‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 31 sur 90 · PÉRIODE SECONDAIRE · texte numérisé non relu

PÉRIODE SECONDAIRE

quante-deux observations très soigneusement recueillies c'est i dire dans lesquelles la date du Beul coïl capable d'avoir contagionné, puis la date d'invasion des premiers symptômes secondaires avaient pu être fixées d'une façon positive . ce temps est, en moyenne, de quarante-six jours.

Kl cette moyenne, remarquons-le, ne résulte pas du rap prochemenl de chiffres énormes balancés par quelques chif- Fres minimes. Ainsi, chez trente et un de ces cinquante-deux

malades, soit dans les •'! •'> des cas, le premier accident s 1-

daire s'est manifesté du quarantième au cinquante-deuxième jour. Il y ,i ''ii une incubation, une seule, de vingt-huit jours, et aucune au dessous ; il y en a eu une de soixante-dix jours, et aucune au-dessus.

Mon ami Etollet, opérant de la même manière, sous le couvert des mêmes sûretés, a établi une statistique dont la moyenne ne diffère d'avec la mienne que d'un seul jour.

Invasion, prodromes. — Chez beaucoup de malades, plus Fréquemment chez 1rs Femmes que chez les hommes, la fin de celte période est marquée par des symptômes de chloroanémie; symptômes qui, quelquefois au contraire, ne se déclarent qu'à partir de l'apparition des premiers accidents secondaires. Ce:- s\ !nptùmês(dus à une réduction réelle, et constatée par l'analyse, du nombre ainsi que de la coloration des globule- rouges du Bang, et à l'augmentation des leucocytes), consistent surtout en lassitude générale et céphalée. Mais il B'y joint ordinairement aussi des troubles d'autre sorte : prostration générale, pâleur de la Face, agacement nerveux ou morosité, cardialgie, essoufflement. Porté à un haut

gré, cet état s'accompagne de périoslites siégeant parfois aux tibias, au sternum, plus souvent au crâne, sous Forme d'intumescences aplaties, rénitentes, douloureuses spontanément, tivs douloureuses à la pression, surtout au choc du doigt; parfois, comme d'ailleurs a. d'autres périodes de la

syphilis, quelques accès d'hémoglobinurie. Les femmes, ai-je dit, offrent plus souvent ce syndrome, et chez elles il est plus prononcé. Elles ont de véritables crises de céphalée, qui les condamnent à l'inaction, au repos, se compliquent parfois de phénomènes d'analgésie temporaire, ordinairement partielle, avec une fièvre (excessivement rare chez l'homme ; fièvre intermittente ou continue, rebelle au quinquina, promptement guérie par l'iodure et le fer). J'ai nommé ce temps de l'évolution de la syphilis, période prodromique.

Cet état chloro-anémique, aboutissant parfois à l'asthénie (langueur, manque d'entrain, émoussement de l'intelligence et des sens, somnolence, sensibilité au froid) a une tendance naturelle à cesser, même spontanément. Mais s'il a atteint un haut degré, et surtout s'il a persisté longtemps, la nutrition s'en ressent, l'amaigrissement se prononce (un de mes clients perdit 6 kilos en quarante jours).

Alopécie. — Dans ce cas, les cheveux deviennent secs, ternes, cassants, plus minces ; ils s éclair cissent, ainsi que parfois les sourcils, les cils, la barbe et les poils dupubis. En 1885, sur GO de mes syphilitiques qui avaient jusque-là été traités sans mercure, j'ai compté cinquante-trois fois l'alopécie ; savoir : quarante-quatre fois au cuir chevelu seulement, et neuf fois à toutes les régions pileuses. Il faut distinguer cet éclaircissement de la chevelure, avec réduction du diamètre du cheveu à sa partie inférieure, dû à une atrophie du bulbe pilaire (résultant elle-même de l'état chloro-anémique) d'avec la dépilalion locale, déterminée par une lésion circonscrite de la peau. L'altération du bulbe pilaire, cause de l'espèce d'alopécie dont je parle à présent, est contemporaine de la période prodromique; mais, vu la lenteur qui préside aux phénomènes de nutrition des poils, l'effet apparent de cette cause, c'est-à-dire le changement d'aspect des cheveux et la chute de quelques-uns, ne devient perceptible qu'au bout de

PÉRIODE BEI ONDAIRt ,

deux "ii Irois mois. Pour la même raison, L'alopécie dure pendanl quatre ou cinq mois, par conséquent persistant longtemps encore après qu'il ue reste plus trace de la chloro anémie qui lui a donné naissance. Cette forme d'alopécie est donc ce qu'on appelle un phénomène induit; en d'autres termes, elle est une fonction du temps, et présente un effet ultérieur. Sous le rapport pratique, disons qu'elle se termine toujours par La guérison, dans le laps de temps que je viens d'indiquer. <m peut, et il faut L'affirmer, le garantir aux clients, parce qu'ils sont toujours très frappés, très découragés par »<•! acident.

Accidents secondaires. — Avant de décrire plus en détail chacune des lésions secondaires, il importe de dire d'une façon générale comment elles éclosent, de tracer une esquisse sommaire mais lidèle de ce qu'on appelle la première poussée.

Six semaines environ après le début du chancre, il apparaît sur divers points du corps des lésions que leur origine. que leur simultanéité, que leur aspect tout spécial, que l'habitude de les voir survenir sous la même forme à la suite du chancre, que leur impression nabilité à l'action curative de certains remèdes suffisent à signaler au praticien comme étant l'effet de L'intoxication syphilitique.

Comme je vais les décrire, je me borne, pour le moment, à les désigner, ainsi que j'ai l'habitude de le faire aux clients, atin qu'ils ne soienl pas effrayés par l'imprévu. « Il vous sortira, leur dis-je, sur chaque liane, df< plaques rouges, sans démangeaison, de la Largeur de l'ongle, ressemblant à des piqûres de puce, l-n môme temps, vous sentirez, disséminées dans le cuir chevelu, quatre ou cinq petites croûtes de la grosseur d'une tête d'épingle. Plus tard apparaîtront quelques plaques blanches, en dedans des lèvres, sur la Langue,

au gosier, enfin peut-être quelques écailles dans la paui les

mains, surtout aux plis qu'y forme la peau. ><

Dans cette éclosion en effet, tout n'éclate pas en même temps, de tous côtés et sous toutes formes. 11 y a un ordre pour l'apparition des diverses lésions qui la constituent; et et il y en a un aussi pour l'apparition de chacune de ces lésions, selon chaque région. Ainsi les syphilides sont les premières en date. L'éruption croûteuse du cuir chevelu est presque leur contemporaine ; mais les plaques muqueuses ne paraissent guère qu'au bout de huit à douze ou quinze jours. Ainsi, d'autre part, quant aux syphilides, on les voit tout d'abord aux hypochondres. — C'est là que l'œil inquiet du malade dûment averti cherche et lit trop clairement son sort. — Les plaques muqueuses précoces se remarquent à la vulve, aux amygdales; celles de l'ombilic, de l'anus, ne viennent qu'ensuite. Enfin, c'est comme dernier chaînon de la première poussée qu'on voit survenir l'éruption squameuse palmaire et plantaire, ainsi que les plaques du dos de la langue ; deux lésions auxquelles la structure commune du derme qui leur sert de support donne une similitude de forme, une identité de siège (l'une et l'autre dans les plis normaux de la région) et un synchronisme d'évolution, aisés à comprendre pour l'anatomiste.

Telle est, ainsi se comporte, dans l'immense majorité des cas, la première poussée.

Mais, passée cette jetée si caractéristique par la nature des lésions qui la constituent, ainsi que par la régularité de leur apparition et de leur succession, passée, dis-je, cette première partie de la période secondaire, novus rerum nascitur ordo; et ce nouvel ordre est comparativement du désordre. Ce n'est pas, toutefois, que les symptômes prennent alors un aspect absolument différent chez chaque individu. Non, certes, les altérations essentiellement constitutives de la syphilis sont toujours identiques de forme et de nature chez tous les malades; et pendant toute la durée de l'affection on

l'BRIODE SECONDAIRE.

retrouve de yphilides, de* plaques muqueuses, l'albuginite, L'iritis, l'onyxis, des contractures, des périosto es, des nodus, etc., avec Leurs caractères tranchés, pathognomoniques. Mais ce qui esl variable selon les cas, — «lis. m- par anticipation selon la gravité des cas, — c'esl d'abord le fail de L'absence ou de La présence de telle de ces altérations; c'est leur nombre, leur durée, leur coexistence simultanée, leur

groupement, l'intervalle plu- ou ins long qui Bépare leur

apparitions ou, s'il y a lieu, leurs réapparitions successives ; c'esl surtout enfin la décroissance graduelle de la maladie, ou, au contraire, sa tendance à progresser. Ces différences, si négligées autrefois, si essentielles à connaître, — essentielles surtout à prévoir, parce qu'elles dictent le pronostic el le traitement, — je les étudierai avec le soin qu'elles méritent. Mais pour me conformer au plan énoncé ci-dessus, je dois d'abord décrire l'une après l'autre les lésions que la syphilis peut engendrer ; el je \ ais le faire en suivant, dans cet exposé, aûn de ne rien omettre, l'ordre selon lesquel ces Lésions se succèdent ordinairement, dans Les cas — qui, fort heureusement, nesont point la règle — où le mal, à partir de La première poussée, va en s'aggravanl graduellement.

SYPHILIDES.

Les syphilides ou éruptions du tégument, sont la physionomie de la vérole : aussi infaillible indice pour éclairer le client qui a oublié ou méconnu ses antécédents qu'argument irrécusable pour convaincre celui qui voudrait les nier. Qu'il suit destiné a l'inconscienl ou au suspect, traçons-ru donc la description en termes assez clairs pour que l'un et l'autre s'y reconnaissent; <'t veillons surtout à ne pas, au bas de ce signalement, omettre le signe distinctif. Faite spécialement dans ce but. une description des syphilides doil comprendre

les éléments de deux sortes de diagnostic se confirmant et se complétant l'un l'autre :

Diagnostic du genre, c'est-à-dire : différenciation des syphilides d'avec les dermatoses provenant d'autre origine, autorisant par conséquent le médecin à faire de cette classe de lésions tégumentaires un groupe aussi nettement délimité par ses attributs objectifs qu'il l'est par ses conditions écologiques.

Diagnostic des espèces du genre, c'est-à-dire différenciation des diverses syphilides entre elles, selon la nature de l'altération anatomique qui les constitue; notion non moins utile que la précédente, puisque, précieux complément du diagnostic générique, elle sert en plus à fonder le pronostic, et non seulement celui de la lésion locale, mais celui de l'affection elle-même, de son présent et de son avenir.

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