‹ La pratique des maladies des enfantsChapitre 10 sur 42 · ŒDÈMES DU PREMIER ÂGE · texte numérisé non relu

ŒDÈMES DU PREMIER ÂGE

le met dans un Ijerceau profond garni d'ouate, et dans lequel deux ou trois boules d'eau chaude entretiennent une température élevée ; il faut s'assurer que les boules sont bien hermétiques et ne peuvent brûler Tenfant par un contact trop immédiat; des couvertures recouvrent le tout. Il faut mettre à l'enfant un pelii bonnet de coton, de piqué ou de lint. On le nourrit, selon son poids et sa force, par des cuillerées à café de lait que se tire la mère, ou directement au sein s'il a la force de tirer. La pièce doit être chauffée de façon à obtenir 20" environ, et on doit se placer devant le feu pour procéder au change. En général, parle procédé simple que je viens d'indiquer, on obtient en vingt-quatre à quarante-huit heures le retour de la température rectale à 37° et la disparition progressive de l'œdème. Dufour conseille d'envelopperl'enfant par-dessus la ouate dans un taffetas gommé, qui conserve parfaitement latempérature. Enfin onpeutavoir recours à la couveuse ; je n'insiste pas sur l'emploi de cet instrument, qui a été étudié dans le premier fascicule de cet ouvrage (p. 341-348).

OEDÈMES DES NOURRISSOXS.

Symptômes et évolution. — L'œdème algide essentiel des nouveau-nés débute toujours dès les tout premiers jours, et même dès les premières heures de la vie extra-utérine. Dans le cours de la première année, on voit aussi des œdèmes parfois considérables, surtout chez les nourrissons cachectiques, débilités par les maladies chroniques, infectés, etc. Ces œdèmes s'accompagnent parfois d'une légère hypothermie, aux environs de 36°, surtout chez les cachectiques, mais ils ne sontnullementincompatiblesavecdestempératures élevées pouvant aller à 40° et 41° en cas d'infection septicémique; souvent, chez ces infectés, il y a de grandes oscillations de température, des alternatives rapides d'hyperthermie et d'hypothermie; l'œdème est parfois dur, rénitent; mais, une fois passées les premières semaines de la vie, il ne s'accompagne plus de sclérème.

Toutes les causes que nous avons étudiées au paragraphe œdèmes symptomatiques sont susceptibles également chez le nourrisson de provoquer l'œdème. Toutefois les œdèmes d'origine cardiaque sont rares, même en cas de graves lésions congénitales du cœur, à cause de l'énergie du myocarde et de la facilité avec laquelle il s'hyperplasie chez le jeune enfant. La cause la plus habituelle est Yalté- /•«//oAic/frre/n, peut-être aussidu foie, d'origine hérédo-syphilitique (1), ou à la suite de toxi-infection à point de départ intestinal (Lereboullet) (2).

(1) D'AsTROs, Œdème et néphrite dans la syphilis héréditaire [Marseille méd., 1908, p. 129).

(2) Lereboullht et Marcorellf.s, Œdème et anasarque chez le nourrisson (.Soc. de péd., 15 déc. 1908).

On observe avec une fréquence relativement grande chez le nourrisson une variété d'œdème, d'origine alimentaire ou thérapeutique, qui ne se voit chez l'enfant plus âgé ou Tadulte qu'en cas d'altération rénale manifeste. C'est Toedème dû à Tingeslion de liquide salé, tel que le bouillon de légumes, ou à l'injection sous-cutanée de sérum chloruré sodique. Ce dernier se voit surtout à la suite d'injections répétées chaque jour pendant quelques jours, même quand elles sont peu abondantes (40 ou même 20 centimètres cubes), et avec du sérum de richesse moyenne (7 p. 1 000). Le bouillon salé donne peut-être plus facilement encore de l'œdème, sans doute parce qu'il est donné à plus hautes doses et de façon plus prolongée (1).

Même à la dose de 5 p. 1000 de sel, qu'indiquent les classiques, les divers bouillons (céréales, légumes, poulet) donnent très rapidement de l'œdème quand ils constituent l'uniquealimentation du nourrisson. Il est nécessaire que le médecin connaisse bien ces œdèmes dus à l'alimentation par le bouillon. Il ne faudrait pas qu'il prenne pour une amélioration une augmentation de poids due en réalité à une accumulation d'eau dans l'organisme.

A quoi sont dus ces œdèmes ? Il semble que le reindu nourrisson, même quand ce rein est sain, n'ait pas la même facilité à éliminer le chlorure de sodium que le rein des adultes. La nourriture normale du nourrisson est un aliment peu chloruré, le lait. La faculté d'éliminer abondamment le chlorure de sodium n'est donc pas utile au nourrisson dans les circonstances normales ; elle ne se développe Qu'ultérieurement.

Pour éviter l'œdème du à l'usage du bouillon, il est indiqué d'abaisser la dose de sel dans ce bouillon. Le taux de 5 p. 1000 ne convient qu'au début, surtout si l'on se propose de réhydrater un enfant desséché par une diarrhée profuse; si l'usage du bouillon doit être continué plus de vingt-quatre heures, on se contentera de saler le bouillon à 3, 2, 1 p. 1000, et même de le donner non salé si les (jedèmes font leur apparition.

On ne peut pas diminuer de même le taux de chlorure de sodium dans les solutions hypodermiques, sous peine d'avoir une solution trop fortement hypotonique, provoquant de la douleur et delà cytolyse locale; onpeut simplement substituer au chlorure de sodiumd'autres sels en tout ou en partie. Il ne faut pourtant pas croire que les sels non chlorurés ne puissentdonner eux aussi de l'œdème. Dans un des cas d'Achard et Paisseau (2), il a suffi, pour faire apparaître l'œdème, d'une injection journalière répétée deux fois de 20 centimètres cubes de sérum contenant 10 p. 1 000 de sulfate de soude et 5 p. 1 000

(1) Cil. Lehoux, Anasarque chez un nourrisson par régime hyperchloruré pcolongé (Ann. de niéd. et chlr. infant., 1910, p. 353).

(2i AcHARi) et Paisseau, Sur l'œdème provoqué par les injections salines chez les nourrissons atnrepsiques [Soc. méd. des hâp., 3 juillet 1903).

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