BLENNORRHAGIE
Sur quelque segment de membrane muqueuse qu'elle siège, qu'elle occupe l'œil, l'urèthre, l'utérus, la blennorrhagie offre à l'observateur deux éléments pathogéniques qui ont chacun un rûle à part, un rôle dont l'importance est en rapport avec son action propre ; éléments associés de fait chez le malade, mais qu'il faut dissocier par la pensée, pour connaître à fond la maladie, pour savoir ce qui lui donne sa physionomie aussi bien que ce qui lui a donné naissance.
En effet, selon qu'il s'en tient aux apparences, aux symptômes, ou qu'il scrute la réalité, la cause, le médecin ne voit dans cette maladie qu'une inflammation vulgaire, déroulant ses phases usuelles; ou bien il y découvre une colonie microbienne, de nature spéciale, accomplissant là, au sein et aux dépens de notre organisme, tous les actes de sa vie végétative, tant collective qu'individuelle.
Inflammation et microbes coexistent. Mais ce ne sont pas deux maladies distinctes ; l'une des deux n'est pas non plus une complication de l'autre. Et surtout il faut se garder de cette erreur (tout autrement sérieuse par ses conséquences, récemment encore dogme classique) qu'il y aurait deux espèces de blennorrhagie, l'une microbienne, l'autre simplement inflammatoire. Je le répète, il n'y a ici entre microbes et inflammation qu'un seul rapport, un rapport de causalité ;
BLBNN0RRHAGI1 . 3
l'inflammation est un effet de la présence des microbes, elle résulte '!'• l'existence même du parasite en action.
\u— i cette inflammation-là diffère-t-elle profondément des inflammations ordinaires. Elle offre bien les lésions données comme attributs du type classique: rougeur, chaleur, douleur, tuméfaction, entrave à la fonction, perversion de la
rétion. Mais cette suractivité morbide, provenant in d'une cause spéciale, a dans son évolution et dans la composition de son produit, deux caractères, deux traits particuliers qui ne permettent pas de la confondre avec une inflammation simple : ce sont l'incubation et la contagiosité.
incubation. — Lorsque c'est une cause simplement irritante qui a agi sur nos tissus, L'effet est immédiat, et il apparaît aussitôt. Une membrane muqueuse a-t-elle subi l'action Su froid, de la chaleur, de frottements excessifs, le contact de substances chimiques qui la décomposent, c'est à la minute même qu'elle rougit, devient chaude, douloureu-i- ; c'est au bout d'un quart d'heure qu'on la voit tuméfiée; en quelques heures qu'une sécrétion morbide s'y établit (pour l'urèthre, par exemple, c'est une heure et demie après l'injection d'une solution de nitrate d'argent). Tout au contraire, si vous avez déposé sur cette membrane une goutte de pus contenant des microbes, ceux-ci demanderont un certain temps pour s'implanter dans leur nouveau domicile, pour y commencer, puis y développer Les actes de leur existence. Aussi, en ce qui concerne la blennorrhagie, ce n'est qu'après trois jour- (et, notons-le, trois jours d'absence complète de tout symptôme objectif ou subjectif, d'absence complète de douleur et de coloration morbide îles tissus), que le patient (lequel, prévenu des Buites possibles d'une imprudence qu'il déplore, s'observait anxieusement), que le patient, dis-je, ressent le premier élancement, voit sourdre la première gouttelette.
' itagiosité. — Aucun liquide du corps humain et notamment aucune Bécrétion morbide de la muqueuse génitale,
4 ULENNORUILVGIE URÉTHRALE.
masculine ou féminine, ne transmet par contact la blennorrhagie, si cette sécrétion ne contenait pas de gonococci. Je me borne pour le moment à énoncer cette proposition : elle trouvera bientôt ses développements et ses preuves.
Mais, avant de décrire les diverses blennorrhagies, il est deux vérités à confesser tout liaut, parce qu'elles nous offrent sinon un sujet d'orgueil, du moins un motif d'encouragement en même temps que de circonspection.
La première, c'est que Y histoire clinique de la blennorrhagie est depuis longtemps faite et presque parfaite.
La seconde, que Y histoire naturelle du microbe qui la produit en est encore presque à l'état de programme.
Entre ces deux manières d'atteindre la vérité, procédant l'une par la simple constatation des effets qui s'étalent, l'autre par l'opiniâtre poursuite de la cause qui se dérobe, il devait naître, il y eut à l'origine jalousie peut-être, malentendu à coup sûr. Avec un droit égal, en effet, la nouvelle venue reprocha son accommodante facilité à l'ancienne qui lui reprochait son excessive exigence.
Mais la saine entente de leurs vrais intérêts ne pouvait manquer de rapprocher bientôt ces loyaux investigateurs. Ainsi voici un écoulement uréthral. Vient-il de contagion? Ne vientil que Réchauffement ? Le malade tient pour celui-ci, le médecin soupçonne celle-là. Qui décidera entre eux?.. Le gonocoque. Si le pus en contient, c'est qu'il y a eu contagion. Et, sûrs du fait, client et docteur désormais d'accord vont avec plus de chances de succès à la recherche de la circonstance, si souvent obscure parce qu'elle est essentiellement dissimulable, où cette cause a pu agir.
D'autre part, il est, au point de vue clinique, certaines singularités du processus morbide qui ne peuvent s'expliquer que par un trait propre à la vie des microbes. Elles sont pour nous une révélation de ce trait, de ce caractère. L'observation four-
SYMPTOMES, ÉVOLUTION, iii- — . » 1 1 1 ainsi des lumières à la phyto-pathogénie, tandis que Le microscope prête bod contrôle à l'observation, les deux Bources de progrès se fortifient ens'unissantjet la constitution définitive de la science Bur ce point n'est plus qu'une affaire de tempe dès qu'elle Be poursuil Bimultanémeni au lit du ma lade et au laboratoire, les faits cliniques confîrmanl les faits expérimentaux par l'éclaircissemenl même qu'ils en retirent.
Tous les auteurs l'onl prise pour type des affections bien» norrhagiques. Gen'esf pas qu'elle soil la plus simple, la plus facile à étudier : comme remplissant ces deux conditions, c'est bien plutôt la blennorrhagie de la conjonctive qui aurait dû être préférée.
Hais, par contre, tant de questions diverses, d'ordre anatomique, fonctionnel, pathologique, moral même et social, -'■ rattachent à la blennorrhagie de l'homme, à la vulgaire chaudepisse, qu'on a préféré commencer par celle-ci, d'abord parce que, pour la connaître et pour la traiter, on n'a pas à compter avec les dissimulations féminines, défense naturelle, parfois inexpugnable du sexe faible; puis, bonne raison clinique, paire que les autres muqueuses siège de blennorrhagie conjonctive, utérus) sont sujettes à des sécrétions morbides de cause et de nature toute différente, lesquelles peuvent simuler, masquer, défigurer la blennorrhagie : tandis que l'urèthre, n'ayant guère d'autres écoulements que ceux qui proviennent d'origine vénérienne, la blennorrhagie offre là son expression typique, son image frappante, sans contestation et sans ombres.