux très grande relativement, puisque leur surface cutanée est très étendue relativement à leur volume ; d'autre part, toutes les fonctions qui commandent aux échanges sont ralenties; la respiration chez les enfants œdématiés algides, au lieu de 50 à 60 respirations par minute comme chez le nouveau-né de robustesse normale, tombe à 40, 30, 25 ; de môme le pouls, au lieu de 120 à 140 par minute, bat moins rapidement et plus faiblement et peut tomber jusqu'à 60

(1) Nous laissons complètement de côté loeclème générulisc fœtal. afTcction du fœtus qui entraîne le plus souvent la naissance avant terme et la mort presque immédiate au moment de la naissance. Voir sur cette affeclion le travail de Kikg, Lancet, 22 août 1908.

(Budin) : par suite, les oxydations et combustions sont ralenties, et on comprend que la température baisse progressivement.

La température rectale peut tomber à des degrés qui paraissent invraisemblables et qui seraient incompatibles avec la vie chez des enfants plus âgés. Le débile se comporte presque à la façon d'un animal à sang-froid; il est très fréquent d'observer des températures de Sô** ; mais on peut voir, et nous avons vu plus d'une fois, au pavillon des débiles de la Maternité, amener encore vivants des enfants ayant 3'2°, 30° et jusqu'à 25° de température rectale; ces derniers étaient forcément destinés à périr: parmi les enfants apportés ayant moins de 32° de température rectale, ceux qui pesaient au-dessus de 2000 grammes ont survécu dans la proportion de 25 p. 100 ; ceux qui pesaient de 1500 à 2 000 grammes, dans la proportion de 2,5 p. 100 ; et parmi ceux qui pesaient moins de 1500 grammes, 2 p. 100 encore ont survécu (1).

Presque constamment, ces enfants débiles et hypothermiques sont œdémateux et quelquefois sclérémateux. L'œdème est bien lié chez eux à l'abaissement de la température centrale, car on le voit rétrocéder et disparaître en quelques jours quand on a soin de réchauffer l'enfant continuellement grâce aux procédés que nous indiquerons à propos du traitement. Quel est le mécanisme de l'œdème dans ces cas et quelle relation a-t-ilavec l'abaissement de la température? C'est difficile à dire, car l'étude de ce mécanisme est bien peu facile chez ces petits enfants à cause de l'impossibilité de recueillir des urines ou du liquide d'œdème en quantité autre que très minime. On sait cependant qu'il n'y a pas albuminurie dans ces cas. L'abaissement de la température des humeurs peut causer une attraction d'eau par un phénomène purementphysique ; la plupart des substances en solution dans le plasma sanguin sont en effet plus solubles à chaud qu'à froid, et un abaissement de quelques degrés suffit pour quelques-unes à causer de grandes différences de solubilité : toutefois les variations de solubilité sont peu marquées pour la substance qui forme à elle seule plus de la moitié des sels du plasma, le chlorure de sodium, en sorte qu'il est vraisemblable que cette condition purement physique ne joue qu'un rôle restreint et que le trouble des fonctions physiologiques des viscères, rein, foie, cœur, etc., est le facteur le plus important dans la production de l'œdème.

Traitement. — Il consiste à réchauffer l'enfant par tous les procédés. Un bain progressivement réchauffé jusqu à 40° est le moyen le plus rapide ; au sortir du bain, il faut bien sécher l'enfant avec des linges très chauds, en ayant soin de ne pas laisser d'humidité dans les plis de la peau ; puis on poudre l'enfant de talc, et on l'enveloppe dans des bandes d'ouate roulées autour de son corps et de ses membres; on

(1) BriMN, Manuel pratique d'allaitement, 1903, p. 70.

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